Le marquis Beltze leva les yeux au ciel depuis la fenêtre de verre du château royal.
« Il va pleuvoir, je pense. »
De lourds nuages d'une couleur sombre pendaient bas, comme pour séparer la terre du ciel.
Ces nuages évoquèrent au marquis Beltze un funeste pressentiment.
« On sent aussi l'odeur de la pluie. Il se peut qu'il se mette à tomber d'ici le moment où le marquis rentrera. »
Le vice-commandant de la garde impériale, qui servait de guide, répondit.
À l'origine, le vice-commandant de la garde impériale ne guide pas les nobles. C'est l'une des raisons pour lesquelles le marquis Beltze se sent inquiet.
— S'agirait-il d'une affaire qu'on ne souhaite pas trop faire connaître… ?
Le marquis Beltze est reconnu pour ses talents d'administrateur. De plus, son territoire étant prospère sur le plan agricole, il peut fournir des vivres lors des mobilisations.
Le marquis Beltze, dont le territoire jouxte le domaine royal, est un homme commode à bien des égards.
« C'est par ici.… Sa Majesté est de fort méchante humeur, je vous prie de faire attention. »
Apprenant ce qu'il n'aurait pas voulu savoir, le marquis Beltze ne put s'empêcher de froncer les sourcils.
Le vice-commandant annonça la visite à travers la porte et demanda la permission d'entrer.
« Entrez. »
Une brève réponse. Le vice-commandant ouvrit la porte et céda le pas au marquis Beltze.
« Votre Majesté, excusez l'intrusion. »
La pièce où il pénétrait ne donnait guère l'impression d'être habitée.
Trois bureaux disposés en forme de コ, plusieurs chaises, et pas l'ombre des meubles de luxe qu'on attendrait d'un château royal.
La pièce abritait le roi, le commandant de la garde impériale qui faisait office de garde du corps, et le prince héritier qui venait d'avoir quatorze ans.
— Le prince héritier a donc atteint l'âge de participer aux affaires de l'État.
Le marquis Beltze contempla le prince héritier, dont le visage conservait encore une innocence juvénile, non sans émotion.
« Beltze, assieds-toi vite. »
Invité par le roi, le marquis Beltze s'assit sur une chaise. La porte s'était refermée sans qu'il s'en aperçoive.
On distinguait sur les lèvres du prince héritier un sourire qui rappelait quelque chose à Beltze.
« Beltze, voici le rapport de ce petit tanuki. Lis-le. »
Le marquis Beltze sentit ses lèvres se tordre bizarrement face au document jeté avec désinvolture.
Non pas par dégoût, mais avec circonspection, il parcourut le rapport des yeux.
Il s'agissait apparemment d'un rapport sur les propositions de réforme et leur avancement dans le vicomté.
La levée de l'interdiction des grands navires et le rétablissement de la pêche au filet sont compréhensibles. La guilde des auberges-restaurants l'est aussi, si l'on considère qu'elle vise à gérer le flux des personnes et des denrées.
En revanche, tout le reste est incompréhensible.
« La prévention de la marée rouge par l'iceplant ? »
Les données compilées montrent que la fréquence et l'ampleur des marées rouges ont diminué depuis la mise en œuvre de la mesure.
— Cultiver de l'herbe dans le fleuve pour prévenir les marées rouges qui surviennent en mer. La méthode consiste à capter les « nutriments » de la marée rouge, mais sa faisabilité dans d'autres territoires est faible. Car on prévoit des dommages pour la pêche dus à la « marée verte » qui se produit par « excès de captage des nutriments ». Dans le territoire de Kleinselt, on a jugé que les « nutriments remontés du fond marin » permettaient de maintenir suffisamment l'« écosystème » — De quoi parle-t-on ?
C'est une parade de termes inconnus et de connaissances préalables.
Qu'une marée rouge se produise par excès de nutriments, c'est la première fois qu'il en entend parler. Quant à la marée verte, les cas étant rares, il ne parvient pas à bien l'imaginer. On parle comme si c'était acquis que l'herbe puisse capter les nutriments de la marée rouge. Il est écrit que dans le territoire de Kleinselt, les nutriments sont remontés du fond marin, mais pas pourquoi cela n'arrive pas dans les autres territoires.
Il comprend ce qui a été fait, mais pas pourquoi.
Et il ne croit pas que Sora ait soumis ce rapport sans s'en rendre compte.
« À voir ta tête, même Beltze ne comprend pas… »
Le roi laisse percer sa déception. Le sourire du prince héritier s'approfondit.
« Déjà, des nobles côtiers aux prises avec la marée rouge préparent la culture dans les fleuves. »
Entendant ces mots, le marquis Beltze examine à nouveau le rapport.
« Mais le rapport dit que la culture dans d'autres territoires deviendrait cause de marée verte, non ? »
« Il faut une explication théorique pour qu'ils acceptent. Ces imbéciles à force de logique de la faction des mages… tch. »
Face au roi qui claque de la langue avec une grimace amère, le marquis Beltze ne peut que consentir.
