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To Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a Day

63. Concours d'Écriture : les fleurs découpées

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Chapitre 63

63. Concours d'Écriture : les fleurs découpées

Chapitre 63/7881%~24 min de lecture4 672 mots

Pour une pièce, l'histoire devait rester compréhensible même par un spectateur qui ne connaissait pas l'œuvre d'origine. C'est pourquoi Shi Qian'gai choisit d'écrire une version en monde parallèle, un récit autonome et complet.

Par ailleurs, elle n'avait aucune intention de toucher à la fin originale de *La Seconde Demoiselle*.

Quant à savoir pourquoi elle n'avait pas pris *La Source aux Fleurs de Pêcher, Dossiers d'enquête*, qui possédait aussi son public, pour en tirer une nouvelle affaire, c'était parce que l'école des Canards Mandarins et des Papillons dominait encore le marché. Les histoires d'amour touchent inévitablement plus large que le roman d'enquête.

Plus Shi Qian'gai y réfléchissait, meilleure lui semblait l'idée. Quand l'enregistrement en Pierre aux Reflets de l'Examen du Printemps Profond était sorti, beaucoup de lecteurs avaient été bouleversés par la scène où Lin Tu s'arrachait à son rôle d'examinateur. Le désir d'une fin parfaite semble un instinct universel, et elle-même ne faisait pas exception.

Offrir aux deux personnages une fin parfaite dans un autre monde lui paraissait juste. D'autant que, pendant les répétitions, les Comédiens de Théâtre jouaient déjà les rôles de *La Seconde Demoiselle* : l'approche n'en était que plus adaptée.

Shi Qian'gai régla vite les détails de forme, même si le contenu précis de l'histoire restait informe.

Après une brève explication de son idée, les Comédiens de Théâtre écarquillèrent les yeux. L'un d'eux prit la parole :

« Monsieur Shi, vous voulez dire que… nous serons les premiers à découvrir cette histoire ? »

Shi Qian'gai hocha la tête en souriant.

« Exactement. Et d'une certaine façon, cette nouvelle histoire s'écrit spécialement pour votre représentation. Sa forme inaugurale sera celle que vous jouerez. Je publierai la version écrite quand la pièce aura tourné un moment. »

Liu Xingyun se figea un instant, le cœur battant, saisie d'un vertige presque incrédule.

‘Aucun Cultivateur Littéraire n'a jamais fait une chose pareille ! Quel honneur extraordinaire !’

Les autres comédiens ressentaient la même chose. L'artiste masculin au teint clair vira au cramoisi et bafouilla :

« N-nous donnerons tout ! Nous ne vous décevrons pas, Monsieur Shi ! »

Les trois Cultivateurs Littéraires de *zaju* pesèrent l'idée et la jugèrent brillante.

« De cette manière, le public devra venir au théâtre pour connaître l'histoire. Avec la plume de Monsieur Shi, notre pièce est assurée de faire un triomphe ! »

Shi Qian'gai échangea ses coordonnées de Jade Spirituel avec les trois hommes et déclara :

« Nous sommes tous les "scénaristes" de cette pièce. »

Le trio accueillit le titre nouveau avec délices, rayonnant :

« Grand Maître Shi, vous nous faites trop d'honneur ! »

Pour eux, c'était un privilège rare. Peu de Cultivateurs Littéraires se spécialisent aujourd'hui dans l'adaptation théâtrale ; les plus doués écrivent des œuvres originales et laissent l'adaptation à des spécialistes comme eux. Ayant déjà adapté les histoires de Fei Buzhuo pour des troupes, ils étaient à la fois intimidés et ravis de collaborer directement avec elle.

Le cap général étant fixé, et les personnages restant les mêmes, Liu Xingyun et les autres pouvaient s'appuyer sur *La Seconde Demoiselle* pour comprendre la psychologie de leurs rôles. L'essentiel de la charge reposait néanmoins toujours sur les épaules de Shi Qian'gai.

