Mon corps se raidit. Comment connaissait-il mon identifiant ? Qui était-il ? En me concentrant sur lui, je compris vite que ce fils à papa au poignet ceint d'une Vacheron Constantin n'était autre que l'homme que j'avais battu à plusieurs reprises dans la cité de Ba Huang : le Tyran de Chu Occidental !
Je retrouvai rapidement mon calme et demandai d'un ton léger : « On se connaît ? »
me foudroya du regard. « Toi, tu ne me reconnais peut-être pas, mais moi je te reconnais très bien ! Alors, elle te rend service, cette Épée de Ronces ? Dans la Vallée des Sept Étoiles, tu as massacré tout notre groupe. Impressionnant ! »
J'affichai un sourire serein. « Ce n'était pas grand-chose, je punissais le mal, c'est tout. »
« Dégage de ma vue ! »
Apercevant derrière moi, se calma avant de poursuivre : « Écoute, comme te connaît, je vais en rester là… Je te donne trois secondes pour disparaître de ma vue. Un chien sans valeur devrait connaître sa place. »
Je ne bougeai pas d'un pouce. « a trop bu, je trinquerai avec toi à sa place. »
« Pour qui tu te prends, bon sang ? »
Le visage de s'empourpra. L'alcool blanc de son verre me gicla en plein visage. L'odeur épicée d'un Maotai de trente ans d'âge à 53 degrés, valant 25 000 yuans, envahit mes narines. Ah… quel gâchis.
« ! » Lunettes se leva d'un bond.
le fusilla d'un regard chargé d'intention meurtrière, ce qui brisa net son courage. Il hésita et se rassit lentement, sans ajouter un mot.
……
Je restai immobile, le regard vide fixé sur . Je disposais de plus de vingt façons de le tuer sur-le-champ, mais je me retins. J'étais la dernière ligne de défense de contre toute menace : je ne pouvais pas révéler mon identité en étalant mes compétences pour une broutille pareille. Je devais rester dans l'ombre, car mon utilité prendrait fin à la seconde où j'agirais.
« Alors quoi ? Tu ne ripostes pas ? »
continuait de me chercher. « Qu'est-ce qui se passe ? Tu es un lâche en dehors du jeu ? »
Je le fixai froidement, laissant filtrer mon intention meurtrière.
Frou…
recula inconsciemment de deux pas. Il semblait avoir senti l'intention meurtrière dans l'air, mais il n'avait sans doute pas compris ce qu'il venait d'éprouver.
se leva lentement, un verre de vin rouge à la main, et dit : « Ça suffit, je vais le boire ! »
Elle avala une grande gorgée de vin. Puis elle prit une serviette et essuya l'alcool sur mes joues.
se contenta de nous fixer, sous le choc. « Attends un peu, , tôt ou tard je te ferai regretter tes choix. J'obtiens toujours ce que je veux, et je n'ai jamais échoué à l'obtenir ! »
Je ne dis rien et me détournai. Les visages effarés de mes camarades de promo m'apparurent. Je tâtonnai sur la table à la recherche d'un verre d'alcool blanc et le vidai d'un trait. À mesure que l'alcool épicé me brûlait la gorge, ma colère refluait. Je me répétai que je n'étais plus le jeune homme gouverné par ses émotions. Le moi d'aujourd'hui n'avait qu'une seule mission : protéger .
murmura : « , je suis désolée pour ça… »
Je lui souris. « Ce n'est rien. »
, silencieuse depuis qu'elle avait bu ce verre, s'inclina soudain devant l'assemblée avant de déclarer : « Excusez-moi, je ne me sens pas très bien, je vais y aller. »
Sans attendre de voir les réactions, elle tourna les talons et partit. Je me hâtai de la suivre — après tout, la protéger était mon travail. En regardant nos silhouettes s'éloigner, entrouvrit les lèvres, mais aucun son n'en sortit.
