sortit un mouchoir d'un geste rodé et se mit à débiter sans s'arrêter : « Petite sœur, ta Troisième Grande Sœur a eu une vie difficile ! »
Cette entrée en matière familière.
était blasée...
« Elle est tombée sur la mauvaise personne, elle est tombée amoureuse du béni-oui-oui de notre ancienne Cinquième Petite Sœur. Ce chien dissimulait du qi démoniaque au sein de notre Secte Wanjian, et il a piétiné le cœur sincère de ta Troisième Grande Sœur. Sachant qu'elle était cultivatrice de l'épée, non seulement il a détruit son Dantian, mais en plus, imitant cette femme perfide qui avait nui au Deuxième Grand Frère, il lui a sectionné les tendons de la main... Ouinnn, ma pauvre Troisième Petite Sœur, une cultivatrice de l'épée incapable même de soulever une épée, comment pouvait-elle vivre... Au bout du compte, elle a été contrainte de devenir cultivatrice de pilules... »
comprit soudain le mystère de ce pot de verdure.
Les cultivateurs de pilules ordinaires sont comparables aux médecins du Royaume Mortel. La Troisième Grande Sœur, portée par sa rancœur, a évolué en cultivatrice de poisons...
« Grand Frère, ferme-la ! » Les femmes ne supportent pas qu'on évoque leur passé sombre, et surtout pas leurs histoires d'amour ratées. Elle avait déjà tant souffert à cause de ce maudit béni-oui-oui ! Comment Grand Frère osait-il divulguer ses secrets ! Elle empoigna le balai posé au sol et fondit sur eux.
, incapable de pleurer davantage, entraîna et détala en courant hors de la cour de . Ce n'est que lorsque la femme derrière eux cessa de les poursuivre qu'ils s'arrêtèrent, hors d'haleine.
« P-petite sœur... Je vais te présenter le Quatrième Petit Frère ! »
: « ... »
Elle ne jugeait pas indispensable de voir le Quatrième Grand Frère aujourd'hui.
Avant qu'elle ait pu refuser, désigna un mendiant qui fouillait les ordures au bord du chemin et cria : « Quatrième Petit Frère ! Quatrième Petit Frère ! »
: « ... »
En entendant la voix, le mendiant s'empressa de protéger les détritus qu'il venait de ramasser, l'œil méfiant envers les deux qui approchaient.
L'homme était grand et sa silhouette n'avait rien d'un mendiant, mais ses haillons étaient pires que ceux d'un clochard du bord de route ; il traitait en outre son tas d'ordures comme un trésor, craignant qu'on ne le lui vole.
fit les présentations : « Voici notre nouvelle petite sœur, . »
« Petite sœur, voici ton Quatrième Grand Frère, Long Aotien. »
: « ... »
Avec un nom pareil, Long Aotien, comment pouvait-il être aussi mal en point ?
Long Aotien ne manifesta aucune chaleur ; il se moquait de la nouvelle petite sœur et protégeait farouchement ses précieux détritus : « Je vous préviens, je n'ai rien à vous donner ! »
Sa mauvaise volonté poussa à s'expliquer prestement.
« Petite sœur, ne te méprends pas, ton Quatrième Grand Frère n'a pas toujours été comme ça. »
À l'évocation du chagrin, le mouchoir de réapparut : « Ton Quatrième Grand Frère a eu une vie difficile ! À sa naissance, des présages fastes sont descendus du ciel ; à trois ans, il savait déjà attirer l'énergie spirituelle dans son corps et entamer sa cultivation, une figure légendaire, un génie parmi les génies ! Et voilà que sa fiancée l'a trahi, que ses frères sont devenus ses ennemis, que son clan a comploté contre lui ; non seulement il a été cocufié et sa base de cultivation inversée, mais on lui a en plus dérobé tous ses biens ! Ouinnn, mon pauvre Quatrième Petit Frère... »
s'indigna : « C'est trop ! Comment ont-ils pu réduire le Quatrième Grand Frère à la misère ! »
en était fermement convaincue : on ne frappe pas quelqu'un au visage, et on ne le dépouille pas de son argent !
« Oui ! Oui ! Ton Quatrième Grand Frère en garde un traumatisme psychologique depuis, il cache sa fortune, il a peur d'être détroussé, il refuse même de porter de meilleurs vêtements ! »
voulut pleurer avec Long Aotien, mais celui-ci se tenait sur ses gardes comme un voleur.