De retour à Langhuan, Shi Qian'gai fixa un moment son papier de brouillon, puis prit son pinceau et écrivit : *Après une double renaissance, la doublure lâche l'affaire*.

Ayant déjà écrit sur la transmigration, comment aurait-elle pu omettre sa sœur jumelle, autre valeur sûre du public ? Oui, c'était bien toi, l'indémodable genre de la renaissance !

La Table des Caractères de la secte des Étoiles Alignées fut d'abord mise en vente à Langhuan, où elle fut saluée par tous. Le septième jour, elle était officiellement lancée dans toute la région du sud-est.

Préfecture de Zhe, Yangzhou.

Pendant son jour de congé, Jiang Sanniang, de la Maison de Charité de Langhuan, remarqua une affiche promotionnelle au Kiosque du Livre de la secte des Étoiles Alignées.

La Table des Caractères était enfermée dans un coffret de verre, exposée en vitrine, d'une beauté à couper le souffle. Elle contempla ce splendide Artefact Spirituel, un instant perplexe.

‘C'est pour écrire ?’

L'affiche précisait en outre qu'il avait été conçu par Monsieur Fei Buzhuo…

Jiang Sanniang, devenue une admiratrice fervente de Fei Buzhuo, fut stupéfaite d'apprendre que le maître savait aussi créer des Artefacts Spirituels. Poussée par la curiosité, elle entra dans le kiosque.

Une petite foule s'était formée autour d'une employée qui faisait la démonstration de la Table des Caractères. Sous ses doigts qui dansaient sur les touches, des caractères de style Song apparaissaient sur la plaque de Jade Spirituel vert pâle à l'avant de l'appareil, dans un cliquetis rapide. À côté d'elle, une autre employée recopiait le même texte à la main. Le temps que la Table des Caractères remplisse une page entière, la copiste avait à peine achevé dix lignes.

« Waouh ! C'est d'une rapidité folle ! Et on peut revenir corriger à tout moment, sans risquer de baver sur la page, s'exclama un badaud. Mais cette chose doit demander de la Puissance Spirituelle, non ? »

La servante releva la tête en souriant.

« Pas du tout, dit-elle. Vous ne voyez pas ? Je suis une simple mortelle. »

Elle relia un fil de la Table des Caractères à l'Artefact Spirituel d'impression posé sur le côté, pressa un bouton gravé, et l'artefact se mit à ronronner en recrachant des feuilles, convertissant les caractères de la plaque de Jade Spirituel en encre nettement imprimée. Des exclamations émerveillées coururent dans la foule, et les gens sortirent aussitôt leur bourse pour acheter les feuilles imprimées.

« Il y a un second fil, poursuivit la servante en le montrant. Celui-ci se branche au Réseau de Jade Spirituel : il permet de transmettre le texte imprimé à d'autres. »

Jiang Sanniang écarquilla les yeux. Cet Artefact Spirituel tenait du miracle ! Sa taille encombrante mise à part, qui le rendait difficile à transporter, il possédait tous les avantages du pinceau, et même quelques-uns que le pinceau n'a pas.

Elle jeta un œil au prix : neuf cent quatre-vingt-dix-huit pièces. Elle en eut le souffle coupé.

‘Si cher que ça ?’

Mais… Jiang Sanniang hésita. Elle n'était pas exactement à court d'argent.

Ces derniers temps, elle avait écrit en secret l'histoire d'une orpheline de la Maison de Charité découvrant qu'elle était la vraie Demoiselle d'une famille noble. Sans le dire à personne, elle l'avait soumise à un journal publié sous le nom de Langhuan, et le texte avait été accepté !

Folle de joie, elle avait failli pleurer en apprenant la nouvelle.

Tout le monde disait que l'Immortel Littéraire fuyait les muets… et pourtant elle avait écrit un texte. Les caractères tracés de sa main ne portaient aucune trace de la fameuse « Marque de l'Esprit Muet ».

