Hubert la regarda, inquiet.
« Opal, est-ce que tu vas bien ? Tu devrais être au lit. »
« … Mon mari, je vais parfaitement bien maintenant. Je restais ici seulement par précaution, et je comptais retourner au manoir sous peu. C'est moi qui suis désolée de vous avoir dérangé ainsi. »
« Non… »
Opal avait attrapé une grippé sévère et avait souffert d'une fièvre qui ne baissait pas pendant une dizaine de jours.
La fatigue accumulée avait fait chuter ses défenses immunitaires, ce qui expliquait sa lente guérison.
Même une fois capable de se lever, les domestiques s'inquiétaient pour elle, et elle finit par séjourner plus d'un mois au manoir du comte.
Pendant ce temps, Hubert avait été informé par lettre de son père. Des lettres de visite et des fleurs lui avaient été envoyées pendant qu'elle était alitée.
Il avait refusé les visites directes de peur de contaminer son mari.
« J'ai appris du comte que tu allais complètement bien, alors je suis venu te voir. Et j'ai une excellente nouvelle à t'annoncer. »
« — Merci. Quelle est donc cette excellente nouvelle ? »
Hubert sourit gentiment et lui tendit le bouquet qu'il tenait.
C'était la première fois qu'il lui adressait un tel sourire depuis qu'elle avait été remerciée pour l'affaire Stella.
Troublée, Opal accepta le bouquet et le remercia, puis demanda ce qui s'était passé.
« Figure-toi qu'un investisseur s'est manifesté ! »
« … Pour le développement des terres de Mantest ? »
« Exact. En fait, ce mois dernier, je me suis rendu au royaume de Taisei. »
« Mon mari est allé au royaume de Taisei ? »
« Oui. Je n'ai pas non plus resté les bras croisés. Je pensais faire venir des techniciens de ce pays, et j'avais l'intention d'aller négocier directement. Le comte m'a présenté quelqu'un, le marquis Russell, qui a tout mis en œuvre. Grâce à lui, j'ai pu avoir une audience avec Sa Majesté le roi. De plus, le marquis a convaincu le roi d'envoyer des techniciens du royaume ! Et le marquis lui-même a accepté d'investir ! »
« C'est… incroyable. »
« N'est-ce pas ? Opal, pardon de t'avoir inquiétée. Grâce à ça, ton père a aussi promis d'investir, et désormais tout va bien se passer. »
Face à cette nouvelle inattendue, le cœur d'Opal s'allégea enfin.
En même temps, elle se demandait pourquoi Hubert agissait avec tant d'entrain — pourquoi il était assez pressé pour se rendre dans un autre pays.
Mais elle ne posa pas la question, et écouta attentivement les propos d'Hubert assis en face d'elle.
Hubert était de très belle humeur, et son visage rayonnait d'entrain en parlant des perspectives d'avenir.
Bien sûr, les bénéfices ne seraient pas immédiats, mais avec la puissance technologique du royaume de Taisei, le retour sur investissement serait bien plus rapide que ne le prévoyait son père.
Les profits ne viendraient pas seulement de la mine.
La construction du chemin de fer ferait bouger des gens et de l'argent, et une ville naîtrait.
Une fois le chemin de fer achevé, non seulement les mineurs, mais bien d'autres personnes afflueraient, et les terres se développeraient davantage.
De plus, Mantest était bien situé pour commercer avec le royaume de Taisei, et le marquis Russell semblait l'avoir repéré.
Le royaume, ayant retrouvé sa stabilité intérieure, avait besoin de reconstruire ses relations avec l'étranger.
Le marquis avait soutenu financièrement et matériellement le nouveau roi lors de la guerre de succession il y a trois ans, contribuant grandement à sa victoire.
Ce mérite lui avait valu d'être élevé au rang de marquis, et on murmurait qu'il pourrait même devenir duc, tant il s'investissait encore dans la reconstruction.
Le fait que ce marquis Russell fût une connaissance de son père fut une aubaine.
Hubert cherchait des investisseurs dans ce pays depuis un mois, mais tous se détournaient parce que son beau-père, le comte Holloway, n'y participait pas.
Cependant, en voyant la lettre d'introduction du père, le marquis ne voulut pas laisser passer la mine d'or que représentait Mantest, et décida de parier sur son potentiel.
Grâce à cela, son père avait aussi décidé d'investir massivement, et Hubert affirma que les investisseurs afflueraient désormais.
« … Mais si le marquis Russell et mon père investissent autant, avez-vous encore besoin d'autres investisseurs ? »
« Précisément, le marquis a accepté de prêter les fonds d'achat des terres à un taux d'intérêt très bas. Pour l'instant, il suffit de rembourser les intérêts seulement. Et avec ce taux, je peux couvrir les paiements avec les seuls revenus de mes terres. La majeure partie des fonds de développement sera investie par le comte, mais il ne peut pas tout prendre en charge. »
« Cela semble trop beau pour être vrai. Le marquis est-il vraiment fiable ? »
« Oui, on pourrait le croire. Mais le comte a vérifié le contrat tout à l'heure et l'a validé. Il ne me reste plus qu'à signer. »
« Je vois… Alors, le reste, c'est moi qui l'investirai. C'était notre accord, non ? »
L'affaire marchait trop bien, et Opal craignait qu'Hubert ne se fasse à nouveau avoir, mais si son père avait vérifié, ce devait être sûr.
