Minan ouvre la porte et sort dans le couloir.
« Alors, je vous laisse. »
Elle salue le couple seigneurial dans la pièce et referme doucement la porte.
Cela fait trois ans qu'elle sert en tant que domestique dans la famille Kleinselt. Comme les domestiques chevronnées ont été « punies » les unes après les autres, elle, malgré son manque d'expérience, est devenue l'attachée personnelle de Sora Kleinselt, l'héritier, il y a un an de plus.
Elle s'enorgueillit d'avoir jusqu'ici navigué sans problème.
« Jusqu'à aujourd'hui... »
Elle lève les yeux vers le soleil par la fenêtre du couloir et marmonne.
Elle regrette d'avoir dévoilé la situation du domaine sous la menace à peine voilée de Sora. Elle a même dit des choses qui pourraient être prises pour une critique du seigneur.
Si cela venait aux oreilles du seigneur, elle ne verrait pas le lever du soleil demain.
« Quoi qu'il en soit, qu'est-ce que c'était que ça ? »
Minan marmonne toute seule.
Elle ne peut s'empêcher de s'inquiéter des nombreuses paroles et actions mesquines de Sora, qui d'ordinaire ne formule jamais de caprice et évite de mettre les domestiques dans l'embarras.
A-t-il été empoisonné par le seigneur ? Ils sont de la même famille Kleinselt. Le sang ne ment pas.
« Que Sora-sama devienne un cochon répugnant comme le seigneur... Je n'ose même pas y penser. S'il grandissait comme ça, j'assumerais mes responsabilités et nous ferions un double suicide. »
Elle laisse échapper un monologue qui vaudrait un crime de lèse-majesté.
Elle avance dans le couloir orné de tableaux de paysages et de vases coûteux. La domestique arrivée il y a deux jours nettoyait le visage sombre. Elle lui jette un regard de pitié, cette pauvre nouvelle venue invitée dans un enfer vivant.
Après tout, les dangers mortels sont trop nombreux dans ce manoir. Une simple erreur mène à l'exécution ; si le seigneur vous remarque, c'est votre vertu qui est en danger ; si l'épouse du seigneur vous prend en grippe, vous êtes vendue à un lupanar.
Pour y échapper, il faut soit obtenir un puissant protecteur, soit se rendre indispensable par une compétence exceptionnelle.
Combien de temps cette nouvelle venue pourra-t-elle tenir dans ce lieu de travail impitoyable ?
« Hé, la nouvelle. Tu viens aussi d'un village de pêcheurs, non ? »
« O-oui. »
Prise de court, la nouvelle domestique se redresse comme un ressort et répond d'une voix qui casse.
« Calme-toi, respire profondément. »
« ... Désolée. »
Suivant le conseil de Minan, elle prend deux grandes inspirations et apaise son trouble.
Voyant cela, Minan entre dans le vif du sujet.
« As-tu déjà vu de l'herbe gelée toute l'année chez toi ? »
« De l'herbe gelée ? »
« Pas la peine de faire cette tête inquiète, je demande au cas où, alors ne t'en fais pas. »
Il n'y a pas d'herbe gelée toute l'année, poursuit-elle en pensée.
Minan n'a pas posé cette question pour harceler la nouvelle. C'est Sora qui lui a demandé d'apporter de l'herbe gelée toute l'année. Mais on ne peut pas chercher ce qui n'existe pas.
Minan se demande même si ce n'est pas elle qu'on harcèle.
Tandis que Minan réfléchit à quoi faire, la nouvelle domestique ouvre timidement la bouche.
« S'il s'agit d'herbe qui a l'air gelée, y en a sur le littoral. C'est de l'herbe salée, non ? »
« ... Ça existe. Le monde est plein de choses qu'on ignore. »
L'info sur le goût salé correspond aussi à ce que Sora a dit. La caractéristique de pousser sur le littoral colle aussi.
« Sora-sama en veut. Apparemment, il peut t'accorder un congé en tant que futur seigneur, alors tu pourrais aller en cueillir ? »
« Je peux avoir un congé !? »
Son visage sombre d'il y a un instant a disparu, la nouvelle a retrouvé l'éclat dans les yeux et exprime son espoir de tout son être.
C'est compréhensible : on lui offre une échappatoire, fut-elle brève, à cet enfer vivant. Minan elle-même, si l'occasion se présentait, tout laisserait tomber pour fuir illico.
« Mais à condition d'apporter l'herbe gelée avec sa terre, entendu ? »
« Oui ! Mais pourquoi veut-il une herbe pareille ? »
« Boh, c'est l'âge où on veut tout savoir, il veut sûrement juste la voir de ses yeux. Il a aussi dit d'en ramener au moins dix plants, fais gaffe. Et ramène un pêcheur avec toi. »
Minan a bien parlé de pêche dans la mesure de ses connaissances, mais ça n'a pas suffi à satisfaire la soif de savoir de Sora. C'est pour ça qu'il a ordonné d'amener un pêcheur en activité.
Une fois les tenants et aboutissants expliqués, la nouvelle semble passer en revue les pêcheurs du coin pour choisir le bon.
« Compris. Alors j'y vais tout de suite─ »
Minan l'arrête en l'attrapant par la nuque alors qu'elle s'apprête à partir en disant ça.
« Tu finiras ton nettoyage d'abord. »
« Tch... »
Faisant semblant de ne pas entendre le claquement de langue de la nouvelle, Minan quitte les lieux.
La corvée n'est pas finie.
« Le reste, c'était : récupérer un max de vieux vêtements et cent planches de bois, et enquêter sur l'état de la ville et la corpulence des gamins des rues, non ? »
Il paraît que les enfants de nobles s'intéressent à des choses bien différentes des roturiers.
Elle a l'impression qu'on lui a demandé autre chose encore, mais quoi ?
« Tant pis. »
Abandonnant vite fait l'effort de se souvenir, Minan sort du manoir.
Commençons par examiner la corpulence des gamins des rues.
Si elle reste, ce seigneur cochon risque de la repérer et de l'entraîner dans sa chambre ; fuir est la meilleure option.