Jiang Sanniang partagea la bonne nouvelle avec la Maîtresse de la Maison, qui lui obtint un Agent de Plume. Depuis, ses textes paraissaient régulièrement, deux livraisons tous les dix jours. Elle était déjà passée de la rubrique de rang E, tout en bas, à la rubrique de rang D.

Ainsi, Jiang Sanniang connaissait un modeste succès et pouvait enfin s'offrir une Table des Caractères.

Elle s'attarda quelques respirations, en notant la promotion : les cinq mille premiers acheteurs pourraient échanger plus tard leur ancienne table contre un modèle neuf. Elle se raidit, résolue, et fit signe à la vendeuse : elle voulait celle au classement par traits.

La vendeuse, sans doute surprise de voir quelqu'un d'aussi jeune dépenser une telle somme, marqua un léger étonnement.

Quelques instants plus tard, Jiang Sanniang ressortait du Kiosque du Livre en serrant le coffret de verre contre elle.

Même après s'être séparée d'autant d'argent, elle n'éprouva rien du serrement de cœur d'autrefois. Elle savait que sa vie ne ferait que s'améliorer désormais, chaque pas la rapprochant de Monsieur Fei Buzhuo.

En deux petits jours, du septième au neuvième jour du cinquième mois lunaire, quantité de Kiosques du Livre écoulèrent tout leur stock de Tables des Caractères.

Cet Artefact Spirituel si pratique avait un air de renouveau, et la ferveur qu'il déclencha rivalisa avec l'engouement pour « l'Imageur » que Shi Qian'gai avait provoqué des années plus tôt. À l'époque, aucun journal n'osait se montrer sans posséder son Imageur. Aujourd'hui, la Table des Caractères semblait promise à devenir l'équipement standard de tout Cultivateur Littéraire qui se respecte.

À l'approche de la mi-mois, la rumeur autour du Concours d'Écriture du Domaine du Bambou Retiré monta encore d'un cran.

Inspiré par la victoire de Fei Buzhuo au vote populaire, le concours de cette année intégrait un volet « Vote du Public » comme critère final déterminant. Sur un thème comme « l'émotion », le roman qui toucherait le plus profondément le public pèserait lourd.

Dès le sixième jour du mois, le Domaine du Bambou Retiré s'était associé aux grands journaux pour lancer le Journal des Bulletins de Vote. Les lecteurs découpaient les bulletins en forme de fleur et les déposaient dans les Kiosques du Livre pour voter. Chacun pouvait voter jusqu'à trois fois, et des Cultivateurs Littéraires postés dans les kiosques marquaient les bulletins de puissance spirituelle pour garantir l'exactitude du décompte.

« J'ai compté en douce les ventes et les fleurs de vote au kiosque de mon quartier. *Le Pari du Jade* écrase tout. On dirait bien que Fei Buzhuo est destinée à remporter le concours cette année. »

« J'ai compté les fleurs au mien aussi. Cen Zhi, de la secte Yaohua, est loin derrière Fei Buzhuo, et Qiu Yuanlan de Beidou est même retombé à la quinzième place ! Cela dit, après les deux premières, les écarts sont assez serrés. »

« On dirait que les jeunes étoiles du Monde de la Cultivation penchent pour Langhuan cette année ! »

« Il n'y a pas photo. *Le Pari du Jade* paraît tous les jours, et presque la moitié de l'histoire est déjà publiée. Les autres viennent à peine de commencer la leur. »

« La vitesse de Fei Buzhuo est terrifiante ! N'oubliez pas qu'elle a aussi écrit la troisième affaire de *La Source aux Fleurs de Pêcher* ces dernières semaines… »

« Ce n'est pas tout à fait juste. Le Concours d'Écriture privilégie la qualité avant tout : c'est la satisfaction du lecteur qui compte, pas la longueur du texte. Même si Monsieur Fei Buzhuo ne publiait que trois fois dans le mois, il pourrait gagner. »

