La lettre que Sora avait rédigée parvint à Métié dans la nuit.
Sora, tablant sur une réponse pour le lendemain midi, avait commencé à se préparer pour se coucher, mais il comprit que Col était venu en entendant le faible bruit d'un coup frappé à la porte de sa chambre.
« Entre. »
Lorsque Sora autorisa l'entrée, Col poussa la porte avec hésitation.
« Euh, je suis venu récupérer la réponse à la lettre. Et puis, enfin, comme je suis cuisinier, je me demandais si porter une lettre au manoir d'un autre noble n'était pas plutôt le travail de la Brigade des Flammes... »
« Si la Brigade des Flammes y allait, on saurait que c'est moi qui ai écrit la lettre. »
Quand Sora le fit remarquer, Col s'étouffa d'un « Guh » et, l'air résigné, lui tendit la réponse de Métié.
« Elle est épaisse. Y a-t-il une planche de bois dedans ? »
Il essaya de la poser debout sur le bureau, et elle tint parfaitement en équilibre.
Sora prit le coupe-papier orné de marqueterie sur le bureau,'ouvrit l'enveloppe et lut la réponse.
Une fois qu'il eut tout lu, Sora comprit que la situation était plus complexe que prévu et poussa un soupir.
« Même Métié elle-même ne sait pas qui est son correspondant épistolaire... »
La réponse commençait par : « Je suis ravie que vous acceptiez enfin de me répondre pour la première fois. »
Le contenu répondait point par point aux sujets des lettres envoyées jusqu'à présent, et s'étendait sur plusieurs feuillets. Probablement, chaque fois qu'une lettre arrivait de l'être aimé, elle rédigeait une réponse qu'elle n'espérait pas voir reçue et la gardait.
Sur la dernière feuille se trouvait la réponse à la lettre qu'avait écrite Sora. Faute de temps sans doute, l'écriture y était un peu plus négligée que pour le reste.
On devine au contexte qu'elle a ressenti une certaine gêne par endroits dans la lettre de Sora, mais comme elle est emportée par la joie de croire qu'on lui répond enfin pour la première fois, elle ne semble pas y réfléchir profondément.
« On finirait par s'inquiéter de voir Métié se faire avoir par un mauvais garçon. »
« ... Il n'y a pas de pire homme que vous, Sora-sama, qui déguisez une fausse lettre d'amour. »
« Col, tu es complice aussi. »
« On m'a forcé la main. »
Devant Col au bord des larmes, Sora secoua la tête en souriant amèrement.
« Bon, demain j'inviterai Métié en rendez-vous, je m'excuserai de l'avoir trompée, et en guise de réparation, je lui servirai de conseillère en amour. »
Après avoir congédié Col, Sora s'assit sur le bord du lit et jeta un œil de travers au gros paquet de feuilles de la réponse.
C'était sans doute à cause de ce paquet de réponses qu'elle avait regardé la pièce de l'après-midi avec une telle intensité.
Pour Métié, qui avait continué à écrire et à accumuler des réponses qu'elle n'espérait pas voir reçues, les protagonistes de la pièce qui s'étaient manqués et brouillés pour une seule lettre non parvenue ont dû lui serrer le cœur.
Malgré cela, allait-elle souvent au grand théâtre voir *La Demoiselle aux lettres* parce qu'elle savait que la fin serait forcément heureuse ?
« En repensant à son visage, on a envie de la soutenir, même si ça ne nous regarde pas. »
Le lendemain matin, Sora demanda au marquis Giestra d'emmener Métié à un concert.
La permission fut accordée sans attendre midi, et une lettre d'acceptation arriva de Métié elle-même.
« On voit bien qu'elle y va à contre-cœur. »
Il la comparait involontairement à la réponse de la veille. La différence était flagrante à la façon dont chaque caractère était bâclé.
Le « La prochaine fois, c'est Sora-sama qui devra m'inviter » de la veille au soir n'était visiblement qu'une politesse mondaine.
Razetto ne se vanta pas d'avoir eu raison, il se contenta de murmurer : « Tu vois, je te l'avais dit. »
Un léger sentiment d'impuissance l'envahit, mais Sora se dit que le vrai défi commençait maintenant.
« George, fais avancer le carrosse. »
Sora, prêt à partir, confia les rênes à George.
George lui rendit le scénario pour lequel Métié avait demandé d'écrire son nom la veille.
Il semble que les noms de tout le monde y soient inscrits, y compris ceux qui avaient assuré la garde du manoir la veille.
C'est un cadeau de retour tout trouvé.
Dans le carrosse qui s'ébranlait, Sora relut attentivement la réponse à la lettre.
Du fait de sa forme épistolaire, les informations n'étaient que fragmentaires, mais il apparaît que, tout comme Métié éprouve des sentiments amoureux pour son correspondant, celui-ci est également épris d'elle.
Cependant, il est certain que ce correspondant, qui cache son identité et refuse qui plus est de recevoir des réponses, porte en lui un obstacle au mariage avec Métié.
Pour que Sora fasse échouer ce mariage arrangé, il doit retrouver le correspondant, lever cet obstacle et pousser Métié à l'épouser.
De plus, comme cet arrangement résulte des visées du prince héritier et du marquis Giestra, père de Métié, il lui faut aussi un moyen de contourner l'ingérence de ces deux-là.
« Il faut aussi envisager la possibilité que le correspondant ne fasse que taquiner Métié par pur jeu. »
Cela dit, s'il s'agit d'une plaisanterie, il est peu probable que qui que ce soit y trouve un 이익.
Au contraire, se moquer de la fille d'un marquis risque de tourner au scandale.
Tandis que Sora réfléchissait à la façon de résoudre le problème, le carrosse arriva au manoir du marquis Giestra.
Sora offrit la main à Métié, qui arborait un sourire de circonstance sans rien savoir, pour l'aider à monter, puis promena son regard sur les domestiques venus les accueillir.
Il repéra immédiatement la personne visée et l'appela.
« Toi là-bas, j'ai quelques questions sur Métié. Viens avec nous. »
C'était une jeune servante tachetée de rousseurs. La seule à avoir réagi différemment des autres domestiques lors de la gaffe de Métié la veille, et celle-là même qui avait annoncé l'arrivée de la lettre à Métié.
Ordonnée par Sora, qui est comte, de l'accompagner directement, la servante le regarda avec méfiance.
« Je suis désolée. J'ai du travail au manoir. »
La jeune servante aux rousseurs refusa.
Faute de mieux, Sora tira une feuille de sa poche et la tendit à Métié.
Métié la reçut avec un sourire de façade et y jeta un rapide coup d'œil.
« — Aloily, viens avec nous. »
Métié froissa la lettre, baissa le visage et ordonna à la jeune servante aux rousseurs.
La servante, qui s'appelle apparemment Aloily, pâlit en remarquant l'étrange attitude de Métié, mais ses yeux restèrent fermes et elle dévisagea Sora.
Sora ignora le regard d'Aloily et fit signe vers le carrosse.
« Dépêche-toi. Je ne te ferai rien de mal. »
Sora lança une réplique de méchant et fit monter Aloily dans le carrosse.