Pour une fois, compatit et dit à Long Aotien : « Quatrième Grand Frère, ne t'inquiète pas, je te donnerai toutes les ordures de ma cour ! Tant que je serai là, tu auras des détritus à ramasser ! »
Long Aotien : « ... »
Les gens normaux ne devraient-ils pas le plaindre et lui offrir de bonnes choses ?
pleura quatre fois, jusqu'à en avoir la voix éraillée ; qui ne l'aurait pas su l'aurait cru revenant d'un enterrement.
« Il se fait tard ; petite sœur, va te reposer. Si tu as faim, ton Grand Frère a des Pilules de Jeûne ici ; mange-en une si tu as faim. » donna prévenamment quelques Pilules de Jeûne à .
Cette journée avait été bien mouvementée. En repensant au Maître inconscient et aux grands frères et grandes sœurs tous plus étranges les uns que les autres, soupira, ce qui lui arrivait rarement.
« Heureusement que Grand Frère est normal, comme moi. »
Cette pensée s'évanouit complètement en une nuit.
Après avoir enfin rangé sa cour le soir, sortit joyeusement du vin de fruits de sa bourse de stockage et savoura un roman sous la douce clarté de la lune. Arrivée à un passage crucial de l'intrigue, ses yeux s'illuminèrent !
Allez savoir pourquoi, une bagarre exaspérante éclata dehors. n'avait aucune envie de s'en occuper ; elle résista longtemps, refusant de lâcher les rebondissements captivants de son livre.
Mais le vacarme dehors était tel qu'elle n'arrivait plus à se concentrer.
Qu'est-ce qu'ils fabriquent en pleine nuit !
Cela l'obligea à poser son livre bien-aimé et à aller voir ce qui se passait.
Elle découvrit Long Aotien, le chiffonnier de la journée, étendu au sol dehors. Il portait toujours ses habits de mendiant, mais ils paraissaient plus élimés encore ; non seulement ils étaient couverts de terre, mais son visage était tuméfié, comme s'il avait été roué de coups...
« Quatrième Grand Frère ? » ne comprenait pas son état.
« Cough... » Long Aotien cracha une gorgée de sang et lui dit : « La nou... la nou... comment tu t'appelles, déjà ? »
: « ... »
Il ne s'en souvenait vraiment pas : « Peu importe. Sixième, emmène vite la Deuxième et la Troisième en bas de la montagne vous mettre à l'abri ! »
eut le sentiment qu'il l'insultait, mais elle n'en avait aucune preuve.
« Ce fou est devenu complètement dingue... » Long Aotien désigna la cour du Maître : « Va te réfugier en lieu sûr ; je vais l'arrêter ! »
« Que s'est-il passé exactement, Quatrième Grand Frère ? »
Dans toute la Montagne Protectrice de l'Épée, ne percevait manifestement aucune présence étrangère, et ne sentaient aucune menace, alors pourquoi le Quatrième Grand Frère avait-il l'air de croire que le ciel lui tombait sur la tête ?
regarda vers cette cour ; se pourrait-il que... le Maître se soit réveillé ?
Long Aotien était grièvement blessé, mais il se releva obstinément et fonça vers la cour du Maître, épée au poing !
« Pff... Quatrième Grand Frère, et tes blessures ! Prends d'abord des pilules ! »
Les deux entrèrent l'un après l'autre dans la cour du Maître ; Long Aotien ouvrit la porte d'un coup de pied sans la moindre cérémonie !
« Bang ! »
, qui le suivait, entra dans la cour et vit Grand Frère — celui-là même qui pleurait dans son mouchoir un peu plus tôt — brandissant à présent un sabre large au-dessus de sa tête, visant le visage du Maître, toujours inconscient.
: ???
De nuit, Grand Frère portait des habits rouges ; son visage naguère indiscipliné arborait à présent une inexplicable aura maléfique, donnant l'impression du bon élève soudain mué en voyou... resta sidérée, incapable de réagir devant ce contraste absurde.
Long Aotien avait déjà vu ça ; son épée bloqua à temps le sabre de .
Mais comme sa force lui était inférieure, ses mains tremblèrent, et son épée, ne pouvant résister à la puissance, lui échappa.
« Petit Quatrième, pourquoi tu m'empêches de tuer ce vieux croûton ? » haussa un sourcil avec un sourire narquois : « Une fois ce vieux croûton parti, la Montagne Protectrice de l'Épée pourra être dissoute, et nous retrouverons tous notre liberté. »
« Fou furieux, tu ne peux pas faire de mal au Maître ! »
« Quel rabat-joie. »
frappa la poitrine de Long Aotien de la paume ; la puissante force interne projeta Long Aotien à dix mètres. Il cracha une grande gorgée de sang après avoir encaissé le coup !
