« Mais… même si vous parlez de mariage officiel… mon mari et moi sommes déjà mariés, non ? »
Opale parvint enfin à faire sortir sa voix, et ses mots étaient tout à fait légitimes.
Hubert rougit encore davantage et se mit à insister.
« M-mais ce n'est que de nom. Moi… au début de notre mariage, je n'ai fait que te traiter affreusement. Ce n'est pas une excuse, mais à cette époque, j'avais l'esprit entièrement occupé par les dettes et l'affaire Stella, on aurait dit que j'avais perdu la tête. Malgré cela, depuis la première fois que j'ai dansé avec toi il y a dix ans, j'étais attiré par toi. Le fait que notre mariage prenne une telle forme a blessé mon orgueil, et stupidement, je me suis défoulé sur toi. Vraiment, je suis désolé. »
« C'est… déjà passé. Moi aussi, j'ai fait la chose la plus basse qui soit en trompent mon mari pour lui voler ses terres. »
« Non, ça ne me dérange pas. Grâce à ça, j'ai ouvert les yeux. Bien sûr, au début je t'ai détestée, mais j'ai fini par comprendre pourquoi tu avais agi ainsi. Mon monde était jusqu'alors bien trop étroit. Quand j'ai réalisé cela, j'ai compris à quel point tu es une personne merveilleuse, et que mon attirance lors de notre première danse n'était pas une erreur. Cependant, je n'avais plus le droit de te faire une déclaration. C'est pourquoi, quand j'ai racheté toutes les terres, j'ai décidé de te demander à nouveau en mariage. »
En entendant la confession d'Hubert, Opale comprit pourquoi il avait été si pressé d'acheter les terres de Mantes, et le regret l'envahit simultanément.
Si elle n'avait pas mis Hubert à l'épreuve avec tant d'arrogance, si elle l'avait soutenu honnêtement dès le début, elle n'aurait pas eu à traverser un pont aussi dangereux.
À l'époque, Hubert parlait de vivre avec Stella ou quelque chose comme ça, alors Opale avait conclu par elle-même que cela devait être lié à Stella.
En y repensant, c'était quand les choses avaient mal tourné. Elle repensa à Stella pour la première fois depuis longtemps.
« Je pensais… que mon mari aimait Stella-san… »
« Stella ? Absolument pas ! Pour moi, Stella est comme une sœur ! »
Face à l'étonnement d'Opale, Hubert rougit à nouveau et s'empressa de s'expliquer, tout affolé.
« Bien sûr, j'ai de l'affection pour Stella. Mais c'est l'affection qu'on porte à sa famille, ce n'est pas du tout la même chose que ce que je ressens pour toi. Seulement… pendant un temps, j'ai stupidement espéré que tu serais jalouse à cause de Stella. »
« C'était… ça… »
« Oui. Moi… j'aime Opale. Veux-tu bien m'épouser à nouveau, s'il te plaît ? »
Face à la première demande en mariage d'Hubert, Opale resta hébétée et fixa intensément l'homme agenouillé à ses pieds.
Elle avait rêvé de cette scène dans un passé lointain.
Et maintenant, tout était trop tard.
Depuis ce jour il y a sept ans, la détermination d'Opale n'avait pas changé.
« Je suis désolée, mon mari. Je ne peux pas l'accepter. »
En entendant le refus d'Opale, Hubert afficha une expression incrédule.
Pourtant, Opale continua calmement.
« Il y a sept ans, quand j'ai trompé mon mari pour m'approprier ses terres et son manoir, j'avais décidé de tout rendre dès qu'il rachèterait la moitié de ses biens confisqués. Et de demander le divorce. »
« C-c'est pas nécessaire. Je te rachèterai tout correctement. Alors… »
« Divorcez-moi, mon mari. Je vous en prie, rendez-moi ma liberté. »
« La liberté… ? Pourquoi ? Pourquoi… »
« — Pour être honnête, moi aussi, lors de notre première danse, j'ai été profondément touchée. Si mon mari m'avait demandé en mariage à ce moment-là, j'aurais sauté de joie. Mais après cela, j'ai été mêlée à un scandale. Bien qu'il ne se soit rien passé, la société ne m'a pas pardonnée. Par orgueil, je faisais semblant de m'amuser dans les salons, quoi qu'on colporte comme mensonges, quoi qu'on dise dans mon dos. »
Cette fois, c'était Hubert qui semblait surpris par la confession d'Opale.
Elle aussi pensait que son moi d'alors avait été stupide.
Au final, tous les deux avaient été jeunes et idiots.
« À vingt ans, je deviendrais indépendante de mon père et pourrais disposer librement de l'héritage de ma grand-mère. Je me disais qu'il ne me restait plus qu'à patienter, que je pourrais bientôt vivre paisiblement à la campagne, quand on m'a ordonné d'épouser mon mari. Furieuse, j'ai été bien impertinente et rebelle même après le mariage. »
« Ce n'est pas vrai. C'est moi qui aurais dû agir en aîné à ce moment-là. Toi, ton père, vous m'avez tous deux comblé de bienfaits, et moi… nous… nous avons été bien trop cruels envers toi. »
Face à Hubert qui implorait son pardon, Opale lui adressa un triste sourire avant de se lever.
