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To Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a Day

67. La Pièce aux Reflets

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Chapitre 67

67. La Pièce aux Reflets

Chapitre 67/7886%~25 min de lecture4 952 mots

Fidèle au code de conduite des cultivateurs, Shi Qian'gai invoqua directement son Épée de Vie et demanda :

« Vous êtes des ravisseurs ? »

Le cocher, effrayé par la lame, leva les mains en signe de défense.

« Nous n'enlevons personne ! Je suis un honnête citoyen ! »

Shi Qian'gai le fixa sans un mot. ‘J'ai l'air si terrifiante que ça ?’

Elle écarta les rideaux de la voiture et découvrit un jeune homme à l'intérieur.

Le garçon était recroquevillé dans un coin, le corps mince comme une branche de saule, le visage doux et délicat, de ceux qui éveillent la pitié d'instinct. Ses mains et ses pieds étaient liés d'une corde grossière, et des marques de fouet zébraient sa robe blanche, où le sang perlait à travers le tissu.

D'un mouvement de la pointe de son épée, Shi Qian'gai trancha les liens d'un seul coup.

« …M-merci… hum, merci infiniment, Vénérable Immortelle, de m'avoir sauvé. »

Le jeune homme voulut descendre de la voiture, mais les forces lui manquèrent et il s'effondra maladroitement vers elle, à peine accroché à la vie.

« Vénérable Immortelle… ! »

Shi Qian'gai fronça de nouveau les sourcils et le rattrapa prestement. Sa main se retira tiède de sang. Elle ne pouvait se défaire de l'impression que cette scène sonnait faux. Le garçon commença :

« Vénérable Immortelle, en réalité, je… »

« Arrêtez, dit Shi Qian'gai avec un léger sourire. Quelle que soit votre histoire, vous l'expliquerez aux autorités. »

Une demi-heure plus tard, Shi Qian'gai trônait une fois de plus dans le grand hall du Pavillon de l'Esprit Profond. L'Officier Spirituel Wu, en la voyant, claqua la langue, éberlué.

« Comment ça, encore vous ? »

La déposition sommaire avait déjà été recueillie. Le jeune homme s'appelait Fuguan, comédien du Théâtre des Trois Hibiscus. D'après le cocher, il ne faisait qu'exécuter les ordres de la patronne en conduisant Fuguan à la succursale du théâtre.

Mais selon Fuguan lui-même… Meng Erniang était sa mère adoptive, et son cri d'enlèvement n'était qu'une ruse pour attirer l'attention. En réalité, ils s'étaient seulement disputés, et sa mère adoptive entendait le confiner dans leur résidence secondaire.

La déposition avait beau être truffée de contradictions, les registres du Pavillon de l'Esprit Profond confirmaient bien le lien d'adoption entre eux.

Les affaires de discipline familiale, surtout quand des parents punissent leurs enfants, se prêtent mal à l'intervention d'un tiers, à plus forte raison dans cette époque ancienne. Le Pavillon examina les blessures de Fuguan : rien de très grave, plus impressionnant que sérieux.

Dans tout ce conflit, seule la Bête Spirituelle attelée relevait de la juridiction du Pavillon. Et de surcroît, Fuguan lui-même se portait garant de Meng Erniang. L'Officier Spirituel Wu ne put guère faire mieux que convoquer Meng Erniang pour la réprimander.

Shi Qian'gai voyait Meng Erniang en face pour la première fois. Elle cherchait justement comment la piéger, et voilà que la femme se livrait d'elle-même à sa porte.

Meng Erniang paraissait quarante-cinq ans environ, avec un visage rompu aux sourires obséquieux. En apercevant Shi Qian'gai, elle dit en riant :

« Toutes mes excuses, Grand Maître Shi. Les affaires de famille sont bien compliquées ces temps-ci, de quoi vous faire rire. »

Elle le dissimulait bien, mais Shi Qian'gai décela dans son regard une pointe de rancune contenue.

