Après avoir tondu le mouton à laine dorée, je me dirigeai à pied vers un certain bâtiment.
« Magasin Bestia - Succursale du village d'Al. » Le bâtiment où se tenait cette enseigne était, comme son nom l'indique, une boutique de la Compagnie Marchande Bestia.
« Bonjour~ »
La porte s'ouvrit avec le tintement d'une clochette, *karan-karan*.
À l'intérieur du bâtiment en bois, denrées alimentaires, articles de bazar, livres et toutes sortes d'autres objets s'entassaient dans un espace exigu. Qu'on puisse réunir tant de choses aussi vite, le réseau de distribution de la Compagnie Bestia est vraiment impressionnant.
Les villageois semblent aussi beaucoup utiliser ce magasin ; l'avoir ouvert était vraiment la bonne décision.
Tandis que j'y réfléchissais, la personne qui rangeait les marchandises me remarqua et s'approcha.
« Bienvenue ! Que puis-je pour vous... ah, mais ce n'est pas Theodore-sama ? Qu'est-ce qui vous amène ? »
C'était la gérante de cette boutique, An-san, qui disait cela en arborant un sourire engageant.
Cette femme-chien, membre de la Compagnie Bestia, est la subalterne de Laurent-san, le tout premier marchand que j'ai connu.
Bien qu'encore novice comme marchande, elle avait été d'une raideur nerveuse au début, rien qu'à l'idée d'avoir sa propre boutique, mais elle semble maintenant bien habituée et travaille chaque jour, occupée mais visiblement heureuse.
« Bonjour An-san. Avez-vous un moment ? »
« Oui, bien sûr ! Voulez-vous utiliser la pièce du fond ? »
« Non, ce n'est pas grand-chose, pas la peine d'aller jusque-là. »
« Entendu. Alors traitons l'affaire ici. »
Guidé par An-san, je me rendis au comptoir.
« En fait, il y a un nouveau produit qui peut se récolter au village, et je voudrais vous le montrer. »
« Je vois. Vu le moment, il s'agit encore d'un truc lié aux elfes, j'imagine ? »
« Oui. C'est ça... »
Je sortis de mon stockage dimensionnel une laine brillamment dorée et la posai sur le comptoir.
En la voyant, An-san écarquilla les yeux, surprise.
« Qu- qu'est-ce que c'est que ça !? Un fil fait d'or... !? »
« C'est de la laine de mouton à laine dorée. Ne sachant pas en estimer la valeur, j'ai pensé vous la faire expertiser une fois. »
Sur ces mots, An-san afficha une expression de stupeur encore plus grande.
« Le mouton à laine dorée n'est pas une bête légendaire !? Ah, il existait vraiment... faudra que j'aille le voir plus tard... »
Apparemment, An-san connaissait le mouton à laine dorée.
Étant une femme-bête, elle doit être au courant des légendes sur les animaux.
Cela dit, ce mouton était donc si rare ? Mis à part la couleur de sa laine, je n'avais pas l'impression qu'il diffère tant des autres moutons.
« Au fait, pouvez-vous racheter ça ? J'en ai récolté pas mal, alors je pensais en céder quelques-uns. »
« Heu, ah, non... comment dire... nous non plus, on n'a pas trop d'argent en ce moment... »
An-san transpirait à grosses gouttes, l'air gênée.
« Un article aussi rare, c'est difficile d'en fixer le prix. Même en le sous-estimant, je pense qu'il vaudrait plusieurs milliers de fois de la laine ordinaire. »
« Hein, ça vaut autant que ça ? »
À ce niveau, on parle de sommes qui font bouger l'argent comme pour le commerce de pierres précieuses.
La Compagnie Bestia rachète déjà pas mal des produits locaux du village. Apparemment, l'argent qu'An-san peut mobiliser est déjà presque épuisé.
C'est dommage, mais c'est pas grave.
« C'est ça. Alors je l'emporte... »
Déconfit, je tentais de reprendre la laine.
C'est alors qu'An-san saisit ma main d'une poigne ferme.
« At- attendez un peu ! Je l'achète, finalement ! Laissez-moi l'acheter ! »
« Hein ? Mais vous n'avez pas d'argent... »
« Je me débrouillerai ! S'il le faut, je ferai même du chantage à mon senpai ! »
An-san le dit d'un air halluciné.
Laurent-san, menacé sans le savoir, en est un peu pitoyable. Il doit être en train d'éternuer quelque part, tiens.
« Laisser filer un truc aussi extraordinaire, ce serait déshonorer le nom de marchand ! En tant que gérante de cette boutique, je ferai absolument cette transaction ! »
Avec des flammes qui dansaient dans les yeux, An-san le déclara.
Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit aussi motivée. Avec ça, je peux lui confier l'affaire l'esprit tranquille. Un produit local de plus pour le village, c'est réjouissant.
« Je contacterai le siège de la Compagnie et fixerai le prix au plus vite, alors laissez-moi faire pour la suite. »
« Oui, je compte sur vous. »
Sur ces mots, je quittai la boutique.
Ouf, l'affaire de la laine est réglée pour l'instant. Le travail du jour est fini, je vais pouvoir rentrer me poser...
« Theo ! Je t'ai enfin trouvé ! »
« Hein ? »
Comme je m'apprêtais à partir, une voix forte m'interpella soudain.
Je me retournai vers l'origine de la voix et vis un visage bien connu.
« Alice ! Tu es revenue ! »
C'était Alice la Héroïque, qui arrivait en faisant onduler ses couettes rouges.
Elle avait quitté le village pour un travail de héroïque. Visiblement, c'est fini et elle est rentrée.
« C'est bien ! Tu vas bien ! »
« M-ouais. Avec moi, c'était facile, facile. »
Je pris sa main, joyeux de son retour, et elle fit mine d'être embarrassée.
Autrefois, je me demandais si son attitude distante signifiait qu'elle me détestait, mais maintenant je sais que c'est juste de la pudeur.
« Je viens juste de finir mon boulot. Tu viens pas à la maison ? On mangera des gâteaux en échange de tes récits d'aventure. »
« C'est pas comme si j'avais le choix. Bon, je vais te raconter mes exploits... pas du tout ! Y a un truc bien plus important à te dire ! »
Superbe réplique cinglante d'Alice.
Elle a l'air furieuse pour un truc. Qu'est-ce qui lui prend ?
« Qu'est-ce qui t'arrive, Alice ? T'es si en colère... »
« Y a pas de "quoi" qui tienne ! J'ai entendu dire que t'as "épousé" une elfe ! C'est quoi ce manège, me larguer comme ça ! »
« ...Ah. »
C'est vrai, Alice ignore tout ce qui s'est passé entre les elfes et moi.
Apparemment, seule la nouvelle du mariage lui est parvenue. C'est mal parti...
« Tu vas m'expliquer correctement, hein. »
« Oui... »
Comment expliquer pour qu'Alice m'écoute sans s'énerver ?
Je rentrai chez moi en y réfléchissant désespérément, le cœur aussi lourd que celui d'un prisonnier qu'on emmène en cellule.