On ne pouvait pas vraiment appeler Pierre-Blanche une ville ; même le mot village était un peu exagéré.
Il n'y avait ici qu'une trentaine de foyers, éparpillés autour d'une petite vallée. C'était si réduit que cela ne soutenait pas la comparaison avec un village ordinaire. Le nom de ville était usurpé. Il y avait toutefois une très grande pierre blanche à l'entrée de la vallée. C'est peut-être de là que Pierre-Blanche tirait son nom.
Avant que Rody et sa mère n'arrivent à Pierre-Blanche, sept ou huit personnes s'y étaient déjà réfugiées, poussant des ânes et transportant toutes sortes de biens. Aussi les gens d'ici ne prêtèrent-ils aucune attention à l'arrivée de Rody. Quand celui-ci amena sa mère à la seule taverne du lieu pour demander qui était le maire, quelques hommes en train de boire éclatèrent de rire. Un colosse s'avança et lança, en soufflant des vapeurs d'alcool : « Pierre-Blanche n'est pas un endroit pour un morveux comme toi, compris ? Retourne dans les bras de ta mère et prends la tétée ! Rien qu'à voir ta tête d'inutile, je vois un fils de riche élevé en ville ! Un maire ? Tu crois que tous les trous de ce monde ont besoin d'un foutu maire ? »
« Ce n'est pas grave s'il n'y a pas de maire. » La mère de Rody s'empressa de désamorcer la situation. « Rody, puisque c'est un endroit libre, construisons-nous une petite cabane et installons-nous. »
« Oh ? Mais voilà une beauté ! » Les yeux embrumés du colosse s'allumèrent en se posant sur la mère de Rody, et il ricana d'un air concupiscent. « Belle et jeune dame, Bruce peut-il faire quelque chose pour vous ? J'ai une cabane spacieuse et chaude. Le sol est couvert de peaux d'ours, le lit est moelleux, et il y a une couette de velours. Je vous garantis qu'une fois que vous y aurez dormi, vous ne voudrez plus repartir... »
« Monsieur, vos paroles et votre attitude sont d'une grossièreté extrême. Ayez un peu de tenue ! » coupa la mère de Rody, en colère.
« C'est parce que vous ne me connaissez pas encore. Si vous connaissiez mes... atouts, vous changeriez sûrement d'avis sur moi ! » lança le colosse avec un sourire effronté, tandis que ses compagnons partaient d'un rire tonitruant qui résonna dans toute la taverne.
« Voici mon argent... » Rody tendit soudain la main. Dessus brillaient deux pièces d'or étincelantes, qui éblouirent tout le monde.
« Qu'est-ce que c'est ? Tu veux acheter ma maison ? Elle n'est pas à vendre ! Haha, l'argent, qu'est-ce que ça vaut ? Ce qu'il me faut, c'est une belle femme, pas le fric "tout-puissant" d'un petit riche, compris ? Écarte-toi, gamin. On n'interrompt pas les adultes quand ils parlent ! » Le colosse était satisfait de lui-même et ignorait complètement le geste de Rody. Ses yeux lubriques ne cessaient de détailler la mère de Rody, brillants comme ceux d'un loup nocturne devant sa proie.
« Boum ! Boum, boum ! »
Rody frappa le colosse d'un coup de poing dans l'entrejambe. Avant qu'il ait pu réagir, il enchaîna deux coups de pied au même endroit.
Les yeux du colosse jaillirent instantanément de leurs orbites. Il ouvrit grand la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il se tenait l'entrejambe à deux mains, voulant hurler de douleur, mais ses genoux se dérobèrent et il s'agenouilla devant Rody. Rody tira un poignard et lui frappa violemment le front du pommeau, puis lui décocha un coup de pied au visage qui l'envoya s'écraser au sol. Rody leva le poignard, balaya froidement du regard les clients stupéfaits et railla : « Ces deux pièces d'or sont ma participation à ses frais médicaux. Pensez à les prendre pour lui. »
« Hahahaha... » Les compagnons du colosse ne bougèrent pas pour l'aider. Ils tapèrent sur la table et éclatèrent de rire.
« Quel gamin intéressant, il ne se prend pas pour rien ! »
« Voyons si les "atouts" de Bruce vont se transformer en handicaps. Ahaha, ça fait si longtemps que je ne me suis pas autant amusé ! Je me demandais pourquoi cette maudite ville n'avait personne d'intéressant. Bon, maintenant on en a enfin un. »
« Si ce gros pervers de Bruce se fait vraiment castrer, je paie ma tournée à tout le monde pour fêter ça ! »
« Petit, je te soutiens. Vas-y, fais-le ! On attend, on attend pour t'encourager ! Hahaha... »
Rody scruta froidement l'assistance, puis pointa soudain le poignard vers l'entrejambe du colosse. Si quelqu'un le croyait trop jeune pour oser, il se trompait lourdement. Ceux qui étaient passés par Coro savaient que le troisième jeune maître de Coro avait bien mérité son surnom d'« Homme-Oiseau ». Plus de trente gaillards avaient fini avec l'oiseau amoché et les œufs cassés à cause de ses attaques surprises, et il avait fallu le père Saido et sa clinique pour leur sauver la vie.
