« J'ai entendu dire que la précédente marquise était décédée depuis un moment déjà. Qui gère les affaires de la maison ? »
« Pour ce que j'en sais, le majordome et madame Grace s'en occupaient ensemble. Il est encore tôt, madame Grace n'a probablement pas fini de se préparer pour la journée. »
« Alors faites venir le majordome au bureau de la demeure principale. Dites-lui d'apporter les registres et les sceaux. Je suppose que madame Grace ne les a pas emmenés chez elle, n'est-ce pas ? »
Madame Grace était la tante de Glenn, celle qui avait mis un point d'honneur à montrer qu'elle n'appréciait pas Nadia.
Il était évident que quelque chose d'épuisant se produirait si elle devait avoir affaire à elle.
Heureusement, elle n'était pas encore arrivée à la demeure principale, vu l'heure matinale. Nadia devait donc saisir cette occasion pour faire valoir ses droits en tant que maîtresse de maison.
Nadia se leva de sa chaise et dit :
« Tout d'abord, conduisez-moi au bureau de la demeure principale. »
La première étape consistait à identifier les ressources dont elle pourrait disposer.
* * *
La rumeur s'était répandue bien avant la fin de la journée, disant que la femme du marquis, venue tout droit de la capitale, avait passé sa première nuit seule.
À midi, presque tous les domestiques savaient ce qui s'était passé la nuit précédente.
« On avait même parié sur le temps que mettrait notre maître à venir, mais à la fin il n'est pas venu. »
« Je m'en doutais. Qui croyez-vous qui soit responsable d'avoir marié notre maître à la fille d'un ennemi ? »
« Alors, comment la fille des Balazit ose-t-elle faire semblant d'être une Winterfell ? Elle n'a aucune conscience ! »
Il y avait un fossé profond entre les gens du Nord et ceux du Sud.
Pour cette raison, il y avait peu d'opinion publique pour sympathiser avec l'épouse que son mari avait repoussée dès la nuit de noces.
Seuls quelques domestiques étaient curieux de la réaction de l'épouse.
« Mais… Qu'est-ce qui s'est passé après ? Si elle est la fille d'un duc, elle doit avoir sa dignité à préserver, elle ne devrait pas pouvoir surmonter une telle humiliation… »
« Elle devrait faire un scandale maintenant, non ? Non ? »
C'est ainsi que Nadia était perçue par les autres.
C'était une femme féroce, arrogante et capricieuse qui faisait en sorte que tout le monde la déteste.
Cependant, les propos qui suivirent furent différents.
« J'ai entendu dire qu'elle avait pleuré longtemps. »
« …Elle a pleuré ? »
« C'est exact, d'une façon très triste en plus. J'ai entendu qu'on pouvait même l'entendre depuis l'extérieur. »
« ….. »
« ….. »
Les servantes, qui venaient de médire sur Nadia à cœur joie, se turent toutes en même temps.
Il allait de soi que la fille du duc de Balazit, cupide et vicieuse, en veuille à leur maître après qu'il osait l'ignorer.
Mais elles ne pouvaient pas croire qu'elle ait pleuré tristement.
Elles étaient aussi des femmes comme Nadia, elles n'avaient d'autre choix que de se mettre à sa place.
Comment vous sentiriez-vous si vous deviez vous marier dans un endroit où vous n'aviez ni amis ni parents et où même votre mari vous ignorait ?
« Elle doit être si triste… »
« Elle doit vouloir rentrer chez elle… »
L'atmosphère devint morose. Au moment où elle allait les pousser à sympathiser avec Nadia, l'une des servantes s'écria comme si elle reprenait ses esprits.
« M-Mais du point de vue du maître, ce n'est pas évitable ! »
« C'est vrai ! Comment pourrait-il coucher avec la fille de celle qui a blessé la précédente marquise ? Et si elle essayait de le tuer pendant son sommeil ? »
« C'est ça ! »
Même en disant cela, la méchanceté dans leur voix était quelque peu atténuée.
Les jeunes servantes se mirent à parler des préparatifs de l'hiver comme pour éviter le sujet de la femme de leur maître.
Les bavardages ne s'arrêtèrent pas même pendant qu'elles quittaient les lieux à pas pressés.
Tandis que leurs dos devenaient de plus en plus petits, une poignée de linge à la main, un groupe de personnes observait de près les servantes.
C'étaient les chevaliers qui s'entraînaient sur le terrain et le marquis de Winterfell lui-même.
Ils n'avaient pas l'intention d'écouter aux portes, mais quand il entendit qu'on le mentionnait, un instinct naturel de l'écouter se déclencha.
Un chevalier prit la parole.
« Seigneur, voulez-vous qu'on leur dise de ne pas parler sans réfléchir ? »
« Parler du maître et de la maîtresse, c'était un peu… »
« Parler de la fille d'un duc est une chose, mais ne croyez-vous pas qu'ils ne devraient pas parler de leur maître ? »
« Dites à la gouvernante de les éduquer sévèrement. »
Plusieurs chevaliers suggérèrent, mais Glenn, celui dont on parlait, garda le silence.
Après avoir écouté les doléances des chevaliers pendant un long moment, il leva la main pour les arrêter.
« Ne sont-ils que des enfants ? De plus, il n'y a pas eu un mot qui ait franchi la ligne. »
« Mais… »
« Contrairement à la capitale, Winterfell est un lieu désolé et ennuyeux. Fermez les yeux là-dessus. »
« Oui, si vous le dites, que pourrions-nous… »
Même en disant cela, Glenn avait un air subtil, comme s'il avait mâché un kaki astringent.
Ce n'était pas parce qu'il était offensé par la conversation, mais parce qu'il avait appris la réaction de Nadia.
Il l'avait vue pleurer à la réception hier, mais il n'avait jamais imaginé qu'elle aurait continué à sangloter même après son départ.
Glenn pensait qu'elle ne jouait la comédie que parce qu'il était là, devant elle.
Si la fille de l'ennemi subissait quelque chose de triste, cela devrait lui être agréable, mais pourquoi se sentait-il si mal à l'aise ?
« Tch. »
Glenn fit claquer sa langue et ébouriffa ses cheveux.
À ce stade, il pensait qu'il vaudrait mieux que Nadia lui fasse une crise pour l'avoir traitée ainsi.