Pour être honnête, Glenn n'avait aucune envie de piller les villages agricoles nichés dans les collines. Il y a un monde entre traîner des gens de force sur ses terres et accueillir ceux qui s'y présentent de leur plein gré. Et ce n'était pas seulement une question de principes. Comme si elle lisait dans ses pensées, Nadia aborda le même point.
« Cependant, messire Giscard, arracher de force des serfs déjà installés ailleurs pour les ramener chez eux pourrait nuire à la réputation de monsieur le marquis. »
Pour que le grand dessein de Nadia aboutisse, aucune faille, pas la plus infime tache, ne pouvait entacher la bonne réputation du marquis de Winterfell.
Pourtant, ce grand plan n'existait que dans la tête de Nadia. Puisque les autres ne pouvaient pas lire ses pensées, une objection était inévitable.
« Madame a raison aussi. Mais…… »
Giscard continua sur un ton courtois.
« Ne faut-il pas commencer les semis bientôt ? Si le taux d'imposition pour les serfs que nous avons déjà, lors de cette récolte et de la prochaine, la sincérité de monsieur le marquis se répandra loin et large. Cependant, cela n'arrivera que bien après la saison des semis. Devons-nous choisir de subir une perte au lieu de prendre la voie rapide ? »
« Je suis d'accord avec votre dernière phrase. »
La guerre civile n'allait pas tarder à éclater. Winterfell devait renforcer ses troupes au plus vite pour s'y préparer. Il ne restait guère de temps.
« J'ai une bonne idée. Voulez-vous l'entendre ? »
………
Tous les regards se tournèrent vers Nadia. Quel tour cette madame d'une intelligence acérée avait-elle encore imaginé ?
Nadia désigna la taille du pantalon de Glenn et dit.
« Pourriez-vous me prêter votre épée pour quelques jours, monsieur le marquis ? Si vous le faites, je pourrai régler cela. »
« Quoi ? »
Ce qu'elle désignait, c'était l'épée que seuls les chefs de la famille Winterfell utilisaient, et qui se transmettait de génération en génération. Elle était assez précieuse pour être considérée comme un héritage, mais mis à part cela, tous se demandaient bien ce qu'elle allait faire d'une épée.
« Une épée ? Êtes-vous sûre que cela suffira ? »
« Oui, une seule épée suffira. »
Hmmm……
Elle arrivait toujours à résoudre leurs problèmes par des méthodes auxquelles ils n'auraient jamais pensé, mais cette fois-ci, ils étaient vraiment incapables d'imaginer ce qu'elle allait bien pouvoir faire.
Regardant Glenn qui affichait une mine perplexe, Nadia continua.
« Tous les tenanciers du territoire s'inquiètent actuellement du changement de propriétaire. Ils doivent craindre d'être à nouveau exploités par un maître encore plus pervers que le comte Altair. »
« Comment osent-ils comparer notre monsieur le marquis à quelqu'un comme le comte Altair ? »
Giscard claqua la langue, mécontent.
« Mais ils doivent avoir peur. Quoi qu'il en soit, me la prêterez-vous, Glenn ? Juste pour quelques jours. »
Il ne pouvait pas deviner ce qu'elle tramait, mais il n'avait aucune raison d'hésiter.
Glenn détacha l'épée qui pendait à sa taille et la tendit à Fabian.
……Glenn ?
Nadia, qui avait tendu la main pour recevoir l'épée de lui, le regarda maintenant, confuse. Ses yeux demandaient pourquoi il la donnait à quelqu'un d'autre alors qu'elle était celle qui l'avait demandée.
« Elle est très lourde. Il te sera très difficile de la soulever avec tes bras frêles. Si tu as quelque chose à faire avec l'épée, demande à Fabian de le faire. S'il y a bien une chose dans laquelle il excelle, c'est d'utiliser ses muscles. »
« Je ne suis pas une faible femme…… »
« Mais tu as l'air faible, à mes yeux. D'ailleurs, à quoi vas-tu bien pouvoir utiliser l'épée ? Je n'arrive pas à imaginer à quoi elle pourrait te servir. »
« Ah, pour ça. »
Nadia sourit en commençant son explication.
Le seigneur vicieux, le comte Altair, avait été destitué et un nouveau seigneur était arrivé.
Partout où trois personnes, non, même seulement deux, se rassemblaient, on entendait discuter de quel genre de seigneur était le nouveau maître.
« Tous les nobles sont des démons, jusqu'au dernier. Comment savoir s'il ne sera pas pire que le précédent ?
« Maintenant que vous le dites, le nouveau seigneur n'était pas en bons termes avec l'ancien…… il ne va pas nous rendre la vie intenable à nous aussi, les gens du commun, hein ? »
En réalité, très peu d'entre eux se réjouissaient que le pervers comte Altair ait été chassé. La plupart craignaient de souffrir encore plus qu'avant. Les paysans étaient trop épuisés pour encore espérer, après tout ce qu'ils avaient enduré.
Mais les jours s'écoulent malgré les douleurs et les angoisses que subissent les gens. Avant qu'ils ne s'en rendent compte, quelques jours s'étaient écoulés depuis que le drapeau flottant au sommet de la tour du château avait été changé.
Un matin, un décret fut affiché devant les portes principales du château.
« Le seigneur a fait un décret ? »
« Vraiment ? Où ? Allons voir ! »
Le peuple était agité depuis tout ce temps, s'inquiétant de ce que ferait le nouveau seigneur. À cet instant, ils se ruèrent tous vers la porte où le décret était affiché.
Ils ne s'attendaient pas à une baisse des impôts ; si seulement ils n'étaient pas encore augmentés……
Mais le contenu du décret ne disait rien des impôts, ni du nombre de jours de corvée qu'ils devraient effectuer. À la place, le décret affiché au nom du seigneur contenait des choses qui leur étaient totalement étrangères.
« Qu'est-ce qu'il dit exactement ? Y a-t-il personne ici qui sache lire ? »