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Yaneurabeya no Koushaku Fujin

Chapitre 51

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Chapitre 51

Chapitre 51

Chapitre 51/9554%~8 min de lecture1 525 mots

À part quelqu'un qui laisse échapper un « ma foi », un silence surprenant règne et la quiétude remplit la vaste salle.

Mais un instant plus tard, un rire bruyant, agressif pour les oreilles, résonne.

« C'était un divertissement assez intéressant, lord Russell. Ou plutôt… êtes-vous vraiment le marquis Russell ? »

En riant, les mots de Kymont se transforment en question, et les personnes alentour portent aussi leur regard sur Opale, comme pour exiger une réponse.

Puisqu'un mandat d'arrêt a été brandi, personne ne peut le croire si facilement.

Opale ne comprend pas non plus l'histoire du mandat, mais elle peut répondre clairement à cette question.

« Oui, bien sûr. — vicomte Croizel, vicomtesse, pardon pour la présentation tardive, mais voici mon maître, le marquis Russell, Claude Fred. »

Songeant qu'elle s'excuserait et réparerait plus tard le tumulte provoqué au bal, Opale présente Claude au couple Croizel.

Claude enchaîne alors.

« Enchanté, vicomte Croizel, vicomtesse. J'ai reçu votre invitation sans y répondre, et me suis présenté ainsi sans prévenir ; je vous présente mes excuses. Permettez-moi également de m'excuser pour le désordre occasionné. »

« Marquis Russell, c'est un honneur de vous rencontrer — »

« On peut dire n'importe quoi ! Personne ici ne connaît le vrai marquis Russell ! Qu'est-ce que c'est que ce mandat d'arrêt ? Arrêtez de dire des absurdités ! »

Le vicomte Croizel répondait avec le sourire malgré la situation, mais Kymont, irrité, le coupe.

Interrompre les salutations est déjà impoli, mais traiter Opale de menteuse l'est tout autant.

Pourtant, la comtesse, d'ordinaire si stricte sur les convenances, ne réprimande pas son fils.

« C-c'est vrai ! Qu'est-ce que c'est que ça ? Pourquoi personne n'empêche ces gens impolis de faire ce qu'ils veulent !? Le vicomte Croizel, vous tous, vous n'êtes pas normaux ! Subir une telle insulte, je ne vous le pardonnerai jamais ! »

La voix perçante de la comtesse, qui semble avoir oublié toutes les convenances, fait murmurer les spectateurs qui observaient en silence.

Alors que tous guettent la suite, Claude annonce calmement.

« Plusieurs des bandits qui apparaissaient récemment aux abords de la capitale ont été capturés aujourd'hui. D'après leurs dépositions, il s'est avéré que lord Kymont en était un complice. C'est pourquoi un mandat d'arrêt vient d'être émis. »

« M-mentira… »

« Comme les bandits n'étaient que de jeunes gens de bonne famille, tous les mandats ont été délivrés sur ordre impérial. De plus, des agents attendent à l'extérieur pour arrêter lord Kymont. Mon rôle était de l'emmener sans déranger les invités, mais j'ai échoué. »

Claude haussait les épaules, et tous le regardaient avec incrédulité.

La salle retomba dans le silence, seule la respiration saccadée de Kymont se faisait entendre.

La comtesse, debout, avait perdu toute couleur au point qu'on aurait cru qu'elle allait s'évanouir, et ne bougeait plus ; Kymont ne trouvait même pas les mots pour répliquer.

« Allons, lord Kymont. Dehors — »

La phrase de Claude resta en suspens.

Kymont prit la fuite.

Il repoussa violemment les femmes autour de lui et se mit à courir vers la sortie.

Des cris s'élevèrent, et Opale, qui restait interdite, reprit ses esprits pour suivre Kymont du regard ; déjà Claude et plusieurs hommes le poursuivaient.

Et ils le maîtrisèrent devant la porte.

« Lâchez-moi, malotru ! Je suis Jeb Kymont, de la famille comtale Kymont ! »

Les hommes qui entouraient Kymont, hurlant et se débattant, étaient tous de rang au moins égal au sien.

Qui plus est, le vicomte Croizel s'était joint à eux.

Sous les yeux stupéfaits de tous, Kymont fut emmené, et Claude revint lentement.

« Claude ? »

« Je t'expliquerai tout après. »

« D'accord, je t'en prie. »

Puisque Claude le lui demandait avec une mine contrite, Opale ne put le presser de questions sur l'instant.

Elle lui adressa un sourire reconnaissant, puis se tourna vers la comtesse.

Cette dernière, hébétée, fixait la porte par où son fils venait d'être entraîné ; au moment où elle aperçut Claude, son visage se déforma de colère.