« Opale ? »
« Mon mari, veuillez vous asseoir. Et pourriez-vous m'attendre un instant ? »
Sur ces mots, Opale regagna sa chambre, puis revint au salon.
Elle posa les documents qu'elle tenait sur la table.
Hubert y jeta un œil dubitatif, puis écarquilla les yeux.
« Je comptais vous les remettre après la cérémonie d'aujourd'hui. L'argent que vous avez versé pour racheter les terres a été investi… dans cet investissement à Mantes, donc comme je viens de le dire, je promets de tout vous rendre également. Alors s'il vous plaît, signez ce document de divorce. »
Hubert contemplait, stupéfait, le document de divorce posé à côté de l'acte de transfert de propriété obtenu par tromperie.
Face à lui, Opale ajouta avec un sourire amer.
« Bien sûr, cette fois, lisez-le attentivement avant de signer. Vous comprendrez que c'est un simple document de divorce. »
« Est-ce… qu'on ne peut plus recommencer ? »
« … Mon mari a dit que Stella-san était comme une sœur pour lui ? Moi aussi, depuis longtemps… je ne vois mon mari… que comme un membre de ma famille. Donc à l'avenir, impossible pour moi de le voir comme un homme. Toutefois, le droit de décider du divorce appartient à mon mari. Si vous refusez, je n'y peux rien. Un héritier sera nécessaire, donc moi… »
« Ça suffit ! … Je t'en prie, n'en dis pas plus. »
Complètement abattu, Hubert coupa la parole à Opale.
Opale avait laissé sa phrase en suspens, mais depuis bien longtemps… depuis l'époque où elle lui avait volé ses biens, elle ne voyait Hubert que comme un cadet ennuyeux, malgré son âge supérieur.
Et elle avait brûlé d'une étrange mission : faire de ce frère colérique un duc respectable.
Il y a quatre ans, elle avait été déçue mais n'avait pas pu l'abandonner. Cette fois, elle jugea que ça irait, et proposa le divorce.
Prévoyant le pire, elle avait chargé son mandataire de surveiller l'évolution du duché.
Cependant, il allait de soi qu'Hubert aurait besoin d'un héritier, et si celui-ci le désirait ardemment, elle était prête à l'accepter.
Elle craignait juste d'être haïe… jamais elle n'aurait imaginé qu'Hubert éprouve des sentiments amoureux pour elle, donc l'histoire de l'enfant relevait aussi du pire scénario.
— Être forcée de donner un successeur à la place de Stella qui ne peut pas en avoir.
« Pardonne-moi, Opale. Aujourd'hui je suis trop fatigué, impossible d'examiner les documents. Alors… est-ce que la réponse peut attendre demain ? »
« — Oui, bien sûr. »
À la question douloureuse d'Hubert, Opale répondit clairement et se leva doucement.
Puis, laissant Hubert la tête basse, elle quitta le salon pour regagner sa chambre.
Elle ne lui adressa pas un mot, mais elle pensa que c'était mieux ainsi.
Une fois que sa femme de chambre eut retiré son maquillage, elle aurait voulu prendre un bain, mais elle s'endura, enfilât sa robe de nuit et se glissa sous les couvertures.
Elle était si fatiguée qu'en fermant les yeux, elle s'endormirait immédiatement, pourtant le faint bruit venant du salon la préoccupait et l'empêchait de dormir.
Malgré tout, Opale finit par s'endormir sans s'en rendre compte.
Le lendemain matin, elle se réveilla à la lumière du soleil ; il était déjà tard, et sa femme de chambre lui apprit qu'Hubert avait déjà quitté l'hôtel.
De plus, il semblait avoir laissé un dépôt à la femme de chambre en partant.
Quand Opale reçut la grosse enveloppe qu'on lui tendit et en vérifia le contenu sur place, il s'agissait du document de divorce signé.
Rien d'autre.
Ni l'acte de transfert de propriété, ni aucune lettre d'Hubert.
Opale poussa un profond soupir, se mit à se préparer, prit un bon petit-déjeuner et quitta l'hôtel.
Destination : le manoir ducal de la capitale.
Pour mettre un point final, Opale choisit la voiture plutôt que le train, se donnant du courage pendant le trajet.
Honnêtement, revoir Hubert la mettait mal à l'aise, mais il y avait quelque chose à faire avant de déposer officiellement le divorce.
Quelques jours plus tard, Opale arriva au manoir ducal, le cœur résolu. Apprenant qu'Hubert n'était pas encore rentré, elle ressentit à la fois du soulagement et une légère inquiétude.
Mais Hubert était désormais un adulte respectable.
