Théodolf réalisa que Leila était manipulée.
Il ne savait pas qui la contrôlait, mais il comprit une chose : si rien n'était fait, il arriverait absolument quelque chose de grave.
(Il faut que j'enlève ce collier vite) pensa Théodolf en tendant la main vers le collier.
Pour l'instant, il était encore temps d'empêcher le pire. Mais la main de Théodolf fut violemment repoussée par Leila avec un claquement sec.
« Itai… ! »
Théodolf se massa la main légèrement rougie, grimacant de douleur.
Malgré son apparence frêle, la force de Leila surpassait de loin celle d'un aventurier moyen. Pour Théodolf, dont les capacités physiques n'étaient que celles d'un simple enfant, il n'avait aucune chance, même s'il faisait le poirier.
« Excusez-moi. »
Leila lança ces quelques mots, ignora Théodolf qui souffrait, et disparut dans la foule. En regardant son dos s'éloigner, l'inquiétude de Théodolf grandit.
(C'est grave si ça continue… mais qu'est-ce que je peux bien faire ??)
Un épéiste d'élite manipulé, apparu lors du festival d'anniversaire du roi. Il était évident qu'il se tramait quelque chose de mauvais.
Théodolf supposa que la cible était le roi Gauss, la reine Isabella, ou l'un des invités. D'après la réaction de tout à l'heure, il pensa qu'il n'était pas la cible.
(Je peux peut-être la retenir quelques minutes, mais on m'a refusé l'accès au collier… Faut-il que je prévienne mon père, après tout… ?)
Même s'il n'était pas aimé, Théodolf était le fils de Gauss.
S'il expliquait ce qui se passait, une réponse appropriée serait apportée. Ce château regorgeait de soldats, et Gauss lui-même possédait un pouvoir immense grâce à son « Gift ».
Si excellente guerrière soit-elle, il serait impossible pour Leila de tous les affronter.
En signalant à Gauss, l'emballement de Leila pourrait être stoppé. Cependant,
« …Non, c'est impossible. Même si elle est manipulée, mon père ne pardonnera pas à Leila-san. »
Théodolf savait que Gauss ne faisait aucune pitié à ceux qu'il considérait comme des ennemis.
Auparavant, quand un de ses vassaux l'avait trahi, il l'avait fait exécuter sans écouter ses explications. S'il s'agissait d'un attentat contre la vie de sa femme bien-aimée, la sanction serait encore plus sévère.
Le temps passé avec Leila était court, mais elle était l'une des rares connaissances de Théodolf. Il ne voulait pas qu'elle meure.
Et surtout, si elle mourait, une autre personne serait dans le chagrin.
« Mère… »
La reine Isabella appréciait Leila. Elle serait naturellement profondément attristée.
Et c'était parce qu'Isabella avait approché Leila qu'elle avait fini par être manipulée. Manipulée, puis accusée et exécutée.
Isabella se reprocherait sûrement. Sa santé pourrait s'aggraver et elle pourrait en mourir.
« Je ne laisserai pas ça arriver… »
Théodolf marmonna faiblement, et prit sa décision.
Il résoudrait cet incident sans s'en remettre à son père.
« Mais comment faire… Même avec le pouvoir de "Fabrication Automatique", je ne peux pas arrêter Leila-san tout seul… »
Théodolf avait vu de ses propres yeux les capacités de Leila.
Une force hors du commun, une vitesse invisible à l'œil nu. Et des techniques si raffinées qu'on en restait bouche bée.
Quelque soit le pouvoir spécial de « Fabrication Automatique », il était impossible d'arrêter Leila dont les capacités physiques étaient incomparables.
« Fabriquer quelque chose pour l'immobiliser… Non, ça ne marchera pas. Même des menottes seraient brisées, et il n'y a aucune ouverture pour les lui mettre de toute façon. »
Théodolf cherchait désespérément une solution, mais plus il réfléchissait, plus le désespoir s'approfondissait.
Est-ce que je suis vraiment incapable ? Tandis qu'il marchait chancelant, accablé par le chagrin…
« Ah, je t'ai enfin trouvé ! Qu'est-ce que tu fous à traîner par là, Theo ? »
« He… ? »
Appelé soudainement par son nom, Théodolf releva la tête qu'il tenait baissée.
Devant lui se tenait l'un de ses rares amis.
« Ah, Alice !? T'es déjà de retour !? »
« Évidemment. C'est le festival d'anniversaire de Sa Majesté le roi, après tout. »
La jeune fille éveillée au pouvoir du Héros, Alice.
Elle aussi, l'amie de Théodolf, participait au festival d'anniversaire du roi.
Alice passait la plupart de son temps à s'entraîner en tant que Héros dans la capitale royale, mais récemment, elle s'entraînait souvent contre des monstres hors de la capitale. Cependant, aujourd'hui, elle était revenue pour le festival d'anniversaire du roi.
« Haa, c'est bien que l'entraînement chiant soit en pause… Mais devoir porter cette robe à volants impossible à bouger, c'est le pire. »
D'ordinaire vêtue de tenues faciles à bouger, Alice était aujourd'hui enveloppée dans une ravissante robe.
Face à cette apparence si différente de d'habitude, Théodolf eut un léger saut au cœur, mais se souvint immédiatement de sa situation et son expression s'assombrit.
Alice, s'en apercevant, gonfla les lèvres avec un air boudeur.
« Qu'est-ce que tu as ? Je me suis mise sur mon trente-et-un, et tu me fais même pas un compliment ? »
« Ah, désolé. Elle te va super bien, tu es mignonne, ouais. »
« Mouais… T'as pas l'air sincère, là. »
« Si, si, c'est pas vrai ! »
Théodolf tenta de se rattraper, mais Alice perçut instinctivement le mensonge.
Et elle devina en même temps qu'il mentait parce qu'il s'était passé « quelque chose ».
« Bon sang… Pourquoi tu fais cette tête déconfite ? C'est pas comme toi. »
Alice s'approcha de Théodolf et lui parla avec une expression sérieuse.
« C'est pas gentil de cacher les choses. Dis-le-moi, je ferai en sorte que ça s'arrange. »
Le Héros Alice lança cela et afficha un sourire rassurant.