« Que les Trois Grandes Sectes trustent les premières places n'a rien de neuf. On est à la mi-mois ; je me demande si un outsider va sortir du bois. »

« C'est déjà arrivé. Une année, l'œuvre gagnante avait des ventes modestes mais des critiques dithyrambiques. En termes d'aujourd'hui, cela voudrait dire que davantage de lecteurs acceptaient de lui donner leur bulletin. »

« À ce propos, où en est le roman d'enquête de Cen Zhi ? »

« Aucune nouvelle n'est parvenue jusqu'au Territoire de Langhuan… »

« J'ai une amie à Yaohua. Comment dire… Elle raconte que l'écriture de Cen Zhi se dégrade, ces temps-ci. »

« Je l'ai entendu aussi ! Cen Zhi n'avait pas juré d'imiter notre Monsieur Fei Buzhuo en publiant tous les jours ? Elle n'a même pas tenu dix jours avant d'annoncer une pause. »

Neuvième jour du cinquième mois lunaire, secte Yaohua.

La secte Yaohua est réputée pour ses fleurs. Grâce à la douceur du climat du sud-ouest, toutes les variétés de plantes spirituelles y fleurissent en profusion éclatante sur les terres de la secte. Yintian emmena sa disciple bien-aimée admirer le paysage.

« Tu es enfermée depuis des jours. Il est temps de changer d'air. »

Cen Zhi la suivait, sans expression, les yeux baissés, manifestement perdue dans ses pensées et parfaitement indifférente à la splendeur en fleur autour d'elle.

Yintian, la voyant, soupira doucement.

On dit souvent qu'il n'y a pas de maître véritable en littérature ; mais à notre époque moderne, les Cultivateurs Littéraires peuvent suivre les chiffres de vente de leurs œuvres, surveiller les retours des lecteurs et mesurer l'ampleur des discussions en ligne. Ces indicateurs tangibles sont impossibles à ignorer.

L'écart de popularité entre Cen Zhi et Shi Qian'gai était immense. Yintian se disait parfois que partager son époque avec un tel prodige des lettres était presque cruel pour les autres cultivateurs.

Ces derniers jours, peu de gens évoquaient encore le duel littéraire de Cen Zhi et Fei Buzhuo. Le principe même du duel, en revanche, continuait de faire débat, et quelques semaines plus tôt, une étoile montante avait même défié et battu un vétéran chevronné.

Le nombre de cultivateurs qui se prêtaient à ces « duels littéraires » restait pourtant faible.

D'abord, cela obligeait le provocateur à s'aventurer dans un genre très éloigné du sien. Le premier Cultivateur Littéraire à s'être engouffré dans la mode, trop sûr de lui, avait produit un texte que les lecteurs avaient largement tourné en ridicule.

Ensuite, la pratique rappelait l'antique « défi au dojo », ces provocations gratuites à la réputation douteuse. La partie défiée se retrouvait devant un dilemme inconfortable : relever le gant, ou passer pour un lâche.

Cen Zhi s'était fait critiquer pour cette raison précise, d'autant qu'elle avait lancé le défi et perdu. Non contente d'avoir perdu, sa série de romans d'enquête s'était enlisée, jusqu'à cesser de paraître. On imagine les moqueries qui l'attendaient.

Depuis l'arrêt de sa publication, elle s'enfermait dans sa chambre des jours entiers, comportement inédit et alarmant. Yintian, très inquiète, l'avait tirée dehors de force pour la distraire.

Yintian voyait bien que la différence entre les têtes d'affiche de Yaohua et de Langhuan ne tenait pas qu'à la popularité, mais à la force mentale. Le défi impulsif de Cen Zhi lui avait coûté la première manche ; son entêtement, la seconde. Shi Qian'gai, elle, n'avait jamais répondu directement, gardant une attitude digne et magnanime, traitant Cen Zhi comme un adulte traite une enfant.