Selon la Loi de Da Ya, les pratiquants du Raffinement du Qi, stades initial et intermédiaire, comptaient pour de simples roturiers. Meng Erniang n'était qu'une roturière, et dans tout conflit entre un cultivateur et un roturier qui dégénère en rixe, c'est le cultivateur qui porte en général la responsabilité principale, un peu comme lorsqu'un vélo percute une berline. C'est précisément pour cela que Shi Qian'gai ne pouvait pas la menacer directement par la force.

Shi Qian'gai lui rendit son sourire sans répondre. ‘Intéressant. Pourquoi Meng Erniang serre-t-elle les dents ?’

Après ces salutations sans sincérité, Meng Erniang et l'Officier Spirituel Wu allèrent enregistrer leur plainte, laissant Shi Qian'gai et Fuguan seuls dans le hall.

« Maîtresse Immortelle, je viens seulement de comprendre : vous êtes Monsieur Fei Buzhuo ! »

Fuguan avait pris la parole d'un coup, levant vers elle un regard suppliant.

« Grande sœur Shi, ma mère veut m'offrir à vous en réparation. C'est pour ça que nous nous sommes disputés. Si je refuse, elle me bat ; je n'ai pas le choix. Elle remettra sûrement le sujet sur la table dès que nous sortirons du Pavillon. Pourriez-vous faire semblant d'accepter et entrer dans mon jeu ? »

Shi Qian'gai haussa un sourcil, sincèrement surprise cette fois.

« Ne m'appelez pas "grande sœur" », dit-elle.

Après un temps, elle ajouta avec un léger sourire :

« Autre chose ? Continuez. »

Cela commençait à se dessiner : un piège de charme ?

Shi Qian'gai avait peine à y croire. ‘J'ai vraiment l'air si crédule, ou si portée sur la chair ?’

Fuguan se tut, un peu étranglé par cette froideur.

Dans la voiture, la réaction de Shi Qian'gai avait entièrement déjoué ses attentes. Selon le plan de Meng Erniang, elle aurait dû le ramener chez elle pour soigner ses blessures, ce qui lui aurait donné l'occasion de réciter ses répliques et d'implorer son « aide ». L'étape suivante l'aurait vue jouer l'héroïne sauvant la demoiselle en détresse, et entrer de plain-pied dans le scénario ficelé par Meng Erniang.

À la surprise générale, Shi Qian'gai l'avait purement et simplement ignoré et s'était rendue tout droit aux autorités, transformant la scène en imbroglio embarrassant. Il leur avait fallu inventer sur-le-champ une explication plausible pour les fonctionnaires.

D'ordinaire, les jeunes héroïnes ne raffolent-elles pas de leur propre héroïsme ?

« Je… je ne veux pas retourner au Théâtre des Trois Hibiscus. Si Mère voit que j'ai échoué, elle me punira plus durement encore. Elle détient toujours mon contrat. Si je désobéis, je n'ose pas imaginer le sort qui m'attend. »

Fuguan continuait de réciter son texte, mais sur la fin, un chagrin véritable s'était glissé dans sa voix.

Ses traits doux, ses longs cils baissés, ses yeux pleins de larmes et ses paupières rougies composaient un tableau à briser le cœur.

Meng Erniang tenait que les mensonges les plus convaincants mêlent une contre-vérité à dix vérités. Tout ce qu'il disait était vrai.

Les gens comme lui étaient tous sous la coupe de Meng Erniang. Sa propre grande sœur, par exemple, avait été « présentée » par elle pour devenir la concubine d'un fonctionnaire.

Et bien qu'elle vive à présent dans la résidence dudit fonctionnaire, Fuguan savait qu'elle n'y était pas mieux qu'au Théâtre des Trois Hibiscus. Tant que Meng Erniang et tous ses protecteurs ne tomberaient pas ensemble, nul ne pourrait le sauver, ni sauver sa sœur.

Fuguan avait déjà compris que les intentions de Shi Qian'gai n'avaient rien à voir avec ce qu'espérait Meng Erniang.

Aux yeux de Meng Erniang, si brillante que fût Shi Qian'gai, elle n'avait que dix-sept ans. Meng Erniang se croyait capable de la manœuvrer sans peine. Même si Shi Qian'gai avait pris d'assaut le Théâtre des Trois Hibiscus en faisant un esclandre, elle l'avait prévu. Mais le calme et le sang-froid déconcertants de Shi Qian'gai dépassaient toutes les prévisions.