Soulagée, elle se porta garante de l'investissement, mais Hubert secoua la tête, l'air gêné.
« Cela… pourras-tu l'oublier ? À l'époque, je n'étais pas moi-même. De peur qu'un autre ne me devance suite à la baisse des terrains de Mantest, j'ai paniqué, j'ai mis tes terres en gage sans ton accord et je t'ai dit des choses terribles. Bien sûr, j'ai immédiatement entamé la procédure d'annulation du prêt garanti par les terres, mais… »
« Mon mari, mis à part ce qui s'est passé à l'époque, ceci est un investissement pur de ma part. Bien sûr, c'est vous qui choisissez vos investisseurs. Si vous refusez, j'abandonnerai. »
« Ce n'est pas une question de choix. Si tu investis, je suis ravi. Mais, aussi étrange que cela vienne de moi, je t'en prie, ne fais pas l'impossible. Même si Mantest est une mine d'or, rien n'est garanti. »
« … Merci pour votre conseil. Mais ça va. Comme vous le savez, je possède un certain patrimoine. »
Voyant qu'Hubert retrouvait son calme, Opal sourit, rassurée.
Il resterait encore bien des difficultés, mais tout irait bien.
Cette fois, Opal aussi put le croire, et elle raccompagna Hubert, le cœur apaisé, tandis qu'il quittait le manoir du comte.
***
— Quatre ans plus tard.
Le chemin de fer reliant la mine à la zone urbaine, ainsi que celui menant au port nouvellement construit, avaient été inaugurés sans encombre, et Opal assistait à la cérémonie.
Le retour sur investissement était encore loin, mais le fait que le développement ait progressé sans problème majeur en surface était une chance.
Il avait fallu bien des efforts pour freiner Hubert lorsqu'il menaçait de s'emballer, mais s'il n'écoutait pas Opal, il acceptait docilement les paroles de son père et du marquis Russell, ce qui avait permis d'éviter le pire.
« Pourquoi la plupart des hommes pensent-ils que les femmes ne comprennent rien au travail ? J'obtiens des résultats, alors au moins mon mari pourrait me reconnaître… »
Lorsqu'elle s'en était plainte une fois, son père avait souri amèrement en répondant : « C'est justement parce que c'est toi. »
En tant que mari, son orgueil devait être blessé d'être corrigé par sa femme.
C'était absurde, mais puisque la société considère que les femmes doivent s'appuyer sur les hommes, il n'y avait rien à faire.
En réalité, beaucoup de femmes vivaient avec force en exploitant cette apparente faiblesse.
Opal jeta un coup d'œil à Hubert, entouré de femmes, et soupira.
La valeur des terres de Mantest avait grimpé bien au-delà des prévisions, et le comte Holloway comme Hubert étaient devenus d'immenses fortunes, si bien qu'il était très courtisé par les femmes, marié ou non.
Naturellement, l'attention se reportait aussi sur Opal, et hommes et femmes de tout âge cherchaient des prétextes pour l'approcher.
Surtout, de jeunes hommes arrivaient comme s'ils se souvenaient soudain des rumeurs d'autrefois et la draguaient ouvertement, ce qui l'exaspérait au plus haut point.
Lassée de cette situation, Opal avait décidé de se retirer à la campagne dès la cérémonie terminée.
Au fond, elle n'avait participé à cette cérémonie qu'elle n'avait pas envie que pour remercier le marquis Russell, mais hélas, celui-ci était absent.
Opal avait demandé plusieurs fois à son père et à Hubert de la mettre en contact avec le marquis, mais elle n'avait jamais pu lui parler qu'en passant par l'un des deux.
« Le marquis Russell aussi, pense-t-il que les femmes ne peuvent pas faire le travail… ? »
Ce plan avait réussi grâce au marquis, et elle espérait enfin pouvoir lui parler directement aujourd'hui, mais ce vœu ne s'était pas réalisé non plus.
Apparemment, le marquis n'aimait pas se montrer en public, et cette fois encore, il semblait ravi d'avoir un prétexte pour ne pas venir, avait ri son père en le lui racontant.
« Est-ce mon destin de ne jamais pouvoir rencontrer qui je veux… ? »
Quatre ans plus tard, les nouvelles de Claude restaient introuvables.
Récemment, lors de son retour dans le fief du comte, elle avait aussi rencontré la baronne, mais celle-ci ne semblait pas vouloir évoquer Claude, alors Opal avait vite changé de sujet.
Tandis qu'elle songeait vaguement à ces souvenirs, un fort bruit de l'orchestre la ramena brutalement à la réalité.
« Bientôt… bientôt c'est fini… »
Regardant Hubert sous les feux de la rampe, Opal attendait la fin de la cérémonie.
En vérité, elle n'aimait pas les lieux bruyants.