« Je ne suis pas de mauvaise humeur », affirma Cen Zhi.

Mais dès qu'elle vit l'expression de sa Maîtresse, elle sut qu'elle ne l'avait pas convaincue. Après un silence, elle détourna les yeux et marmonna :

« …Je réfléchis juste à comment progresser. »

Elle savait qu'elle butait sur un mur.

Yintian dit :

« Si tu veux vraiment savoir, tu devrais présenter tes excuses à la Compagnonne de la Voie Shi et chercher à te lier avec elle. Vois si tu peux apprendre quelque chose d'elle. Et même si tu n'apprends rien, son amitié vaudrait de l'or. »

Élevée parmi les loups, Cen Zhi avait un tempérament glacé comme la neige. Comme une bête sauvage, son premier réflexe était de mordre et de déchirer, avec une agressivité féroce.

N'ayant jamais connu d'autres amis que des loups, elle avait sans doute du mal à saisir l'idée même d'excuses. En tant que maîtresse, Yintian savait qu'il lui fallait patiemment lui apprendre à naviguer parmi les humains.

Cen Zhi marqua un temps, la tête légèrement penchée.

Puis elle gonfla les joues.

« …Oui, j'ai compris. »

Elle maîtrisait les techniques, certes, mais l'écriture de Shi Qian'gai plongeait aussi ses racines dans l'émotion. Du sentiment naît l'expression ; le sentiment précède l'expression. C'était cela qu'elle n'arrivait pas à saisir.

« Une fois que les Trois Sectes auront bouclé leurs Évaluations de mi-année, à la fin du sixième mois, tout le monde aura un peu de temps libre. Tu pourras parler à la jeune amie Shi en personne, dit Yintian. Pour l'instant, laisse ton roman d'enquête de côté et concentre-toi sur le Concours d'Écriture. »

Le *Recueil des Dix Mille Fantômes* avait beau sembler hors course pour la première place, viser l'un des Trois Premiers Rangs valait encore l'effort. Après tout, il n'était pas question de perdre encore une fois contre Beidou !

Domaine du Bambou Retiré.

La fête des Bateaux-Dragons était passée, et les gens du Sichuan avaient endossé leurs robes légères d'été. Dans le Domaine du Bambou Retiré, une verdure épaisse tapissait le sol, des bambouseraies sans fin couraient jusqu'à l'horizon, et les bâtiments se dispersaient dans un désordre pittoresque.

Le bureau de la Maîtresse du domaine était bâti au-dessus de l'eau ; sa galerie extérieure, dépourvue de rambarde, donnait l'impression de flotter à même la surface du lac. Des plantes spirituelles aux feuilles en ombelle dérivaient sur l'eau en exhalant un parfum frais et agréable.

« Que penses-tu des textes de cette année ? » demanda Qin Yuandao, toujours en robe noire, les manches négligemment retroussées, assise à même le plancher de la galerie, adossée à un pilier. Un manuscrit à la main, entourée de feuillets épars, elle avait presque achevé la lecture des candidatures au Concours d'Écriture.

À ses côtés était assis un jeune homme, Qin Fangnong. Vêtu sans apprêt, une robe rouge jetée sur les épaules, il faisait face au lac, la tête baissée, jouant avec son éventail pliant. Pieds nus, il effleurait la surface de l'eau du bout des orteils. Les ombres des arbres et du toit de la galerie dissimulaient son visage, à quelques rais de soleil doré près.

Il répondit paresseusement :

« À part *Le Pari du Jade* de grande sœur Fei, rien ne sort du lot. »

Qin Yuandao : « …… »

Agacée, elle rétorqua :

« Je ne t'ai jamais entendu m'appeler "grande sœur" avec autant d'affection. »

Quand Qin Fangnong s'adressait à elle, c'était d'ordinaire un « grande sœur » sec, en deux mots.

