« Pourquoi es-tu ici ? »
« Ça fait longtemps. Tu m'as manquée. »
Nadia lui sourit radieusement, leurs regards se croisant.
Désolée, mais ce n'était pas le moment d'échanger des salutations tranquillement. Un Glenn déconcerté se mit à la bombarder de questions.
« Non, comment exactement es-tu arrivée ici ? Que faisait Fabian !? Tu t'es faufilée jusqu'ici ? »
« Ah, messire Fabian est… »
À cet instant, Fabian asoma la tête à l'entrée de la tente.
« Je… je suis là, mon seigneur. »
« ... »
Il affichait une mine inquiète, comme pour dire qu'il savait ce qu'il avait fait de travers. Il n'osait même pas regarder Glenn droit dans les yeux. Les perles de sueur froide qui s'étaient formées sur ses tempes étaient visibles même de loin.
En cet instant, Glenn put deviner comment les choses avaient tourné. Fabian, cet abruti, avait conduit Nadia ici tout seul.
« Fabian. Knox !! »
La voix furieuse résonna à l'intérieur de la tente. Fabian se colla immédiatement à Nadia, le visage livide.
« Attendez, un seul instant ! Un instant, mon seigneur ! Il y avait une raison pour laquelle je l'ai amenée ! Madame, vous avez dit que vous m'aideriez à expliquer ! »
« Glenn, calme-toi d'abord. Ce n'est pas messire Fabian, c'est moi qui ai insisté pour avoir gain de cause. Je lui ai demandé de m'amener ici. »
« Même si c'était l'ordre de son maître ! Sai-tu où nous sommes !? Qu'aurait-il pu t'arriver si tu avais été prise en embuscade en chemin !? Ne comprend-il pas ce que "garde personnelle" signifie !? »
« Par-don, par-don, mon seigneur », répondit Fabian, la mine longue. Il n'osait toujours pas relever la tête.
« J'avais vraiment quelque chose d'urgent à te dire, donc c'était hors de son contrôle. Je l'y ai forcé, alors s'il te plaît, ne le punis pas. »
« ….. Les serviteurs du château savent-ils que tu es ici ? »
« J'ai laissé une lettre derrière moi, ils devraient le découvrir à l'instant. »
« ... »
Cela voulait dire qu'elle était venue ici sans que personne ne le sache. S'ils l'avaient su, elle aurait dû persuader bien plus de monde de la laisser venir.
« Le château doit être en effervescence maintenant. »
Glenn se passa la main dans les cheveux, comme s'il sentait venir un mal de tête, et demanda.
« Soupir….. Puisque tu es déjà là, tu dois avoir quelque chose à dire. Tu n'es pas venue jusqu'ici me trouver juste parce que tu m'avais manquée, n'est-ce pas ? »
« Je sais comment détruire la forteresse de Vallon. »
« ... »
Glenn se figea. Ce n'était pas du tout ce qu'il s'attendait à entendre.
Alors que Glenn hésitait, se demandant ce qu'il pouvait bien dire, une voix s'éleva.
« Hein ! »
Un souffle qui sonnait l'incrédulité même vint de près d'eux.
En se retournant, ils virent Giscard les regarder avec une expression d'insatisfaction extrême. Les autres chevaliers n'avaient pas exprimé leur mécontentement comme Giscard, mais ils arboraient la même mine.
« Madame a-t-elle peut-être de l'expérience des campagnes ? Pardonnez à ce vieil ignorant serviteur d'oser demander. »
« Comment aurais-je pu ? »
« Dans ce cas, le duc de Balazit a dû fournir un maître d'art militaire pour instruire Madame. »
« Malheureusement, mon père n'est pas si ouvert d'esprit. Il pensait qu'il suffisait aux filles de trouver des prétendants convenables et de rejoindre leur nouveau foyer. »
« ... »
Plus la conversation s'éternisait, plus l'expression de Giscard se raidissait. D'après ses paroles, ne voulait-elle pas dire qu'une personne sans connaissance de la guerre était venue à la réunion des commandants pour affirmer sa propre opinion ?
Il était prévisible qu'elle n'ait ni expérience ni savoir, mais le fait qu'elle dise tout cela avec une telle assurance rendait la chose dix fois plus irritante.
Pour la majorité des chevaliers présents sous la tente, leurs familles partaient au combat aux côtés de leurs seigneurs depuis l'époque de leurs ancêtres. Alors quelles balivernes débitait-elle devant de tels gens ? Ils ne voulaient pas entendre quelle idée ridicule elle avait.
S'il y avait un endroit où de mauvais ordres du commandement pouvaient coûter la vie à des innocents, c'était bien le champ de bataille. À quel point prenait-elle les vies des chevaliers et des soldats pour des jouets pour faire une chose pareille ?
Alors que l'atmosphère de mécontentement dans la pièce continuait d'enfler, la voix de Giscard retentit à nouveau.
« ….. Quelle stratégie a Madame ? Je suis personnellement très intéressé à l'entendre. Tout le monde est-il d'accord pour écouter Madame ? »
« Je suis d'accord. »
« Je veux absolument voir à quel point cette idée est brillante. »
« Ça doit être une méthode infaillible si elle est venue jusqu'ici depuis le château de Winterfell pour nous la dire. »
Après avoir écouté ses subordonnés, Giscard parla à nouveau.
« Mon seigneur, nous sommes tous d'accord pour laisser Madame participer à la réunion. Si mon seigneur le permet, nous voudrions entendre ce que Madame a à dire. »
« …… »
Des rides se creusèrent entre les sourcils de Glenn. Il devait une dette énorme à cette femme.
Il voulait la couvrir en disant qu'elle n'avait fait qu'une erreur, mais l'atmosphère était devenue trop grave pour qu'il puisse le dire. En outre, Nadia, la principale concernée, donnait tous les signes de vouloir dire sa part, donc il ne pouvait rien faire. Comme il ne pouvait pas l'empêcher de parler, Glenn fut forcé de donner sa permission.
« Je t'accorde un peu de temps. »
« Merci. »
Dès qu'il acquiesça, Nadia s'approcha de la table de conférence, comme si elle avait attendu tout du long.
Puis, relevant le doigt, elle désigna le côté ouest de la forteresse de Vallon.