Elle non plus n'avait aucun moyen de le sauver.

Affaibli par ses blessures et la fièvre, peut-être, il avait les pensées molles et lentes. Le cœur lui manquait déjà, au point de ne plus pouvoir dire ses répliques.

Mais à l'instant suivant, Shi Qian'gai prit soudain la parole.

« Avez-vous lu ma *Seconde Demoiselle* ? demanda-t-elle. Que pensez-vous du personnage de Lin Tu ? »

Fuguan : « ……? »

Hein ?

Shi Qian'gai posa un onguent devant lui et sourit.

« J'ai un plan, dit-elle. Un plan qui vous épargnera les coups et vous permettra plus tard d'échapper à votre mère adoptive. Vous voulez l'entendre ? »

Un mois passa d'un souffle, et le sixième mois arriva en un clin d'œil.

Le douze, alors que la chaleur écrasante de l'été s'apprêtait à s'installer, Jinling avait des allures de panier à vapeur. Mais plus brûlante encore que le temps était la fièvre autour de la nouvelle pièce de Fei Buzhuo :

« Dans trois jours seulement, le dernier chef-d'œuvre de Monsieur Fei Buzhuo, *Destin immortel d'une seconde vie*, sera créé ! Cent cinquante wen la place, premier arrivé premier servi, ne manquez pas ça ! »

Après un mois de rumeur, *Destin immortel d'une seconde vie* était sur toutes les lèvres de Jinling. Fei Buzhuo, pourtant, gardait un profil bas et se contentait de déclarer publiquement qu'elle était accaparée par les répétitions, sans livrer le moindre indice sur le contenu. Depuis plus de vingt jours, la ville attendait cet instant.

La première chose qui frappa tout le monde fut le prix scandaleusement élevé du billet.

À Da Ya, une place de théâtre ordinaire coûte en général de trente à quatre-vingts wen, rarement plus de cent. Seuls les petits salons de luxe, avec plateaux de fruits et service personnel, se négociaient en centaines.

Or le Chant Élégant et la Lumière Splendide demandait cent cinquante wen pour un fauteuil ordinaire : comment ne pas faire lever les sourcils ?

« Fei Buzhuo ose vraiment ce prix ? C'est de l'abus ! »

« C'est peut-être leur première production ? Ils ne savent pas encore. »

« Je fais confiance à Monsieur Fei Buzhuo, il a ses raisons. S'il demande cent cinquante wen, c'est que la pièce les vaut ! »

« Il est écrit que le prix baissera quinze jours après l'amortissement des coûts. »

« Si l'on accepte de payer une prime pour voir en premier, ça se tient… tout est dans le fait d'être le premier. »

« Deux billets par personne le premier mois : ça coupera l'herbe sous le pied des revendeurs, tant mieux. »

La foule commentait les prix à qui mieux mieux, ce qui n'empêcha pas les billets de partir instantanément.

Au milieu de cette frénésie, quelques voix discordantes s'élevèrent.

« Hé, vous savez ? Le Théâtre des Trois Hibiscus, juste en face du Chant Élégant et de la Lumière Splendide, prétend monter exactement la même pièce… »

« Vraiment ? Monsieur Fei Buzhuo n'avait pas dit que c'était exclusif, la seule production de ce genre ? »

« C'est en tout cas ce que raconte leur patronne, Meng Erniang ! Je parie qu'elle a un arrangement avec Fei Buzhuo… »

« Moi je parie que c'est vrai. Meng Erniang y va à fond ! On dit qu'elle a investi jusqu'au dernier sou gagné en tant d'années, en misant tout sur les recettes de *Destin immortel d'une seconde vie*. »

« Comment Fei Buzhuo peut-elle permettre ça ? Et où Meng Erniang a-t-elle eu le livret ? Elle l'a volé ? Monsieur Fei Buzhuo n'a même pas encore publié le roman ! »

« Aucune idée. Ah, mais le Théâtre des Trois Hibiscus dit qu'il repoussera son ouverture de dix jours après celle du Chant Élégant et de la Lumière Splendide. Et les mille premiers billets sont gratuits ; après quoi, ce sera trente wen, pas un de plus. »

À « mille billets gratuits », la foule eut un hoquet et pensa aussitôt : elle joue vraiment son va-tout ! Elle ne s'arrêtera pas avant d'avoir rempli la salle. Le Théâtre des Trois Hibiscus avait toujours appâté le public par les petits prix, mais là, du jamais-vu.

