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Yaneurabeya no Koushaku Fujin

Chapitre 36

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Chapitre 36

Chapitre 36

Chapitre 36/9538%~9 min de lecture1 647 mots

« On dirait que la "femme fatale du royaume de Socieu" n'est, à y regarder de plus près, qu'une illusion décevante. »

« C'est sûrement une sorcière, en réalité. Elle doit savoir user de quelque sortilège pour ensorceler les hommes. »

Les femmes qui entouraient Opal riaient méchamment en disant cela.

Pourtant, loin d'être blessée, Opal s'amusait à découvrir pour la première fois ce sobriquet.

D'un rapide coup d'œil, elle compta une marquise, une comtesse et sa fille, une autre comtesse et une vicomtesse.

Qu'il s'agisse de la supériorité du nombre ou de celle du terrain, Opal trouvait étrange que ces femmes, qui ne la connaissaient presque pas, puissent se montrer aussi assurées. Elle choisit de ne pas répliquer pour l'instant et se contenta d'un sourire réservé.

Une voix masculine vint s'interposer.

« Excusez-moi d'interrompre votre conversation, mais je suis venu solliciter une danse auprès de Mademoiselle Holloway. »

« M, mais ! Le baron Prado... vous connaissez cette personne ? »

« Oui. J'ai été présenté l'autre jour par le marquis Russell. N'est-ce pas ? »

« -- En effet. »

« Alors, m'accorderez-vous cette danse ? »

« Avec plaisir. -- Eh bien, Mesdames, je vous laisse. »

Opal saisit la main tendue par Erik, adressa un léger salut aux femmes et s'avança sur la piste.

Les femmes chuchotaient entre elles.

Apparemment, on murmurait déjà qu'elle avait réussi à attraper le baron Prado.

Au fond, tous les cercles mondains se ressemblent.

Écoeurée par les médisances et les manigances, Opal porta son attention sur l'homme face à elle.

« Tu es bien sage, dis donc. »

« Hein ? »

« Te faire dire pareilles choses sans même répliquer... »

« ... Je ne connais pas encore les rapports de force, alors je ne peux pas me permettre de parler légèrement. »

« Je vois. Tu changes d'attitude selon le pouvoir de ton interlocuteur. »

Elle avait cru qu'il venait à son secours, mais il n'en était rien.

Face à l'interprétation personnelle d'Erik, Opal faillit éclater de rire et dut se retenir.

Comme elle baissait les yeux pour se contenir, Erik crut qu'elle était atteinte et enfonça le clou.

« Inutile de faire la blessée pour attirer la pitié. Je connais ta vraie nature. Les autres aussi. Personne d'autre ne t'invite à danser, d'ailleurs. C'est incompréhensible que Claude soit le seul à se laisser duper. D'habitude, il a un esprit d'une acuité驚異. »

La raison pour laquelle Opal n'était pas invitée par d'autres hommes, c'était que Claude les en empêchait.

Et depuis que Claude s'était écarté, les femmes l'avaient immédiatement encerclée ; Erik était le seul à avoir osé franchir cet obstacle pour l'inviter.

Erik avait entendu les mauvaises rumeurs sur Opal à l'avance, et ne voyait plus que ce qu'il voulait voir.

Opal pensa, non sans ironie, qu'il ressemblait trait pour trait à l'ancien Hubert, et jeta un coup d'œil distrait vers Alessandro.

Leurs yeux se croisèrent instantanément.

Alessandro, assis, ne dansait qu'avec la princesse et se contentait d'observer la salle ; c'était son habitude et personne n'y prêtait attention.

Mais le sourire qui flottait sur son visage laissait deviner qu'il s'amusait de bien des choses.

Et tout particulièrement, en cet instant, de la situation d'Opal.

( Vraiment, quel homme méchant. On dirait que tout le monde danse sur l'échiquier de Sa Majesté... )

Trouvant la situation ridicule à force d'être prévisible, Opal chercha du regard Claude pour se changer les idées et le repéra immédiatement.

Quand leurs regards se croisèrent, Claude fit mine de danser de façon exagérée, comme s'il avait lu dans ses pensées.

« -- Claude a l'air de s'amuser follement. Bien plus que lorsqu'il dansait avec toi tout à l'heure. »

« Vraiment ? »

« Tu ne veux peut-être pas l'admettre, mais... »

« Ce fut un moment très agréable. Je vous remercie. »

Juste à ce moment, la musique s'arrêta. Opal coupa la parole à Erik pour le saluer.

Erik sembla saisir l'ironie et rougit.

Il réalisa visiblement que mettre sa partenaire mal à l'aise était un problème bien plus grave que sa technique de danse.

« Si vous le souhaitez, je peux vous apporter une boisson. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? »

« Pourriez-vous plutôt m'accompagner jusqu'à l'endroit où l'on peut prendre un léger repas ? Il y a peut-être des choses rares, et je préfère choisir moi-même. »

« ... Alors, suivez-moi. »

« Merci. »

Comme elle avait demandé à Claude de ne pas revenir trop vite, il ne réapparaîtrait pas de sitôt.

Sans doute en jugeant par là, Erik sembla décider de se comporter en gentleman envers Opal.