« …Qu'a-t-il de si passionnant, cet éventail ? Tu y vois une fleur, ou quoi ? » demanda Qin Yuandao, incapable de retenir sa curiosité en le voyant l'ouvrir et le refermer sans relâche.

L'Arme Spirituelle de Vie d'un cultivateur ne change jamais de forme ; son aspect lui est aussi familier que son propre visage.

‘Ce garnement cherche visiblement à éviter de me parler !’

« Rien de spécial », répondit Qin Fangnong en refermant l'éventail d'un coup sec.

Le troisième jour du mois, il avait remarqué une fleur de pêcher qui vacillait inexplicablement à la surface de l'éventail, accompagnée d'un fil d'Énergie Spirituelle si ténu qu'on le devinait à peine, tendu au loin : un phénomène assez subtil pour friser l'illusion. D'ordinaire, la surface de l'éventail ne réagit que lorsqu'il emploie une Compétence Spirituelle ; or cette fleur fugace était apparue et avait disparu sans qu'il en active aucune.

Sa curiosité, cependant, avait des limites. Ces derniers jours, il ne s'était rappelé l'anomalie que deux fois, chaque fois qu'il s'ennuyait.

N'importe quel autre cultivateur, découvrant un changement aussi inattendu dans son Arme Spirituelle de Vie, aurait été saisi d'angoisse et de peur. Qin Fangnong, lui, faisait comme si de rien n'était, sans même en toucher un mot à sa grande sœur.

« … » Qin Yuandao soupira. « On dirait bien que le thème de ce Concours d'Écriture ne te fait aucun bien, après tout. L'an prochain, nous reviendrons à un thème normal. »

Qin Fangnong eut un léger sourire, mais garda le silence.

Ses paroles étaient sibyllines, et leur sens véritable n'était connu que d'elle et de lui.

Depuis quelques années, les thèmes du Concours d'Écriture du Domaine du Bambou Retiré tournaient autour des « émotions », officieusement pour « guérir » Qin Fangnong. Son frère cadet souffrait d'un mal étrange : depuis ses sept ans, sa perception des émotions s'était peu à peu éteinte. Même les événements les plus considérables ne parvenaient plus à remuer en lui le moindre sentiment fort.

Avant cet âge, pourtant, Qin Fangnong était un enfant d'une grande sensibilité. Il n'était pas né ainsi.

L'envoyer courir le monde participait aussi de cette stratégie. Ne dit-on pas que le monde des mortels remue le cœur ?

De son côté, Qin Yuandao avait tenté d'alléger son mal par l'écriture. Si les mots relient le ciel et la terre, peut-être pouvaient-ils rallumer ses sept émotions et ses six désirs perdus ?

Mais après des années, les deux approches n'avaient donné que des résultats limités. Ses voyages avaient même émoussé davantage ses émotions : face à la mort, il souriait avec calme, imperturbable, un sang-froid que Qin Yuandao trouvait proprement insensé.

Quant aux textes du concours, il ne daignait même pas y jeter un œil.

Heureusement, après toutes ces années, Qin Fangnong, son tempérament un peu excentrique mis à part, n'avait jamais franchi de ligne vraiment scandaleuse. Les rumeurs le peignaient en petit démon impitoyable qui tue sans ciller, mais Qin Yuandao savait qu'il suivait ses propres règles.

Elle s'était donc résignée à le laisser faire à sa guise. Puis, à la fin de l'an dernier, une percée s'était produite : Qin Fangnong avait écrit dans une lettre qu'il trouvait particulièrement intéressants les textes d'une étoile montante de Wanzhou.

Du jamais-vu. La première fois en dix ans qu'il citait un auteur précis dans ses lettres !

Quelque temps plus tard, une autre lettre arrivait : Qin Fangnong avait croisé par hasard cette Cultivatrice Littéraire en écoutant une conteuse.

