Aller au contenu principal

To Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a Day

Chapitre 96 : Le guide de conquête

To Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a DayTo Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a Day
Chapitre 96

Chapitre 96 : Le guide de conquête

Chapitre 96/12080%~21 min de lecture4 136 mots

Shi Qian'gai finit par comprendre, et se retrouva partagée entre l'amusement et l'exaspération.

‘Ling Huanshi me croit sérieusement experte en la matière !’

En réalité, elle n'avait jamais eu de relation amoureuse. À l'âge même où elle aurait dû goûter aux idylles, sa famille avait traversé une crise dévastatrice, qui ne laissait aucune place à ces futilités. Et puis, à la base, la romance ne l'avait jamais beaucoup intéressée.

Plus tard, elle s'était consacrée entièrement à ses études et à sa carrière, vivant en somme selon la devise : sans amour au cœur, l'écriture coule comme l'eau.

Sa seule véritable compétence tenait à un savoir théorique, glané dans d'innombrables œuvres littéraires et sur les forums à ragots.

Repensant au chapelet bouddhique au poignet de Ling Huanshi…

‘Elle n'a donc toujours pas réussi à séduire ce Cultivateur Bouddhiste dont on ignore le nom ?’

« Je suis libre, mais… je crains de ne pas pouvoir t'aider là-dessus, répondit Shi Qian'gai. Je n'ai aucune expérience en ces matières. »

Ling Huanshi répliqua dans l'instant : « Hein ? Vraiment ? Mais tes romans d'amour à la manière des canards mandarins et des papillons, et même ta nouvelle série, sont si brillamment écrits ! »

La stupeur sautait presque hors de l'écran. Shi Qian'gai ne put que secouer la tête, entre rire et incrédulité.

« Ce n'est pas grave. Si tu sais écrire des livres, c'est sans doute que tu as un vrai don pour ça, non ? reprit Ling Huanshi, vite ragaillardie. Je vais tout te raconter. Si tu peux me donner quelques pistes, je te paierai quand même la somme convenue. »

Shi Qian'gai était en vérité assez curieuse ; elle répondit : « Pas besoin d'honoraires. Il se pourrait que je m'en serve comme matériau. Cela te dérange ? »

Ling Huanshi dit que non et envoya un Portrait d'Image Spirituelle.

Dès que Shi Qian'gai le vit, elle comprit pourquoi Ling Huanshi ne parvenait pas à s'en détacher.

Le portrait montrait un jeune homme debout sous un pin, la main tendue pour nourrir un faon d'un blanc de neige. Il ne s'était pas rasé le crâne ; ses cheveux sombres étaient noués lâchement sur la nuque par un cordon. Il portait la robe monastique bleue, un chapelet pendant à son poignet et sur sa poitrine.

Une lumière dorée baignait son profil et faisait ressortir son teint lumineux, pâle et serein comme de la glace sculptée. Son expression était détachée, méditative, comme si son esprit se trouvait très loin.

Shi Qian'gai imaginait sans peine Ling Huanshi adossée à un autre pin, le sourire chaleureux, en train de saisir ce Portrait d'Image Spirituelle.

« Ce n'est pas un vrai Cultivateur Bouddhiste, plutôt le rejeton d'une grande maison élevé au temple depuis l'enfance, qui pratique en gardant ses cheveux », expliqua Ling Huanshi.

‘Ce n'est donc pas un véritable moine…’ songea Shi Qian'gai en se caressant le menton. Elle trouva cela étrangement regrettable.

Mais à force de fixer ce jeune homme, pourquoi lui semblait-il si familier ?

La ressemblance était fugace, à peine perceptible. Shi Qian'gai n'arrivait pas à mettre le doigt sur qui il lui rappelait. Dans sa vie passée comme dans celle-ci, elle avait vu bien trop de beaux visages.

