À cet instant, un sourire se répandit sur le visage de Calaine.
« Tu es d'une naïveté. Tu crois vraiment que ton fiancé n'est pas au courant ? Tu t'imaginais que père et moi étions seuls dans le coup, n'est-ce pas ? »
« ... Quoi ? »
Pour la première fois, une fêlure passa sur le visage de Nadia.
Il n'y avait rien à reprocher à sa demi-sœur ni à son père, puisqu'il n'y avait jamais rien eu à attendre d'eux ; mais son fiancé, c'était différent.
Elle ne pouvait pas croire qu'il ait donné son accord à ce plan stupide. Elle ne pouvait pas y croire.
En voyant l'air stupéfait de Nadia, Calaine jubilait de plus en plus.
« Qu'est-ce qui te surprend ? Tu aurais dû t'y attendre, non ? »
« Ce... ce n'est pas possible... »
« Les choses ont changé depuis tes fiançailles avec lui. Il va devenir l'un des personnages les plus importants du pays. Qu'un tel homme épouse une enfant illégitime... Enfin, je suis sûre que tu as saisi l'idée. »
Lee Jiho n'était plus le moins du monde comparable à ce qu'il était en arrivant dans ce monde. Tout au long de la guerre contre les démons, sa gloire était montée jusqu'au ciel.
Calaine riait de ces fiançailles avec mépris, et convoitait pourtant cette place dans le même mouvement.
'Alors... c'est pour ça qu'il n'est plus venu me voir après ce jour-là ?'
Plutôt que de nier aveuglément la réalité, l'esprit de Nadia admit que cela pouvait être vrai.
Messire Jiho lui avait souvent raconté les épreuves traversées lors de son invocation dans ce monde, et le serment qu'il s'était fait de s'élever afin que plus personne ne puisse l'ignorer.
C'était sans doute pour cela qu'il s'était illustré à ce point dans les guerres contre les démons.
Nadia n'aurait jamais imaginé que cet homme fût si éloigné de l'image du « guerrier » qu'il donnait en public.
Il s'avérait que la puissance de la famille de son épouse comptait beaucoup, elle aussi, pour s'élever plus haut.
Il était peu probable qu'il refuse une meilleure femme.
Non, peut-être avait-il considéré ses fiançailles avec une enfant illégitime comme une « discrimination envers l'étranger », et cela depuis le début.
'C'est un homme qui a fait passer sa carrière avant tout dans ce monde.'
S'il lui avait demandé d'annuler leurs fiançailles, elle se serait effacée...
Non, il ne voulait sans doute pas passer pour un lâche qui abandonne sa fiancée une fois arrivé au sommet, n'est-ce pas ?
Puis Calaine reprit la parole devant elle, figée comme une statue.
« Qui ne regarderait pas un homme qui a changé de classe ? Le rang d'une épouse dit aussi la dignité d'un homme. Voilà toute la différence entre toi et moi. Tu comprends ? »
« ... »
C'était comique. Tout était ridicule.
Un fiancé profondément égoïste. Un père qui se sert de sa fille comme d'une monture et l'abandonne. Et une demi-sœur qui a fait tout ce chemin jusqu'à ce trou sordide, tout excitée.
Nadia demanda, en retenant son rire.
« C'est donc pour ça qu'une noble dame comme toi est descendue jusqu'ici ? »
« Pas du tout. »
Les yeux de Calaine se plissèrent, coupants.
Comme cela l'agaçait, qu'une enfant illégitime soit traitée comme le sang d'un duc.
Elle devait être la seule à être traitée en fille du duc de Balazit.
Calaine ne put s'empêcher de rire du spectacle misérable de sa demi-sœur, tourmentée toute sa vie.
C'était le moment d'exécuter le clou de ce plan magnifique.
Calaine poursuivit, comme si elle n'avait pas fini son air.
