De retour à la maison avec Alice, je lui racontai les événements de ces derniers jours en sirotant le thé que Leila m'avait préparé.
Que nous avions réussi à sauver le village des elfes.
Qu'il avait été décidé de les accueillir dans notre village.
Et qu'à cette occasion, on m'avait plus ou moins fait conclure des fiançailles.
Alice écouta mon récit jusqu'au bout, l'air mécontent.
Leila restait calme comme toujours, mais Aisha-san nous observait avec une expression inquiète.
Ouais, c'est une réaction normale, Leila est la seule à être spéciale.
« … J'ai compris. En gros, ce n'est pas toi qui as fait la demande en mariage ? »
« Bien sûr que non. Le mariage, c'est encore trop tôt pour moi. »
Je m'empressai de m'expliquer.
Dans ce monde, il n'est pas rare d'avoir des fiancés à mon âge, mais je n'ai absolument pas la marge de manœuvre pour songer au mariage pour l'instant.
Ma priorité absolue, c'est de développer ce village pour que tout le monde puisse y vivre en sécurité. Mon bonheur personnel viendra après.
« Et tu comptes faire quoi ? Tu acceptes ces fiançailles ou pas ? »
« J'ai mis ma réponse en suspens. C'est encore trop tôt pour moi, je n'ai pas cette liberté. »
Si je refusais net, ça fissurerait les liens qui viennent de se créer avec les elfes. Alors on a décidé de maintenir le statu quo.
Même si, avec ces deux-là qui réduisent la distance chaque jour, l'option de refuser semble peu à peu disparaître.
« Hein… Je vois. Bah, tant mieux alors. Toi aussi t'es de la famille royale, faut bien au moins un mariage politique pour faire sérieux. »
« Eh ? Tu t'y opposes pas ? »
« Je suis fidèle à la déesse, moi ? C'est évident. »
Le culte de la déesse, qui vénère la déesse, encourage à cultiver l'amour avec de nombreuses personnes.
On peut確かに imaginer qu'Alice, en tant que héroïne, partage cette idée. Mais alors pourquoi était-elle en colère ?
« Ce qui m'énerve, c'est d'avoir été devancée par une elfe sortie de nulle part pour les fiançailles ! Moi, on ne m'a jamais dit ça… »
« Hein, c'est pour ça que t'étais en colère ? »
Je n'aurais jamais cru qu'elle boude pour une raison aussi mignonne.
Mais en y repensant, je me suis peut-être peu exprimé sur mes sentiments envers elle. Si ça l'a rendue anxieuse… je regrette.
Dans cet état, apprendre que je me suis fiancé avec une inconnue, ça fait forcément mal.
Je saisis la main d'Alice, assise en face de moi, et lui dis ce que je pensais.
« Désolé de t'avoir inquiétée. Pour Alice, je voulais faire les choses bien, au bon moment et au bon endroit. Je pense que ça prendra encore du temps, mais… tu peux m'attendre encore un peu ? »
« ――――ッ!! »
À mes mots, Alice écarquilla les yeux, puis son visage devint écarlate.
Le mien doit être tout aussi rouge.
« F-Fin… Bah, si c'est ça, c'est pas grave. C'est vrai que… quand on aime trop, on n'arrive pas à dire ce genre de choses facilement. Vraiment, t'es impossible. »
Tout en disant ça, sa voix sonnait contente.
Apparemment, ma réponse l'avait satisfaite.
« Préviens-toi, j'ai pas pardonné complètement ! D'ici là, trouve des mots un peu plus convenables ! »
Sur ces mots, Alice s'en alla d'un pas léger.
La tension quitta mes épaules et je m'affalai sur la table, le haut du corps renversé. Pfiou, c'était épuisant…
« Alice-chan avait l'air contente. Tant mieux si tout s'arrange. »
« C'est Théo-sama qui l'a poussée à dire ça. S'il y avait encore des plaintes après ça, j'aurais dégainé. »
Aisha-san et Leila, silencieuses jusqu'ici, se mirent à parler.
Vraiment heureux que la conversation se termine avant que l'épée de Leila ne sorte. Si ces deux-là se battaient, le village serait sens dessus dessous.
« Au fait, Leila-san, concernant les fiançailles, vous n'avez pas d'opinion particulière ? »
« ッ!? »
Face à la bombe lâchée sans crier gare par Aisha-san, je faillis recracher mon thé de surprise.
Pourquoi poser cette question maintenant ! ?! Mon corps se raidit à nouveau sous la tension, mais Leila répondit à la question avec un calme inattendu.
« Effectivement, j'aime Théo-sama du fond du cœur. Cependant, je ne suis que sa servante, son entourage. Je ne ferai rien qui aille à l'encontre de ses intentions. »
« Haa… c'est comme ça, hein. »
La réponse de Leila est ce qu'on attend d'une servante, correcte et appropriée.
Mais l'entendre dire ça me laisse un petit goût d'amertume. J'aimerais qu'elle me dise franchement si quelque chose lui déplaît.
« Ah, tiens. Ça me tracassait, mais… comment vous vous êtes rencontrés, Théo-kun et Leila-san ? Leila-san était aventurière avant, non ? Comment elle est devenue servante ? »
« … C'est vrai. Il est peut-être temps de vous le raconter. Théo-sama, cela vous convient ? »
Sur les mots de Leila, j'acquiesçai d'un « Ouais, c'est bon ».
Aisha-san est déjà une compagne précieuse. Raconter le passé ne pose aucun problème.
Leila s'assit face à moi, une expression nostalgique sur le visage, et commença son histoire.
« Alors, laisses-moi vous raconter. L'histoire de ma rencontre fatidique avec Théo-sama. »
Aisha-san et moi tendîmes l'oreille au récit de Leila.
Oui, c'était à l'époque où ma mère était encore en vie, et où mon père et elle n'étaient pas encore en froid…