Soudain, une main jaillit derrière lui et lui saisit le poignet.
Un frisson parcourut l'échine de Rody. Il se rappelait qu'il n'y avait personne derrière lui. Seule sa mère se tenait à ses côtés, et elle n'aurait jamais pu égaler sa vitesse. Qui essayait d'arrêter son geste ?
Rody tourna la tête et faillit bondir de frayeur.
Une grande femme se tenait derrière lui. Elle portait très peu de vêtements — un simple petit gilet et un short de cuir — dévoilant sa poitrine et son ventre, exhibant une silhouette pleine de courbes et de feu. Outre sa féminité assumée, elle dégageait aussi un sentiment de... terreur ! Rody était courageux, il n'avait peur de rien, mais les tatouages effrayants qui lui couvraient tout le corps lui firent se dresser les cheveux sur la tête.
Son corps entier était recouvert de tatouages, jusqu'au visage.
Sur son front lisse, un scorpion menaçant rampait en diagonale vers sa joue droite ; l'autre joue portait une horrifiante abeille démoniaque. Son cou fin et ses bras étaient ornés de serpents sinistres et dévorants, un de chaque côté, enroulés et tête dressée, crocs et langues fourchues rouges si réalistes qu'ils semblaient prêts à s'animer. Au-dessus de son abdomen se tenait une énorme araignée avide. Même si la moitié de l'araignée disparaissait sous son short de cuir, tout homme imaginant l'intimité mystérieuse en gueule d'araignée hérissée de crochets en aurait été terrifié.
Ses longues jambes étaient tatouées d'insectes étranges que Rody n'avait jamais vus, couverts d'yeux, hérissés de crochets, semblant scruter le cœur des gens.
Rody se retourna, et une sueur froide lui trempa aussitôt le dos.
« Pas de lame dans ma taverne. À part ça, boire, jouer, trouver des femmes — tout ça, c'est permis. Compris ? C'est la règle. Ma règle ! » La femme, dont le visage et la silhouette étaient gâchés par les tatouages, avait une paire de grands yeux magnifiques. C'était la seule partie d'elle qui paraissait encore à peu près humaine. Elle laissa échapper un rot alcoolisé, aspergeant le visage de Rody de vapeurs d'alcool, et dit : « Tu peux rester ici, mais tu devras aider au nettoyage. Et ne compte pas sur moi pour te payer ! »
« J'ai tellement mal... » Avant que Rody n'ait pu répondre, le colosse à terre se releva péniblement, haletant de douleur. « Heureusement que j'ai mon Aura de Combat pour me protéger, sinon ce morveux m'aurait explosé les œufs. »
« Fous le camp. Rien que de vous voir, ça m'énerve ! » La patronne de la taverne attrapa une bouteille d'alcool de son autre main, la vida d'un trait, puis balança rageusement la bouteille vide sur le colosse. Terrifié, celui-ci se protégea l'entrejambe et s'enfuit, offrant un spectacle pitoyable. Rody ouvrit grand les yeux. Ce colosse avait donc pu encaisser ses coups portés de toutes ses forces. La puissance de frappe de Rody n'était pas exceptionnelle, mais concentrée sur un point vital aussi fragile, elle aurait été fatale à une personne ordinaire.
Qui aurait cru que ce colosse pourrait non seulement se relever, mais aussi détaler ?
Il semblait bien que cette Pierre-Blanche perdue au bout du monde n'était pas un endroit ordinaire.
« Cet endroit a l'air plutôt agréable. Les gens sont gentils, en plus. Rody, installons-nous ici ! » À peine la mère de Rody avait-elle dit cela qu'un nouvel éclat de rire général secoua la salle.
« Gentils ? Ahaha, quelle femme intéressante. Elle a vraiment dit que les gens d'ici étaient gentils ! » Quelqu'un tapa sur la table et lança un sifflement strident.
« C'est un repaire de voyous, de brutes, de canailles, de pervers, de crapules, de brigands, d'imbéciles, de raclures de fond de caniveau et de rebuts de l'humanité ! Ici, même la plus petite fourmi appartient au camp du mal ! Gentils ? Écoutez-moi, bandes de têtes de lard, vous n'avez pas honte d'entendre un mot réservé aux saints ? » Après cette tirade, la patronne fit surgir de je ne sais où une autre bouteille d'alcool et se remit à boire au goulot.
« En fait, j'aime bien le mot gentil. Vous pouvez tous m'appeler Isaac le Gentil, désormais ! » lança en riant un homme vêtu de noir, la voix pareille au croassement d'un corbeau.
« On trouve que Jack l'Éventreur t'irait mieux... » lança la salle en riant et en criant.