……
Dehors, devant le Grand Hall des Assemblées, le vent glacé avait tendance à dessoûler les gens très vite. La jupe bleu nuit de voletait et se collait à ses longues jambes fines dans la neige scintillante, sous un lampadaire. Sa démarche était un peu instable, alors je m'approchai naturellement pour la soutenir du bras. « Mademoiselle, ça va aller ? »
secoua la tête et écarta mon bras. « Va-t'en. »
« ……. »
Je la laissai ouvrir la marche et la suivis en silence jusqu'au jardin fleuri. Elle finit par s'arrêter devant un banc de pierre, se recroquevilla sur elle-même et se mit à pleurer.
Je restai debout à ses côtés, silhouette solitaire dans le vent glacial.
Au bout d'un long moment, releva la tête, les yeux pleins de larmes, et dit : « , tu sais à quel point je te déteste ? Je te hais, je te hais vraiment ! »
« …… »
Ses larmes ne s'arrêtaient pas. « Tu es sa volonté, une ombre qu'on m'impose en permanence. Pourquoi ? Ma mère et moi, nous ne sommes que des outils pour toi ? Pourquoi est-ce que je ne peux pas faire ce que j'ai envie de faire ? Pourquoi dois-je faire des choses dont je n'ai pas envie ? Pourquoi suis-je surveillée comme une criminelle ? Je n'ai jamais rien demandé de tout ça, je n'en veux pas ! Je le hais, et je te hais toi aussi, c'est certain… »
Je gardai le silence, mais je savais de qui elle parlait : son père, .
« Mademoiselle. »
Au bout d'un moment, je me risquai à dire : « La nuit est froide, nous devrions rentrer avant que l'un de nous tombe malade. »
Mais resta assise là, à pleurer. Elle finit par se lever et s'essuya les yeux, révélant un regard injecté de sang. « Je suis désolée. »
Je secouai la tête avec un sourire discret. « Non, tu n'as rien fait de mal, absolument rien. »
« Je n'aurais pas dû m'énerver contre toi. »
« Ce n'est rien. La en colère est la meilleure des . »
« Alors comme ça, tu aimes te faire crier dessus… »
« Vraiment ? »
« Héhé… »
L'humeur d'une jeune fille est comme le temps : elle change vite et sans logique apparente. Mais je connaissais ma place. et moi avions beau sembler très proches, nous étions en réalité très, très loin l'un de l'autre.
Nous rentrâmes côte à côte en direction des résidences.
Au bout d'un moment, je demandai : « Mademoiselle, avez-vous vraiment envie de vous rebeller ? »
s'arrêta net et me lança un regard surpris. « Qu'est-ce que tu veux dire ? »
J'affichai mon plus beau sourire. « Si c'est vraiment ce que vous voulez, je soutiendrai votre révolte contre lui. »
s'immobilisa, le visage stupéfait. Au bout d'un instant, elle éclata de rire et me tapota l'épaule avant de reprendre : « Laisse tomber, je ne te crois pas : tu n'es qu'un des petits toutous de mon père. »
« Petits toutous… » Ma colère perçait sous mes mots.
avait le sourire aux lèvres en pénétrant dans la résidence des filles.
……
Je restai planté là, à regarder la silhouette déjà évanouie de . Mais peu après, une femme aguicheuse au petit sac à main rouge s'approcha de moi. « Ce beau garçon veut-il me tenir compagnie cette nuit ? »
Bon sang, même les prostituées entraient dans l'enceinte du campus ?
Je réprimai l'envie de l'embarquer. Je serrai les dents à la place, sans dire un mot.
Non loin de là, un groupe de gens venait vers nous. C'était le Tyran de Chu Occidental, alias , et sa bande d'amis ! À en juger par leur démarche, ils avaient sans doute un peu trop bu. balançait encore une bouteille à moitié pleine au bout de son bras. Il avait une tête particulièrement répugnante quand il lâcha : « Quel dommage de ne pas avoir eu aujourd'hui, elle a un corps qui n'est pas de ce monde et un visage tout simplement trop beau. Haha, si je la mets dans mon lit, je n'en sors pas pendant trois jours, si vous voyez ce que je veux dire… »
Plusieurs garçons de la bande éclatèrent de rire.
