Glenn tendit la main à Nadia.
« Veut-il m'escorter ? »
Pourquoi agissait-il ainsi ? Nadia prit sa main, malgré sa perplexité, et le suivit jusqu'à la place d'honneur. Tout en marchant, Glenn pensait à autre chose.
« C'est parfait. Je peux profiter de l'occasion pour faire présenter des excuses à messire Giscard pour son impertinence. »
Il y avait peu d'occasions pour Nadia, qui passait la plupart de son temps dans le bâtiment principal du château de Winterfell, et Giscard, chargé des chevaliers, de se croiser. Si rien n'était fait maintenant et qu'ils retournaient à Winterfell, il n'y aurait probablement aucune chance pour Nadia d'obtenir des excuses formelles. Si les germes de ressentiment entre eux n'étaient pas détruits maintenant, il y aurait définitivement un problème par la suite.
Une fois que Nadia eut pris place à côté de Glenn, les servantes déposèrent mets, couverts et vin devant elle. Avant que la réception ne reprenne, Glenn porta son regard dans la direction où se tenaient les chevaliers. Comprenant ce que ce coup d'œil signifiait, Giscard s'avança vers Nadia et prit la parole.
« Excusez-moi… madame. »
Trouvant difficile de dire ce qu'il avait à dire, Giscard s'éclaircit la gorge à plusieurs reprises avant de poursuivre.
« Je souhaiterais présenter mes excuses pour les paroles irrespectueuses que j'ai tenues lors de la dernière réunion. »
« Ah, oui. C'est exact. »
Elle acquiesça, comme si elle venait à l'instant de se remémorer les événements de ce jour-là.
« C'est un sujet dont nous devions parler. »
« J'accepterai sans me plaindre quel que soit le châtiment que madame décidera. »
« Merci de m'avoir présenté vos excuses la première. Vraiment. »
Sa réaction était bien plus aimable qu'il ne l'avait imaginé. Allait-elle pardonner à Giscard aussi facilement ? L'expression de Glenn s'éclaircit.
Malheureusement, Nadia elle-même n'avait pas la moindre intention de passer l'éponge. Elle se mit à disséquer l'affaire, en partant du début.
« Parlons d'abord de la manière exacte dont et des raisons pour lesquelles vous, messire Giscard, êtes en tort. Ainsi, nous pourrons déterminer la sévérité du châtiment qui vous revient. N'est-ce pas ?
— Madame a raison.
— Je suis ravie que vous compreniez. Même s'il s'agit de quelque chose dit par votre supérieur, tant que vous avez des motifs de vous y opposer, vous devriez pouvoir exprimer vos objections sans rien omettre ni rien édulcorer. À cet égard, je suis contente que vous ayez contesté mon avis ce jour-là. »
Nadia leva l'index en continuant.
« Cependant, votre attitude était irrespectueuse. »
Giscard serra les dents sans s'en rendre compte.
« Mon honneur en tant que marquise est le même que l'honneur du marquis. Ce que vous avez fait ce jour-là ne diffère en rien de ternir l'honneur de votre suzerain. Ai-je dit quelque chose de faux ? »
« … Je suis d'accord avec tout ce que madame a dit. »
« C'est une bonne chose que vous en ayez conscience. Un châtiment approprié pour un chevalier qui a manqué de respect à son seigneur… il me faudra y réfléchir un peu. »
– Gloups.
Le bruit d'une déglutition nerveuse résonna fortement dans la salle. L'atmosphère de la salle de banquet était chargée de tension.
Contrairement à l'impression d'innocence qu'elle donnait, tous dans la salle avaient déjà compris qu'elle n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Elle ne passerait jamais l'éponge sur une offense qui lui avait été faite.
Lentement, la salle de banquet, jusque-là animée et bruyante, se glaça. Glenn ne put garder le silence plus longtemps et prit la parole.
« Nadia, messire Giscard a été irrespectueux ce jour-là parce que son sens de la loyauté est profond. Si vous lui pardonnez généreusement cette fois, il… »
« Il y a une chose que j'ai apprise par l'expérience. C'est que si on est trop conciliante, les gens vous prennent pour acquise. »
Tout comme sa demi-sœur et son père l'avaient fait.
« Si je laisse passer cela sans châtiment, comment puis-je être sûre que personne d'autre ne me manquera de respect ? »
« Je leur donnerai un avertissement ferme. Je le promets. »
« Cela veut-il dire que je ne peux faire valoir mon autorité que par l'intermédiaire d'autrui ? Si le marquis ne leur ordonne plus de me respecter, je ne ferai qu'avoir à subir à nouveau des irrespects. »
« Cela… »
Glenn resta sans voix, ne pouvant qu'ouvrir et fermer la bouche à répétition, comme s'il cherchait les mots qui lui manquaient.
Il n'était pas le seul à être décontenancé. Fabian, qui avait eu le plus d'interactions avec Nadia, l'était tout autant.
« Mais, mais elle n'était pas ce genre de personne avant ! »
Même quand il faisait de mauvaises blagues, ne se contentait-elle pas de rire et de passer outre ? Fabian se mit à douter qu'il s'agisse de la même madame qu'il connaissait.
Si les choses continuaient ainsi, Giscard écopait définitivement d'une lourde sanction. Bien qu'il ait manqué de respect à la marquise, ses ancêtres avaient été des commandants loyaux, et lui-même était un aîné respecté parmi les chevaliers. Aucun d'eux n'était heureux de voir Giscard dans une telle situation.
Tous les chevaliers restaient muets comme des pierres, jusqu'à ce que l'un d'eux ne puisse plus regarder et prenne la parole.
« Madame, je suis coupable de la même offense. Puisque le commandeur a commis une faute, je demande à être puni de la même manière. »
« Pareil pour moi, madame. Punissez-moi aussi ! »
« Punissez-moi aussi ! »
Tout autour de la salle de banquet, les chevaliers se mirent à rassembler leur courage pour s'avancer. Il ne fallut pas longtemps pour que toute la division des chevaliers demande à être châtiée.
« Hmm. »
Nadia poussa un profond soupir en les contemplant.
« Ce que vous dites, c'est que vous assumerez tous ensemble le châtiment du commandeur, puisque la sévérité de la peine sera atténuée si plusieurs personnes en portent la responsabilité. »
« Oui, madame.
— D'accord. Alors calculons. Si je divise l'irrespect dont j'ai été l'objet jusqu'ici par le nombre de personnes réunies ici… voyons… »