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To Cultivate Immortality, I Write 3000 Words a Day

Chapitre 111 : La rentrée

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Chapitre 111

Chapitre 111 : La rentrée

Chapitre 111/12093%~23 min de lecture4 482 mots

12 février.

« Le temps file ! Cela fait presque un an que nous sommes à Langhuan. »

« Tu as vu la Démone de l'aînée Fei hier soir ? J'adore ce nouveau monde ! »

« Évidemment ! Ah, je me demande quand je trouverai une intrigue pareille… »

Les disciples s'attroupaient à l'entrée de la Grotte-Ciel de Langhuan, bourdonnant de conversations.

Comme l'appeler « cadette Shi » ou « aînée Shi » sonnait un peu bizarre, les disciples de Langhuan avaient depuis longtemps pris l'habitude de dire simplement « Fei », preuve de la reconnaissance universelle de son nom de plume.

Diverses Armes Spirituelles filaient vers la cascade en traînant de longs sillages de lumière spirituelle, comme des comètes. La plupart des disciples entrés l'an dernier avaient déjà atteint le stade du Noyau d'Or et pouvaient voler sur leur épée.

Dans la promotion de l'année du Bœuf, Shi Qian'gai restait toutefois la seule à avoir atteint l'Âme Naissante. Xue Qingbi, au stade tardif du Noyau d'Or, s'efforçait de percer tout en approchant de la fin de son roman-fresque. Que Hanri, en Cultivateur de Plume, avançait à un rythme plus modéré et restait lui aussi au stade tardif du Noyau d'Or.

Qin Fangnong, dont la Chambre Secrète lui avait valu un public inattendu, était récemment passé au stade initial de l'Âme Naissante. Parmi les étoiles montantes du Monde de la Cultivation qui avaient la vingtaine, il dépassait tout le monde d'une tête.

Sa Compétence Spirituelle de l'Établissement des Fondations était « Le mal d'amour, un pouce de cendre », et celle du Noyau d'Or « La lumière fuyante abandonne les hommes » : deux noms d'une douceur trompeuse, mais d'une puissance dévastatrice à l'usage. Shi Qian'gai avait entendu dire que sa Compétence d'Âme Naissante, tout juste éveillée, s'appelait « Le Phénix cherche sa compagne », mais sa fonction restait un mystère.

Ye Jiuyang et He Xue s'efforçaient eux aussi d'atteindre l'Âme Naissante. Ye Jiuyang avançait un peu plus vite, tandis que He Xue butait sur le passage, non sans frustration.

Bref, tout le monde progressait.

Un jour où ils se retrouvèrent tous les trois, Shi Qian'gai et He Xue eurent la stupeur de découvrir que Ye Jiuyang s'était coiffé, les cheveux soigneusement relevés en chignon, et portait même une robe à larges manches qu'on ne lui avait jamais vue.

Au premier coup d'œil, il avait l'air remarquablement… humain. Non, plutôt : grave et convenable.

He Xue, manifestement peu habitué à ce spectacle, lança : « Tes entrevues matrimoniales du Nouvel An se sont bien passées ? »

Ye Jiuyang : « ? »

Il riposta, furieux : « D'abord, je ne suis même pas allé à des entrevues ! Faut-il forcément chercher un Compagnon du Dao pour soigner son apparence ? »

Shi Qian'gai le détailla à son tour. « Alors pourquoi cette solennité soudaine ? »

« À partir d'aujourd'hui, nous sommes tous aînés et aînées ! déclara Ye Jiuyang avec sérieux. Il faut tenir notre rang : fini les gamineries de l'an dernier ! »

He Xue se tourna vers Shi Qian'gai. « Je parie qu'il redevient lui-même dans le mois. »

« C'est un peu dur, dit Shi Qian'gai avec gravité. Moi je parie dix jours. »

Ye Jiuyang : « ? Hé ! Vous me sous-estimez ou quoi ?! »

Après s'être chamaillés un moment, le trio enfourcha ses Épées Volantes et s'élança vers la Grotte-Ciel. Ye Jiuyang avait changé d'Épée Volante pour le Nouvel An et choisi un modèle pratique, dédié au transport. Les cultivateurs dont l'Arme Spirituelle a une forme particulière optaient souvent pour ce genre d'épée : accroupi sur un qin en plein vol, on a tout de même l'air un peu bête.

