« — Tu t'es entraîné en cachette, pas vrai ? »
Un seul mot de Chaf suffit à faire grimacer Félix.
Au point de perdre un duel de force pure contre quelqu'un qui n'avait pas reçu d'entraînement depuis des mois, Chaf ne s'était pas ménagé.
Contrairement à l'époque où il avait perdu contre Sora, il avait maintenant atteint l'âge de la croissance et son corps s'était formé.
S'y ajoutaient les paroles de Sora.
On l'avait traité d'idiot, d'idiot, mais il finit par comprendre.
Chaf ne chercha pas à retenir le rire qui montait en lui.
Il réalisa que tout le combat n'était qu'une farce, et pourtant, quelque chose d'irremplaçable.
'— Je suis d'une étroitesse d'esprit incroyable.'
Tout en laissant des larmes monter avec son rire, Chaf s'auto-flagellait.
Si ce qui était visible était le mal, il niait tout.
Il n'avait pas pu imaginer qu'il y ait de la justice derrière le mal.
Pourtant, Félix ne faisait qu'essayer de le tourner vers l'avant.
Quand on perd son chemin, il y a quelqu'un à ses côtés qui vous montre la voie, fût-ce en devenant le mal.
Comme il est béni.
Cependant, Chaf n'avait pas perçu la justice derrière cette loyauté nommée objectif qui se cachait derrière les actes.
Il n'avait pas vu ses subordonnés irremplaçables qui le soutenaient.
Un imbécile sans l'étoffe pour diriger les autres.
Combien de fois la réponse lui avait-elle été montrée jusqu'à présent ?
Gorge et les autres, qui avaient sillonné la Plaine des Flammes au péril de leur vie pour mener Sora à la victoire.
Razetto et les autres, qui avaient piégé les fonctionnaires en toute connaissance de cause, pensant à l'avenir pour que les habitants du domaine ne meurent pas de faim.
Même condamné comme le mal par Chaf, Sora n'avait pas bronché d'un millimètre.
Car il comprenait et faisait confiance à ceux qui faisaient de son idéal leur objectif et le soutenaient de toutes leurs forces.
C'est pourquoi Sora prenait la tête et avançait droit comme un étendard sur la voie difficile.
Il avançait avec assurance sur le chemin le plus court vers l'idéal, pour que ceux qui le suivaient ne ressentent pas d'inquiétude.
C'est le devoir de celui qui se tient au-dessus des autres.
'— Oui. Comparer aux autres n'a aucun sens.'
'C'est soi-même qui avance vers l'objectif, pas quelqu'un d'autre.'
'— Mais on ne peut pas avancer seul.'
'C'est pour ça qu'il y a des subordonnés qui nous soutiennent.'
'— Pour mes subordonnés, je ne hésiterai pas.'
'Sans me détourner, pour qu'ils puissent donner le meilleur d'eux-mêmes.'
'— L'objectif à viser.'
« Dessiner l'idéal que je veux réaliser. »
Chaf se releva… et tourna le regard vers l'avant.
'— Je vais abandonner ma propre justice.'
'La justice vue sous un seul angle n'est que narcissisme.'
Chaf leva les yeux vers le ciel bleu.
'— Je déteste avoir faim parce qu'on me traîne avec une justice aussi vague, hein.'
Les paroles de Sanya lui traversèrent l'esprit.
La justice de Chaf et le bonheur des gens du domaine ne coïncidaient pas nécessairement.
La justice que désiraient les gens du domaine, c'était ce qui leur apportait le bonheur.
'— Alors, qu'il en soit ainsi.'
« Félix, merci pour tout. Ça va, maintenant. »
Quand Chaf l'affirma avec assurance, Félix fit une mine embarrassée.
Se grattant la tête, il posa son regard sur le bâtiment au coin du manège.
Il haussa les épaules, ríctus gêné, et appela en direction du bâtiment :
« — Désolé. Tout est grillé. Sortez, vous ! »
Quand Chaf porta son regard, quelque chose de brillant fut tiré dans l'ombre du bâtiment.
Sora marmonna, exaspéré :
« …… Un miroir. »
« Ce n'est pas pour mater une jeune fille nue, pas la peine de faire ces petits trucs. »
La voix lasse du comte Sidolba le suivit.
Depuis l'ombre du bâtiment, les gardes de Chaf sortirent avec des visages contrits.
Avec Félix, les cinq étaient maintenant au complet.
Chaf sourit amèrement.
« Je vois. Si Félix perdait, le suivant devait prendre le relais, c'était ça le plan ? »
« …… Vraiment, tout est grillé. »
L'un d'eux marmonna, mine défaite.
Chaf répondit par un sourire amer et aligna ses gardes.
« Je vous ai fait du souci, à vous aussi. »
Devant ses gardes, Chaf effaça son sourire amer et baissa la tête.
« Comptez sur moi à l'avenir aussi. »
Devant cette tête baissée, les gardes furent décontenancés.
« Arrêtez ! C'est nous qui devrions baisser la tête ! »
« En plus, le volcan actif nous regarde !? »
Juste après, le garde réalisa sa gaffe et se tut en panique.
Mais c'était trop tard : le comte Sidolba, surnommé ainsi, fronça les sourcils.
« Quoi ? J'ai un rapport avec ça ? »
Les corps des gardes se raidirent.
Félix et les autres sont des gardes.
Ce ne sont pas des gens devant qui leur maître, Chaf, doit baisser la tête.
L'origine de cette situation vient de Chaf, mais la question de la face est un autre problème.
Dans ce cas, le volcan actif pourrait bien dire : « Vous n'avez pas de dignité, cette mauviette ! Je vais vous réentraîner ! »
Et Félix et les autres recevraient inévitablement les éclaboussures.
Ne supportant pas la scène, Sora intervint avec un sourire plaqué.
« Chaf, baisser la tête c'est bien, mais le verdict du duel en trois manches passe avant. Si ça finit sur match nul, ça ne sera pas réglé. »
Face à Sora qui changeait habilement de sujet, les gardes lui adressèrent des regards reconnaissants.
« C'est vrai. Finissons-en. »
Chaf regarda Félix.
Ils hochèrent la tête et levèrent leurs bokkens.
Tous les deux arboraient un sourire pur.
Sora leva une main et proclama :
« — Troisième manche, commencez ! »
Le son des bokkens s'entrechoquant retentit hautement vers le ciel.