Opale se dit qu'elle n'avait pas à s'inquiéter, et ordonna au majordome, surpris par le retour soudain de la maîtresse de maison, de rassembler tous les domestiques.
C'est alors que Stella apparut, poussée en fauteuil roulant par Beth, accompagnée de Mme Northam et de Romitt, et fixa Opale d'un regard furieux.
« Pourquoi tu reviens tout d'un coup ? »
« Bonjour, Stella-san. Cela fait longtemps. Tu as l'air en pleine forme. »
« Malheureusement, Hubert n'est pas là. »
« Le médicament fait effet, on dirait. Tant mieux. »
Beth et Romitt regardaient, stupéfaits, cet échange totalement décalé entre Opale et Stella.
C'était probablement la première fois qu'ils voyaient Stella avec une telle attitude.
« Stella, arrête ! C'est impoli ! »
« Mais non, c'est pas grave. D'ailleurs, vous êtes tous là, qu'est-ce qui se passe ? »
« E-eto, en ce moment, Stella séjourne ici pour passer sa visite médicale mensuelle chez le médecin… »
« Ah, c'était ça. Je pense que vous pouvez rester autant que vous voulez. »
Face à l'attitude de Stella qui ne connaissait pas sa place, Mme Northam se précipita pour la gronder.
Stella semblait toujours aussi gâtée, mais Opale ne ressentait que de la pitié.
Elle devrait s'accrocher à Hubert toute sa vie pour survivre.
Le majordome revint avec les domestiques.
« Madame, nous avons rassemblé tous les membres du personnel présents au manoir… »
« Merci. »
Opale remercia le majordome dubitatif d'un sourire, puis passa lentement les domestiques en revue.
C'était dommage de ne pas voir Kabe le cocher, mais ils se croiseraient peut-être à nouveau un jour.
« Merci d'être venus exprès. Je regrette de ne pas pouvoir saluer tout le monde, mais c'est inévitable. Je suis venue dire au revoir. »
À ces mots, tous retinrent leur souffle.
Ceux qui semblaient le plus effrayés étaient les anciens domestiques, qui craignaient apparemment d'être licenciés.
« En fait— »
« Arrête ! Pourquoi tu fais une chose aussi cruelle !? »
« … Cruelle ? »
« Tout le monde sert ce manoir depuis des générations ! Et tu les vires, c'est trop cruel ! »
« Stella-sama… »
Face aux paroles émouvantes de Stella, Romitt et les autres avaient les yeux humides.
Opale pensa qu'elle ne changait vraiment pas, mais l'ange dans son fauteuil roulant n'avait plus la fragilité d'autrefois.
Les années passent équitablement pour tous les humains.
Opale poussa un profond soupir et prit la parole.
« Il semble y avoir un malentendu, mais c'est moi qui pars. »
« … Hein ? »
« Je vais divorcer de mon mari. J'ai enduré longtemps, mais enfin je retrouve ma liberté. Alors s'il vous plaît, félicitez-moi. »
Dans ce manoir ducal, Opale offrit au personnel son sourire le plus radieux, celui qu'elle n'y avait jamais montré.
Seul le nouveau majordome, au courant d'une partie des circonstances, l'accueillit avec un sourire.
Opale regarda Romitt et Beth qui restaient bouche bée, fixa Stella un instant, puis se tourna à nouveau vers les domestiques… vers les anciens domestiques.
« Mon mari… non, le duc de MacLeod se remiera probablement avant longtemps. Alors, cette fois, montrez du respect et de la gentillesse à la nouvelle maîtresse. Il se peut qu'elle soit très jeune et peu habituée à son rôle de femme du maître de maison. »
Elle savait que c'était mesquin, mais elle se dit qu'une dernière pique était permise, et la lança.
Pourtant, juste ça suffit à lui donner l'impression que des années de ressentiment s'évacuaient.
« Alors, merci pour ces sept ans. C'était assez amusant. Au revoir ! »
Elle adressa un gai adieu à Stella, Romitt et les autres, encore sous le choc et sans voix, fit demi-tour et quitta le manoir par l'entrée.
Le temps était au beau fixe, et l'humeur d'Opale aussi.
Bien sûr, elle n'avait laissé aucun bagage dans ce manoir.
Opale descendit les marches jusqu'à sa voiture personnelle qui l'attendait, et se retourna une dernière fois vers le manoir.
En relevant la tête, elle aperçut la petite fenêtre sale et trouble de la mansarde où elle s'était obstinément enfermée pendant ce court séjour.
Elle était jeune, à l'époque. Une pointe d'émotion la traversa, mais elle changea vite d'humeur et monta en voiture.
Direction le petit manoir que sa grand-mère lui avait laissé.
Mais avant cela, elle comptait passer par le duché pour faire ses adieux.
Cet endroit était bien plus son chez-elle que ce manoir, alors les adieux seraient douloureux.
Pourtant, l'Opale d'aujourd'hui ressentait une clarté parfaite, et s'élança vers sa nouvelle vie.