Le système actuel de la secte ressemblait à une université. Un disciple ordinaire pouvait y rester cinq ans, après quoi il choisissait de poursuivre au sein de la secte ou d'en sortir pour tracer sa propre route.

La première voie était illustrée par Shi Mingyi et Jian Shengbai, tous deux issus de Langhuan et qui y enseignèrent ensuite. Les places étaient rares et disputées, la porte d'entrée la plus accessible étant le poste d'Agent de Plume à la Secte Externe.

La seconde voie était plus variée. Ainsi Jin Yu, maîtresse de la Secte des Quatre Joies, avait été Première Disciple de Yaohua. De même, Lu Buyin avait étudié dans les trois Grandes Sectes.

Dans moins d'un mois, ils accueilleraient une nouvelle promotion de cadets.

« Qu'est-ce que c'est ? » He Xue, toujours attentif aux changements de son environnement, plissa les yeux.

Ils remarquèrent des Épées Volantes qui tournaient autour de chaque pic, reliées par des fils miroitants imprégnés d'esprit. Des cultivateurs munis de carnets et de pinceaux s'affairaient.

« Ce sont des aînés de la secte des Étoiles Alignées, dit Que Hanri. Ils améliorent le Réseau de Jade Spirituel, paraît-il. Après cela, même quand certains maîtres seront en mission, nous pourrons suivre leurs cours. »

Shi Qian'gai : « …… »

‘Donc, en gros, des cours en ligne ?’

‘Encore un Artefact Spirituel miraculeux ajouté.jpg’

Après avoir observé un moment, Shi Qian'gai confirma ses soupçons : Langhuan mettait bel et bien en place les cours à distance.

Mais les changements de la nouvelle année ne s'arrêtaient pas là. Après un an d'étude, certains disciples pouvaient vouloir changer de voie, pour devenir par exemple Cultivateurs Artisans ou Cultivateurs Peintres. D'où des modifications d'affectation de logement et de composition d'équipe.

Leurs quartiers d'habitation furent d'ailleurs déplacés en bloc plus profondément dans la montagne. Au lieu de déménager eux-mêmes, d'immenses Pantins soulevèrent leur cour entière, fondations comprises, jusqu'à son nouvel emplacement.

Le nouveau Pic des Résidences était niché au cœur des Nuages Étagés, entouré des Pics des aînés et des aînées. Ils n'auraient plus à bouger pendant quatre ans.

L'environnement y était plus agréable encore. Les trois pics centraux étaient réservés au repos, couverts d'innombrables banians dont les branches recouvraient presque les montagnes. Les racines aériennes formaient des ponts naturels d'un pic à l'autre, et les disciples pouvaient y tresser des hamacs pour se détendre au milieu de la verdure : l'un des lieux de détente les plus courus de Langhuan.

Les nouveaux emplois du temps furent livrés dans chaque cour par des Moineaux Perce-Nuages.

« Le programme de cette année comprend un nouveau cours de combat réel contre les Démons Célestes, remarqua Ye Jiuyang. Cela veut dire qu'on affrontera de vrais Démons Célestes ? »

Le cours était entouré de mystère ; même le forum de Langhuan sur le Réseau de Jade Spirituel n'en parlait presque pas.

Shi Qian'gai, qui avait un maître pour la guider, en savait davantage. « On nous enverra sans doute à la Passe de la Brume Démoniaque, à la frontière, pour acquérir une expérience de combat directe. »

Pour un cultivateur ordinaire, ce cours serait la première rencontre réelle avec des Créatures Démoniaques. Mais Shi Qian'gai et ses compagnons étaient différents, elle surtout, qui avait déjà affronté des Créatures Démoniaques avant même d'entrer à la secte.

He Xue nota : « Notre volume horaire pour ce cours est plus lourd que celui des années précédentes. »

Ye Jiuyang réprima l'envie de se tirer les cheveux et garda une contenance posée. « C'est bien normal. Avec les Démons Célestes qui s'agitent de nouveau, les talents montants que nous sommes doivent rester en alerte. »

Un simple aménagement de programme révélait ainsi les courants qui traversaient le Monde de la Cultivation. Shi Qian'gai trouvait cela fascinant : une société d'apparence paisible, débordante de culture et de divertissement, mais sous la surface de laquelle couraient des courants souterrains, toujours à l'affût d'une guerre contre les Démons Célestes.