Ling Huanshi déversa les informations comme des haricots hors d'un tube de bambou : « Il est de la famille Situ, l'une des plus grandes maisons nobles de la province de Qin. La légende veut qu'à chaque génération, cette branche envoie un garçon et une fille au temple Foyin pour y cultiver. Cette génération-ci, le sort est tombé sur lui. Je le lui ai demandé, mais il n'a pas dit grand-chose. Je parie que ça tient aux luttes de pouvoir internes de la famille. »

Shi Qian'gai comprit. Cette branche avait apparemment perdu dans les luttes d'influence familiales et devait composer avec le camp adverse en réduisant le nombre de ses héritiers.

« Où en es-tu, pour l'instant ? » demanda-t-elle.

« Il connaît mon nom, maintenant », répondit Ling Huanshi.

Shi Qian'gai : « …… »

‘Donc, aucun progrès, en gros ?’

Ling Huanshi tenta de sauver la mise et activa aussitôt sa Tablette de Jade Spirituel : « Cela fait une éternité que je vais le voir régulièrement. Au moins, je ne suis plus pour lui une pèlerine de passage parmi d'autres. »

‘Le temple Foyin laisse la cheffe de la Secte des Quatre Joies aller et venir à sa guise, courtiser un de leurs propres disciples externes qui cultive en gardant ses cheveux, et ne trouve toujours rien à y redire ? Voilà bien le comble de la compassion, le salut de tous les êtres sensibles.’

Après un instant de réflexion, elle dit : « Je ne peux pas te donner de conseil précis. »

Une ombre de déception passa sur le visage de Ling Huanshi, mais Shi Qian'gai ajouta aussitôt, on ne peut plus sérieuse : « En revanche, je peux te faire la démonstration des “techniques” que je connais… non, des “savoir-faire” que je maîtrise. »

« Une démonstration ? » demanda Ling Huanshi, intriguée. Comment comptait-elle s'y prendre ?

Shi Qian'gai sourit. « Regarde simplement ma série qui arrive. Tu comprendras. »

La Démone était tournée et diffusée en parallèle, le calendrier de tournage courant environ un mois devant celui de la diffusion.

Shi Qian'gai se demandait justement quel personnage masculin secondaire introduire dans le premier Petit Monde. Voilà que la matière idéale lui tombait dans les mains.

‘Un second rôle masculin au visage de glace, éperdument dévoué, qui finit par voler la vedette ? Ça, c'est un grand classique !’

Après le succès de la Démone, les adaptations en série de La Demoiselle et du Pari du Jade sortirent coup sur coup. Les lecteurs firent la fête comme au Nouvel An et propagèrent la nouvelle partout.

Shi Qian'gai se servit d'elle-même comme catalyseur pour lancer la rumeur autour des trois autres adaptations de Cultivateurs Littéraires. Du neuvième au seizième jour, les ventes d'Écrans aux Reflets s'envolèrent. On raconta même que la Grande Impératrice douairière en avait acheté un par curiosité.

« Je n'aurais jamais cru qu'un roman entier puisse être adapté en Pièce aux Reflets, alors je m'étais résignée à ne jamais voir le petit Liu et la demoiselle Xie sur un Écran aux Reflets. Mais une série ? C'est parfait ! »

« Exactement ! Maintenant on peut savourer nos “Pièces aux Reflets” préférées trois jours sur sept ! »

« Les Comédiens choisis pour les trois rôles principaux sont tous excellents, Liu Qinghuan compris. J'adore particulièrement Liu Yuchai. Elle n'avait pas un second rôle dans Destin Immortel de la Seconde Vie ? Cela dit, il faut bien avouer que les autres seconds rôles laissent un peu à désirer… »

« Je ne suis pas d'accord au sujet des seconds rôles ! Le vrai problème, c'est Liu Yuchai. La Liu Yuchai que j'ai en tête n'a rien à voir avec ça ! »

« J'adore le générique du Pari du Jade ! Vous avez remarqué ? Par rapport aux autres, ses images sont plus sombres, plus sourdes, et rendent bien mieux le ton de l'œuvre d'origine. »

« Les Comédiens collent tous parfaitement ! Je ne comprends pas ce que vous vous disputez. Le commentaire au-dessus a raison : La Demoiselle a bien une palette de couleurs à part. Je l'ai remarqué lors de la rediffusion… »

À la suite de Shi Qian'gai, le public savait désormais que ces chansons s'appelaient des « génériques de début et de fin ».