Il y a un précédent de réussite, et l'auteur en est un vicomte novice de dix ans. Il est naturel de penser qu'on peut en faire autant.
Même si le roi l'interdit, la politique intérieure du territoire relève du bon vouloir du seigneur.
Et la faction des mages compte beaucoup de gens qui privilégient la théorie. S'on les arrête sans logique ni données, ils ne feront que nourrir des soupçons.
Ainsi, seuls les nobles dociles qui auront écouté l'avertissement du roi échapperont à la marée verte.
« Pour persuader, il faut des explications. Pour expliquer, il faut une logique. Mais seul lord Sora connaît cette logique. »
Le roi porta la main à son front et soupira. À côté, le prince héritier baissa la tête, les épaules tremblantes. Il retenait son rire.
Le marquis Beltze prit la parole, le visage fatigué.
« Même si on nous donne la logique, dès lors que la source est un vicomte novice, les nobles fiers ne prêteront pas l'oreille, n'est-ce pas. »
« Exact. Ce petit tanuki l'avait prévu. Qu'est-ce qu'il a sorti après avoir expliqué ? Des cartes de prévision des dégâts par territoire ? Et avec la logique et les données passées, s'il vous plaît ! »
Le roi tapota nerveusement du doigt sur le bureau.
« Fufufu… »
Ne tenant plus, le prince héritier éclata de rire.
« Ahahaha ! J'en ai mal au ventre. Combien de fois j'y repense, ça me fait rire. »
« … Profite de pouvoir rire tant que tu le peux. Le prochain roi, c'est toi. »
Le roi le fuse du coin de l'œil, mais le prince héritier tient son ventre, des larmes aux coins des yeux.
« Revenons au sujet. L'aide d'urgence nécessitera des denrées alimentaires. Il paraît que la marée verte causera de mauvaises prises dans各地. Pour empêcher la hausse des prix, je veux que Beltze constitue des stocks. Pour le transport, ce petit tanuki s'en chargerait. Connaissant le bonhomme, il compte les revendre à chaque territoire pour faire un bon bénéfice. »
Le marquis Beltze esquissa un sourire amer face à ce commerce à la fois rusé et éclatant : Sora, qui a semé la graine, fait le nettoyage tout en secourant les gens et en gagnant de l'argent, incarnant le « ni les laisser vivre, ni les laisser mourir ».
— Au final, c'est une victoire solo de lord Sora, hein.
« Toi, Beltze, tu pourras stocker sans que les marchands ne s'en aperçoivent. Se faire mener par le nez par ce petit tanuki m'agace, mais c'est aussi une occasion en or de vendre des faveurs à la faction des mages. Je compte sur toi. »
« Je m'en charge. »
Quand le marquis Beltze accepta, le roi poussa un soupir de soulagement.
Renforcer la cohésion de la faction des mages est nécessaire pour affaiblir l'influence de la faction de l'Église.
Cette situation offre aussi une opportunité au roi.
— Lord Sora a sans doute tout prévu jusque-là.
Le marquis Beltze lut le document du plan d'aide d'urgence, impressionné.
« S'il hérite du titre de comte, le sud du pays n'aura plus de soucis à se faire. »
Ce murmure discret venait du roi.
La reconstruction du vicomté est remarquable. Il gère habilement la chose, absorbant les réfugiés qui débordent et leur donnant du travail.
Y compris l'iceplant dont on a parlé, le territoire continue son développement original.
Politiquement, il est en conflit avec la faction de l'Église, mais il verse des subventions pour l'entretien des routes, ce qui arrange le pays. Comme il fait de l'unité « Équipe Flamme », composée d'anciens soldats de l'armée royale, le pilier de son armée privée, les risques de rébellion sont faibles.
« Pourvu qu'il ne se fasse pas écraser par le monstre de l'Église. »
« Le primat Leul, c'est ça ? »
Le prince héritier interrogea sur le murmure du roi.
Le roi hocha la tête, et le prince héritier posa sa joue sur son poing, exprimant son doute.
« Il est si coriace que ça ? »
« L'Église prône la protection des fidèles. Le nombre, à lui seul, devient force. De plus, en utilisant les églises des divers lieux, elle peut manipuler l'information. Par-dessus tout, le primat Leul accumule solidement des méthodes usées jusqu'à la corde pour achever des plans sans faille. Combien de fois m'a-t-il fait boire la tasse… »
Le roi le dit avec humeur.
Le prince héritier vit que le marquis Beltze, lui aussi, avait le visage de qui se remémore quelque chose d'inagréable.
Remarquant le regard du prince héritier, le marquis Beltze ouvre la bouche d'une voix lourde.
« Leul est un génie qui a étudié l'histoire. »
Coupant court, le marquis Beltze prononça le surnom par lequel on chuchote sur Leul parmi les nobles.
« — Le monstre de la voie classique. »