Ses affaires rangées, Shi Qian'gai devait se présenter à la Société de Langhuan.

La Société occupait son propre pavillon, haut et large, au sein de la secte. Dès le seuil franchi, elle fut assaillie par une marée de paperasse.

Gu E'ye venait d'accéder à la présidence de la Société. Avec la rentrée qui commençait tout juste, il tournait comme une toupie, complètement débordé.

« Cadette ! Félicitations pour ton passage au rang d'aînée cette année ! »

« La petite sœur Shi est là ? Oh là là, qui a pris mon registre des Tablettes de Jade ? Je n'ai pas fini de le remplir ! »

« Petite Shi, je n'ai pas le temps de servir le thé. Installe-toi comme tu veux… »

Shi Qian'gai remarqua quantité de documents frappés de l'emblème de l'Orchidée Wenchang. Elle demanda à un membre qui traînait : « On prépare déjà l'Assemblée Wenchang ? »

L'Assemblée Wenchang était le grand rassemblement des cultivateurs, tous les dix ans, et le lieu où le Système lui avait donné pour quête de briller de mille feux.

« L'Assemblée Wenchang a lieu au septième ou au huitième mois, avec des émissaires de toutes les nations qui affluent à Da Ya. Leurs délégations commenceront à arriver progressivement avant », expliqua Gu E'ye en s'approchant de l'autre côté. Il se frotta les tempes et appliqua une goutte de baume rafraîchissant pour se remettre les idées en place. « Ces délégations seront réparties entre les sectes pour l'accueil, les Trois Grandes Sectes prenant la part du lion. Certaines sont déjà en route. »

Shi Qian'gai comprit et lança à Gu E'ye un regard compatissant. Inutile de préciser que la Société de Langhuan gérerait les mille et un détails. En tant que président, Gu E'ye n'aurait pas une minute de répit avant la fin de l'Assemblée.

Mais réussir cette mission serait un accomplissement remarquable. Tous les présidents de la Société de Langhuan n'héritent pas d'un projet de cette ampleur.

Shi Qian'gai donna un coup de main sur quelques tâches avant de quitter la Société à midi.

Des délégations de toutes les nations… L'Assemblée Wenchang favoriserait les échanges culturels, un peu comme une exposition universelle.

Elle se sentit gagnée par l'excitation. À quoi ressembleraient les coutumes et les cultures du monde ?

Après la rentrée, Wu Lichun et Shi Qian'gai discutèrent de la publication de La Source aux Fleurs de Pêcher, Dossiers d'enquête.

Cinq affaires étaient parues à ce jour, mais la quatrième, au format Jeu d'Enquête, serait écartée. Des quatre restantes, la troisième, L'Esprit de la Montagne, était la plus longue. Ensemble, elles suffisaient à composer un court roman.

Shi Qian'gai avait d'abord écrit La Source aux Fleurs de Pêcher par simple envie d'écrire du récit d'enquête. Peu à peu, elle s'était mise à puiser dans des événements et des expériences réels pour bâtir ses affaires, ce qui avait rendu l'écriture de ce volume particulièrement lente.

Vu sa longueur modeste, le volume fut vite prêt à paraître, et il serait vendu simultanément dans toutes les provinces de Da Ya. Cette fois, Shi Qian'gai renonça à une séance de dédicaces de talismans et opta pour une sortie sans tapage.

Préfecture de Sanqing.

L'année de la secte Beidou commençait sept jours après celle de Langhuan. Dans leur Grotte-Ciel, la moitié de l'année était perpétuellement sous la neige. Emmitouflés dans d'épaisses robes, les disciples traînaient les pieds jusqu'aux inscriptions : les cultivateurs peuvent maintenir leur température corporelle, mais c'est un gaspillage inutile de puissance spirituelle. La chaleur des vêtements reste le choix le plus sage.

Avant le Nouvel An, Le Regret de l'Épée Ancienne de Qiu Yuanlan avait déclenché une vaste polémique. Il avait donc abandonné le récit avant la fin de l'année et n'en avait plus écrit la seconde moitié.