Puis vint l'inévitable question : Fei Buzhuo aurait-elle donné son accord en secret ? Se partagent-elles les bénéfices ?

Quelque chose cloche. Meng Erniang bluffe ?

Fei Buzhuo restait muette sur toutes ces spéculations, ce qui attisait la curiosité brûlante du public quant à sa position.

Trois jours plus tard.

Dès la nouvelle confirmée, Shen Yu boucla ses bagages et fila. Sans même passer une nuit chez lui, il arriva à Jinling.

« Par ici ! » lança Shen Ruoyi depuis la foule, en agitant un bol de bambou rempli de glace pilée et de fruits.

Le frère et la sœur se frayèrent un chemin dans le Théâtre du Chant Élégant et de la Lumière Splendide.

On avait consommé quantité de Pierres Spirituelles dans les Petits Guanghan : l'air était délicieusement frais dès l'entrée. Shen Yu desserra son col. Faute de billets pour une loge, ils avaient pris des places ordinaires. En entrant, ils sursautèrent tous deux devant la disposition des sièges. Contrairement aux théâtres habituels, les rangées étaient étagées en gradins, chacune faisant directement face à l'écran de Pierre aux Reflets, au fond.

« C'est pour faire tenir plus de monde ? »

« Une seule salle comme celle-ci doit contenir soixante-dix ou quatre-vingts personnes. »

Après ce bref échange, le frère et la sœur suivirent les repères 甲 (A), 乙 (B), 丙 (C), 丁 (D) jusqu'à leurs places.

Shen Ruoyi jeta un regard alentour, une pointe de regret sur le visage. Elle avait pris des billets pour la première séance de la journée : si Monsieur Fei Buzhuo comptait assister à une représentation, ce serait presque à coup sûr celle-là. Si seulement elle avait décroché une loge au premier étage, elles auraient pu se croiser.

Une fois assis, Shen Yu réalisa immédiatement que la foule était bien plus dense qu'il ne l'imaginait. Habitué aux petites loges, il eut un pincement de regret. ‘Si seulement j'avais attendu deux jours de plus…’

En contemplant ce décor totalement inconnu, même un fidèle comme lui ne pouvait s'empêcher de douter : ‘Monsieur Fei Buzhuo n'a jamais touché au théâtre. Ce nouveau genre peut-il vraiment marcher ?’

Pire encore, l'histoire était inédite et se déroulait dans le Monde de la Cultivation, dans un tout autre décor. Aucune des anciennes adaptations de *La Seconde Demoiselle* ne pouvait servir de repère.

Depuis un mois, les amoureux du livre bouillaient d'impatience, mais les censeurs s'étaient exprimés avec autant de force. La grogne s'était intensifiée trois jours plus tôt, à l'annonce des prix : la comparaison avec le Théâtre des Trois Hibiscus n'avait fait qu'attiser le mépris des lecteurs anti-Fei, qui traitaient les fans de pigeons. Ceux-ci, en retour, brûlaient de leur donner tort, et de donner raison à Monsieur Fei Buzhuo.

Même si la pièce faisait un four, l'admiration de Shen Yu pour Monsieur Fei Buzhuo n'en souffrirait pas. Il tempérerait simplement un peu ses attentes pour ses aventures futures…

Les lumières baissèrent, et la Pierre aux Reflets projeta sur la toile. La pièce commençait officiellement.

Shen Yu se raidit, résolu : ‘On va bien voir si c'est un mulet ou un cheval !’

Après les mots « Chant Élégant et Lumière Splendide » traversant l'écran, la première scène se déploya : une étendue blanche à perte de vue.