Après cet épisode, Qin Yuandao avait appris son nom : Shi Qian'gai, de son nom de plume Fei Buzhuo. Elle avait cherché et lu ses textes, et conclu que son frère avait été remué moitié par les textes eux-mêmes, moitié par les sentiments de l'autrice, si vivement exprimés qu'ils transparaissaient à travers les mots.

‘Cette femme doit être quelqu'un de vraiment fascinant’, s'était-elle dit.

Plus tard, à l'Examen du Printemps Profond, l'avoir vue en personne n'avait fait que le confirmer. Il n'existait pas une seconde Shi Qian'gai dans tout le Monde de la Cultivation.

Fallait-il s'étonner que le regard de son frère se soit posé sur elle ?

Soupir. À force de faire tourner le Concours d'Écriture, la seule vraie percée était venue de Qin Fangnong qui vagabondait et l'avait trouvée tout seul.

La Tablette de Jade Spirituel de Qin Fangnong s'alluma.

« Ma Table des Caractères est arrivée », dit-il en se levant, glissant les pieds dans ses socques de bois avant de s'éloigner sans hâte.

Qin Yuandao le regarda partir, songeuse.

‘Une Table des Caractères ? Il me semble en avoir entendu parler. Encore un Artefact Spirituel conçu par sa "grande sœur Fei".’

Une pensée discrète se glissa en elle.

‘Puisque nous n'avons pas pu prendre Shi Qian'gai pour disciple, il y a peut-être un autre moyen de la lier au Domaine… Cela dit, à être franche, je doute que mon frère ait seulement réussi à se faire enregistrer chez elle…’

Plus tard ce soir-là, ses obligations terminées, Qin Yuandao se blottit dans les bras de son compagnon du Dao et lui glissa la chose comme en passant.

À sa grande surprise, il réfléchit un instant avant de dire :

« Je suis certain que le Grand Maître se souvient de Petit Lang. Tu n'as pas remarqué ? Il a acquis récemment un Sceau de Jadéite Pourpre. À en juger par l'empreinte qu'il a laissée, il y en avait deux à l'origine : un chien, qu'il garde sur lui, et un tigre. Or la jadéite pourpre est précisément la pierre dont parlent les écrits du Grand Maître. »

« ? » Qin Yuandao en resta sincèrement interdite. Elle n'avait rien vu du tout. Connaissant le tempérament de Qin Fangnong, l'autre sceau devait être un cadeau destiné à Shi Qian'gai.

‘Mais Shi Qian'gai ne semble pas associée au tigre… Y aurait-il entre eux un sens caché qu'eux seuls comprennent ?’

Qin Yuandao sombra un instant dans la rêverie.

Dixième jour du mois, Langhuan.

Des répétitions à la première, il faudrait au moins un mois. Shi Qian'gai comptait annoncer sa Pièce en Pierre aux Reflets juste après la clôture du Concours d'Écriture. Sauf imprévu, elle escomptait la première place, ce qui lui permettrait d'attirer légitimement l'attention sur son projet.

Le Chant Élégant et la Lumière Splendide faisait déjà des vagues dans le milieu théâtral de Jinling, d'abord par son changement de nom, puis par son recrutement de comédiens. Les troupes rivales bourdonnaient de curiosité sur la nouvelle manœuvre du patron Zhu. Mais personne ne savait encore que Shi Qian'gai était de la partie.

Le plan était parfait, à un gros grain de sable près, dans la première phase : elle avait une panne d'écriture.

« Comme dit le proverbe, murmura Shi Qian'gai, allongée sur un fauteuil de rotin dans sa cour, les yeux paisiblement clos, tout est difficile au début. Le milieu aussi. Et la fin encore plus. Je n'y arrive pas. »

Elle avait déjà bouclé un premier jet, mais ses trois collègues scénaristes avaient émis des réserves sur le coût de production et suggéré de réduire la part de puissance spirituelle. Elle se creusait donc la tête pour reprendre l'intrigue.