Qu'un Cultivateur Littéraire abandonne une œuvre en cours n'a rien d'extraordinaire ; on pourrait même dire que la mener à terme est l'exception. Mais ce texte-là devait être sa grande composition de fin d'année, et le laisser inachevé passait pour particulièrement déshonorant, ce qui lui valait des railleries d'une dureté rare.

« Petit Qiu, cela fait plus de deux mois. Quand vas-tu enfin terminer Le Regret de l'Épée Ancienne ? »

La question venait d'une cultivatrice en robe doublée de vison, les mains dans le dos. C'était Gu Niyun, cheffe de la secte Beidou et maîtresse de Qiu Yuanlan.

En face d'elle se tenait un jeune homme en fine robe bleu clair, qui privilégiait l'allure au confort. Lèvres roses, dents de perle, traits délicats : il était d'une beauté saisissante. Ses yeux bleus captivants semblaient voler les âmes, en contradiction criante avec le style rude et martial de Beidou.

Mais dès qu'il ouvrait la bouche, son pur sang de Beidou se révélait : « Pour quoi faire ? Le verdict est déjà tombé. Pourquoi l'écrire juste pour me faire lyncher ? »

Qiu Yuanlan leva les yeux au ciel avec emphase et renifla : « J'arrête ! Faisons comme si cette histoire n'avait jamais existé. »

« … Petit Qiu, amadoua Gu Niyun, tu les aimes toujours, ton héros et ton héroïne, non ? Tu ne veux pas leur donner une vraie fin ? »

Elle sentait bien que Qiu Yuanlan chérissait toujours l'histoire qu'il avait conçue et dans laquelle il s'était donné corps et âme.

Le garçon était sensible de nature. Élevé à Beidou, il s'était pourtant fait un nom dans la veine sentimentale. N'ayant jamais connu d'échec, grâce à son génie, cette avalanche de critiques avait réveillé chez lui un fond de révolte.

Qiu Yuanlan répliqua avec sarcasme : « Mon Dieu, tu crois que je n'en ai pas envie ? Ce n'est pas la volonté qui manque, c'est le talent ! »

Gu Niyun : « …… »

Entendre son disciple parler ainsi lui faisait serrer les poings.

« C'est mon niveau minable, voilà tout. Même si je voulais reprendre… » Qiu Yuanlan continuait de dérouler. Sa patience finit par céder : elle lui donna un coup de phalange sur le crâne.

« Tu ne disais pas l'autre jour que tu voulais faire du Regret de l'Épée Ancienne une Pièce aux Reflets ? demanda Gu Niyun. Comment comptes-tu tirer une pièce d'une histoire à moitié écrite ? »

La voix de Qiu Yuanlan faiblit progressivement. « Je ne pourrais pas engager un scénariste pour la réécrire ? »

Les Cultivateurs Littéraires protègent farouchement leur œuvre. Même incapables de finir un récit, ils préfèrent le voir abandonné plutôt que poursuivi par un autre. Engager un scénariste, en revanche, leur paraît différent : une forme de collaboration psychologiquement plus supportable.

Gu Niyun leva franchement les yeux au ciel. « Combien de scénaristes valent mieux que toi ? Tu n'attends tout de même pas que Fei Buzhuo te le finisse ? »

« … Bon, peu importe. Je n'écris plus ! » Qiu Yuanlan s'esquiva, filant comme de l'huile sur l'eau.

Il ne pouvait sincèrement plus écrire. Dès qu'il prenait le pinceau, l'ombre des critiques se dressait au-dessus de lui. Avec tant d'histoires en tête, pourquoi s'obstiner sur celle-là ?

De retour à son Pic des Résidences, Qiu Yuanlan se roula en boule sur son lit et tira un imprimé de sa robe : le Quotidien Lan Zhao du jour.

Puis il en sortit un immense Écran aux Reflets.

Le fonctionnement mental du jeune seigneur Qiu était vraiment singulier. Quand les autres se servaient d'Anneaux de Stockage, il préférait coudre des Espaces de Stockage dans les poches intérieures de ses robes.

