※ Point de vue de Ciel
Depuis notre arrivée dans la capitale royale, un tas de choses nous sont arrivées : une tentative d’enlèvement dès les premières heures, une plante transformée en bandeau durant une requête, et j’en passe. Sur tout ça, je pense que je me suis un peu trop appuyée sur pendant l’affaire avec la Guilde des Chasseurs. Cela dit, sans elle, je crois bien que je serais sortie de cette histoire en bâclant le dossier et en laissant la question en suspens.
En réalité, non ; je me serais probablement emballée à tel point que j’aurais fait exploser la capitale royale. Après tout, ce problème n’a pris de l’ampleur que parce qu’ est une Princesse des Chants. À mes yeux, un pays qui refuse d’accepter devrait tout bonnement disparaître. Et quant à la créature en particulier qui a tenté de la tuer pour cette raison, j’espère que ce que Faneed compte lui faire passer va lui donner envie de ne jamais avoir vu le jour.
Si j’avais pu, je m’en serais chargée personnellement, mais comme l’a dit , traîner avec les nobles prend du temps, alors j’ai laissé tomber. Je ne sais pas exactement pourquoi ni comment c’est chronophage, mais quand le dit, c’est qu’il y a du grain à moudre. Cela dit, en réfléchissant à ce que j’ai entendu d’elle, il semble plus rapide de quitter le pays en nous faisant un nom dans les milieux souterrains qu’à grimper dans les rangs de la Guilde des Chasseurs. Même moi, je comprends pourquoi on ne fait pas ça.
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Bon, pour ce que je fais en ce moment, rien. utilise mon corps, donc réfléchir est ma seule option. Je peux reprendre le contrôle par la force si besoin, mais je n’y pense même pas. Au contraire, j’aimerais qu’ vive sa vie comme elle l’entend, fasse ce qui lui chante.
Je sais qu’ fait preuve de considération et veut que je vécule à ma guise, mais franchement, ça ne me plaît pas vraiment. Elle insiste pour dire que c’est ma vie, mais je ne l’ai eue qu’à cause d’. Une vie qui n’aurait pas existé sans elle, alors j’espère vraiment qu’elle pourrait se laisser un peu aller.
est tellement une bonne fille que ça me donne envie de l’embêter le moins possible. Et en même temps, peut-être que c’est justement parce qu’elle est une bonne fille que j’ai envie de la tourmenter. Il doit bien y avoir des gens qui ne voient pas en elle une bonne fille – même si c’est bizarre de parler d’elle comme si on était du même âge –, mais ça m’est complètement égal.
Peu importe ce qu’on dira, est une bonne fille. Une personne douce.
Et cette même ignore actuellement Viviana, qui se tortille devant elle tandis qu’elle continue de chanter sans relâche. Insouciant, rafraîchissant, gai, morose, triste, joyeux… Le chaos désordonné de la voix d’ est un signe flagrant qu’elle se laisse porter, et ça me comble de joie de la voir ainsi.
Quant à Viviana, dont les circuits s’étirent sous l’effet de la magie, elle halete en supportant cette sensation chatouilleuse. Mais je n’arrêterai pas . En réalité, j’ai même essayé de l’en empêcher une bonne fois et demie, voire trois fois, mais elle ne m’a pas entendue. J’ai tenté le coup dès le début, quand elle a juste commencé à chanter, donc maintenant, j’écoute ses chansons depuis quelques heures déjà.
Par la suite, j’ai cependant compris que j’aurais dû l’arrêter beaucoup plus tôt.
◇
Un bon moment après le coucher du soleil et l’allumage des luminaires magiques dans l’auberge, a enfin arrêté de chanter. En voyant Viviana haletante, incapable de reprendre son souffle après avoir supporté si longtemps ces chatouillis perpétuels, elle lui a demandé si elle allait bien avec un air étonné. Le fait qu’ ait remarqué tardivement qu’il faisait déjà nuit dehors, alors qu’elle aurait dû s’en rendre compte depuis longtemps, était plutôt mignon.
« Qu’est-ce qui lui arrive ? »
m’a posé la question, alors je lui ai suggéré de regarder dehors en ricanant un peu.
Sans doute consciente de ce qui venait de se passer, s’est retrouvée les yeux écarquillés d’émerveillement. Cela dit, à mes yeux, c’est bien de s’autoriser de temps en temps des journées pareilles. Tandis que Viviana et remettaient leurs postures pour reprendre la conversation, je pensais qu’elles allaient arrêter pour la journée, puis soudain, a posé cette question : « Tu préfères prendre le bain ici ? » C’était une marque de sa gentillesse. En voyant s’employer avec sérieux à chauffer l’eau, je me suis dit : est tellement consciencieuse.
Cependant, tandis qu’ achevait de préparer le bain et s’apprêtait à attendre dans la pièce, Viviana a attrapé sa manche.
Maintenant que j’y pense, est-ce que j’ai déjà connu l’étreinte de quelqu’un d’autre ? En tout cas, je sais pertinemment que je n’ai jamais reçu de câlin nu-corporel. Je me suis déjà toucher les mains et, à une occasion, je me suis aussi touché la poitrine pour embêter . Grâce à ça, je sais que les humains sont mous. Mais je ne savais pourtant pas qu’on pouvait être aussi doux au toucher.
