Le lendemain matin.
Entourés par l'armée royale, Conary et les siens furent saisis de panique.
Les rebelles stationnés dans un village voisin se trouvèrent également immobilisés face à l'armée royale surgie sans crier gare, et n'eurent d'autre choix que de se rendre.
« Qu-quoi, comment se fait-il que cette femme soit là-bas !? Julian ! Où est Julian !? »
Ayant remarqué la présence d'Opale aux côtés de Claude, Conary poussa un cri de stupéfaction, mais Julian ne fit pas son apparition.
Cole, son corps lourd, allait et venait çà et là, cherchant une issue.
« Ne me dis pas que Russell est vraiment… mort ici… ? »
« C'est bien ce que je t'avais dit !? »
« Comment pourrais-je croire quoi que ce soit de ta part !? Et au fait, qu'est-ce que signifie ce nombre de soldats !? La voie ferrée devait avoir été détruite !? »
Face à Conary qui marmonnait dans la confusion, Cole répondit en hurlant.
Mais Conary lui hurla aussitôt en retour, et Cole ne parvint qu'à dire : « Julian… »
Devant cet échange chaotique, Claude intervint, l'air exaspéré.
« Dans le plan d'Opale et le mien, nous devions relier par le rail la mine de plomb, ainsi que d'autres mines, au port de Pasma. Les préparatifs étaient déjà terminés, et au large de Pasma attendaient des navires chargés non seulement de matériaux, mais aussi de techniciens. La réparation des rails endommagés par l'explosion était achevée. De plus, les navires transportaient des chevaux. »
« M-mais… une armée royale si nombreuse… non, les renforts… »
« Tu penses pouvoir battre Sa Majesté avec les mêmes méthodes qu'avant ? Alors qu'on a déjà échoué une fois ? »
Alors que Cole marmonnait, Claude le railla, puis se tourna vers Conary qui le dévisageait avec haine.
Claude et les siens avaient devancé Opale et son groupe à cheval, tandis que les fantassins étaient arrivés après la réparation de la voie.
Ils ont probablement stoppé le train hors de portée d'oreille, puis poursuivi à pied.
« Je vous le dis, pas de renforts. Avant même la prise du port de Pasma, les rebelles soulevés dans la capitale ont déjà capitulé. Maintenant que la mine de plomb est sous notre contrôle, qui songerait à aider des gens privés de leur source de financement ? »
« La mine de plomb est… ! »
« Une montagne d'or qui produit plus d'or que de plomb, non ? Le conflit entre l'ancien duc et Sa Majesté Alessandro n'a-t-il pas éclaté justement parce qu'un filon d'or avait été découvert ? Et vous le faisiez sortir en contrebande par un port absent des cartes, mais croyez-vous qu'on puisse cacher une chose pareille indéfiniment ? »
« C-cela… »
Cole s'affaissa sur place, comme vidé de toute force.
Opale avait elle-même, en examinant la carte, pressenti l'existence du port secret et le caractère suspect de la mine de plomb ; il était donc évident que Claude et les siens étaient au courant depuis longtemps.
Ils n'attendaient sans doute que le moment propice pour frapper.
Conary lança un regard rancunier à Cole, qui avait perdu toute hostilité maintenant que sa fierté, la mine d'or, était tombée.
« Sa Majesté a aussi fait devancer des troupes en zone montagneuse. Selon le message reçu hier, les soldats résiduels qui s'y étaient réfugiés ont été capturés. Il ne reste plus que les troupes autour de ce manoir ducal — vous. »
« Pourquoi… comment avez-vous su !? »
« Tout comme il y avait un traître parmi nous, il y en avait un parmi vous. — Ou devrais-je dire un espion ? »
Claude annonça cette réalité désespérante pour Conary et les siens avec une désinvolture déconcertante.
Conary, qui refusait encore d'y croire, tressaillit à la réplique de Claude.
Et, serrant les dents comme s'il les grincait, il cracha des mots emplis de haine.
« Julian… c'est Julian, n'est-ce pas !? »
« Julian ? Ah, le fugitif d'Opale ? »
À l'évocation du nom de Julian, Claude inclina la tête, puis éclata de rire en comprenant de qui il s'agissait.
Il ne se tordit pas de rire, mais sa réaction fut si prévisible qu'Opale elle-même en fut amusée.
