Le palais royal était plus agité que d'habitude, et beaucoup de gens s'y trouvaient.
Cette fois, le jugement devant être mené avec équité et transparence, tous ceux qui étaient autorisés à entrer dans le palais avaient la permission d'y assister.
C'est pourquoi, non seulement les nobles, mais aussi ceux qui travaillaient au palais et qui étaient de repos s'y trouvaient également.
Tous murmuraient en se demandant qui exactement avait prêté main-forte aux rebelles, et qui allait être jugé.
Et lorsqu'ils aperçurent Opale et Claude, ils s'écartèrent vivement pour leur ouvrir le passage et continuèrent à chuchoter leurs rumeurs.
« C'est un grand succès, dis donc. »
« La grande salle ne pourra pas contenir tout ce monde. »
« Que vont faire ceux qui ne pourront pas entrer ? »
« Sa Majesté a dit qu'elle ferait ouvrir toutes les fenêtres et toutes les portes de la grande salle, alors peut-être regarderont-ils par là ? »
« Ils ne verront rien, comme ça. »
« C'est pareil que s'ils étaient dans la grande salle, non ? »
« C'est vrai, aussi. »
On pouvait douter que les voix parviennent jusqu'à eux, mais Opale murmura un mot d'approbation.
C'est alors que quelqu'un lança, assez fort pour être entendu : « Comment peux-tu rester aussi effrontément aux côtés de Monsieur le Duc ? Les gens infidèles ont donc les nerfs solides, après tout ? »
Apparemment, on parlait de leur fuite.
Des rires étouffés se répandirent sur place, mais tous deux l'ignorèrent et continuèrent vers la grande salle.
« Au fait, comment va Julian ? »
« Inutile de s'inquiéter pour lui. »
« Je ne m'inquiète pas. Mais tu me caches encore des choses, Claude. »
« Je ne cache rien. »
À Opale qui repensait à Julian à cause des rumeurs sur leur fuite, Claude répondit simplement.
S'il en était ainsi, il n'avait qu'à le dire plus tôt, mais comme toujours, Claude était méchant.
Opale pinça le bras de Claude en guise de protestation.
« Aïe ! »
« C'est exagéré. »
Détournant le visage avec dédain de Claude qui avait crié exprès, Opale entra la première dans la pièce d'attente.
Des servantes y attendaient, et dès qu'elles aperçurent Opale et Claude, elles se mirent à préparer le thé.
« On peut vraiment prendre le thé tranquillement ? »
« On va bientôt faire entrer les spectateurs — non, les auditeurs — dans la grande salle, ça va prendre un moment. De toute façon, ils vont se disputer pour avoir les meilleures places. »
« Les pauvres préposés. »
« Le centre est tenu par les chevaliers de la garde rapprochée, ça ira. Ceux qui n'obéiront pas seront expulsés de force. »
« Donc, les disputes seront entre spectateurs. »
« Ah. Ça aussi, ça vaudra le coup d'œil. »
« Tu es méchant. »
Opale répondit en riant, et remercia la servante qui avait préparé le thé.
Claude la remercia aussi et prit sa tasse.
La servante s'inclina joyeusement et se retira dans un coin de la pièce.
Opale prit aussi sa tasse et la porta à ses lèvres, quand soudain, sans frapper, la porte s'ouvrit brutalement.
« Claude ! Qu'est-ce que ça veut dire !? Ce matin, des chevaliers de la garde sont arrivés soudainement au manoir et ont emmené mon frère et mon père après les avoir arrêtés ! »
« ... Ces deux-là sont les instigateurs de la rébellion. »
« Arrête de dire n'importe quoi ! Juste parce que notre mère est la fille du duc Botticelli, il y a des limites à l'invention ! »
« C'est une invention ou non, tu le sauras en assistant à l'audience. »
Le baron Pradeau, Eric, était entré dans la pièce sur son élan et s'était approché de Claude.
Apparemment, il était choqué que son père, le marquis Bapoto, et son frère, le vicomte Turi Amadi, aient été arrêtés comme chefs de la rébellion, et il ne pouvait l'accepter.
On aurait dit qu'Eric n'avait rien su — qu'il n'avait été pris au sérieux ni par Claude, ni par sa famille — et Opale en eut pitié.
( Ses idées et ses actes sont encore ceux d'un enfant. )
La culpabilité de son père et de son frère était acquise, seule la sentence restait inconnue pour Opale.
Même si Eric — même si sa famille — échappait à la faute, il devrait désormais suivre un chemin difficile.
Mais un être humain peut changer, quel que soit son âge.
Tout comme Hubert avait su manœuvrer habilement cette fois-ci et avait conduit le marquis Seims devant la justice, Eric aussi devait pouvoir grandir.
Pendant qu'Opale réfléchissait ainsi et posait sa tasse, l'attention d'Eric se porta sur elle.
« C'est de ta faute ! Depuis que tu es arrivée, tout a déraillé ! »
« Eric, toi... »
« C'est bon, Claude ! Ne t'en fais pas, j'ai l'habitude. »
Eric pointait Opale du doigt en l'accusant, et Claude montra un instant sa colère.
Mais Opale l'arrêta tout de suite, alors Claude se rétracta en marmonnant : « L'habitude, dit-elle... »
« Baron Pradeau, ne serait-il pas temps que vous deveniez un peu plus mature ? »
« Qu... ! »
« Vu votre position, vous devriez réaliser qu'une seule de vos paroles peut influencer beaucoup de gens. Sachez que vos paroles et vos actes sont observés et jugés par de nombreux regards. »
Eric voulut protester face aux mots d'Opale, mais il remarqua apparemment que la servante qui se tenait dans le coin avait pâli de peur.
Il se tut et toisa Opale du regard, la dévisageant avec mépris.
Face à cette attitude, Claude ne put se retenir et allait intervenir, quand un coup frappa à la porte.
La servante s'empressa d'aller ouvrir, comme pour fuir, et lança la porte grande ouverte.
« Monsieur le Duc de Botticelli, Madame, l'heure est venue. Veuillez vous rendre dans la grande salle. »
« ... Compris. »
Claude marqua une pause, puis répondit au valet et se leva.
Il ignora Eric et tendit la main à Opale.
« Allons, Opale. »
« Oui. Merci, Claude. »
Opale ne quitta pas Claude des yeux, se leva et se dirigea vers la sortie.
Ce fut seulement alors qu'Eric sembla reprendre ses esprits.
Il avait l'air d'avoir été interpellé par les paroles d'Opale.
À la porte, Opale jeta un dernier regard en arrière, et souhaita qu'Eric saisisse cette occasion pour grandir.