« Père. »
Nadia le regarda droit dans les yeux. C'était le moment de jouer son dernier atout.
« Je ne veux pas épouser un étranger que je ne connais même pas. »
« Quelle imbécile. Si tu épousais Lee Jiho, tu aurais pu rester dans la prospère capitale! Sais-tu seulement à quoi ressemble le Nord? »
Le duc, furieux, s'interrompit soudainement.
Il réalisa que rien ne changerait, même s'il s'en prenait à Nadia à cet instant.
« Ha... »
Après un profond soupir, il reprit son discours en se massant le front.
« Alors, tu crois que épouser le marquis de Winterfell est une meilleure option? Je ne pense pas qu'il soit assez stupide pour ne pas comprendre la nature de ses relations avec moi. »
« Je le sais bien, c'est pour cela que je me propose. Le marquis de Winterfell déteste père. Il n'y a aucun moyen qu'il accueille comme épouse une femme ayant l'influence de père. Avez-vous un plan précis pour lui envoyer une épouse? »
À ces mots, le duc de Balazit ferma la bouche.
Nadia poussa un cri de joie intérieure.
'Comme prévu, il y a une issue!'
Le mariage destiné à enchaîner le marquis de Winterfell eut lieu environ un an après les fiançailles de Nadia avec Lee Jiho.
Compte tenu de la nature de son père, qui devait mener à bien ce qu'il avait initié au départ, il semblait incapable de prendre une décision pour le moment.
Bien qu'il fût capable de placer avec succès quelqu'un de son influence au sein de la famille Winterfell en l'espace d'un an, l'avenir restait incertain.
Nadia était déterminée à mettre cet argument en avant pour persuader son père.
« Il faut que l'événement soit plus joyeux. Tout le pays devrait s'intéresser à ce mariage. Il n'y a pas d'événement plus approprié qu'une célébration triomphale pour attirer l'attention. »
« Après la célébration triomphale, si Sa Majesté ordonne au marquis de m'épouser par décret royal, il n'osera pas refuser. S'il prend la liberté de refuser un décret royal alors que toute la nation est attentive, sa loyauté sera suspectée. »
Le Roi n'était rien d'autre qu'une marionnette. En réalité, il serait plus juste de dire qu'aucun seigneur n'était véritablement loyal envers le Roi.
Ce n'était donc jamais une question de sincérité envers le monarque.
Le seul enjeu important était que cela puisse devenir un mérite pour les seigneurs d'éviter le stigmate de la « déloyauté envers le Roi ».
Une époque où les seigneurs locaux étaient actifs et rivalisaient pour leurs propres intérêts.
Le marquis de Winterfell ne risquerait pas de se transformer en ennemi public.
Le duc de Balazit, incapable de trouver un argument pour le contredire, répondit d'une voix plus détendue.
«... C'est un argument valable. Cependant, si cela arrive, c'est lui qui attirera le plus l'attention lors de cette célébration triomphale. Qu'est-ce que tu vas faire pour cela? »
« Contentez-vous de lui offrir un moment de gloire. Éviter une éventuelle rébellion n'est-il pas la chose la plus importante? »
Des aristocrates rusés. Le pouvoir de contrôler un roi faible. Une politique complexe.
Il existait de nombreux précédents où des seigneurs locaux, mécontents de la politique centrale désordonnée, se rebellaient.
Parmi eux, il y avait des cas où le souverain avait été remplacé.
C'est pourquoi le père de Nadia se méfiait du Nord et se sentait menacé.
L'anxiété face à la menace qui pesait sur sa position devait le travailler psychologiquement.
« N'avez-vous pas élaboré un plan aujourd'hui justement parce que vous prévoyez ces risques? L'hostilité entre le Sud et le Nord va s'intensifier. Un jour, vous finirez par entrer en conflit. »
« Oh... »
Tout cela était une certitude pour elle, car elle savait ce qui allait se passer dans le futur. Cependant, ignorant qu'elle était revenue du futur, il acquiesça au raisonnement de Nadia.
« Laissez-moi vous être utile, père. Si vous me sacrifiez cette fois, vous pourrez faire valoir le fait que vous avez renoncé à votre enfant pour tenir le marquis de Winterfell en respect. Votre position en deviendra plus forte. »
« Faire ressortir ma contribution... Voilà une suggestion très intéressante. »
Le duc éclata de rire.
De son point de vue, qui ne voyait ses filles que comme des pions dans des mariages politiques, c'était une proposition fort intrigante.
Il ne pouvait pas croire qu'un pion puisse s'affirmer avec tant d'assurance.
Le duc de Balazit aimait ceux qui voulaient prouver leur valeur.
Car ils avaient tendance à être des négociateurs précieux et vifs d'esprit.
« Alors, que veux-tu en retour de ton sacrifice? Si tu épouses messire Jiho, tu pourras vivre confortablement comme l'épouse d'un grand chevalier. En revanche, ne sais-tu pas qu'être l'épouse du marquis de Winterfell et partir dans le Nord comporte de nombreux risques? »
« Tout ce que je veux, c'est ma liberté, père. »
C'était maintenant la dernière étape pour duper son père.
