Tout en observant Métier être entourée de sollicitude par la servante Aloily, Sora attendit que la calèche quitte l'enceinte du manoir du marquis Giestra.
Une fois la calèche passée la porte, Sora présenta sans tarder à Métier la réponse qu'il avait reçue la veille au soir.
« Excusez-moi. L'auteur de la lettre d'hier soir, c'est moi. »
Aloily arracha l'épaisse réponse des mains de Sora.
Bien qu'elle fixât Sora d'un regard dur, Aloily ne dit finalement rien et porta les yeux sur Métier.
Métier, le visage baissé, laissa échapper une petite voix tremblante.
« …… J'en avais entendu parler, mais vous ne sourcillez pas à piéger les gens, Sora-sama. »
« Quelle rumeur… »
Sora poussa un soupir. Comme il avait maintes fois piégé des gens par le passé, il ne put le nier.
« Je m'excuse pour avoir tendu un piège par lettre. Vraiment, toutes mes excuses. »
Sora baissa la tête. Il sentit le regard perçant d'Aloily sur lui.
Sentant que Métier relevait la tête, Sora redressa aussi la sienne.
Métier posa ses deux mains crispées sur ses genoux et interrogea Sora d'une voix tremblante.
« …… Avez-vous l'intention d'en parler à votre père au sujet de cette lettre ? »
« Non, je n'ai pas l'intention d'en parler pour l'instant. Je compte faire se rencontrer Mademoiselle Métier et son correspondant épistolaire pour les marier. »
En parlant sans rien cacher, Sora vit Métier le fixer avec un air surpris.
« N'est-ce pas moi que vous voulez épouser ? »
« Je n'ai jamais pensé vouloir épouser Mademoiselle Métier. Pas un seul instant depuis notre première rencontre. »
Sora nia l'imagination de Métier avec une franchise absolue.
Mais Métier promena un regard perplexe.
Tout en dévisageant Sora, Aloily s'adressa à Métier.
« Ma dame, ne vous laissez pas duper. Il compte sans doute rapporter cela au chef de famille plus tard, séparer ma dame de l'auteur de la lettre, puis s'emparer de ma dame le cœur brisé. »
« S'il s'agissait de séduire Mademoiselle Métier le cœur brisé, il serait plus rapide de surveiller le manoir du marquis Giestra, capturer le messager, lui faire avouer l'identité du correspondant, le rapporter au marquis Giestra, puis punir ledit correspondant. »
Alors que Sora énonçait la procédure avec fluidité, le visage de Métier se vida de son sang. Aloily, le visage stupéfait, désigna Sora d'un doigt tremblant.
« Cet homme est vraiment indigne de confiance, ma dame ! »
« Je me suis contenté de réfuter la supposition d'Aloily ; je ne l'aurais pas fait en réalité. J'aimerais que tu observes les choses un peu plus calmement, logiquement, en considérant qui y gagne, avant de parler. »
D'un air méprisant, Sora désigna la réponse tenue dans les mains d'Aloily.
« Renvoyer la preuve de l'existence d'un correspondant épistolaire fait aussi partie de ma coopération. Tout comme cette union était un désagrément pour Mademoiselle Métier, elle l'est tout autant pour moi, au plus haut point, profondément désagréable et des plus contre mon gré. Si on peut la rompre, je m'y emploierai de toutes mes forces. Cependant, ne voulant pas attrister Mademoiselle Métier, je songe à coopérer pour retrouver l'auteur de la lettre. »
Face à Sora qui détestait cette union du fond du cœur, Métier fit une mine complexe.
Elle ne voulait pas se marier, mais se le dire en face devait blesser son orgueil.
Songeant qu'elle devrait s'en prendre à Aloily, Sora croisa les bras, jugeant que la discussion n'avancerait pas ainsi.
« Mon but premier est d'annuler cette union, non de soutenir l'amour de Mademoiselle Métier. Si elle refuse de coopérer, je rapporterai moi-même l'affaire de la lettre à Son Altesse le prince héritier pour faire annuler l'union. »
« P-pourquoi Son Altesse le prince héritier intervient-il ?! »
Aloily cria malgré elle, puis se clappa précipitamment les deux mains sur la bouche.
Sora porta son regard sur Métier pour observer sa réaction, mais celle-ci non plus n'avait pas imaginé l'intervention du prince héritier, à en juger par son air ahuri.
Elle semblait ignorer la situation intérieure du royaume.
« Cette union m'est parvenue via Son Altesse le prince héritier. Puisque le marquis Giestra y est favorable, l'impliquer est le moyen le plus sûr d'empêcher l'étouffement de l'information. Bien sûr, cela touchera à la réputation de Mademoiselle Métier, de l'auteur de la lettre et du marquis Giestra. »
Non seulement Métier, mais même Aloily en perdit la couleur.
J'ai peut-être un peu trop menacé.
Voyant Métier décontenancée, Aloily reprit le premier ses esprits et fixa Sora d'un regard teinté de peur.
« Si vous faites cela, vous ne vous en sortirez pas indemne. Ayant rencontré ma dame en personne, vous serez traité d'homme pitoyable ayant perdu face à un rival en amour dont on ignore l'identité et qui n'échange que des lettres. »
Alors qu'elle formulait sa résistance de toutes ses forces, Aloily parut acquérir la certitude de l'avoir emporté, et le sang lui revint au visage.
Mais Sora ne sourcilla pas.
« Qu'on me raille, peu m'importe. Je l'ai dit : mon but est d'annuler cette union. Je n'ai jamais eu l'intention d'épouser quelqu'un que je n'aime pas. D'autant que Mademoiselle Métier a elle aussi quelqu'un d'autre en cœur. »
Face à cette déclaration peu noble de la part de Sora, Aloily perdit cette fois-ci la parole.
« Enfin silencieuse ? » Songea Sora en la dévisageant pour porter le coup de grâce.
« Revenons au sujet principal. Mademoiselle Métier et moi partageons le but d'annuler cette union. Voulez-vous unir nos forces ? »
Contrairement à Aloily, qui se boucha les oreilles avec une mine de qui entendait une tentation diabolique, Métier fixa Sora intensément.
« Sora-sama, avez-vous quelqu'un que vous avez décidé dans votre cœur ? »
« Il y a quelqu'un que j'aime depuis quatorze ans. »
Métier scruta les yeux de Sora, comme pour vérifier s'il ne mentait pas.
Après avoir soutenu le regard de Sora un moment, Métier poussa un soupir de soulagement.
« C'est entendu. Je vous prie de bien vouloir coopérer. »
« — Ma dame ?! »
Aloily, surprise, tenta de la retenir.
Mais Métier secoua lentement la tête et retint Aloily.
Et, pour une raison quelconque, Métier porta sur Sora un regard empreint de respect.
« La détermination à ne pas craindre la calomnie dans la société noble pour mener à bien un amour de quatorze ans. Je n'aurais cru qu'il existe, outre moi, quelqu'un doté d'une résolution si noble… »
Devant Métier qui s'émouvait toute seule, Sora leva les yeux au ciel, exaspéré.
« Aloily, tu ferais bien d'apprendre à réfléchir avant de parler. Surtout pour le bien de Mademoiselle Métier. »
Avalant les mots « De toute façon, n'importe qui d'autre que moi pourrait la duper facilement », Sora conseilla Aloily.