Comme les Pièces aux Reflets en série restaient une nouveauté, les premières diffusions étaient toujours fixées à vingt heures, l'heure de plus forte affluence, avec des rediffusions le lendemain après-midi et le surlendemain matin. Pour empêcher le piratage, les Écrans aux Reflets étaient gravés de formations qui rendaient extrêmement floue toute captation faite avec une Pierre aux Reflets. Pour profiter d'une image nette, il fallait donc regarder aux heures prévues.

Quel que soit le monde, il se trouve toujours des puristes pour débattre de la fidélité des interprètes à l'œuvre d'origine. Avec des moyens limités, Shi Qian'gai ne pouvait contenter tous les goûts, mais elle jugeait personnellement ses têtes d'affiche parfaitement à leur place.

Quand Destin Immortel de la Seconde Vie était sorti, en toute première Pièce aux Reflets, le public, absorbé par la nouveauté, n'avait relevé aucun écart de distribution. Maintenant qu'une série reposait sur des principes établis, les spectateurs avaient spontanément développé un œil plus exigeant.

Le Réseau de Jade Spirituel vit même naître un sondage et de vifs débats. Shi Qian'gai ne s'en offusqua pas ; au contraire, elle s'en réjouit, y voyant la preuve que le marché de ce nouveau genre prospérait pour de bon.

« Je m'en rends compte seulement maintenant, Grand Maître Shi : quel remarquable sang-froid vous avez, s'émerveilla la femme d'une beauté renversante assise en face d'elle. Rien que lire ce que les lecteurs disent de moi ces jours-ci me met dans tous mes états. »

Si un spectateur avait été présent, il se serait sans nul doute écrié : « Yezhu ! » L'actrice qui jouait Yezhu s'appelait Qiao Baiyin. Contrairement à son rôle, elle n'était pas Comédienne de Théâtre de métier, mais Cultivatrice de Plume.

La Cultivatrice Littéraire qu'elle assistait était l'une des autrices derrière les trois autres adaptations. Pendant les « auditions », par un concours de circonstances, Shi Qian'gai l'avait remarquée. Et comme Qiao Baiyin s'intéressait elle-même au jeu, elle avait accepté de participer, ce qui faisait une jolie anecdote.

Résultat : aucun lecteur, aucun spectateur ne l'avait jamais vue, et son pseudonyme ne leur disait rien au générique de fin. Son personnage suscitait des discussions enflammées sur le Réseau de Jade Spirituel.

Qiao Baiyin jouait une démone à l'écran, mais dans la vie elle était d'un naturel direct et généreux, et toujours intarissable : « N'empêche, la Démone est sortie la première, en série. Si je jouais une protagoniste aussi populaire que Liu Yuchai, je serais encore plus angoissée. Et j'ai découvert qu'être Comédienne de Théâtre est très plaisant. J'ai peut-être rétréci ma propre voie en me consacrant uniquement à la Voie de la Plume… »

« Accepterez-vous l'invitation pour la Chambre Secrète ? » la coupa Shi Qian'gai, déjà habituée au bavardage de Qiao Baiyin.

‘Je comprends enfin le dicton selon lequel la distance nourrit l'affection. À la seconde où j'ai donné le rôle de la Démone à Qiao Baiyin, mes lunettes roses ont volé en éclats.’

Elle avait convoqué Qiao Baiyin précisément pour cela. L'émission d'évasion en Chambre Secrète était en préparation, mais ils peinaient à réunir assez de participants.