Je n’imaginais pas non plus qu’une étreinde puisse être si réconfortante. Je n’avais aucune idée que ça pouvait procurer un tel apaisement. Malgré tout, je ne parviens pas vraiment à me détendre. ne baisse toujours pas sa garde, après tout.
Ça ne m’empêche pas d’avoir terriblement envie qu’ soit la première à m’apprendre ces choses. Même si je sais que c’est irréalisable. Et alors que cela l’est pour moi, Viviana peut toucher . Y penser me rend quelque peu morose.
Je suis certaine que si c’était moi qui étais dehors en ce moment, j’aurais bouder de toute façon. Pendant que je tournais cette pensée dans ma tête, Viviana a posé une question parfaitement déplacée à pour savoir ce qui la poussait à agir ainsi.
« Parce que Ciel est là avec moi. »
a répondu immédiatement, sans la moindre hésitation. C’était… c’était vraiment injuste. Malgré la morosité qui s'était emparée de moi, juste l'entendre a suffi à me dégager l'esprit. Je n’arrive pas encore à comprendre pourquoi. Quand j'y suis Revenue, j'émettais déjà des petits sons indescriptibles.
Une fois calmée, j’ai écouté leur échange et il s’est avéré que Viviana avait traîné vers la salle de bain par souci pour elle. Je ne sais pas du tout comment réconforter autrui, alors je sais très bien que ce genre de situation pèse lourd sur le cœur douillet d’. Bien contente que Viviana essaie de la consoler, j’ai fini par ressentir une certaine satisfaction en réalisant que Viviana n’était finalement pas assez compétente pour venir en aide à .
Je suis vraiment une mauvaise fille.
Au fond, ce serait mieux pour de recevoir du réconfort, mais je finis par penser que c’est moi qui devrais le lui apporter. Même aujourd’hui, je ne peux m’empêcher d’éprouver de la jalousie envers Viviana.
Peut-être à cause de ça, j’avais beau vouloir intervenir, je gardais précipitamment la bouche close jusqu’à ce que Viviana rentre chez elle, ne souhaitant pas vraiment déranger . C’est sûrement pour cette raison que, certaine que nous soyons enfin seules, les mots ont jailli de mes lèvres : « C’est tricher ! C’est vraiment tricher ! »
J’avais pourtant fait tous mes efforts pour me taire, mais pour une raison obscure, s’est mise à rire de moi. Alors, sur un ton boudeur, j’ai répliqué : « Comme c’est méchant, tu sais ? J’ai même su me taire toute la durée ! »
« Désolée pour ça. En quoi c’était déloyal ? »
« Que vous deux soyez dans le bain. »
« Ah oui, j’aurais dû changer de place à ce moment-là. Pardon, je n’étais pas assez prévenante, hein ? »
s’est excusée, mais ce n’était pas du tout ce que je voulais lui faire comprendre.
« Ce n’est pas ça que je voulais dire. Loin de là. »
« Euh, que veux-tu dire par là ? »
« C’est injuste que Viviana prenne un bain ensemble avec ! Moi aussi, j’aurais voulu prendre un bain avec toi ! »
À ces mots, a laissé échapper une réponse vague, presque convaincue : « Ahhh… »
« … Ce serait difficile. »
« Je sais, je sais. Toujours est-il que je suis jalouse… »
Mon esprit sait que c’est quelque chose de compliqué à réaliser, et il me rappelle aussi que je n’y parviendrai peut-être jamais avant la fin de mes jours. Pourtant, je ne suis pas assez mûre pour accepter cela comme une vérité. Et franchement, je n’ai pas envie de devenir assez mûre pour le faire.
Même ainsi, si je persiste à bouder, risque de finir par me détester, alors je ferais mieux d’être de meilleure humeur lors de notre prochaine discussion. Pendant que je réfléchissais à tout ça, mon cœur a brusquement manqué un battement. a immédiatement secoué la tête et a parlé comme pour balayer ce qui venait de se produire.
« S’il advient un jour où je pourrai te parler face à face, prenons un bain ensemble, Ciel. Si ça te tente, ça pourrait être agréable de se laver mutuellement aussi. »
Pourquoi le cœur d’ a-t-il brusquement manqué un battement ? Pourquoi a-t-elle secoué la tête comme pour chasser ses pensées ? Je peux bien essayer d’y réfléchir autant que je veux ; mais, d’une manière ou d’une autre, ces quelques informations m’ont suffit pour retrouver le sourire. De toute façon, la proposition d’ était une idée incroyablement alléchante.
« Fufu, ce serait fantastique. C’est promis, d’accord ? »
Alors qu’un petit rire m’échappait, j’ai scellé cette promesse aux côtés d’. Dans un futur lointain, après une excursion à la plage, après avoir atteint le rang B, et après avoir quitté le royaume. Je ne me soucie guère du reste tant que je peux rester avec , mais voilà que je possède désormais un objectif qu’il faut que je atteigne.