« La Démone doit repasser aujourd'hui… », murmura-t-il pour lui-même en tirant encore de sa robe une pile de mouchoirs, mesure préventive contre les larmes qui ne manqueraient pas de venir.

De peur que ses émotions ne l'empêchent de dormir, Qiu Yuanlan ne lisait jamais ses romans préférés le soir, et il en allait de même pour la série la Démone. Il n'en regardait que les rediffusions du lendemain.

Dans tout Beidou, seules Gu Niyun et la maîtresse de secte savaient que Qiu Yuanlan, hautain, difficile et méprisant envers tous, était un admirateur inconditionnel de Fei Buzhuo, mais uniquement de ses œuvres sentimentales.

« Immortelle céleste au Palais de Jade… »

La chanson coulait de l'écran. Les génériques d'ouverture et de fin n'avaient pas changé, mais les images, si. Dong Sheng et les personnages du premier monde avaient tous disparu. Qiu Yuanlan sentit un pincement de regret : il aimait beaucoup le Vénérable de l'Épée, mais il ne semblait pas devoir revenir.

Deux épisodes du deuxième monde de la Démone étaient déjà passés.

Dans ce monde-là, les races se divisaient entre Hommes-Bêtes et Humains. Le corps d'origine de Yezhu était celui d'une jeune Homme-Bête.

Peut-être parce que la Voie Céleste attribuait sa réussite du premier monde à sa naissance privilégiée, Yezhu avait cette fois reçu un point de départ absolument misérable.

Dans ce monde, les Hommes-Bêtes avaient un rang inférieur et étaient couramment achetés et vendus comme esclaves par la Race Humaine. La tribu de la propriétaire d'origine avait été annexée par une autre et, quand la tribu conquérante s'acquitta de son « impôt sur les esclaves » annuel, elle envoya en tribut les Hommes-Bêtes de la tribu vaincue.

Après un voyage atroce, la propriétaire d'origine fut achetée par une noble famille humaine.

Ses traits étaient plus humains que ceux des autres Hommes-Bêtes, et même parmi les Humains elle aurait passé pour une beauté renversante. Cette beauté même rendit sa vie plus tragique encore.

Son premier maître avait des penchants cruels. Dans cette maison noble, elle subit sévices et tourments constants et vécut dans une peur permanente. Quand le père du maître découvrit la dépravation de son fils, il entra dans une rage folle et la revendit. Elle tomba ainsi entre les mains d'un deuxième maître… et le cycle tragique qui définirait sa vie commença.

Et pourtant, au milieu de cette misère, on la marqua du sceau de « femme fatale ». Selon l'opinion publique, c'était sa faute si son premier maître « fricotait avec des esclaves-bêtes » ; sa faute si son deuxième maître « s'était entiché de sa beauté » ; et même sa faute si son troisième maître avait « succombé à une attaque foudroyante en pleine étreinte ».

En vérité, le sort du corps d'origine était un ressort courant des récits contemporains : une femme belle et fragile ballottée par le destin, dont la volonté ne compte pour rien au milieu des manœuvres des autres. Ce schéma venait de la littérature érotique, mais avait peu à peu gagné le grand public.

Qiu Yuanlan détestait profondément ce ressort. Comme matière érotique, passe encore, mais quand les romans grand public et les œuvres de Cultivateurs Littéraires s'en emparaient, il le trouvait proprement répugnant.

Le premier épisode servait surtout à poser le décor : la forêt verdoyante et le petit étang où résidait Yezhu étaient en réalité une prison miniature, comparable à un Espace de Stockage. L'épisode s'achevait sur sa livraison à la maison du premier maître, sur le point de rencontrer le jeune maître.

« Quelle ouverture brutale ! Sœur Zhu peut-elle seulement décrocher une fin heureuse cette fois ? Ce monde possède aussi de l'Énergie Spirituelle, donc la cultivation devrait être possible. Mais comment y accéder avec son statut ? »

« En voyant ça écrit ainsi dans la série, j'ai soudain repensé aux “beautés qui perdent les royaumes” de l'histoire… En vérité, ce n'était pas vraiment leur faute. »

« On critique ce point depuis longtemps. La grande lettrée Jin Yu a même écrit un essai politique pour défendre ces prétendues “femmes fatales”. Mais les récits centrés sur ces femmes-là restent rares ; je n'en ai pas souvenir. Je me demande comment Monsieur Fei Buzhuo va s'y prendre. »

Le Réseau de Jade Spirituel bruissait de discussions. Qiu Yuanlan regarda la scène d'ouverture, le cœur serré d'angoisse. Il craignait que Fei Buzhuo, dans un accès de noirceur, ne réécrive la tragédie.

