Cependant, submergé par l'intensité du maître de guilde, j'ai acquiescé à contrecœur et j'ai écouté.
« Par où commencer… Je suppose que je vais parler de ce client en premier. Ou plutôt, ex-client. » « Tu parles de la mère de l'enfant malade ? » « Exactement. Ces deux-là, plus précisément la mère, se verront interdire de publier des requêtes à la Guilde des Chasseurs à partir de maintenant. Si quelqu'un poste une requête en son nom, elle sera invalidée immédiatement dès qu'on la découvrira. Bon, c'est le maximum qu'on puisse faire. » « Attends, alors— » « Cet enfant ne sera pas sauvé, tu penses ? »
Anticipant mes mots, j'ai hoché la tête. S'ils ne peuvent pas poster de requête, il leur sera difficile d'obtenir de l'herbe rifolgo… je crois. En tout cas, ce n'est pas quelque chose qu'on puisse acheter avec de l'argent. Même s'il y en a en vente, ce serait à un prix accessible uniquement aux gens fortunés. Cependant, si une requête pour cette herbe était publiée à la Guilde des Chasseurs, il y a une chance qu'elle trouve preneur. Du moins, l'enfant n'a rien fait de mal.
« Mais tu sais, on ne peut pas risquer de sacrifier plusieurs vies juste pour en sauver une. C'est à quel point cette requête est dangereuse. Naturellement, c'est au chasseur de décider s'il accepte une requête et en meurt comme conséquence. Mais est-ce que tu sacrifierais volontiers dix chasseurs ou plus juste pour sauver cet enfant ? » « C'est… » « De plus, ils ne connaissent apparemment même pas de méthode pour transformer cette herbe en médicament utilisable. Et si l'enfant n'était pas sauvé malgré tout ? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas notre problème. Le problème, c'est qu'elle allait forcer des chasseurs de bas rang — des étudiants qui plus est — à accomplir une requête qui est dangereuse même pour des chasseurs de haut rang. Je ne sais pas comment ça se passe dans d'autres antennes, mais en tout cas, ce n'est pas comme ça qu'on fait les choses à la Capitale Royale d'Ausente. »
En d'autres termes, le fait que la mère se tourne vers nous a été la goutte d'eau. Mais c'est un problème secondaire ; en tout cas, je suis encore en vie à l'heure qu'il est.
« Tu ne penses pas que ce n'est pas un problème, si ? » « Comment tu as… » « C'est écrit sur ton visage. Ça peut ne pas sembler grave pour toi, mais qu'est-ce qui se passerait si c'était un de tes camarades à la place ? Et si elle chopait un étudiant au hasard, en lui disant juste qu'elle a besoin d'une certaine herbe médicinale ? J'ai essayé de parler à la femme, mais c'est peine perdue. C'est le genre de personne qui ne croit que ce qu'elle veut bien croire. En plus, elle interprète tes mots de la façon qui l'arrange. "C'est juste une plante", qu'elle a dit. Alors qu'elle devrait déjà savoir que ce n'est pas quelque chose qu'on obtient juste parce qu'on a de l'argent. »
Je sens la sueur froide me couler dans le dos. Je n'avais même pas envisagé ce que la mère ferait après ça. Mais ça m'a rappelé qu'on m'avait enseigné une leçon similaire. C'était, oui, à propos de bandits. Que je dois tuer les bandits que je rencontre, les bandits que je peux. Quand j'ai entendu ça, j'ai trouvé que c'était excessif. Alors j'ai demandé si les tabasser suffirait à les faire réfléchir.
Cette personne, avec un visage parfaitement sérieux, m'a alors dit : « Alors ce sera peut-être votre famille qui se fera attaquer la prochaine fois. » Les gens qui en arrivent au banditisme ne se reforment pas par une simple punition, a-t-elle dit ; les laisser courir ne mènerait qu'à ce que d'autres personnes se fassent attaquer. Si je trouvais que les tuer était excessif, on m'a aussi dit que les capturer, c'est bien aussi, mais qu'il me faudrait être fort pour pouvoir le faire en sécurité.
« En plus, alors que l'enfant est atteint d'une maladie grave, il n'a même pas besoin de quelque chose d'aussi cher que l'herbe rifolgo pour être soigné. Un gamin qui aurait besoin de rifolgo ne serait pas en assez bonne santé pour se promener dehors pour commencer. Et pourtant, pour une raison quelconque, la femme s'est mis en tête que seule l'herbe rifolgo pouvait guérir son fils. »
« Elle se prend pour une héroïne tragique ou quoi ? » a grommelé le maître de guilde. En l'entendant, peut-être qu'on aurait dû demander plus d'informations, comme Shélate y songeait. Cependant, s'il existe un remède moins cher, alors on devrait pouvoir les aider.
