« Hé, élève, réveille-toi, réveille-toi ! L'Académie de Magie est là. Hé, arrête de dormir ! » Rody entendit quelqu'un l'appeler. Au même instant, une force semblait secouer son corps. En un clin d'œil, toutes les images de la grande salle s'évanouirent. Il sentit son âme rappelée à une vitesse extrême et projetée violemment dans son corps pesant, ce qui lui arracha un cri de malaise.
« C'est toi… » Rody ouvrit les yeux et découvrit le cocher qui le secouait. Il était si furieux qu'il en eut presque envie de le tuer.
Rappelé ainsi, il ignorait s'il pourrait entrer à nouveau dans cette grande salle magique pour y apprendre la magie, ou revivre cet état méditatif. En regardant dehors, Rody fut surpris de constater qu'il se trouvait bel et bien dans la capitale de Ferrick, juste à l'entrée de l'Académie de Magie.
Après avoir payé la course, Rody remit le Grimoire de Magie ancien dans sa besace et posa le pied à terre. Il se sentit un peu étourdi, la tête légère.
Il avait donc bel et bien passé plusieurs jours immobile dans la charrette, ce qui expliquait ce vertige passager. De retour à l'Académie de Magie, Rody se sentit totalement différent au fond de lui. La morosité qui l'habitait s'était dissipée. À présent, relevant la tête vers le ciel, il avait l'impression que l'espoir brillait sur lui comme la lumière du soleil. Auparavant, il n'avait aucune magie à pratiquer, aucune voie devant lui, aucune possibilité de progresser… Désormais, guidé par le Grimoire de Magie ancien, il pouvait améliorer continuellement sa force grâce à la Magie Mentale. Bien que son potentiel de sept étoiles ne fût pas particulièrement élevé, Rody supposait que ce critère pouvait différer du système d'évaluation du monde actuel. Après tout, Nicholas, qui ne possédait qu'un potentiel d'une étoile, était devenu un Mage de haut niveau cinq étoiles.
Avec son potentiel de sept étoiles, peut-être pourrait-il cultiver jusqu'à devenir un Roi de la Magie, voire plus haut.
Pour la première fois depuis ses cinq ans, Rody eut le sentiment que l'espoir gisait à ses pieds. Il ressentit une montée de triomphe et d'allégresse.
Maman, attends-moi. Je réussirai sans faute. Je deviendrai fort sans faute. Quand je reviendrai à tes côtés, je serai une véritable puissance qui domine le monde… Tournant le regard dans la direction du bourg de la Pierre Blanche, Rody pensa à sa mère qui, de loin, l'attendait. Peut-être priait-elle pour lui en cet instant ? Rody pria en silence dans son cœur : « Maman, puise la miséricordieuse Sainte Mère en qui tu crois veiller éternellement sur toi aussi… »
« Wahou, Oh mon Dieu, qui est-ce que je vois ? Rody, c'est vraiment toi ! » Au loin, le petit gros Tommy accourut, haletant mais rayonnant de joie, en criant : « Il y a une bonne nouvelle et une mauvaise ! Laquelle veux-tu entendre en premier ? »
« On dirait que tu as maigri ? Est-ce que je rêve ? » Rody fut surpris que ce gros bonhomme ait un peu changé.
« J'ai maigri ? Au point d'être méconnaissable ? Oh non ! » À ces mots, le petit gros Tommy s'écria avec inquiétude. Le voleur Terry, qui le suivait, ricana bizarrement : « Si toi tu es "méconnaissablement maigre", les cochons ne sont plus que la peau sur les os. »
« Probablement que ta peau te démange si tu passes une journée sans te faire rosser. » Le petit gros Tommy répondit avec colère : « Voleur, reste à distance. Je dois parler comptes avec Rody. »
« Élève Rody, si on n'avait pas école et qu'on se reconvertissait dans le barbecue, j'ose dire que ce serait un carton. » Le voleur Terry s'en moquait, le sourire aux lèvres : « Tu ne me croiras peut-être pas, mais on a fait au moins cinquante pièces d'or de bénéfice en une dizaine de jours. On a aussi touché deux cents pièces d'or de frais de cession pour la vente du commerce de barbecue à deux gros marchands. Haha, devine où on est allés hier soir ? On a assisté au bal de salon du Roi… »
« Ferme-la, personne ne te prendra pour un muet si tu la fermes ! » Le petit gros donna un coup de pied au voleur Terry, un peu gêné, et dit : « Rody, sur les instructions du professeur Booker, j'ai cédé les droits de gestion de tes affaires de barbecue, de vin glacé et de jus. Mais je jure que je n'ai pas pris une seule pièce d'or à ces deux acheteurs, ni sous-évalué le prix. Les deux cents pièces d'or de frais de cession et les dix pièces d'or de "commission" qu'ils m'ont données, j'ai tout gardé pour toi. »
« Donc t'as eu une commission de dix pièces d'or aussi ? Merde, pourquoi j'en ai eu que cinq ? C'est pas juste ! » Le voleur Terry laiss échapper le secret par mégarde.
