La voix du chevalier chevronné s'alourdit. Giscard parla fermement, comme s'il enfonçait un coin.
« Ne lui faites pas confiance, mon seigneur. Je sais que dans votre tête, vous le savez aussi. Oui, je comprends. Je sais qu'une femme aussi belle et fragile peut parler avec douceur, mais lui dire de ne pas partir en guerre est étrange. Par conséquent, vous devez vous ressaisir. »
……
« Ce pourrait être une mise en scène pour gagner votre confiance. On appelle souvent cela une stratégie qui consiste à accepter de petites pertes pour remporter une grande victoire. Comment pouvez-vous être sûr qu'elle ne cherche pas à soigner une légère blessure pour en infliger une mortelle ? »
……
« De plus, elle n'a rien demandé en échange du remboursement de la dette. Il y a toujours une raison derrière des faveurs excessives. »
Les pas de Glenn se mirent à ralentir devant le conseil du commandant des chevaliers.
Giscard avait mis le doigt sur l'essentiel. En fait, lui aussi en était conscient au fond de lui.
Lorsqu'il remarqua qu'il était parvenu à convaincre le chef de la famille Winterfell, le vieux chevalier continua.
« Mon seigneur, elle a apporté une dot considérable. Cela signifie que ce mariage bénéficiait du plein soutien du duc de Balazit. A-t-il vraiment fait à sa fille une faveur sincère pour que son amour se réalise ? »
…… Je n'en crois rien.
Glenn se souvint comment il s'était retrouvé marié.
Le fait que Nadia lui tende la couronne fut le déclencheur de leur union.
Le fait qu'elle ait pu le faire pendant la cérémonie de triomphe signifiait qu'elle avait fait part de son intention au duc à l'avance.
Il y avait de fortes chances que d'autres arrière-pensées se cachent derrière ce mariage.
« Je ne vous veux aucun mal, mon seigneur. Ce que je veux dire, c'est que vous ne devriez pas lui donner votre cœur et lui faire confiance si facilement. »
« Je comprends parfaitement ce que vous dites. Mais je ne pouvais pas me montrer sans cœur envers elle parce que je lui devais de l'argent. Je ne lui fais pas vraiment confiance. »
« Dans ce cas, c'est un soulagement. »
« Elle ne pourra pas agir précipitamment tant que Fabian sera encore assigné à ses côtés. Vous n'avez pas à trop vous inquiéter. »
« Oui. »
Voyant son seigneur parler ainsi, Giscard se réjouit de n'avoir plus de souci.
Le chevalier chevronné sourit avec satisfaction.
Avec le temps, la conversation entre les deux hommes glissa vers la question du territoire.
Quelle que fût l'intention du duc en envoyant sa fille en territoire ennemi, Glenn devait d'abord résoudre la crise immédiate qui se dressait devant lui.
Les voix des deux hommes se préparant pour la bataille à venir s'éloignèrent progressivement.
Une paire d'yeux observait les deux hommes de loin… Non, il y en avait quatre.
C'étaient Nadia et Fabian.
Ils s'éloignaient déjà de l'endroit où elle se tenait, si bien qu'on ne pouvait pas dire, techniquement, qu'elle les regardait de loin.
Nadia, qui fixait la direction où Glenn avait disparu, prit bientôt la parole.
« Comment s'appelle la personne qui était à côté de lui ? »
« Messire Giscard Bernstein. »
« Ah, le commandant des chevaliers ? »
« Oui, c'est bien lui. Avez-vous déjà parlé au commandant ? »
« Je l'ai vu au mariage. Nous n'avons pas eu d'autre occasion de nous rencontrer que cela. »
C'était Giscard qui, à la réception de noces, avait affiché un visage disant qu'il n'approuvait pas ce mariage.
Nadia rit en se remémorant les souvenirs de sa première arrivée au domaine de Winterfell.
Fabien ajouta vivement, comme s'il devinait comment le commandant s'était comporté au banquet.
« Il a une allure brusque, mais ce n'est pas un mauvais homme. S'il se montre grossier envers vous… Pardonnez-lui d'aimer tant Winterfell. Je m'excuse en son nom. »
« Messire Fabian, de quoi y a-t-il à s'excuser ? »
Contrairement à beaucoup d'intendants qu'elle avait croisés ces derniers mois, Giscard, le commandant des chevaliers, avait rarement croisé la route de Nadia.
Par conséquent, quoi qu'il ait entendu dire sur le fait que la fille des Balazit avait annulé sa dette, il n'avait d'autre choix que de douter de ses intentions.
'J'entends dire qu'il a à peu près l'âge du précédent marquis… Son âge est probablement la raison pour laquelle il est très calme.'
Chez Giscard, cheveux noirs et carrure solide, les cheveux gris se faisaient rares.
Cependant, malgré son apparence juvénile, il n'en restait pas moins un chevalier chevronné qui avait gardé le territoire de Winterfell en sécurité pendant des décennies.
Ce qui voulait dire…
'C'est un vieillard difficile à conquérir.'
Si Winterfell gagnait la guerre territoriale et acquérait une mine de fer, Nadia pourrait mettre à exécution le plan qu'elle avait en tête.
Ce serait encore mieux si elle pouvait obtenir la coopération du commandant des chevaliers dans le processus.
Mais pour mettre le plan à exécution, ils devaient gagner la bataille.
La mine de fer et la coopération de messire Giscard étaient les problèmes suivants.
« Messire Fabian, retournons à mon bureau pour l'instant. J'aimerais entendre ce que vous disiez tout à l'heure. »
« Au sujet de la bataille territoriale ? »
« Oui, nous devons connaître exactement la situation dans laquelle nous sommes pour pouvoir élaborer le plan suivant. »