Beaucoup de Cultivateurs Littéraires s'étaient dits intéressés, puis avaient hésité en apprenant que l'émission serait projetée sur les Écrans aux Reflets. Les Comédiens de Théâtre, eux, s'inquiétaient surtout de savoir si le public aimerait leur personnalité réelle.

« Bien sûr que j'accepte ! Pourquoi refuserais-je ? s'exclama Qiao Baiyin avec enthousiasme. Travailler avec l'aîné Jian Shengbai ? Sans hésiter ! »

Shi Qian'gai nota le nom : un participant de plus, enfin.

Après avoir raccompagné Qiao Baiyin, sa Tablette de Jade Spirituel s'alluma : c'était Zhu Qizhi.

« Grand Maître Shi, j'ai retenu à l'aveugle un manuscrit fort prometteur au concours d'écriture, rapporta consciencieusement Zhu Qizhi. C'est une histoire d'horreur qui m'a glacé le sang en plein jour. Je crois qu'elle ferait un excellent scénario de chambre d'évasion. Seulement, maintenant que j'ai découvert le nom de l'autrice, je ne sais plus trop comment procéder… »

« Félicitations, félicitations, dit Shi Qian'gai. Quelle Cultivatrice Littéraire l'a écrite ? »

D'ordinaire, l'essentiel vient toujours après le « seulement ».

Zhu Qizhi répondit : « Vous la connaissez aussi : c'est Cen Zhi, de la secte Yaohua. »

Shi Qian'gai haussa un sourcil, surprise. Cen Zhi ? Celle qui l'avait provoquée en duel littéraire ?

À travers la Tablette de Jade Spirituel, Zhu Qizhi ne voyait pas son expression. Après un silence, il demanda : « Faut-il l'écarter ? »

On disait volontiers que les auteurs se méprisaient entre eux, et ces deux cheffes s'étaient bel et bien « battues ». Le Grand Maître Shi l'avait emporté haut la main, mais il pouvait subsister quelque rancune.

Shi Qian'gai se contenta de se remémorer le style de Cen Zhi. N'y voyant rien à redire, elle dit : « Votre sélection à l'aveugle était la plus équitable qui soit. Il n'y a aucune raison de l'écarter. »

Le style de Cen Zhi se prêtait effectivement bien à l'adaptation. Il s'appuyait moins sur l'ornement affectif que sur une terreur objective.

« Très bien. Elle demande votre Marqueur de Jade Spirituel. Puis-je le lui donner ? » demanda Zhu Qizhi.

« Vous pouvez », répondit Shi Qian'gai.

Elle n'y prêta pas grande attention. Après tout, le réseau de chacun n'était-il pas plein de relations de travail ?

Préfecture de Long.

À cause d'une épidémie de mildiou, la vendange de cette année fut nettement réduite. Grâce à un traitement appliqué à temps, le vignoble de Di Su donna pourtant une récolte étonnamment bonne.

Fidèle à ce qui s'était vérifié, le raisin ordinaire se révéla plus savoureux et plus facile à vendre que le Raisin Spirituel. Elle espérait tout juste rentrer dans ses frais et, à sa surprise, elle dégagea même un bénéfice.

Di Su, célibataire, sans Compagnon de la Voie ni enfants, employa ses gains à se faire plaisir une fois les dépenses indispensables couvertes. Elle acheta un Écran aux Reflets.

Elle n'avait jamais vu de Pièce aux Reflets, mais la « série » diffusée le neuvième jour du premier mois lunaire lui avait donné une idée nette de ce nouvel art. Elle attendait désormais avec impatience l'achèvement du théâtre du Chant Élégant et de la Lumière Splendide au chef-lieu.

Di Su avait déjà lu tous les romans antérieurs de Fei Buzhuo, mais sa préférence allait toujours à L'Âge d'Or, sans doute parce que ses thèmes concrets et proches du réel résonnaient le plus fort avec sa propre vie.

Sirotant son vin, Di Su s'enfonça avec délices dans son fauteuil à bascule et déplia le Quotidien Lan Zhao du jour.