« C'est ça la bonne nouvelle ? » Rody sourit légèrement. « Tommy, garde les pièces d'or pour l'instant. Je n'ai pas encore réfléchi à comment dépenser l'argent, alors garde-les provisoirement. Maintenant, dis-moi la mauvaise nouvelle ! »
« Pas de problème pour garder l'or, mais compte pas toucher d'intérêts ! » Le petit gros Tommy sauta de joie. Il s'était à l'origine résigné à rendre l'argent en serrant les dents.
« La mauvaise nouvelle… hum… elle est vraiment mauvaise… » Le voleur Terry jeta un œil autour de lui, s'assura que c'était sûr, puis baissa la voix et chuchota : « Selon une information absolument fiable, le professeur Booker est vraiment un super grand démon maléfique. Il compte nous jeter en Enfer pour un entraînement qui satisfera son plaisir tordu. »
« Ça a l'air super. Je pensais justement à faire un tour en Enfer. L'occasion se présente enfin. » Les paroles de Rody firent s'effondrer le voleur Terry.
« Élève Rody. » Derrière lui, Jill se tenait là, trop timide pour lever les yeux.
« L'élève Jill est superbe dans sa robe de mage. Bien sûr, une tenue de dame noble lui irait encore mieux. Élève Jill, s'il faut élire un délégué de classe, je voterai pour toi sans hésiter. Je suis ton admirateur éternel ! » Le voleur Terry se releva en vitesse, flagornant à outrance la petite beauté. C'était son passe-temps favori. Rody en avait déjà entendu parler et y était habitué.
« Délégué de classe ? Évidemment que ça doit être quelqu'un qui a de l'envergure, comme moi ! » Le petit gros Tommy éclata de rire. « Hé, voleur flagorneur, t'as encore le temps de cirer mes pompes ! »
« Je ne cirerais pas les pompes d'un cochon. Les cochons n'ont pas de pompes, seulement des sabots ! » Le voleur Terry rétorqua du tac au tac.
« Tu cherches la bagarre ! » Le petit gros Tommy retroussa immédiatement les manches, prêt à en venir aux mains.
« Frère… » Une voix enfantine enthousiaste retentit au loin. La petite Alice accourut, les joues roses. Tendant ses menottes délicates, elle gloussa : « Où est mon moulin à vent ? »
« Moulin à vent ? » Rody fut interloqué. Il avait complètement oublié ça.
« Frère a oublié le moulin à vent d'Alice ? » Les grands yeux d'Alice se remplirent de déception. Elle dit d'un ton pitoyable : « Frère a menti. Alice se souvient bien que frère a dit qu'il lui ferait un moulin à vent il y a douze jours, mais il n'est toujours pas fait. Frère a menti ! Alice est si triste… »
« Oui, c'est un menteur. Alice, ne joue plus avec lui. Rentrons ! » La chevalière en armure d'argent, qui n'avait jamais aimé Rody quoi qu'il fasse, accourut et consola doucement Alice.
« Frère Rody était parti pour affaires, il était très occupé. Il pourra certainement faire un moulin à vent pour Alice demain. » Jill intervint vivement pour défendre Rody.
« Vraiment ? » Alice s'illumina sur-le-champ, faillit sauter de joie. « Il y aura vraiment un moulin à vent demain ? »
« Hé, tu vas pas mentir à une gamine en plus, si ? Comment peux-tu tromper un enfant ! » Voyant Rody garder le silence, la chevalière en armure d'argent se mit en colère.
« Lui-même n'est qu'un enfant… » La Belle Préceptrice, qui était apparue derrière Rody on ne sait quand, lui tapota l'épaule avec désinvolture. « Ça fait à peine une dizaine de jours, mais il a l'air un peu différent. Les gamins, ça grandit vite ! » À ses côtés se tenait le professeur Booker. Le doyen, surnommé le Démon, sourit avec flagornerie : « Oui, vous avez raison. Absolument raison. »
« Il faut avoir des principes. Si vous n'en avez pas, ne vous contentez pas d'acquiescer à tout ce que je dis. » La Belle Préceptrice ne semblait pas apprécier la flagornerie. Elle tourna les talons et partit.
« C'était juste. Heureusement que la professeure Margaret a l'air d'humeur correcte aujourd'hui, sinon ce serait été terrible. » Le professeur Booker exhiba son sourire caractéristique, qui glaça le sang de tous. Le petit gros Tommy et le voleur Terry s'apprêtaient à fuir, mais le professeur Booker en attrappa un de chaque main et dit : « Mes chers élèves, pour fêter le retour de l'élève Rody, j'ai décidé de libérer un spectre de plus lors du cours de méditation de demain. »
« Au secours… » Immédiatement, des lamentations désespérées s'élevèrent du petit gros Tommy et des autres.