Une idée germa aussitôt dans ma tête. Je fonçai en avant et tirai la prostituée dans les buissons voisins.
« Aïe, ne me bouscule pas ! » La fille pivota, se colla à moi et dit : « Tu veux le faire dans l'herbe ? Ça me va, mais il faudra payer cinquante de plus, d'accord ? »
Sans réfléchir une seconde, je sortis 200 yuans et dis : « C'est pour toi, si tu me rends un service ! »
« Lequel ? »
« Tu vois le type au visage rouge, là-bas ? C'est un imbécile plein aux as. Tout ce que je te demande, c'est de l'attirer dans une chambre avec toi. »
« Il est vraiment, vraiment riche ? »
« Riche à millions. »
« D'accord, marché conclu. »
……
La prostituée me repoussa et se dirigea vers le groupe de . Sous le lampadaire, elle conclut rapidement l'affaire avec lui. Elle n'était pas laide, mais venait surtout d'essuyer un refus — c'est sans doute pour ça qu'elle le convainquit si facilement.
Caché dans l'ombre, je les filai de près tandis qu'ils franchissaient la grille du campus. Je sortis mon téléphone et appelai .
« Gamin, qu'est-ce qui se passe ? » demanda Wang.
« Chef ! » lançai-je en riant dans le combiné. « Tu peux prévenir les gars qui s'occupent des affaires de mœurs et les envoyer près de l'Université Liu Hua ? Et procure-moi un uniforme, on va coincer quelqu'un ce soir. »
« Hmm ? Depuis quand ce genre de choses t'intéresse ? »
« Parce que je l'ai vu de mes yeux, d'accord ? Envoie-les vite, sinon je laisse tomber… »
« Très bien, mais petit, ne t'avise plus jamais de me menacer. »
« Ouais, ouais ! »
……
Je suivis et la prostituée jusqu'à les voir entrer à l'auberge Express 168. Peu après, je vis quatre policiers arriver au pas de course. Je les connaissais tous. « Grand frère ! »
« L'uniforme ? »
« Le voici. »
J'enfilai rapidement l'uniforme de police flambant neuf. Il y avait même un insigne dans la poche de poitrine. Ça alors, c'était l'uniforme d'un officier adjoint.
Avec les quatre autres, j'entrai dans l'hôtel et nous montrâmes nos insignes. Quand nous demandâmes dans quelle chambre était monté, le réceptionniste répondit : « Chambre 308. »
……
Nous montâmes rapidement au troisième étage et nous nous rassemblâmes devant la 308. J'essayai d'entrer en passant la carte, mais une chaîne bloquait la porte. Je l'enfonçai donc d'un coup de pied et entendis des gémissements.
Je sortis mon insigne tout en rabattant ma casquette — après tout, je ne tenais pas à être reconnu. Puis je criai : « Ne bougez plus, tous les deux. Nous vous soupçonnons de prostitution. Vous pouvez consulter un avocat, mais vous devez nous suivre. »
me dévisagea, ivre. « Bande de merdes, dehors ! Vous ne savez pas qui est mon père ? »
Je m'avançai et lui abattis mon poing sur la joue. Ce fut un plaisir d'entendre un léger craquement et de voir un mince filet de sang couler de sa bouche.
« Peu importe qui tu es… Allez, menottez-le. »
Satisfait, je repartis avec le sourire. Je retirai mon uniforme et le rendis à l'agent posté devant la chambre. Avant de partir, je dis aux gars de ne pas embarquer la fille et de ne prendre que . À grandes enjambées, je sortis de l'auberge. Tout le ressentiment que la soirée m'avait laissé s'était envolé. Hmph, ce n'est pas parce que je n'avais pas réagi à la fête que je n'allais pas prendre ma revanche. Je m'en suis toujours tenu à une règle : un gentleman se venge le soir même.
NdT : Je traduirai jusqu'au chapitre 37 et j'aviserai ensuite, pour décider si je continue ou non. Par ailleurs, je lis tous vos commentaires, les encourageants comme les plus terre-à-terre. On se retrouve au chapitre 37 !