Le meilleur scénario, selon Qiu Yuanlan, aurait été que Yezhu dissimule ou enlaidisse sa beauté trop voyante pour assurer sa survie dans la première maison noble. Elle pouvait conserver quelques compétences du premier monde, mais pas toutes, sans quoi elle se serait déjà taillé un chemin dehors à coups de lame. Pour l'heure, elle ne disposait que de menus talents, dont l'Art du Déguisement.

Il fixa l'Écran aux Reflets et vit Yezhu rester immobile, attendant calmement son heure.

Elle rencontra le jeune maître, para ses avances… et finit, sur le lit même, par lui trancher la gorge de ses griffes de bête !

« N'est-ce pas trop risqué ? » souffla Qiu Yuanlan à voix haute. L'expression de Yezhu restait pourtant d'un calme glacé tandis qu'elle défigurait impitoyablement le visage de l'homme. Puis vint le déshabillage, le rhabillage… Qiu Yuanlan avait la tête qui tournait, perdu. À quoi cela rimait-il ?

Yezhu enfila les vêtements du jeune maître et mit le feu au lit tout entier.

La scène était à la fois belle et brutale. Le sang maculait la joue de Yezhu et lui donnait l'allure d'une épée légendaire sans pareille.

Puis ses traits se transformèrent peu à peu et devinrent ceux du jeune maître.

Qiu Yuanlan : « !!! »

‘C'est donc comme ça qu'elle procède !’

‘J'ai vu trop petit. Avec l'Art du Déguisement, pourquoi s'en servir seulement pour se cacher soi-même ?’

Yezhu avait toujours été une chasseuse audacieuse, qui préfère frapper la première.

Cependant, la carrure et la voix de Yezhu n'avaient rien à voir avec celles du jeune maître. Comment pourrait-elle se faire passer pour lui ?

L'épisode s'acheva, laissant Qiu Yuanlan profondément troublé. Il était du genre à s'immerger complètement dans une histoire, et il lui fallut une demi-journée pour en sortir.

Ce n'est qu'au bout d'un long moment qu'il ouvrit enfin le journal pour lire l'épisode du jour de L'Âge d'Or. Mais son esprit vagabondait encore, revenant à la remarque mi-plaisante, mi-moqueuse de sa maîtresse :

« Quoi, tu attends que Fei Buzhuo te le finisse ? »

Qiu Yuanlan ne put s'empêcher de laisser courir son imagination. Fei Buzhuo daignerait-elle seulement s'intéresser à son roman inachevé… ?

Pendant ce temps, à Langhuan.

Avec la sortie imminente de La Source aux Fleurs de Pêcher, la publication de L'Âge d'Or fut avancée elle aussi.

À vrai dire, L'Âge d'Or avait depuis longtemps atteint le volume requis pour un tome, et les lecteurs le réclamaient. Le manuscrit dépassait les cinq cent mille mots, et Shi Qian'gai estimait le total final entre huit cent mille et un million, soit quatre tomes en tout. Cette fois, elle comptait sortir les deux premiers simultanément.

Les disciples de l'Académie de Peinture accueillirent chaleureusement Shi Qian'gai et se portèrent volontaires avec enthousiasme pour la couverture et les portraits de personnages.

Depuis que Shi Qian'gai avait précisé le style qu'elle voulait pour La Demoiselle, l'alliance du trait minutieux et du croquis réaliste dans le portrait avait gagné du terrain et montrait des signes de devenir un courant à part entière. Elle pouvait enfin choisir un style qu'elle admirait vraiment.

Dans le récit, les méthodes agricoles de Lu Zeyao étaient désormais appliquées partout sur son territoire. Enfin, plus aucun enfant n'y mourait de faim. Après l'instauration des examens de recrutement, elle avait aussi étoffé ses forces militaires, adopté les systèmes les plus avancés et introduit un système de « récompense au mérite ». Les soldats vainqueurs d'une bataille majeure recevaient une distinction des mains mêmes de l'Impératrice des Monstres.