À l'approche de l'été, Lu Zeyao engageait de grands travaux hydrauliques et nommait Yan Zhongxiu, de la Race Humaine, à leur tête. Comme le cours supérieur du fleuve se trouvait sur le territoire du clan Qingluan, leur coopération était indispensable.

Au début, le clan Qingluan ne montra guère d'intérêt. Le Royaume des Monstres fonctionnait ainsi depuis des siècles : pourquoi changer maintenant ?

Même en faisant du bon travail, ils n'obtiendraient sans doute de Lu Zeyao aucune récompense propre à les impressionner. Mais s'ils échouaient, elle aurait tout loisir de leur en demander compte.

Si la Race des Monstres prisait généralement la simplicité, elle comprenait le principe élémentaire qui consiste à rechercher le profit et à fuir le dommage.

L'équipe de la Race Humaine comptait un « stratège », un garçon de seize ou dix-sept ans élevé dans les vastes demeures des Maisons Nobles, nourri de l'art de la manœuvre politique.

Il exploita habilement les divisions internes du clan Qingluan et les convainquit d'unir leurs forces. L'atout maître de Lu Zeyao, la bouillie bordelaise, emporta finalement leur ralliement.

Une fois le chantier hydraulique lancé, Lu Zeyao déploya des connaissances d'une ampleur stupéfiante, qui ébahirent jusqu'à la Race Humaine.

En transmigrée, elle ne pouvait évidemment pas se rappeler chaque détail, mais son horizon dépassait de loin celui de ce monde.

Le chantier de Lu Zeyao répondait à deux besoins critiques : prévenir la sécheresse par le creusement de canaux et la mise au point de norias, et lutter contre les crues.

Cela paraissait paradoxal, mais le climat du Continent des Monstres était bel et bien à ce point extrême. Les régions du nord cuisaient sous un soleil d'été écrasant, tandis que le sud subissait pluies torrentielles et inondations dévastatrices. Les fleuves déchaînés noyaient des pans entiers de la faune et risquaient de propager des épidémies, menaçant gravement la survie de la Race des Monstres.

L'influence de Lu Zeyao restait centrée sur la Cité Impériale, au nord, ce qui la mettait pour l'instant hors d'état de traiter directement les inondations du sud.

Elle lança néanmoins un chantier de barrages considérable. Le nord connaissait aussi des crues d'automne, et les anciens de la Race des Monstres, forts de leur expérience, prédisaient que les eaux monteraient cette année plus haut que d'habitude, ce qui rendrait la situation plus périlleuse encore.

Même les maisons nobles de la Race Humaine n'avaient aucune solution efficace en matière de barrages. Or Lu Zeyao, à la tête d'une petite équipe, avait mis au point un matériau révolutionnaire qu'elle appelait le « ciment ». Une fois éprouvées, ses performances se révélèrent proprement stupéfiantes.

Di Su avait pris grand plaisir à lire cet épisode, et les lecteurs du Réseau de Jade Spirituel réagirent avec ferveur.

« Je parie qu'ils ne l'avaient pas vu venir ! Ils croyaient la Race des Monstres bornée, et que si nous avions l'Herbe Immortelle, c'était seulement grâce à notre avantage géographique. Qui aurait cru que Sa Majesté inventerait une chose qu'ils n'imaginent même pas ?! »

« À ce propos, comment se fait-il que je n'aie jamais croisé ce savoir, alors que je cultive dans le même monde ? Monsieur Fei Buzhuo est vraiment remarquable… »

« Monsieur Buzhuo a dit qu'il l'avait appris dans les textes anciens d'une terre étrangère. Voilà bien la puissance des lectures étendues ! J'avoue avec honte que je ne fais pas le poids. »

Di Su avait même assisté au vif débat sur le ciment qui agitait le Réseau de Jade Spirituel, rangé sous l'étiquette des « écritures étrangères ». Après la débâcle de l'Eau de Moqing, les Anti-Fei n'osaient plus balayer une affirmation avant d'avoir les faits. Ils pressaient au contraire les autres de mener eux-mêmes les expériences.

