« Je vous ai fait attendre. Dites-moi la situation. »
Théodolf, arrivé au rempart à l'est du village, gravit les marches et demanda au soldat de garde la situation actuelle.
Bien qu'ils ne fussent au départ que de simples villageois, ils portaient de vraies armures et de vraies lances, et grâce à l'entraînement spartiate de Leila, ils avaient l'allure de vrais soldats.
Tous ceux qui s'étaient portés volontaires comme soldats dans ce village avaient suivi l'entraînement spartiate de Leila. Leur force laissait encore à désirer, mais une forte loyauté et la capacité d'exécuter les ordres avaient été cultivées en eux.
« Les monstres sont des dragons terrestres, au nombre d'une dizaine environ. Ils foncent droit sur le village et devraient arriver dans une vingtaine de minutes. »
« Compris. Merci. »
Sur ces mots, Théodolf prit les jumelles et observa les monstres qui approchaient.
Des écailles brun-roux, quatre pattes épaisses. Sur la tête poussaient de magnifiques cornes comme taillées dans la roche.
Théodolf avait déjà lu sur ce monstre dans un livre.
« C'est un dragon terrestre Rockhorn. Si ce nombre vient percuter le rempart, c'est dangereux. Occupons-nous-en. »
« Bien reçu. Le manuel pattern B convient-il ? »
« Oui, c'est bon. Transmettez l'ordre à tous les soldats. »
« Ha ! Bien reçu ! »
Le soldat répondit d'une voix forte et alla transmettre l'ordre aux autres soldats.
Théodolf poussa un soupir de soulagement, et Roland, qui l'avait suivi, l'interpella.
« Théodolf-sama, j'ai cru entendre "dragon terrestre" tout à l'heure… »
« Oui. Il semble qu'un dragon terrestre se dirige vers ici. »
« Quoi, qu'est-ce que vous dites !? »
Roland s'écria, visiblement surpris.
Sa voix, entendue de près, fit presser ses oreilles de chien à Anne, sa junior, avec une mine agacée.
« Senpai ? Qu'est-ce qui vous prend, d'être si surprise ? »
« C'est vous qui êtes trop insouciante ! Écoutez bien, le dragon terrestre est une espèce de dragon sans ailes. Il n'a pas la capacité de voler, mais en compensation, c'est un dragon dur et puissant. »
« Je sais ça. Mais les dragons terrestres sont des créatures douces, non ? Il y a même des chars à dragons qui tirent des charrettes. »
À ces mots d'Anne, Roland fit « Ha… » en se tenant la tête et secoua le cou.
Devant ce geste exaspéré, Anne gonfla les joues avec un « Pfu » pour manifester son mécontentement.
« C'est quoi cette réaction ! »
« Écoute Anne. Ceux-là ont été sélectionnés pour travailler avec les humains. Leur agressivité et leur force n'ont rien à voir avec les dragons terrestres sauvages. »
« Ah… »
Les dragons terrestres qui travaillent avec les humains sont soignés depuis l'œuf et habitués aux gens.
De plus, même s'ils se déchaînent au pire, ce sont des races plus faibles qu'on peut abattre de main d'homme. Mais les sauvages ne sont pas ainsi.
Face à la superficialité de sa propre réflexion, Anne fit mine d'avoir honte.
« Surtout le Rockhorn, une fois qu'il se déchaîne, on ne peut plus rien faire. Et le fait qu'il soit apparu ici laisse penser qu'il est probablement envahi par le miasme. Certes ce rempart est magnifique, mais… il y a trop peu de monde. Il vaudrait mieux évacuer. »
Ici, au nord, la terre est envahie par le miasme.
Les monstres sous son influence deviennent féroces et plus forts. Face à dix telles bêtes, même une ville dotée de défenses aurait du mal à les repousser.
Les installations de ce village sont en ordre, mais le nombre d'hommes est écrasantement insuffisant. Sans effectifs, on ne peut pas faire fonctionner pleinement les équipements.
Roland pointait ce problème.
« Théodolf-sama. Je conseille l'évacuation. Avec votre pouvoir, rebâtir le village serait aisé. Je vous en prie, prenez la décision sage… »
« Les gens de ce village n'ont fait que fuir jusqu'à présent. »
Coupant la parole à Roland, Théodolf se mit à parler.
« Ils ont fui leur patrie, ont été attaqués par des gobelins sur la route, et sont enfin arrivés ici. Je ne peux pas les forcer à abandonner leur foyer une seconde fois. »
« M-mais. S'ils meurent, tout est perdu… »
« Rassurez-vous. Je ne les laisserai pas mourir. »
Théodolf porta son regard sous le rempart.
Entraîné, Roland regarda aussi… et vit près de trente golems de la taille d'un homme adulte rassemblés là. Tous portaient des armures comme les soldats, et travaillaient aux côtés d'eux.
« Wa ! Y a plein de golems ! C'est incroyable, senpai ! »
« Qu-quoi…!? »
Anne qui s'égayait, et Roland qui restait bouche bée, muet de stupeur.
Lui qui avait sillonné maints pays et villes n'avait jamais vu un tel nombre de golems travailler sans le moindre problème.
Un golem vaut plus de dix soldats. Avec ce nombre, leur puissance de combat est incalculable.
« Depuis que la population a augmenté, des monstres viennent vers ce village. C'est parce qu'il y a plus de monde que les monstres ont remarqué l'existence de ce village. Certes, partir d'ici est une option… mais nous ne le ferons pas. Je continuerai à me battre jusqu'à faire de cette terre un endroit où l'on peut vivre en paix. »
Théodolf lança ces mots avec une expression résolue.