« Uhh…… Le seigneur dit qu'il offrira dix lingots d'or à quiconque parviendra à déplacer son épée de cent pas. »
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
En y repensant, à quelques pas de l'endroit où le décret était affiché, on apercevait une épée plantée dans le sol. Sa lame argentée et lisse scintillait sous les rayons du soleil. Même aux yeux de paysans incultes, elle n'avait rien d'une épée ordinaire. En y regardant de plus près, ils virent que le motif sur la garde était le même que celui du nouveau drapeau au sommet de la tour.
Les roturiers rassemblés autour de l'épée se mirent à chuchoter entre eux.
« C'est vraiment l'épée du seigneur ? Elle a l'air drôlement précieuse. »
« Mais pourquoi auraient-ils jeté une chose si précieuse ici ? »
« Vous n'avez pas entendu le contenu du décret ? Il dit que le seigneur donnera dix lingots d'or à qui pourra porter l'épée sur cent pas ! »
« On peut recevoir de l'or juste pour porter une épée ? Ça vous semble plausible, vous ? »
Des exclamations de stupeur s'élevèrent dans la foule. L'épée était très probablement forgée en fer, donc lourde. Mais la soulever ne poserait aucun problème à un homme valide. Et cent pas, ce n'est pas une distance insurmontable.
Ils pourraient toucher de l'or pour une tâche aussi simple que bonjour ? Bien sûr qu'ils doutaient avoir bien entendu.
« C'est clair comme le jour, il y a forcément une arrière-pensée là-dessous…… »
« Exactement ! »
« Quoi, qu'est-ce que le nouveau seigneur essaie de faire au juste ? »
« Et si le nouveau seigneur n'était qu'un original ? Il voudrait peut-être juste dilapider dix lingots, on ne sait jamais…… »
À ce moment-là, une femme s'avança et prit la parole.
« Écoutez-moi tous. Il doit y avoir un indice dans le décret. »
Tous se tournèrent simultanément vers elle.
« Ce n'est pas n'importe quelle épée. C'est l'épée du seigneur. J'ai entendu dire que les familles nobles possèdent des épées d'honneur transmises uniquement aux chefs de famille. Si j'ai raison, celle-ci doit être l'héritage de la marquise de Winterfell. »
« Alors, alors elle est d'une grande valeur ? Et si quelqu'un la volait pendant qu'elle est là…… ? »
« Oui, c'est exactement ça. Le seigneur nous teste pour voir si nous osons toucher à son épée ! »
« Gasp ! »
Maintenant qu'ils y réfléchissaient, cela semblait crédible. Le château de Vallon était à l'origine le territoire du comte Altair. Bien sûr, le marquis de Winterfell serait sur ses gardes pour voir si les gens du territoire qu'il vient de recevoir lui garderaient rancune ou s'ils se révolteraient.
En substance, le nouveau seigneur cherchait à tester leur degré d'obéissance.
« Si quelqu'un qui convoitait les dix lingots touchait à cette épée…… »
« I-i-l serait sûrement exécuté. »
Comment de basses gens comme eux osent toucher aux trésors d'une famille noble. De tels actes méritent la mort ! — C'est probablement ce que dirait le seigneur, avant de leur trancher le cou. Puis il ordonnerait d'exposer la tête de celui qui a osé toucher à son épée sur les murs du château, en guise d'exemple pour tous.
Tous pâlirent à l'idée d'une scène aussi horrible.
« Comme prévu, ces salauds de nobles sont terrifiants…… »
« S-si on l'avait vraiment touchée, il y aurait eu de gros ennuis. »
Ceux qui avaient mordu à l'hameçon de l'or se tapèrent discrètement la poitrine de soulagement. Le chef du village s'avança pour calmer ceux qui étaient tétanisés par la peur.
« Allez, tout le monde, ne soyez pas si nerveux. Si personne ne pose le doigt sur l'épée, il n'y aura aucun problème, non ? Si on obéit complètement au nouveau seigneur, il nous fera preuve de clémence. »
« Peut-être que les impôts seront même réduits. »
« Ce serait merveilleux si c'était le cas. Bon, tout le monde, retournez à vos occupations. »
Et le temps passa.
Le lendemain, le surlendemain, même après trois jours, l'épée du seigneur restait plantée là, aussi fière que le jour où elle avait été posée.
Gloups.
Chaque fois que les villageois passaient devant la porte principale du château, ils avalaient la salive qui menaçait de s'échapper de leur bouche. Dix lingots d'or. Une somme qu'aucun paysan ne pourrait jamais toucher, même en travaillant comme un âne jour et nuit jusqu'à la fin de ses jours. Chaque fois que l'épée attirait leur regard, leur cupidité ne faisait que grandir.
Cinq jours après l'affichage du décret, enfin un challenger se présenta.
« Allezz, je vais juste tenter ma chance. »
Ce premier volontaire, qui risquait sa vie, était Peter Bills, un jeune homme connu dans tout le village pour son tempérament audacieux.
« Faut être en vie pour profiter du luxe ! Qu'est-ce que tu feras si tu te fais vraiment exécuter ? »
Quelqu'un tenta de l'arrêter, comme s'il s'inquiétait vraiment pour lui, mais —
« Mes parents sont déjà morts, et je n'ai pas de frères ni de sœurs. Même si je meurs, personne ne me pleurera. »
« N-nous, on pourrait être punis nous aussi, tu sais ! Qu'est-ce qu'on fera si le seigneur nous tient tous pour responsables !? »
Quelqu'un, saisi par la peur, le désigna du doigt en l'interrogeant. Peter balaya cette objection d'un geste.
« La saison des semailles approche, est-ce que le seigneur peut tuer tous ses serfs ? Si quelqu'un doit mourir, ce sera juste moi. N'essayez pas de m'arrêter. »
Note :
[1] « …salive qui menaçait… » : le texte original ne dit pas exactement « salive ». Il dit 목울대를 삼키다, ce qui signifie « avaler son sac gulaire », comme celui des pélicans. C'est un mot tellement bizarre lol.