« Cet enfant… cet enfant est innocent. Il est forcément innocent ! C'est vous ? C'est vous qui l'avez piégé ! Mon mari vous poursuivra — vous deux ! »

« … Je n'ai rien fait. Au contraire, je n'ai rien pu faire. Mais vous, vous auriez pu faire bien plus. »

« Qu'est-ce que vous racontez !? »

« Les fautes d'un enfant incombent aux parents, non ? Pourtant, ce qu'ils commettaient n'étaient pas de simples fautes, mais des crimes. Il y a quelques mois, ils imitaient les bandits qui écumaient la grand-route pour menacer les voyageurs et leur voler leur bien. Sa Majesté, en apprenant que de tels criminels étaient des gens de condition, a été profondément attristée et irritée… »

« Une chose pareille… »

« Dorénavant, pensez moins à vous et à votre fils, et davantage aux pauvres victimes. Excusez-moi. »

Face à la comtesse qui vociférait, Claude resta calme jusqu'au bout.

Pourtant, Claude est furieux.

Opale s'en rend compte, mais ne dit rien et poursuit les conversations anodines jusqu'à ce qu'ils aient salué les Croizel et monté en voiture.

Une fois seuls dans l'habitacle, Opale coupe court.

« Voilà, Natacha est rentrée dans une autre voiture, nous sommes seules maintenant. Dis-moi tout. »

« Il fallait bien une explication pour ce soir. »

« Cela attendra. Mais si parler peut ne serait-ce qu'un peu apaiser ta colère, je veux que tu parles. S'il y a quelque chose que je puisse faire, dis-le-moi. »

Bien des questions la taraudent, mais ce qui l'inquiète le plus, c'est la cause de cette colère rare chez Claude.

Trop de choses se sont passées ce soir pour qu'elle puisse deviner.

Dans la pénombre éclairée seulement par la lampe de la voiture, Opale met ses sentiments en mots avec gravité ; soudain, Claude l'enlace.

Sa force est inhabituellement forte.

« Claude ? »

« Pardon, Opale. »

« Hein ? »

« J'ai eu de la rancœur qu'on dise du mal de toi. J'ai regret d'avoir gâché ton plan. Je suis furieux qu'une ordure comme Kymont ait pu agir en toute impunité jusqu'à maintenant. Je me sens misérable et détestable d'être impuissant malgré mon titre de marquis. Vraiment, pardon, Opale. »

La colère de Claude était pour Opale et pour les victimes.

De tout temps, Claude est resté doux et bienveillant.

Opale lui rend son étreinte et souffle, soulagée.

« Merci, Claude. Mais je vais bien. Qu'importe ce que disent des gens sans importance. Quant à Kymont, mon but est atteint. Je voulais que tous sachent à quel point il a fait souffrir les femmes sans responsabilité ; il s'est révélé encore plus… une ordure absolue. »

Ne trouvant pas le mot pour qualifier Kymont, Opale emprunte celui de Claude.

C'est indigne d'une dame, mais Claude esquisse un rire.

« Et grâce à ce soir, les préjugés envers les femmes en situation précaire diminueront un peu, j'espère ? Les victimes des bandits seront ne serait-ce que légèrement secourues… »

« Heureusement, les victimes n'ont presque pas été blessées. Elles ont été dépouillées, mais Kymont et les siens devront tout rembourser, avec des dommages-intérêts. Ils avaient laissé les vols dans leur repaire, ce qui a servi de preuve… Mais leur but n'était pas l'argent, seulement le frisson et le plaisir de voir leurs victimes trembler. »

« Vraiment une ordure irrécupérable. »

Cette fois, elle l'affirme nettement, et pose la tête sur l'épaule de Claude.

« Dis, Claude. »

« Oui ? »

« Dire que tu n'as pas de pouvoir, c'est faux. Seule, je me débrouille, mais ton arrivée m'a rendue incroyablement heureuse et m'a donné des forces. Et quand tu as frappé Kymont, j'ai ressenti une vraie libération. »

« Ça me rassure. J'ai agi sous le coup de la colère, mais j'avais peur que tu me détestes pour ma violence. »

Opale relève le visage vers lui, incrédule.

Claude a toujours l'air si sûr de lui, et voilà qu'il paraît un peu fragile.

« Pas seulement moi. Beaucoup de gens ont dû être sauvés par toi. Ta seule présence donne du courage. Mais ne porte pas tout seul, tu l'as promis ? Unir nos forces pour avancer ensemble. Moi aussi je porterai ton fardeau. Alors compte davantage sur moi. »

De tout temps, Claude n'a pas changé, y compris sur ce point : tout assumer seul.

Il aide Opale dès qu'elle est en peine, mais ne demande jamais aide pour lui-même.

Même si cela ne change pas du jour au lendemain, Opale pense pouvoir l'épauler peu à peu.

« … Merci, Opale. »

De nouveau, la tête sur l'épaule de Claude, Opale perçoit à son oreille une voix grave et douce.

C'est si chatouillant qu'elle relève vivement le visage pour arborer un sourire taquin.

« — Du coup, tu vas m'expliquer ce soir comme il faut, entendu ? »

« Maintenant ? »

« La nuit ne fait que commencer. »

« C'est suggestif. »

Claude répond à son tour par un sourire taquin.

Dès lors, jusqu'à l'arrivée au manoir, ils continuèrent leurs échanges légers, comme autrefois.

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