‘C'est… un champ de neige ?’

De sourds hoquets parcoururent la salle, et les yeux des Shen s'écarquillèrent de stupeur. Pour qui s'attendait à un décor de scène traditionnel, le spectacle dépassait de très loin l'imagination !

Le point de vue plongea depuis les hauteurs jusqu'au sol, suivant les flocons tourbillonnant dans l'immensité neigeuse, jusqu'à l'entrée d'une grotte.

« Quoi ?! »

« C'est réel ? »

« C'est encore plus net qu'une Pierre aux Reflets ordinaire ! Le Chant Élégant et la Lumière Splendide a amélioré la Formation ? »

Malgré l'écriteau « Silence » à la porte, les chuchotements éclatèrent dans le public. Shen Yu était sidéré. ‘Comment ont-ils enregistré ça ? Monsieur Fei Buzhuo a commencé les répétitions en hiver ? Non, les Formations de Puissance Spirituelle savent créer de telles illusions… Alors tout est faux ?’

Il comprenait maintenant le prix exorbitant du billet. Si ces décors étaient entièrement bâtis par des Formations, le coût devait être astronomique !

Toute la salle résonnait du sifflement du vent, d'un réalisme confondant, et les stalactites de glace à l'entrée de la grotte étaient si détaillées qu'elles renvoyaient la lumière du soleil. Le point de vue passa à l'intérieur de la grotte, où un jeune homme dormait profondément dans un nid de paille, tout au fond.

Il portait une robe blanche, ses longs cheveux noirs lâchement noués sur la nuque par une simple cordelette de paille, et deux oreilles de lapin duveteuses tombaient du sommet de son crâne.

Shen Yu faillit crier sur place. Un seul regard lui avait suffi pour reconnaître Lin Tu.

Sur scène, les comédiens se maquillent lourdement pour être bien vus du public. Or ce jeune homme possédait une beauté naturelle, sans fard, comme un lotus sorti de l'eau claire. Jusqu'aux oreilles de lapin qui semblaient incroyablement vraies, se levant et retombant doucement au rythme du souffle.

Lin Tu dormait à poings fermés. Sur l'écran immense, on distinguait nettement ses cils, et jusqu'au fin duvet blanc de sa joue accrochant la lumière.

Cela n'avait rien à voir avec le choc de la Pierre aux Reflets de l'Examen du Printemps Profond. Entre plans larges et gros plans, chaque disposition était parfaitement équilibrée et évitait la raideur du simple enregistrement. Shen Yu avait le sentiment que les personnages du livre avaient réellement pris chair !

Lin Tu semblait en proie à un cauchemar agité, le front plissé, se tournant et se retournant, le souffle de plus en plus rapide.

La scène bascula, enchaînant des images fragmentaires que Shen Yu reconnut pour le rêve de Lin Tu : une femme, derrière un rideau cramoisi, disant froidement : « Je ne te garde auprès de moi que pour me souvenir de lui » ; Lin Tu fixant, hébété, le portrait d'un jeune homme qui lui ressemblait, dans une chambre secrète ; et enfin, au sommet du Pic des Nuages du Miroir, perdu dans les nuées, Lin Tu jetant un dernier regard au Palais Immortel, magnifique et glacé, avant de se jeter sans hésiter dans l'abîme.

Ces quelques éclats de rêve suffisaient à raconter une histoire. Après la chute du haut de la falaise, le Lin Tu du monde réel ouvrit brusquement les yeux.

Il se redressa d'un bond, comme encore secoué par le songe, et contempla ses mains avec égarement.

« Je ne me suis pas jeté du Pic des Nuages du Miroir… je ne suis pas mort… ? »

Le jeune homme se pinça la joue et grimaça de douleur. Après un temps d'hébétude, il bondit sur ses pieds et regarda la tempête de neige qui faisait rage au-delà de la gueule de la grotte.

« Je… j'ai de nouveau dix-sept ans ? »

Avec cette simple ouverture, Shen Yu se sentit pris de vertige. Les autres spectateurs n'étaient pas moins sonnés, encore incapables de digérer ce qu'ils venaient de voir.