Dix ans plus tôt, Opal venait de faire ses débuts dans le monde, et s'enivrait de son éclat.
Mais quand elle comprit que vivre tranquillement à la campagne était bien plus heureux, il était trop tard.
Opal, l'orgueil féroce, avait fait semblant de s'amuser dans le monde par entêtement, mais aujourd'hui elle trouvait cela stupide.
Sa vie conjugale n'avait rien à voir avec ses rêves, mais elle y trouvait tout de même une raison d'être.
Même si le lieu différait de ses projets, vivre à la campagne en relevant le fief et voir les visages joyeux des villageois était un vrai bonheur.
« Mais ma vie à la campagne ne s'arrête pas là. »
Quoi qu'on dise, Opal n'avait plus l'intention de paraître dans le monde plus que nécessaire.
Autant adopter un chien, tiens.
C'est en songeant à cela qu'Opal, présente à la réception qui suivit la cérémonie, s'éclipsa au moment opportun.
Le lieu était un hôtel neuf construit avec le développement des terres, et Opal logeait dans la meilleure chambre.
Naturellement, Hubert était dans la même chambre.
Époux et épouse oblige, mais la chambre possuant deux chambres à coucher, ce n'était pas si grave, et Opal l'acceptait sans arrière-pensée.
Une fois dans la chambre, elle appela une servante, défit ses cheveux et retira sa robe.
Libérée de la contrainte sur sa tête et son corps, Opal souffla de soulagement.
C'est alors qu'on frappa à la porte, et la voix d'Hubert retentit.
« Opal, est-ce que tu vas bien ? »
« Heu, oui. Bien sûr. Pourquoi ? »
« Non… Tu es partie si vite de la salle. Je me demandais si tu n'étais pas malade… »
« Je suis désolée de vous avoir inquiété. Mais je vais vraiment bien, alors je vous en prie, retournez à la réception, mon mari. »
« … Je n'ai pas l'intention d'y retourner maintenant. Plus que ça, Opal, j'ai quelque chose à te dire. Peux-tu sortir ? »
La conversation à travers la porte était si surprenante qu'Opal et la servante qui l'accompagnait échangèrent un regard stupéfait.
Mais elle ne pouvait pas sortir dans cet état, alors elle appela Hubert en attendant.
« J'arrive tout de suite. Pourriez-vous m'attendre un peu ? »
« Compris. »
Une fois qu'il eut regagné le salon, Opal se hâta d'enfiler une robe de tous les jours pour ne pas le faire patienter.
Elle dit à la servante de laisser ses cheveux détachés, et pendant qu'on l'aidait à s'habiller, elle se peigna elle-même.
Puis, une fois prête, Opal entra dans le salon.
« Pardon de vous avoir fait attendre. »
« Non… c'est moi qui suis désolé de débarquer comme ça. »
Intriguée par l'attitude inhabituellement fébrile d'Hubert, Opal s'assit sur le canapé.
On lui demanda si elle voulait boire quelque chose, mais elle refusa. Hubert se versa du brandy pour lui et s'assit en face.
« Alors… grâce à cette affaire, j'ai enfin réuni les fonds nécessaires pour te racheter toutes tes terres. »
« C'est… félicitations. Mais il faudra encore beaucoup d'argent par la suite, non ? Et moi… »
« Non, je ne perds pas mes avoirs pour autant. C'est pourquoi je veux racheter tout l'ancien territoire ducal. »
« — Compris. Dans ce cas, je ne pense pas qu'un nouveau contrat de vente soit nécessaire. Je vous remettrai immédiatement les documents de l'époque, vous pourrez les détruire. »
C'était ce qu'Opal avait décidé depuis qu'elle avait arraché les terres d'Hubert avec ce contrat frauduleux.
En réalité, elle comptait tout lui rendre — tout l'argent versé pour les rachats successifs, intérêts composés des investissements inclus — dès qu'il aurait racheté la moitié du patrimoine ducal, c'est-à-dire les biens de la maison ducale.
Si Hubert n'avait pas acheté les terres de Mantest à l'époque, l'affaire aurait été réglée bien plus vite.
On pouvait dire que quatre ans avaient été gaspillés, mais pour Opal, qui avait pu vivre à la campagne comme prévu avec un mari seulement nominal, cela n'avait pas d'importance.
Pour Hubert non plus, puisqu'il était devenu l'un des plus grands propriétaires du pays, ce n'était pas si mal.
Opal calculait déjà mentalement la valeur actuelle de ses avoirs augmentés, et commençait à planifier la procédure de cession.
La voix tendue d'Hubert la ramena à la réalité.
Elle vit alors qu'Hubert s'était mis à genoux à ses pieds, le visage écarlate, la regardant vers le haut.
« … Pardon ? Qu'avez-vous dit ? »
« Donc… ça… Opal, est-ce que tu veux bien m'épouser pour de vrai ? »
Des mots stupéfiants parvinrent à ses oreilles, et une cloche sonna violemment dans la tête d'Opal.
Au point de lui donner mal à la tête.
Et Opal pensa, hors de propos, que c'était ça, la foudre par ciel bleu.