« Je suis venue t'aider. Quelle famille noble accepterait une femme dont les fiançailles ont été rompues parce qu'elle voyait un autre homme dans le dos de son fiancé ? Sans parler de ta naissance illégitime... Il te serait bien difficile de te marier, sauf à un roturier. Ne vaudrait-il pas mieux mourir dans l'honneur que de finir ainsi ? Alors je vais t'aider, juste cette fois. »
Clap, clap, clap.
Aussitôt après ces trois claquements de mains, la porte de la cave s'ouvrit et des valets entrèrent.
Ce qu'ils tenaient, c'était une corde épaisse.
Une corde si épaisse qu'elle n'aurait pas cédé même en supportant le poids d'un être humain.
Il n'était pas bien difficile de deviner la suite, une fois cet objet en vue.
Nadia sentit la chair de poule lui parcourir le dos.
« Toi... ! »
« Notre père aura tenté d'accepter que sa fille soit une écervelée, mais tu avais si honte de toi-même que tu t'es donné la mort, et messire Jiho aura perdu sa fiancée. L'honneur de notre famille et le sien ne seront-ils pas saufs ? Seul ton nom sera sali. Et encore, les gens se souviendront de toi comme d'une femme qui savait ce qu'était la honte. »
Le geste nonchalant de Calaine fut suivi du mouvement des serviteurs. Des hommes à la mine rigide plaquèrent Nadia au sol et lui lièrent les bras et les jambes.
Nadia résista désespérément, mais elle n'avait aucune chance contre la force de plusieurs hommes.
« Lâchez-moi ! »
« Inutile de résister. »
Peu après, un nœud coulant se serra autour de son cou. Les mains des hommes qui l'attachèrent au plafond n'eurent pas la moindre hésitation.
« Keuf ! »
La gorge de Nadia se serra. Elle ne pouvait plus respirer.
Elle se débattit de ses pieds liés, mais ils ne touchaient plus rien. Malgré la confusion, elle pouvait encore penser à quel point c'était injuste.
'Tout va vraiment finir comme ça ?'
Nadia avait vécu toute sa vie en obéissant docilement aux ordres de son père.
Enfant, elle n'avait jamais respiré tranquillement, sous le regard de sa belle-mère.
Tout ce qui était beau lui était toujours pris par ses demi-sœurs.
Elle ne pouvait pas croire qu'elle avait servi de pion toute sa vie, et qu'à présent on la poussait à la mort par un mensonge, jusqu'à sa dernière minute.
C'était un destin d'une cruauté.
Nadia voyait sa demi-sœur sourire joyeusement au-delà de sa vision brouillée.
Les yeux de Calaine souriaient, et elle agitait la main.
« Adieu, Nadia. Je te regarderai jusqu'à ta dernière seconde en ce monde. Après tout, ne sommes-nous pas sœurs ? »
La vie de Nadia Balazit se trancha sur un gloussement. Elle avait vingt-quatre ans.
Dès qu'elle comprit qu'elle était revenue dans son passé, la première pensée qui vint à Nadia fut celle-ci : dans cette vie, elle les trahirait avant qu'ils ne la trahissent.
Quatre ans avant sa mort. Elle avait vingt ans.
Nadia murmura en caressant ce cou où la corde épaisse l'avait serrée si fort.
« Je suis revenue... »
Elle se demanda si elle était réellement revenue en arrière, ou si tout cela n'avait été qu'un long rêve.
'C'était bien trop réel pour un rêve.'
L'instant où son souffle s'éteignait lui traversa l'esprit.
Dans son regard brouillé de larmes, sa demi-sœur souriait comme si elle s'amusait.
Nadia avait dû écouter le rire de son ennemie de toujours jusqu'à la seconde où elle avait perdu la vie.
La misère d'être moquée jusque dans la mort.
L'impuissance de ne rien pouvoir faire face à la mort.
Nadia serra les mâchoires.
'Cette fois, jamais je ne...'
« Poussez-vous, mademoiselle ! Qu'est-ce que vous faites plantée là alors que je fais le ménage ! »
Boum.