‘Voilà donc la "Pièce aux Reflets" dont parlait Monsieur !’

Le cœur battant, il comprit confusément qu'il assistait à quelque chose d'entièrement neuf, de révolutionnaire. À compter de ce jour, le « théâtre » entrait dans une tout autre ère !

Page de Jian Shengbai, Wen Qiu n'était jamais à court d'argent. Grâce à ses relations, il avait obtenu sans peine un billet pour goûter à la nouveauté de cette Pièce aux Reflets.

Il avait surpris Jian Shengbai racontant que le comédien initialement prévu avait été remplacé en cours de préparation par un nouveau venu : ce Lin Tu, donc, dont le vrai nom était Fuguan.

« Un rêve de vie antérieure ? Hmm… Il a été recueilli par une femme et a mal fini ? »

Wen Qiu n'avait jamais lu le roman d'origine, *La Seconde Demoiselle*, l'école des Canards Mandarins et des Papillons ne l'intéressant pas. Mais les images étaient limpides et, avec les mots de la campagne, « doublure » et « renaissance », il saisissait l'essentiel.

À l'écran, la stupeur de Lin Tu céda vite la place à la joie. Qui ne se réjouirait de revivre sa vie et de changer son destin ?

C'est alors qu'un jeune monstre à cornes de bélier fit son apparition, annonçant l'ouverture imminente de la Grande Compétition de Recrutement des Disciples du Palais du Miroir de Lune.

Lin Tu s'immobilisa, arraché à sa rêverie euphorique.

« Je ne veux plus y participer. »

« Hein ? Tu mourais d'envie d'entrer dans la Secte Immortelle, avant ! Pourquoi ce manque d'entrain ? »

Lin Tu baissa les yeux, un sourire mélancolique aux lèvres.

« J'ai simplement compris certaines choses. »

Son jeu était si convaincant que Wen Qiu le prit un instant pour un véritable enregistrement de Pierre aux Reflets, et non pour la performance d'un comédien.

Tandis que le monstre chèvre-des-neiges et le monstre lapin marchaient en devisant, le point de vue les accompagnait, traversait une pinède enneigée et entrait dans un bâtiment. De nombreux monstres allaient et venaient, et Wen Qiu comprit qu'il s'agissait d'un lieu de rassemblement des clans monstres.

Par leur conversation, il apprit que le Palais du Miroir de Lune était la première Secte Immortelle du temps, et qu'elle recrutait tous les trois ans dans le Royaume Humain, le Monde Mortel et le Royaume des Monstres. La proportion des admis révélait que la Race des Monstres était mieux traitée dans cet univers que dans le roman d'origine, sans échapper pour autant à une discrimination sensible.

La Région des Neiges était l'un des territoires du Royaume des Monstres.

« Si je pouvais entrer au Palais du Miroir de Lune, je n'aurais qu'un souhait : rencontrer la Maîtresse de secte Baili, dit le monstre chèvre-des-neiges, rêveur. C'est grâce à elle que notre Race des Monstres peut seulement prétendre à la Secte Immortelle ! »

En l'entendant nommer, Lin Tu resta parfaitement calme.

« La Maîtresse de la Secte Immortelle est en effet redoutable », dit-il.

Mais ses yeux ne montraient pas la moindre ride d'émotion, comme s'il avait totalement lâché le passé.

À l'écran, plusieurs jours défilèrent en enchaînements rapides, et la Grande Compétition approcha. Un groupe de monstres de la Région des Neiges partit pour le Palais du Miroir. Bien que ne concourant pas, Lin Tu avait été désigné par la Reine des Monstres de la Région des Neiges comme accompagnateur, chargé de l'intendance et des basses besognes.

Le voyage n'avait rien de monotone, grâce aux séquences d'action intercalées, où les périls se succédaient. Une scène mémorable mettait en jeu le Monstre Arbre Noir du Royaume Illusoire du Tome des Neuf Pages, ce qui arracha des sourires de connivence aux spectateurs.

Simple homme d'intendance, Lin Tu se distingua plus d'une fois grâce aux acquis de sa vie antérieure, à la surprise et à l'admiration des autres monstres. Ce dispositif rendait le récit très accessible.