« Pfff ! »
« Quatrième Grand Frère ! » Que se passe-t-il ? cligna des yeux : « Je devrais t'aider à fuir... »
« Fuir ? » ricana Long Aotien.
Allez savoir pourquoi, perçut soudain chez lui une aura royale : « Dans le dictionnaire de Long Aotien, il n'y a que deux mots : mourir au combat ! »
Il essuya le sang à sa bouche, se releva et se dressa. Le dos de l'homme était droit ; ses vêtements flottaient sans vent ; le clair de lune l'éclairait, et ses haillons de mendiant ne paraissaient plus aussi misérables qu'avant, mais évoquaient plutôt un puissant sur le point de s'éveiller, au bord de l'explosion.
« Je vais employer la cultivation de toute ma vie pour venir à bout de ce fou ! » Il avait une expression pénétrée : « Sixième, va-t'en ! J'ai peur de te blesser par accident ! »
: « ... »
Tu peux arrêter de m'appeler comme ça ?
Il cria : « Épée, à moi ! »
La longue épée au sol vibra, comme si elle percevait l'appel de son maître, et revola dans la main de Long Aotien.
Son regard était perçant, la pointe de l'épée braquée sur : « Un éclat de lumière froide, dix mille rayons, massacrer le monde, qu'est-ce que cela peut faire ? »
« Aujourd'hui, Quatrième Petit Frère te prie d'excuser l'offense ! »
sortit des graines de courge avec enthousiasme.
Mon Dieu ! Un duel de boss en direct, quel régal !
Les lèvres de remuèrent à peine, sa voix basse parvenant nettement aux oreilles des deux autres : « Petit Quatrième, un mot de plus et je te découperai encore plus menu tout à l'heure. »
Long Aotien : « ... »
crut voir l'ombre du Quatrième Grand Frère trembler ; était-ce une illusion ?
En comparant l'allant des deux camps, le Quatrième Grand Frère était manifestement le plus fort !
Cependant, dès que bougea, il plaqua directement Long Aotien au sol et le tabassa. Il n'utilisa même pas son sabre ; l'homme était déjà tuméfié et enflé, hurlant de rage : « ! N'abuse pas, mon destin est entre mes mains — je ne crois pas que je ne te battrai jamais !! »
Il donnait manifestement tout ce qu'il avait...
Et pourtant, il ne parvenait toujours pas à battre Grand Frère.
Il fut si bien rossé qu'il beugla : « Trente ans à l'est, trente ans à l'ouest, , tu me crois... aaahhh... »
le projeta à travers le mur éventré.
: « ... »
Si tu es aussi nul, évite de jouer les durs, d'accord ?
fronça les sourcils, manifestement excédé par le bavardage incessant de Long Aotien ; il resserra sa prise sur son sabre ; une couche de flammes apparut, enveloppant la lame : « Puisque tu tiens tant à devancer le vieux croûton, je vais exaucer ton vœu ! »
Dans la nuit noire, outre la lune, une boule de feu bondissait à la poursuite de quelqu'un, exceptionnellement éblouissante.
Les graines de courge de n'en devenaient que plus savoureuses.
Elle était une excellente spectatrice, appréciant avec application les efforts des « acteurs » ; c'était comme un roman transformé en film en 3D.
C'était vraiment génial ! Si Grand Frère et le Quatrième Grand Frère devenaient acteurs de films d'action, elle les encouragerait comme une folle !
Malheureusement, cette enthousiaste spectatrice se retrouva prise entre deux feux.
Les cours de chacun étaient relativement proches ; et Long Aotien se battaient férocement, sans se soucier de la cour où ils atterrissaient ; l'un se battait de bon cœur, l'autre souffrait le martyre. Quand ils tombèrent dans la cour de , employa l'Énergie Spirituelle, son sabre traçant un dragon de feu, esquivé de justesse par Long Aotien, qui faillit être brûlé.
Mais la table derrière Long Aotien eut moins de chance.
« Non ! »
fit un geste de déchirement.
Son roman en édition limitée, qu'elle n'avait pas fini, était encore sur la table !
Mais la table, et le roman avec elle, furent réduits en cendres...
Le cœur de se serra ; elle tint les cendres et les pleura profondément, incapable de maîtriser son chagrin.
Une douce brise nocturne se leva et dispersa les cendres, comme le sable du désert, à jamais hors de portée, qu'on tente de saisir et qui ne fait que se dissiper, disparaissant ainsi pour toujours...
À cet instant, les poings de se serrèrent.