« Oui, entre. »
Fabian ouvrit la porte, et le salon attenant à la chambre apparut en pleine lumière. Nadia était assise sur un canapé du salon, en train de griffonner sur un bloc-notes.
« Ah, Madame n'était pas encore endormie ? » demanda Fabian.
« J'aurais voulu, mais je n'arrêtais pas de penser à toutes les tâches qui nous attendent dans un futur proche. Vous savez qu'il faut mettre les bouchées doubles si nous voulons exploiter pleinement et efficacement le territoire fraîchement conquis. »
« Wow… »
La moitié de ce qu'elle disait était vrai, l'autre moitié mensonger. Il était vrai qu'elle n'avait pas réussi à s'endormir parce qu'elle faisait des projets pour l'avenir. Mais pas pour la raison que Fabian avait supposée et qui l'avait impressionné.
Elle s'inquiétait d'autre chose entièrement. Ce à quoi elle réfléchissait si profondément, le front plissé, n'était pas facile à évoquer.
'L'emplacement du repaire du dragon… comment leur faire savoir où il se trouve ?'
Tout le monde savait que cette région regorgeait de mines de fer ; ils parviendraient à les trouver et à les exploiter même si elle ne les leur indiquait pas. C'était aussi un fait bien connu que les terres ici étaient d'une fertilité exceptionnelle, donc elle n'avait rien à ajouter là-dessus non plus.
'Mais ce repaire de dragon… il ne doit être découvert que dans quelques années.'
Jusqu'à présent, Nadia n'avait jamais mis les pieds dans la région depuis le jour de sa naissance. Comment pourrait-elle savoir où se trouve le repaire du dragon et que son propriétaire est déjà mort, ce qui en fait un gain inespéré, un fruit mûr à portée de main ?
N'importe qui en possession de ses moyens la questionnerait.
'Mais comment Madame a-t-elle pu savoir qu'un tel endroit existait ?'
'……..'
Il n'y avait aucun moyen qu'elle puisse répondre à cela. Elle s'efforçait encore autant que possible de bâtir la confiance entre elle et les gens de Winterfell ; elle ne pouvait rien faire de suspect pour l'instant.
'Devrais-je dire que je l'ai découvert par hasard lors d'une promenade ? Non, ce n'est pas quelque chose qu'on découvre en se baladant !'
Comme les grands monstres en général, les dragons font leurs nids au cœur des montagnes. Pour couronner le tout, le repaire se trouve dans une montagne qui ne contient pas de filons de minerai, donc elle ne peut pas dire qu'elle y est tombée en faisant des inspections non plus.
Que faire ? Elle se perdit dans ses pensées, oubliant que Fabian était à ses côtés.
« Hem, hem. »
Une toux sèche embarrassée interrompit son fil de pensée. Ce n'est qu'alors que Nadia se souvint de la présence de Fabian.
« Oh, mes excuses. J'avais beaucoup à réfléchir… Au fait, qu'est-ce qui vous amène ici ? »
« Le banquet de célébration a commencé, je suis venu savoir si Madame souhaitait y assister. Avez-vous mangé, Madame ? »
« Banquet ? »
Elle n'appréciait pas particulièrement les endroits bruyants. Elle agita la main distraitement en refusant.
« J'ai mangé quelques bouchées pour me sustenter, cela suffit. Je n'aime pas trop les endroits tapageurs… »
Non, attendez. Elle avait l'intention de décliner l'invitation, mais elle changea d'avis l'instant d'après, une bonne idée lui traversant l'esprit.
« Il y a beaucoup de monde là-bas ? »
« Oui, il y en a ; tellement qu'il y a à peine de la place pour bouger. À l'exception de ceux qui sont gravement blessés, tout le monde s'y est rassemblé. »
« Alors, je devrais au moins montrer mon visage un moment. »
Tout en discutant de tout ce qui se passait avec les serviteurs, elle pourrait aussi leur communiquer l'emplacement du repaire.
Nadia se leva du canapé et demanda :
« Où se tient le banquet ? Conduisez-moi là-bas. »
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« Ça s'est passé exactement comme l'avait promis le marquis ! Le comte Altair est vraiment apparu sur la route du sud-ouest ! Vous n'imaginez pas à quel point sa tête d'effrayé était drôle ! »
« Hahahaha ! »
« Il avait embarqué près d'un tiers de sa cavalerie rien que pour sauver sa peau. Avec autant de troupes, il aurait au moins dû rester et tenter de résister ! C'est parce qu'il a trop cherché à fuir qu'il s'est fait prendre, non ? »
La salle de banquet résonnait des voix excitées des chevaliers. L'espace était vide à l'origine, mais ils avaient trouvé une table et l'avaient installée dans la salle temporairement. Des assiettes étaient éparpillées sur la nappe de fortune qu'ils avaient également confectionnée à partir d'un morceau de tissu. Nadia regarda la scène et songea :
'Ils en font un vacarme à soulever le toit.'
Le spectacle tout entier était difficile à supporter pour elle, qui avait grandi dans un environnement bien plus calme.
Personne n'est plus bruyant qu'un homme saoûl et surexcité.
Alors qu'elle les fixait sans savoir comment ni où s'insérer, une voix forte s'éleva.
« Attendez, d'où vient ce courant d'air froid ? Je vais aller fermer la porte et je re… Heuk, Ma, Madame ! »
« Qu'avez-vous dit ? Madame ? »
« Vous voulez dire que la marquise est ici ? »
Au mot « Madame », les esprits embrumés de vin des chevaliers se clarifièrent instantanément. Leurs têtes se tournèrent d'un bloc vers les portes.
Entre les portes ouvertes se tenait une femme vêtue d'une robe sombre. Elle avait la petite taille et le jeune visage typiques des gens du Sud, ainsi que de longs cheveux bruns qui lui descendaient jusqu'au-dessous de la poitrine.
-C'est vraiment Madame.
« Nadia ? Tu n'avais pas dit que tu allais te reposer dans ta chambre ce soir ? »
Glenn s'avança depuis le milieu des chevaliers, tous figés sur place. Il descendit de son siège d'honneur au fond de la salle jusqu'à la porte, s'arrêtant devant Nadia.
« J'allais le faire, mais messire Fabian est venu me chercher. J'ai pensé qu'il serait bien de venir un petit moment. »
« Tu as bien fait. »