« D'après ce que j'ai vu, le médicament qui peut soigner l'enfant malade devrait coûter autour de 6 ou 7 pièces d'or. En résumé, si elle pouvait se permettre la récompense qu'elle a offerte, elle devrait pouvoir se payer le remède. Je leur ai déjà dit, alors n'allez plus vous mêler de ça. Si vous essayez ne serait-ce que de l'aider, il faudra qu'on réfléchisse à ce qu'on fait de votre groupe. » «… Compris. »
Tant que l'enfant est sauvé, je n'ai rien à redire.
« C'est ça que tu voulais dire par nous pénaliser ? » « Nan. Bon, t'as pas tort, mais c'est pas tout. » « Il y a d'autres trucs ? »
Tandis que j'acquiesce à contrecœur sur l'affaire de la mère, je ne me souviens pas avoir fait autre chose. Pourtant, le maître de guilde me regarde avec exaspération.
« Normalement, je serais pas aussi fourré dans vos affaires… Mais vous vous êtes fourrés bien trop dans les affaires d'autres chasseurs. Une bagarre, j'aurais pu fermer les yeux, mais vous venez de faire un truc que je peux pas laisser passer. » « Fourrés dans leurs affaires, quoi !? » « Normalement, j'observerais comment les choses tournent la première fois et je ferais juste appeler le personnel de la guilde pour vous mettre en garde après. Et c'est votre premier délit. Si vous refaites une connerie une deuxième fois, vous serez pénalisés. » « Qu'est-ce que j'ai bien pu faire !? » « Vous avez forcé un autre chasseur à accepter une requête. »
Incapable de comprendre ce que le maître de guilde voulait dire, je penche la tête. Qu'est-ce qui ne va pas avec le fait qu'un chasseur doive accepter une requête ?
« Chiper une requête qu'un autre chasseur avait dans le viseur, c'est pas grave. Ça posera un problème, mais c'est pas à nous de le gérer. Par contre, forcer quelqu'un d'autre à accepter une requête qu'il veut pas — c'est une autre histoire. Pour faire simple… Vous et votre groupe, vous partez pour Central au plus vite et vous ramenez le matériel d'un monstre de la 50e strate du repaire. Ordre du maître de guilde. » « De quoi tu parles !? Y'a pas moyen qu'on puisse faire ça ! » « C'est ça. C'est pour ça qu'on ne force pas un autre chasseur à prendre une requête. » « Mais Ailneige avait l'herbe rifolgo… » « Elle a eu de la chance de l'avoir, mais apparemment, y'avait pas eu de confirmation sur le fait qu'elle l'avait ou pas à ce moment-là. On m'a dit que la petite demoiselle était juste en train de regarder les requêtes quand la femme l'a soudainement coincée. Qu'est-ce qu'elle aurait fait si elle ne l'avait pas eue ? » « Si elle ne l'avait pas eue, elle n'avait qu'à le dire. » « Elle a voulu le faire, mais cette femme ne lui a pas laissé l'occasion de parler. Revenons au sujet principal : vous ne devez jamais forcer un autre chasseur à accepter une requête. C'est une règle. La seule exception, ce sont les requêtes d'urgence données par la guilde. Peu importe à quel point la requête est anodine, même si elle a été menée à bien, on ne peut pas l'autoriser ; sinon, ça créerait un précédent terrible. »
Je comprends ce qu'il dit. Les règles doivent être respectées. Elles doivent l'être, mais la vie des gens est irremplaçable. Mon mécontentement a dû transparaître sur mon visage, car le maître de guilde a ajouté :
« Si la vie humaine doit être prioritaire, alors je suppose que l'Église devrait soigner gratuitement les gens au bord de la mort. »
Choqué, je me suis tourné vers Shélate. Les yeux baissés, elle avait l'air mal à l'aise. Strictement pour Shélate, elle ne prendrait jamais d'argent après avoir soigné une personne qui meurt sous ses yeux. Pas seulement ça, je l'ai vue utiliser de la sorcellerie sur des enfants avec des blessures légères et des vieillards douloureux sans demander de compensation, maintes fois. Cependant, l'Église dans son ensemble n'est pas comme ça.
« En premier lieu, votre groupe n'y a probablement pas pensé du tout, mais cette petite demoiselle comptait probablement utiliser l'herbe rifolgo elle-même. C'est pour ça qu'elle n'était pas disposée à accepter la requête au début. » « C-ça ne devrait pas être… »
Me l'entendre dire, j'ai enfin réalisé. J'ai voulu argumenter, mais je n'ai tout simplement pas pu. Après tout, on n'a jamais entendu sa version. Ce n'était pas de cette demoiselle qu'on n'a pas demandé ; on n'a pas demandé les circonstances d'Ailneige non plus.
« Je dois m'excuser… » « Et alors ? Tu peux lui trouver un remplaçant pour l'herbe rifolgo ? » « Je peux pas, mais— ! »
Submergé par les conséquences de mes propres actes, « Dans ce cas, vaudrait mieux oublier. En tout cas, c'est ce que je pense », la réponse du maître de guilde n'a pas atteint mes oreilles.