« C'est par ici. »
« H-hai. »
Les deux membres de la maison de commerce Vesta étaient guidés à l'intérieur du manoir.
Laurent jetait des coups d'œil discrets pour ne pas attirer l'attention, tandis qu'Anne faisait les cent pas, hébétée, scrutaient les lieux.
Qu'un manoir puisse être érigé en si peu de temps était impensable. On aurait pu croire que seule la façade était luxueuse, le reste n'étant que décor, mais il n'en était rien.
(Un tel bâtiment ne peut pas être construit en si peu de temps. Dans ce cas, c'est bien le pouvoir du « Gift » de Son Altesse… Je n'imaginais pas qu'il fût aussi considérable.)
Laurent avala sa salive.
Construire un édifice n'a rien à voir avec forger une arme. Si la porte et les remparts extérieurs sont aussi l'œuvre de ce pouvoir, on frôle le divin. Une force capable de faire surgir une ville tout entière… Laurent frissonna d'effroi à l'idée de s'en faire un ennemi.
Il remercia intérieurement la déesse d'avoir pu faire connaissance rapidement et devenir partenaire commercial.
« Asseyez-vous, je vous prie. »
On les conduisit dans une pièce meublée d'une grande table d'apparence coûteuse.
Apparemment, c'était le salon.
Sur des chaises tout aussi onéreuses que la table, Laurent et Anne prirent place.
« W-wow, senpai ! C'est super moelleux, ce fauteuil ! »
« Je vous en supplie, taisez-vous. »
Laurent se massa le front face à son insouciante junior.
Il ne pensait pas que Théodolf s'offenserait pour si peu, mais il aurait souhaité qu'elle fasse preuve d'un minimum de sérieux.
Pourtant, avec son manque d'expérience et son naturel insouciant, Anne ne saisit pas cet état d'esprit.
« Le voyage en calèche a dû vous fatiguer. Voulez-vous une boisson sucrée ? »
À ces mots de Théodolf, l'une des servantes se mit à verser un liquide orangé dans des verres transparents.
De cette liqueur scintillante s'élevait un parfum riche.
(Avant, il n'y avait qu'une seule servante. D'où a-t-il bien pu les recruter ? Leurs gestes ne semblent pas ceux d'amatrices…)
Les pensées de Laurent tourbillonnaient.
La servante qui servait la boisson, Aisha, exécutait ses gestes avec une telle aisance qu'on aurait pu la croire expérimentée.
Pourtant, ce n'était pas le fruit de longues années de pratique, mais le résultat de l'entraînement spartiate de Leila. Chaque jour, on lui inculquait les manières de servante jusqu'à ce qu'elle en ait des courbatures.
En particulier, le service devant les clients avait été enseigné de manière exhaustive, si bien qu'elle avait atteint un niveau suffisant pour tromper l'œil de Laurent.
Le ménage, la cuisine et le reste étaient encore loin du niveau d'élite, mais Leila estimait que le jour où elle les maîtriserait n'était pas si lointain.
« C'est un jus d'orange pressé ce matin même. Je vous en prie, goûtez-le. »
« Oui. Je ne me fais pas prier. »
Laurent porta le verre à ses lèvres.
À cet instant, l'arôme de l'orange explosa dans sa bouche. Il eut l'impression qu'on lui avait fourré le fruit entier dans la gorge.
La douceur était intense, mais sans lourdeur, et la finale d'une fraîcheur remarquable. C'était comme si l'on avait matérialisé la boisson idéale imaginée par les hommes.
Il n'avait prévu que d'en goûter une gorgée, mais quand il s'en rendit compte, il l'avait déjà bu d'un trait.
« Glou glou… *fuu*. C'est prodigieux… Théodolf-sama, je souhaiterais que notre maison de commerce traite aussi ce produit… »
« C-c'est super bon !! Euh, est-ce que je peux en reprendre ?! »
Alors que Laurent parlait, Anne réclama un second verre en le coupant.