Quelqu'un poussa violemment Nadia, et son corps délicat vacilla comme un roseau.
« Restez à l'écart tant que je n'ai pas fini. Vous ne faites que me gêner. »
C'était Amber, une servante de la famille Balazit, qui l'avait bousculée.
Elle passait son chiffon sur l'étagère derrière Nadia tout en déversant ses récriminations.
« Puisque vous savez ranger votre chambre toute seule, vous ne pouvez pas simplement en sortir ? Hein ? Combien de fois faudra-t-il vous le dire, tss. »
« ... »
En principe, l'ordre était de nettoyer les chambres uniquement en l'absence de leur occupant.
Si cette chambre avait été celle de Calaine, et non celle de Nadia, Amber n'aurait jamais osé y mettre les pieds.
'On dirait qu'une fille sans le moindre appui ne te fait pas peur.'
Le père, chef de la maison, se désintéressait des questions domestiques.
Il jugeait que s'occuper de la gestion de la maison, affaire réservée à la maîtresse des lieux, lui aurait fait perdre la face.
Voilà pourquoi les servantes n'avaient aucune raison d'être polies avec Nadia.
Quant à Calaine, elle prenait toujours soin de choyer celles qui se montraient grossières envers sa demi-sœur ; les servantes n'avaient donc aucun intérêt à se montrer aimables avec Nadia.
La plupart, malgré tout, avaient pitié de sa triste situation et la traitaient avec égards.
À l'exception de cette pitre d'Amber.
'Et c'est ce visage-là qui m'a apporté un cocktail le soir du bal masqué.'
Nadia avait perdu connaissance après avoir bu l'alcool que la servante de Calaine lui avait apporté.
C'était bien trop opportun pour être une coïncidence.
Le regard de Nadia sur cette sotte se glaça.
« Q-quoi ? Qu'est-ce que vous comptez faire, à me regarder comme ça ? »
« ... »
Amber, ainsi dévisagée, frissonna en ouvrant des yeux féroces.
Comme si elle refusait d'admettre qu'elle avait pris peur devant la fille aînée de la maison, celle qu'elle croyait sans défense.
'Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de cette petite ?'
Nadia resta un moment songeuse, puis sourit.
« Rien du tout. Je sors. Nettoie bien. »
« Ah... »
L'expression d'Amber, effrayée l'espace d'un instant, se détendit.
C'est bien ce qu'elle pensait.
Il n'y avait aucune chance que cette aînée sans caractère se mette en colère.
« Je me demandais ce que vous alliez sortir. Dépêchez-vous de sortir. Je vous rappellerai quand j'aurai fini le ménage. »
Amber soupira brièvement et se retourna.
C'est pour cela qu'elle ne put rien voir.
L'aînée sans caractère, en passant derrière elle, glissa quelque chose de brillant dans la poche arrière de son tablier.
Une fois sortie de la chambre, Nadia s'assit près de la fenêtre du couloir et laissa passer le temps.
C'était un couloir très fréquenté.
Quelqu'un ne tarderait pas à passer.
« Oh, mademoiselle ? Que faites-vous ici ? »
En effet, une servante apparut au bout du couloir en moins de dix minutes.
Nadia devina qu'elle venait lui transmettre un message.
« C'est parce qu'on nettoie ma chambre. »
« Pardon ? Mais vous n'avez pas à attendre dans le couloir... »
« Amber a dit qu'elle ne pourrait pas travailler tranquillement, alors elle a jugé préférable que je sorte de la pièce. Cela ne me dérange vraiment pas... »
« Mais il y a un salon juste à côté de la chambre. »
Nadia répondit en haussant les épaules.
« Je crois que c'est ma présence qui la gêne. Je n'y peux rien. »
« Hmm... »
La servante avait un air dubitatif.
Une servante qui chasse de sa chambre la maîtresse des lieux pour faire le ménage. Voilà un cas dont elle n'avait jamais entendu parler, et qu'elle n'avait jamais vu.