Il avait tout de même un air suffisant, mais comme il lui demandait ce qu'elle voulait boire, Opal accepta de l'accompagner vers la pièce annexe où étaient servis les rafraîchissements.

Elle posa la main sur le bras qu'il lui offrait, et ils avancèrent sous les regards de l'assemblée.

« Est-ce que j'ai des cornes qui poussent sur la tête, ou quoi ? »

« Quoi ? »

« Personne n'ose nous aborder. Ou bien c'est le baron qui est détesté ? »

Pour un personnage aussi sujet à conversation qu'Opal, il est d'usage que beaucoup de gens viennent se faire présenter, mais contrairement à tout à l'heure, tout le monde se contentait de les observer de loin.

C'est pourquoi elle avait plaisanté, mais la blague ne porta pas auprès d'Erik.

Erik fronça les sourcils, perplexe, mais ne dit rien et ils atteignirent la pièce visée.

Là, Opal commanda un alcool léger et plusieurs sortes de canapés.

La présentation différait, mais le contenu ne changeait pas de celui du royaume de Socieu.

« Tu vas manger tout ça ? »

« ... Tout ça ? »

Opal s'assit sur une chaise, suivit du regard le regard d'Erik et baissa les yeux vers son assiette.

La pièce était meublée de tables et de chaises pour permettre de manger assis.

Mais comme il était encore tôt, seuls quelques serviteurs étaient présents ; il n'y avait pas encore d'autres convives, si ce n'est un homme qui venait d'entrer seul.

Et dans son assiette, il n'y avait que quelques canapés.

« -- Si l'on boit de l'alcool l'estomac vide, on s'enivre plus vite. »

« D'ordinaire, on mange quelque chose avant d'assister à un bal, non ? Pour un dîner officiel, soit, mais... »

« D'ordinaire ? »

« Oui. C'est pour ça qu'il n'y a pas d'autres femmes ici que toi. Tu n'es pas capable de te gérer toi-même, c'est pour ça que tu t'es enivrée et que tu as fait des scènes honteuses jusqu'à maintenant, non ? »

« ... Des scènes honteuses enivrée ? Par exemple, quel genre de choses ? »

Opal refoula la colère qui montait et porta gracieusement un canapé à sa bouche, attendant la réponse d'Erik.

Huit ans plus tôt, quand son mari Hubert l'avait traitée de « débauchée », elle n'avait pas ressenti une telle fureur.

À l'époque, Opal n'avait pas démenti les rumeurs, elle avait donc sa part de responsabilité ; qui plus est, Hubert était son mari, il avait le droit de la blâmer. -- Hubert, qui avait refusé de l'écouter, avait aussi ses torts.

Par la suite, Opal s'était retirée du monde mondain ; même lorsqu'elle apparaissait en public pour le développement des terres de Mantest, elle vivait tranquillement.

On dit que la réputation perdue ne se récupère pas aisément, mais ce n'est plus là le problème.

Pourquoi devait-on lui en vouloir à ce point pour quelques canapés pris sur un plateau ?

De cette colère naquit, comme le disait Claude, un sourire qui s'approfondissait.

« C'est... parce que tu étais ivre, tu as été familière avec un homme... »

« Familière, comment ? »

« D, d'abord, tu devrais avoir honte de me forcer à dire de telles choses ! »

« Pas du tout. Je ne comprends pas ce que le baron cherche à dire, c'est pourquoi je demande. Je n'ai jamais bu au point de m'enivrer. Et je n'ai commis ce que le monde appelle un scandale qu'une seule fois. Lors d'une soirée, j'ai bêtement sorti seule dans le jardin et un homme, qui visait ma dot, m'a agressée ; j'ai crié au secours à pleine gorge. C'est la seule et unique fois. Une débutante de seize ans ne pouvait pas savoir quelles en seraient les conséquences. Mais même si je les avais connues, j'aurais résisté. »

« Mais les rumeurs disent... »

« Exactement, ce ne sont que des rumeurs. Personne n'a jamais été témoin des scandales qui ont suivi, pourtant les rumeurs ont pris vie toutes seules. Je ne voulais pas perdre face à ce unique scandale. Simplement ça. C'est pour cela que je suis toujours restée droite et fière. Cela a dû irriter tout le monde. D'ordinaire, on attend d'une femme qu'elle vive sous la protection d'un homme, sans faire valoir ses propres droits. Sans doute une femme doit-elle aussi s'abstenir de manger quelques canapés lors d'un bal. Parce que c'est "l'ordinaire". »

« Non, mais... »

Alors qu'Opal exposait les faits calmement malgré sa colère, Erik chercha ses mots et recula d'un ou deux pas.

Son visage était rempli de stupeur.

Pourtant, il parut se ressaisir.

Il lança un regard noir à Opal et rouvrit la bouche.

« Alors pourquoi le duc de MacLeod t'a-t-il répudiée ? »

« Je me le demande. »

« Évidemment, parce que tu te vautrais dans les plaisirs sans même lui donner un héritier. Et en plus, il a dû te partager ses biens... -- !? »

Il était trop tard quand il reprit ses esprits.

Opal avait renversé le contenu de son verre sur Erik.

Mais en retrouvant son calme, elle ne regretta pas particulièrement son geste -- elle pensa même qu'elle méritait des éloges.

Et après avoir posé lentement son verre, Opal sourit avec éclat.

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