Aisha afficha un sourire charmant et répondit : « Oui, bien sûr », en lui resservant.
« Glou, glou… *pah* ! Je n'ai jamais bu une boisson aussi délicieuse ! Je suis émue ! Ahaha, senpai m'avait dit que les récoltes étaient incroyables, mais je ne pensais pas que ce serait à ce point ! »
« Tu ferais bien de te calmer un peu… »
« Ce n'est pas grave. Je suis ravi que cela vous plaise. »
Laurent tenta d'arrêter sa junior qui s'emballait, mais Théodolf l'en empêcha d'un geste.
Théodolf était simplement heureux que son hospitalité soit appréciée si franchement.
« Nous avons préparé beaucoup d'oranges. Emportez-les, je vous prie. »
« Merci, Théodolf-sama. Les produits que nous avons reçus la fois précédente ont tous eu un excellent accueil. Nous serions ravis de poursuivre nos échanges avec de nouveaux articles cette fois encore. »
« Oui, c'est moi qui vous en prie. »
Sur ces mots, Théodolf entama les négociations sur les prix détaillés.
Le montant qu'il proposa frôlait la limite absolue de ce que Laurent pouvait engager à l'instant. Un seul pas de plus et il aurait voulu dire « c'est impossible » ; Théodolf visait exactement cette frontière.
Cependant, Laurent faisait partie des jeunes pousses les plus prometteuses, un marchand compétent. Même poussé à la limite, il possédait l'éloquence pour repousser l'offre et arracher des conditions plus avantageuses.
Mais cela n'est valable que si les positions sont égales. Ici, c'était Théodolf qui tenait les rênes.
Une ville en plein essor, un manoir somptueux, et la boisson qu'on leur offrait. Tout cela rehaussait la valeur de Théodolf.
Il n'était pas surprenant que Laurent, ne voulant pas ternir la moindre once de son image, se retrouve dominé par ce sentiment.
« Oui, je pense que nous accepterons volontiers ces conditions. »
Laurent afficha un sourire aimable et avala la proposition de Théodolf en bloc.
Il aurait pu grignoter un peu plus en jonglant avec les fonds et les circuits de distribution, mais pour l'heure, il privilégia le maintien de la relation.
Les deux hommes se serrèrent fermement la main, scellant le contrat.
« *Fuu*… »
Laurent humecta sa gorge desséchée par la tension avec le jus.
Le premier col était franchi. Il souffla, soulagé.
« Au fait, Laurent-san. Merci pour les informations sur les évacués. Grâce à vous, nous avons pu augmenter le nombre de nos sujets. »
« Non, c'est moi qui suis heureux si cela vous a été utile. Si j'obtiens d'autres informations de ce genre, je vous les transmettrai en priorité, Théodolf-sama. »
Et les deux hommes continuèrent à échanger sur des sujets étrangers aux affaires.
Au bout d'un moment, un bruit soudain retentit depuis l'extérieur du manoir : *kan kan kan !* — comme le coup d'un marteau sur une cloche.
« Kyaa !? »
« Q-quoi ?! »
Anne et Laurent affichèrent des visages paniqués face à cet événement imprévu.
Théodolf, lui, garda son calme et adopta une expression grave.
« … Il semble que des monstres approchent. »
« Quoi ?! »
« Rassurez-vous. Le manuel de défense est déjà prêt. Leila, on y va. »
« Oui. »
Avec Leila, qui attendait en retrait, Théodolf se prépara à sortir.
Alors,
« Théodolf-sama. Puis-je vous accompagner ? »
Bien qu'il sache que rester au manoir était l'option la plus sûre, Laurent proposa de les suivre.
Il voulait, au péril de sa vie, vérifier de ses propres yeux l'étendue réelle de la puissance de ce territoire.
Théodolf réfléchit un instant, puis acquiesça.
« C'est compris. Mais si vous sentez le danger, fuyez immédiatement. »
« Oui, merci. »
Ainsi, le groupe se dirigea vers l'est du village, d'où provenait le son de la cloche.