Elle avait consulté l'avancement la veille au soir et appris que quelqu'un avait déjà réussi à fabriquer du ciment.

Ce ciment n'était qu'une des nombreuses trouvailles extraordinaires de Lu Zeyao. Avec le temps, la Race Humaine s'était sincèrement soumise à son autorité, et rêvassait même parfois à ce que serait leur sort si Sa Majesté l'Impératrice des Monstres les gouvernait tous.

Pendant ce temps, Lu Zeyao continuait d'aiguiser ses arts martiaux. Tant qu'elle ne serait pas plus forte, elle n'avait aucune intention d'ébruiter les nouveautés de son territoire.

Malgré les périls, l'été passa sans incident majeur à la Cité Impériale. En revanche, les nobles monstres du sud se développaient plus vite que ceux du nord. Des Maisons Nobles y étaient déjà apparues, et le défunt Empereur avait personnellement institué un Roi Lion d'Argent. Les années passées, ces seigneurs du sud avaient joui de leur autonomie en tyranneaux locaux, ignorant purement et simplement l'Impératrice des Monstres. Cette année, pourtant, ils rompirent avec l'usage en adressant une lettre à la Cité Impériale.

La lettre faisait état de pertes lourdes dues aux crues saisonnières du sud et pressait la cour impériale de débloquer des fonds de secours pour venir en aide aux populations éprouvées.

« Ça ne présage rien de bon ! » Même Di Su, simple arboricultrice, le lâcha d'instinct.

N'en tirant rien de plus, elle se connecta vite au Réseau de Jade Spirituel pour lire les commentaires, une habitude qu'elle avait prise. Lire un épisode puis plonger dans les commentaires du club de lecteurs était devenu plus plaisant que de lire seule, tant on y trouvait de remarques fines et spirituelles.

« Les seigneurs du sud testent Sa Majesté, non ? Ils veulent voir si elle est une proie facile à qui soutirer de l'argent. »

« Si seulement ils se souciaient vraiment du peuple ! Je crains que ce ne soit qu'un prétexte pour justifier leur train de vie. »

« Creusez un peu : et si le Roi Lion d'Argent de l'histoire nourrissait des projets de rébellion ? Il a été anobli par le défunt Empereur, qui avait déjà bien du mal à le tenir et en était réduit à l'amadouer. Aujourd'hui, avec la crise du palais et la frêle Lu Zeyao sur le trône, à sa place je me dirais : “Si elle peut être Empereur, pourquoi pas moi ?” »

« C'est vrai. Même si les empereurs de la Race des Monstres détiennent plus de pouvoir symbolique que d'autorité réelle, le titre d'“Empereur” sonne quand même bien mieux que celui de “Roi”… »

À mesure qu'elle lisait ces analyses, Di Su comprit que Lu Zeyao affrontait une nouvelle crise. Elle ne s'en inquiéta guère, connaissant la manière de Monsieur Fei Buzhuo : chaque crise traversée par la protagoniste débouchait toujours sur un gain plus grand encore.

« Déjà le seize. Un nouvel épisode de la Démone ce soir », murmura-t-elle pour elle-même en lustrant de nouveau son Écran aux Reflets avec tendresse. Son attente de vingt heures commençait dès maintenant.

De l'autre côté, à la secte Yaohua, Cen Zhi fixait la notification : « Demande de Compagnonnage de la Voie approuvée. »

‘C'est trop facile… Est-ce que c'est même réel ?’ Un malaise inconnu s'insinua dans le cœur de Cen Zhi.

‘Je n'ai pas affaire à un ours sauvage en pleine montagne. Pourquoi suis-je aussi nerveuse ?’