Après quatre ou cinq versions, son puits créatif était à sec.

Cela tenait sans doute à son besoin possessif de tout contrôler dans son œuvre. Sinon, elle aurait pu confier le brouillon achevé aux scénaristes pour l'adaptation.

He Xue garda le silence.

C'était peut-être le prix à payer, pour les êtres actifs et couronnés de succès.

« Je crois ne t'avoir jamais vue en manque d'inspiration, petite sœur Shi, remarqua Ye Jiuyang, une assiette de fruits à la main, en observant la scène d'un œil amusé. C'est si difficile que ça, d'écrire un livret de *zaju* ? »

He Xue et lui, admis dans les coulisses du projet, brûlaient de curiosité pour la Pièce en Pierre aux Reflets. Mais Shi Qian'gai, fidèle à sa stricte politique du « zéro spoiler », refusait de livrer le moindre détail d'intrigue et se contentait de promettre de les inviter à la première.

Shi Qian'gai : « …… »

‘Si, tu m'as déjà vue.’ Leur toute première rencontre, à bord du bateau-nuage, l'avait trouvée suspendue la tête en bas aux poutres, en quête d'inspiration auprès du ciel et de la terre. Elle avait même fait croire à Ye Jiuyang qu'il s'agissait d'une méthode de cultivation secrète… Cela dit, dans un monde où écrire est réellement cultiver, peut-être n'avait-elle pas tout à fait menti ?

Les mots de Ye Jiuyang lui remirent la méthode en mémoire. Avec un soupir, elle abandonna toute prétention à la dignité, se retira sans un mot dans sa chambre et grimpa sur la poutre du plafond.

Ye Jiuyang : « …… »

Il semblait être tombé sur une vérité.

« Finalement, je vais peut-être ranger derrière toi », dit-il, incapable d'en supporter davantage. Empoignant un petit balai et une pelle, il grimpa à côté d'elle.

Shi Qian'gai était pendue à la poutre depuis un moment, à griffonner, quand la voix de Wu Lichun retentit devant le portail de la cour :

« Petite sœur Shi ? Ouvre ! »

He Xue alla ouvrir et trouva Wu Lichun, les sourcils froncés, dégageant une tension palpable. Shi Qian'gai sauta à terre.

« Grande sœur Wu, que se passe-t-il ? »

Ce n'était pourtant pas l'heure de la collecte des textes.

Wu Lichun sembla rassembler ses idées. Après avoir salué He Xue et Ye Jiuyang, elle entra dans la chambre de Shi Qian'gai, referma la porte et posa un dossier sur la table. Shi Qian'gai haussa un sourcil. La première page portait le titre *Chronique des voyages étranges d'un lettré*, du Cultivateur Littéraire Ding Fuwei.

Le nom lui disait quelque chose. Ding Fuwei était un Cultivateur Littéraire d'une secte moyenne du Sud, lui aussi en lice au Concours d'Écriture. La rumeur voulait que ses premiers jets fussent quelconques ; quand Jian Shengbai lui avait montré les concurrents les plus sérieux, Ding Fuwei était pratiquement inconnu. Mais au fil du concours, son écriture n'avait cessé de s'améliorer.

Shi Qian'gai, elle, n'avait jamais lu une ligne de lui.

Elle feuilleta le dossier. La deuxième page était… un décompte des bulletins de vote ?

« …Je suis les bulletins depuis deux jours, et quelque chose cloche, dit Wu Lichun. Ding Fuwei tournait régulièrement autour de la cinquième place, mais hier et avant-hier, son total quotidien a soudain dépassé le tien et l'a placé en tête. Son score global reste derrière, mais je n'arrive pas à me défaire de l'impression que quelque chose ne tourne pas rond. »

Traduit par Dao Qing Trad — soutenez leur travail en les suivant.

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