« Je suis ravie de vous voir rire. »
« Qu… quoi ! Qu'est-ce qui est si drôle ! Merdre ! »
Face à Opale et Claude qui riaient de manière si déplacée, Conary recula de quelques pas, irrité.
Il heurta alors des soldats et se retourna vivement.
« Qu'est-ce que vous foutez !? Ne restez pas plantés là comme des piquets, dépêchez-vous d'aller les affronter ! »
« C-c'est ça ! Allons, battez-vous ! Pourquoi êtes-vous ici !? »
Entendant l'ordre de Conary, les soldats reprirent leurs esprits, et Cole enchaîna, mais personne ne bougea.
Les rebelles n'avaient aucune loyauté particulière envers Conary ou Cole.
Pas plus qu'ils n'avaient de grief contre le roi Alessandro.
Conary et les leurs manquaient de l'autorité nécessaire pour commander ces hommes ; ils n'avaient obtenu leur poste de commandement que par les circonstances.
« Le crime de trahison est lourd. Mais pour ceux d'entre vous qui ne lèveront pas l'épée contre nous ici et maintenant, nous tiendrons compte de leur attitude. Si vous jetez vos armes et vous rendez sur-le-champ, je vous promets que vous ne serez pas jugés comme de grands criminels. Le choix vous appartient. Vous n'avez pas à obéir aux ordres. Alors, que faites-vous ? »
La voix claire de Claude parvint jusqu'au cœur de tous.
Ce n'est pas la partialité d'Opale : Claude possède un pouvoir d'attraction.
Conary et Cole, qui vociféraient encore un instant plus tôt, se turent, et les soldats, sans se concerter, laissèrent tomber leurs armes.
« Bien. Alors, nous allons vous placer en détention pour l'instant, mais je vous promets qu'il ne vous sera fait aucun mal. Alors, pas de fuite, hein ? »
Cet avertissement de Claude s'adressait moins aux soldats qu'à Conary et Cole, et, comme prévu, les deux hommes prirent la fuite.
Pourtant, il était impossible de s'enfuir dans cette situation ; ils poussèrent les soldats de leur propre camp pour tenter de s'engouffrer dans le manoir.
« Dégagez ! Inutiles que vous êtes ! »
« Lâches ! »
Tout en proférant des insultes, Conary et Cole atteignirent le manoir et ouvrirent la porte d'entrée.
Surgit alors le chien Claude, qui les projeta au sol d'un superbe coup d'épaule.
Finalement, les deux hommes furent maîtrisés par les soldats de l'armée royale qui les avaient suivis.
« Claude ! Bravo, tu as été formidable ! »
Opale serra avec joie le chien Claude qui lui sautait au cou.
Claude remua la queue frénétiquement et lui lécha le visage.
« C'est bizarre, moi aussi j'ai bien travaillé, non ? Pourquoi je n'ai pas droit aux éloges ? »
Dans un contraste saisissant avec son attitude digne tout à l'heure, l'humain Claude bougonnait.
Opale confia le chien Claude à un serviteur qui s'approchait timidement, posa la main sur sa hanche et fixa l'humain Claude d'un regard perçant.
« C'est à Sa Majesté qu'il faut le demander. »
« Tu es froide. »
« Claude, je suis encore en colère. Contre Sa Majesté, et contre toi aussi. Alors, mettons fin à ce tumulte au plus vite ? »
« C'est vrai. J'accepterai ma leçon plus tard. »
Claude répondit sur son ton habituel, mais son expression était d'une gravité absolue.
Une seule nuit ne suffisait pas pour tout s'expliquer.
Pour l'instant, il restait encore tant à faire pour l'un comme pour l'autre.
« Opale, peux-tu t'occuper du manoir ? »
« Bien sûr. »
« Alors, emmène une escorte. »
Claude appela un chevalier qui se tenait près de lui, ordonna de désigner cinq hommes pour la protection d'Opale, puis enchaîna les directives.
Sa silhouette respirait à nouveau la dignité, au point qu'Opale elle-même le trouva un peu intimidant.
C'était une facette de Claude qu'elle ne connaissait pas.
Opale l'observa un instant en silence, puis se mit en route vers le manoir, escortée par les gardes choisis.
L'intérieur devait être en plein chaos.
Maintenant que Conary était capturé, une seule personne pouvait prendre en main non seulement le manoir, mais le domaine tout entier.
Opale pénétra dans le manoir, accompagnée du chien Claude et des gardes, à la recherche de Duncan.