Il n'aurait pas été judicieux de dire qu'il s'agissait purement de la dévotion d'une fille envers son père. Il était plus efficace de dire ce qu'elle voulait réellement.
« Je ne veux pas passer ma vie entière dans une capitale étouffante, enchaînée en tant qu'épouse. »
« Ne me dis pas que tu es prête à partir au Nord juste parce que la capitale est étouffante. »
« Ce n'est pas ce que je veux dire. L'autre jour, quand vous avez parlé de renverser vos ennemis... cela signifiait que je pourrais être soit veuve, soit divorcée. Si ce jour vient, promettez-moi ma liberté et une dot abondante. »
« Donc, ce que tu veux dire, c'est que tu veux être une veuve ou une divorcée riche. »
« Les femmes célibataires sont condamnées à être critiquées par le public, mais les veuves et les divorcées sont acceptées dans la société. Même si je ne me remarie pas, je ne ternirai pas le nom des Balazit. »
« Mais de quoi diable parles-tu? »
Calaine, qui ne pouvait plus supporter la conversation, s'emporta.
Comment quelqu'un pouvait-il dire si facilement qu'elle prévoyait de vivre seule sans mari?
Quiconque avait une telle mentalité avait dû perdre tout sens commun.
Mais ce qu'elle ne pouvait plus supporter, c'était la réaction de son père.
« Certes, je vois ce que tu essaies de dire. »
« P-Père? Qu'est-ce qui vous prend?! »
« Silence, Calaine. Cela ne te regarde pas! »
Ce blâme sévère fit taire Calaine.
Se massant la mâchoire, le duc se perdit dans ses pensées.
'Elle est une enfant douée, elle se comportera bien d'elle-même après son mariage dans le Nord. Un jour, elle me sera utile.'
De plus, le duc pensait qu'il pourrait se vanter d'avoir sacrifié sa fille pour le Roi et les autres nobles.
Même après y avoir réfléchi sous tous les angles, la proposition de Nadia était tentante.
C'est alors que Calaine, l'air nerveux, intervint soudainement.
Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais elle voulait empêcher les choses de se dérouler comme Nadia le souhaitait.
« Attendez, père. Que comptez-vous faire de messire Jiho? Ne lui avez-vous pas dit d'accepter ce mariage d'échange? S-Si vous changez soudainement d'avis de la sorte... il sera offensé. »
« Ce n'est pas une chose que le public est au courant, n'est-ce pas? Vous n'aurez qu'à le présenter à une autre jeune fille. »
« Pourtant... »
Pourtant, peu importe l'effort que son cerveau fournissait pour trouver une excuse, il était trop tard pour faire changer d'avis son père qui avait déjà tranché.
Le duc regarda à nouveau Nadia et déclara :
« Je te ferai savoir ce qu'il en est après en avoir discuté plus longuement avec Sa Majesté. D'ici là, reste sagement au manoir. »
« Oui, père. »
Nadia ne put s'empêcher de sourire. Au vu de la réponse de son père, il semblait qu'elle ait obtenu son autorisation.
'Avec le soutien de père, je pourrai partir avec une dot suffisante.' Apporter ses propres fonds de sa maison familiale l'aiderait à planifier ce qu'elle allait faire à l'avenir.
Éviter un engagement avec un étranger comme Lee Jiho n'était que la première étape pour changer le futur.
« J'ai besoin de réfléchir seul un moment. Nadia, Calaine, retournez dans vos chambres respectives. »
« Oui, père. »
«... Oui. »
Furieuse, Calaine se mordit la lèvre. Cependant, elle ne pouvait rien faire puisque leur père leur ordonnait de partir.
Elles durent quitter son bureau comme ordonné.
Nadia s'inclina légèrement pour prendre congé et quitta la pièce.
Dès que la porte se referma, la voix féroce de sa demi-sœur la suivit.
« Toi... qu'est-ce que tu mijotes? »
« C'est un secret. »
« Rien que parce que tu as attiré un peu l'attention de père— Où vas-tu? Tu m'écoutes?! »
Elle n'écoutait pas.
Derrière le dos de Nadia, elle entendait les pas saccadés de sa demi-sœur qui la suivait en râlant.
Cependant, Calaine n'osa pas faire une scène devant le bureau de son père ; elle ne chercha donc pas davantage la querelle avec Nadia une fois qu'elle l'eut rattenée.
Avant qu'une scène plus épuisante ne survienne, Nadia se dépêcha de sortir du bâtiment principal.
Pourtant, alors qu'elle empruntait le chemin menant à l'annexe, un bruit soudain attira son attention.
« Je-je suis innocente! Ce n'est pas moi, vraiment! S'il vous plaît, croyez-moi, Madame la Gouvernante! »
Une voix familière.
C'était celle d'Amber, la servante chargée du nettoyage de la chambre de Nadia.
Nadia tourna la tête vers la source du bruit.
Elle vit une douzaine de personnes rassemblées devant la porte de l'annexe.
Et là, une jeune fille était agenouillée au milieu de la foule en colère.
Amber, la servante en larmes, implorait la Gouvernante des deux mains.
Nadia s'arrêta un instant et décida d'observer la scène.
« J'ai les preuves, comment oses-tu me mentir? »
« Je n'ai vraiment pas volé ça! Je vous dis la vérité! »