Troublée, elle activa discrètement son Sens Divin, ce qui fit apparaître une ligne de texte dans le champ de saisie : « Compagne de la Voie Shi, ici Cen Zhi. »

Mais après réflexion, elle jugea la chose inutile. Shi Qian'gai ne le verrait peut-être même pas ; elle changea donc pour : « Je voudrais m'excuser pour ce qui s'est passé la dernière fois. »

Au moment d'envoyer, Cen Zhi s'arrêta de nouveau. ‘Quand je me suis excusée avec le Marqueur de Jade Spirituel de ma maîtresse, c'était déjà inutile. Ne serait-ce pas plus inutile encore ?’

Prise dans ce dilemme, elle essaya diverses variantes.

« Je suis Cen Zhi. Acceptez-vous mes excuses ? » Non, sa maîtresse disait que c'était trop arrogant.

« Avez-vous aimé L'Épouse fantôme ? » Cela ne valait rien non plus. Si le texte n'avait pas été bon, le Chant Élégant et la Lumière Splendide ne l'auraient pas retenu.

Elle reposa la Tablette de Jade Spirituel, une ombre de contrariété plissant son front. Sa maîtresse lui avait entièrement confié cette affaire, et elle n'en avait pas l'expérience.

‘Ma maîtresse est tellement occupée. Je ne devrais pas l'ennuyer avec des broutilles pareilles…’

Ainsi Cen Zhi mangea, but et vécut avec cette phrase d'ouverture qui lui pesait sur l'esprit. À la tombée de la nuit, elle releva la tête et constata que ce dilemme l'avait occupée toute la journée.

Cen Zhi : « …… »

Cela ne lui ressemblait pas. Jamais encore elle n'avait éprouvé pareille « torture ».

La voix de sa maîtresse lui parvint depuis la porte : « Épuisée ! Encore une journée noyée sous les affaires courantes… »

Cen Zhi reposa la Tablette de Jade Spirituel et se tourna vers l'entrée.

Yintian entra à grands pas, le regard tombant sur ce qui traînait devant Cen Zhi. Elle eut un petit rire moqueur. « Tss, tss… Qui donc prétendait n'avoir aucun intérêt pour les pièces de Fei Buzhuo ? Qui donc a été la première à acheter un Écran aux Reflets ? Et qui donc campe devant, à vingt heures pile, depuis une semaine ? »

Cen Zhi s'immobilisa, un éclair de gêne et d'agacement traversant son visage. Elle répondit sans expression : « Pas moi. »

Mais tout en parlant, elle savait qu'elle regarderait quand même l'épisode de la Démone ce soir.

Cen Zhi avait beau reconnaître l'immense fossé qui la séparait de Fei Buzhuo, et savoir analyser ses propres émotions, jamais les histoires de Fei Buzhuo ne l'avaient captivée.

Pour une raison inexplicable, la Démone l'avait envoûtée. C'était le premier récit en feuilleton qu'elle se sentait obligée de suivre.

Elle trouvait Yezhu particulièrement intrigante, et l'aisance tranquille de ce personnage éveillait en elle une sorte de nostalgie.

‘Ma maîtresse dit que pour se lier aux autres, il faut apprendre à complimenter. Et si je commençais par là ?’

Sur cette pensée, elle pressa furtivement sa Tablette de Jade Spirituel et y insuffla une ligne de Sens Divin :

« Compagne de la Voie Shi, la Démone est vraiment captivante. »

Yintian, pendant ce temps, s'était installée avec une poignée de graines de melon et lâcha négligemment : « Je me demande quand Yezhu va enfin coucher avec ce joli garçon. »

Le fil des pensées de Cen Zhi dérailla, brouillé en plus par le générique qui la distrayait. Sa saisie par Sens Divin partit de travers.

« Compagne de la Voie Shi, la Démone est vraiment captivante. Quand est-ce que Yezhu va coucher avec Dong Sheng ? »

Cen Zhi : « …… »

Elle resta pétrifiée, réalisant que le message était déjà parti.

Traduit par Dao Qing Trad — soutenez leur travail en les suivant.

Swipez pour naviguer