Wen Qiu regardait, de plus en plus satisfait. ‘Voilà donc comment les scènes d'action de Fei Buzhuo prennent vie !’ Des combats aussi nets et aussi dynamiques étaient rarissimes dans les Pierres aux Reflets : d'ordinaire, ces scènes étaient floues, tant celui qui enregistre s'agite.

Après un trajet semé de petits périls mais sans encombre, ils atteignirent le pied de la Montagne du Palais du Miroir. Les yeux de Wen Qiu s'allumèrent : ‘C'est la montagne immortelle de l'annonce !’

‘Le monde vu par les cultivateurs, c'est donc ça ?’

Jiang Sanniang ne pouvait retenir son émerveillement. La scène tenait à la fois du rêve et du réel le plus saisissant. Si elle n'était pas muette, elle aurait joint sa voix aux exclamations de la foule.

À cet instant, elle était absolument convaincue qu'un billet de bateau-nuage de Yangzhou à Jinling, rien que pour voir une Pièce aux Reflets, valait chaque pièce dépensée.

Les gens ordinaires savent bien que les cultivateurs peuvent atteindre l'immortalité, mais rares sont les occasions d'en contempler les merveilles de leurs yeux. Les anciennes Pierres aux Reflets ne captaient presque jamais de telles scènes : les Royaumes Illusoires, beaux et prodigieux, sont souvent périlleux, et seuls les cultivateurs les plus exceptionnels osent y entrer, à plus forte raison les enregistrer.

Et voilà que le Palais Immortel se déployait devant elle avec une netteté stupéfiante.

Juché au sommet d'une montagne enneigée, un unique rai de soleil perçait les nuages, illuminant la brume de neige comme une poussière de jade et dorant les arêtes du palais. À mesure que le point de vue s'élevait, les cimes enneigées renvoyaient la lumière comme un million de miroirs, composant un panorama d'une grandeur à couper le souffle.

‘Tout cela peut vraiment être tissé par des Formations ? Si seulement je pouvais devenir une cultivatrice aussi redoutable que Fei Buzhuo…’

Pas étonnant que Monsieur Fei Buzhuo ait changé de décor. Le monde des Exorcistes de *La Seconde Demoiselle* n'offrait pas de paysages pareils. Il aurait été dommage de montrer des panoramas ordinaires avec une technique aussi révolutionnaire.

Jiang Sanniang se ressaisit et se replongea dans le récit.

Tout au long du voyage, Lin Tu ne trahit jamais le moindre trouble. Quand les jeunes monstres lui demandaient s'ils verraient la Maîtresse de la Secte Immortelle à la Grande Compétition, il souriait doucement et répondait :

« La Maîtresse de la Secte Immortelle est infiniment occupée. Vous n'aurez l'occasion de la rencontrer qu'une fois entrés dans la secte. »

Il semblait n'avoir rencontré Baili Tu qu'après son admission, dans sa vie antérieure. Si tout se passait comme il l'entendait dans celle-ci, leurs chemins ne se croiseraient jamais.

Baili Tu était immensément populaire parmi les monstres de la Région des Neiges. Lin Tu les entendait souvent parler d'elle, sans y prêter attention. Jusqu'à un soir, la veille de leur entrée au Palais du Miroir, où deux jeunes monstres se mirent à chuchoter :

« Je garde cette nouvelle depuis si longtemps ! Tu sais quoi ? Le mois dernier, la Maîtresse de la Secte Immortelle a rompu ses fiançailles ! »

« Vraiment ? Tu tiens ça d'où ? J'ai toujours cru qu'ils étaient parfaitement assortis… »

Lin Tu, qui préparait le fourrage, se figea net à ces mots.

« Des fiançailles ? » lâcha-t-il.

« Aîné Lin, tu ne savais pas ? répondit le jeune monstre. Le seigneur Qiong Yue ! Le premier disciple du Pavillon de la Lumière d'Azur. »

Les pupilles de Lin Tu se contractèrent légèrement.

