« Comment va-t-elle, à l'heure qu'il est ? »
« Je n'en sais rien… D'après ce que disent les autres servantes, son visage était gonflé ce matin. »
« Je ne te demandais pas combien elle a pleuré toute la nuit. »
« Puisqu'elle s'est réveillée, c'est qu'elle a un emploi du temps à tenir. Maintenant qu'elle est officiellement votre épouse, elle doit être en train de faire le tour du manoir. »
« … Tu dis qu'elle commence à jouer son rôle d'espionne. »
« Oui, c'est exact. Comme vous l'aviez sans doute déjà prévu. »
Les yeux de Glenn s'assombrirent lourdement.
Une marquise avait le droit d'accéder aux documents réservés aux membres de la famille.
Ce n'était agréable pour personne de voir ses cartes exposées à l'ennemi, même si les informations vraiment classées secret-défense n'y figuraient pas.
Glenn, qui était resté un moment plongé dans ses pensées, releva la tête.
Son doigt désigna le plus jeune membre de l'escorte.
« Fabian. »
« Oui ! »
« Nadia Balazit n'a pas de chevalier d'escorte venu de la capitale. Je te confie cette charge. »
« Oh, vous voulez que je la surveille ? »
« Oui. Si elle tente d'envoyer le moindre message à sa famille, rapporte-le-moi immédiatement. »
« Oui ! Je vous signalerai sur-le-champ le moindre comportement suspect. »
Être chevalier d'escorte était une mission prisée.
Car les escortes passaient la majeure partie de la journée à l'intérieur, ce qui allait de soi les mettait à l'aise.
Pourtant, l'expression du jeune chevalier, qui avait répondu haut et fort un instant plus tôt, s'assombrit.
Glenn, qui remarqua le changement, demanda s'il y avait un problème.
« Qu'y a-t-il ? Un souci ? »
« Je crois qu'elle va refuser un escort. Elle comprendra tout de suite que je suis mis à ses côtés pour la surveiller, pas pour l'escorter. Que dois-je faire si elle me refuse ? »
« Elle ne peut pas refuser, même si elle le devine. Et si elle errait sans escorte dans une tanière d'ennemis et qu'il lui arrivait malheur ? »
« Wow…. Vous avez l'air d'un méchant, là. »
« Si l'on te force à un mariage que tu ne peux pas refuser, tu dois être capable d'encaisser au moins ça. »
Glenn parla plus froidement encore.
Son adversaire était la fille du duc de Balazit.
Il ne devait pas se laisser duper par des visages d'innocence et des larmes.
Il était évident que Nadia trahirait ce camp dès que Glenn baisserait la garde.
Il n'avait aucune raison de compatir à la nouvelle qu'elle avait beaucoup pleuré parce qu'il l'avait rejetée.
« Elle doit être dans le corps de logis principal à présent. Va là-bas. »
« Oui, monsieur ! »
* * *
« Glenn vous a envoyé pour m'escorter ? »
« Oui, je ferai probablement des roulements avec les autres chevaliers qui seront désignés en plus. »
Les yeux de Nadia s'arrondirent de surprise.
Elle était surprise que le chevalier vienne soudainement à elle pour lui notifier ça unilatéralement.
Peu après que le chevalier lui eut donné cet avis soudain, Nadia voulut lui demander s'il était là pour la surveiller toute la journée.
Bien qu'elle n'eût pas l'intention de se laisser faire calmement, un type de personne épuisant était venu à elle.
Le dos de Fabian était légèrement moite, prêt à l'affrontement.
Pourtant, la réaction de la marquise était complètement différente de ce qu'il attendait.
« Je suis si heureuse qu'il pense à moi comme ça ! »
« …?! »
« Il veut me protéger pendant mon séjour dans le Nord, n'est-ce pas ? Quelle attention délicate de sa part d'y avoir songé. »
« A-Ah, oui… »
Fabian se demandait si c'était ce qu'on appelait « l'interprétation valait mieux que le rêve »*. Sa bouche restait grande ouverte face à cette réaction inattendue.
(*Sens : Nadia fuit la réalité et voit le bon côté de la nomination de Fabian comme escorte.)
Fabian en doutait de ses yeux en voyant la nouvelle madame afficher l'expression d'une jeune fille amoureuse.
La voir se réjouir avec un visage encore légèrement gonflé, comme pour prouver qu'elle avait vraiment pleuré toute la nuit, lui fit naturellement de la peine.
« Je ne suis pas là pour escorter, mon devoir est de la surveiller… »
Peut-être Nadia fuyait-elle simplement la réalité parce qu'elle n'avait pas accepté le fait d'être mariée et repoussée par son mari, et de ne pas avoir un seul ami.
Si Fabian y réfléchissait avec du bon sens, Glenn avait dû envoyer un chevalier d'escorte pour la forme.
« Je suppose que c'est une réalité difficile à admettre pour une noble dame qui a bien grandi. »
Il faillit claquer la langue devant le visage de Nadia.
Le regard que Fabian posait sur Nadia se teinta de pitié.
Bien sûr, Nadia n'était pas assez sotte pour ne pas remarquer l'intention évidente.
Elle pensa, le sourire aux lèvres.
« Tu cherches à me garder à l'œil toute la journée. »
Si Glenn voulait la surveiller, Nadia l'accueillait à tout moment.
Ce n'était pas une mauvaise chose pour elle.
Si Fabian constatait de ses propres yeux qu'elle n'était pas l'espionne du duc de Balazit, Glenn comprendrait vite qu'elle n'était vraiment pas une espionne.
« Aujourd'hui, je vais reprendre les affaires de la maison auprès du majordome. Je passerai probablement la journée au bureau, mais si vous vous sentez à l'étroit, vous pouvez faire une pause et revenir. »
« Je ne peux pas négliger mon devoir. »
Cela signifiait qu'il devait voir comment Nadia allait s'y prendre.
Nadia s'assit au bureau, souriante.
« Je savais que vous diriez ça. Gordon, remets-moi le grand livre. »
« Oui, madame. »