« Mais n'était-il pas censé être déjà… »

Il se retint et arrêta les mots de force. Son esprit tanguait, et des fragments de textes vus dans la chambre secrète de sa vie antérieure lui traversèrent la mémoire. ‘À ce stade de ma vie antérieure, le seigneur Qiong Yue était déjà tombé. Il aurait dû mourir il y a trois ans, à dix-sept ans.’

‘Pourquoi cette vie-ci se déroule-t-elle autrement ?’

Jiang Sanniang se rappela aussitôt le titre de l'annonce : *double renaissance*. L'autre protagoniste, Baili Tu, était renée elle aussi et récrivait déjà le destin !

‘Lin Tu s'en est-il rendu compte ?’

« …Pourquoi auraient-ils rompu ? » demanda enfin Lin Tu, la voix hébétée.

Jiang Sanniang, qui connaissait le roman d'origine par cœur, entendit la question tue : Baili Tu n'adorait-elle pas le seigneur Qiong Yue dans sa jeunesse ? Si elle a changé son destin et empêché sa mort, pourquoi rompre les fiançailles ?

« Va savoir. Soupir, peut-être qu'ils n'étaient tout simplement pas faits l'un pour l'autre. Ces mariages arrangés cachent rarement une véritable affection », dit le jeune monstre.

Lin Tu écouta en silence, le front légèrement plissé.

L'esprit plein de questions, il suivit la foule dans la Salle des Joutes du Palais du Miroir de Lune.

Les monstres étaient déjà montés sur l'estrade pour leurs épreuves d'admission, tandis que Lin Tu se faisait discret en marge de la foule. C'est alors qu'un nouvel écart avec sa vie antérieure se produisit.

« La Maîtresse de la Secte Immortelle ?! »

Le monstre chèvre-des-neiges fixait l'Estrade de Jade, sidéré.

« La Maîtresse Baili est venue assister à la Grande Compétition ? C'est peut-être ma chance ! Il faut que je l'impressionne ! »

Lin Tu se figea, réprimant l'envie de lever les yeux, les doigts crispés dans sa manche. Le regard du public, lui, monta, suivant la Pierre aux Reflets.

Une silhouette de femme se matérialisa tout en haut, sur l'Estrade de Jade. Elle portait les robes cramoisi et blanc de la Secte Immortelle, ses cheveux noirs à demi relevés, retenus par une couronne de jade rehaussée d'or. Une marque d'épée écarlate lui ornait le front, et ses traits, saisissants et froids, évoquaient une lame sans égale tirée du fourreau.

De sa hauteur, elle abaissa les yeux, et son regard était si aigu qu'il tenait de l'éclat des lames.

Même à travers l'écran, Jiang Sanniang sentit une aura écrasante peser sur elle et pensa malgré elle : ‘La présence de cette femme est terrifiante !’

‘Est-ce une comédienne ? Ou une Puissante ?’

Elle paraissait à peine plus de vingt ans, et pourtant ses sourcils pesaient lourd, et tout son être respirait une stabilité inébranlable, comme une montagne immense ou un lac profond et immobile.

« La Maîtresse de secte vient-elle recruter des disciples ? » L'intendant du Palais du Miroir se précipita pour l'accueillir et lui présenta la liste des disciples les plus prometteurs. Les premiers noms venaient tous de la race humaine.

À sa grande surprise, Baili Tu n'accorda pas même un regard à la liste. Elle marcha jusqu'au bord de l'Estrade de Jade, tendit la paume et fit naître une feuille d'or qui flotta au-dessus de sa main. La feuille plongea depuis l'estrade comme si elle perçait dix mille brasses de brume céleste, et se posa droit sur les cheveux de Lin Tu.

Le jeune homme tendit la main d'instinct. La feuille descendit en spirale et se percha sur le bout de son doigt comme un papillon d'or, se blottissant doucement contre son nouveau maître.

La voix de Baili Tu, froide comme une source de montagne, résonna dans la Salle d'Or et de Jade :

« C'est lui que je veux. »

Jiang Sanniang eut un hoquet, traversée d'une excitation inexplicable. ‘L'intrigue devient brûlante !’

Traduit par Dao Qing Trad — soutenez leur travail en les suivant.

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