Imaginez recevoir pareil honneur directement de l'Impératrice !

D'innombrables membres de la Race des Monstres en furent remués. Même le stratège humain éprouva des sentiments mêlés et soupira : « Notre Souveraine prise vraiment le talent, sans considération de rang. » Pas même le plus sage des monarques humains ne pouvait se targuer d'une telle vertu.

Des descriptions de batailles émaillaient le récit, mais comme l'intrigue politique et la guerre n'étaient pas le cœur de L'Âge d'Or, Shi Qian'gai les rendait surtout de façon indirecte.

Elle ne se priva pas de son atout providentiel d'autrice dans cette partie. Dès les deux cent mille mots, elle avait introduit un personnage secondaire au talent militaire exceptionnel, une commandante capable d'aider Lu Zeyao à conquérir le monde.

Cette femme était née dans la Race des Hommes-Bêtes, à l'origine une créature de type chacal. Après qu'une inondation catastrophique eut détruit sa tribu, elle était devenue errante. Un jour, elle avait croisé Lu Zeyao, qui lui avait sauvé la vie. Depuis, elle ne l'avait plus quittée, rendant un torrent de gratitude pour une seule goutte de bonté.

Cette générale était devenue immensément populaire. Shi Qian'gai avait vu passer d'innombrables œuvres de lecteurs, presque toutes centrées sur elle.

Le domaine de Lu Zeyao s'étendant à toute vitesse, les talents manquaient toujours. Pour y remédier, elle mit en place des politiques d'attraction des Humains. La petite région frontalière initialement réservée aux Maisons Nobles était devenue une cité-État florissante. Humains et monstres y coexistaient sans discrimination, dans ce qu'on ne pouvait décrire que comme une utopie.

Lu Zeyao avait presque achevé sa stratégie en deux volets : bâtir de hauts murs, engranger de larges vivres. Plus de deux ans auparavant, elle avait envoûté le Roi Lion d'Argent et s'était ainsi ménagé tout l'espace nécessaire à son développement. Maintenant que celui-ci avait enfin compris, Lu Zeyao avait la force de l'affronter.

Furieux, le Roi Lion d'Argent se proclama empereur et jura de fonder un nouveau Royaume des Monstres, allumant la guerre entre leurs deux camps.

Tout en pressant ses arrières d'accélérer les recherches sur les canons et autres armes avancées, Lu Zeyao suivit le conseil de ses stratèges et prit contact avec une troisième force : les clans de brigands qui peuplaient l'est du Continent des Monstres.

L'est, dédale de pics déchiquetés et de vallées morcelées, n'avait jamais été unifié sous une seule bannière depuis les temps anciens. Or s'assurer leur ralliement introduirait dans le conflit une redoutable carte imprévisible.

Shi Qian'gai comptait clore le deuxième tome ici, à la fin de cette phase de développement de Lu Zeyao.

L'univers finement bâti de L'Âge d'Or permettait de savourer le récit sous plusieurs angles, même si Lu Zeyao restait l'indiscutable protagoniste. Beaucoup se délectaient de suivre cette « lutte pour la domination du monde » à travers les yeux des autres factions.

Dans les maisons de thé de tout le pays, des camps rivaux se réunissaient et se disputaient sans fin autour de cartes et de pions miniatures pour élaborer leurs stratégies. Le Réseau de Jade Spirituel croulait sous les essais et les analyses de lecteurs.

Un jour qu'elle prenait le thé au restaurant du Ginkgo, Shi Qian'gai vit deux groupes de lecteurs en venir aux mains, ce qui lui inspira cette réflexion : « À Da Ya, la ferveur littéraire comme la martiale se portent bien. »

Cette observation lui donna aussi l'idée d'une nouvelle affaire rentable.

Ce soir-là.

« Un guide de l'univers ? » Wu Lichun savoura l'expression et lut l'explication de Shi Qian'gai avec une curiosité croissante. « Rien que les personnages, leurs familles, les cartes, les races, la construction du monde… Cela peut vraiment remplir un livre entier ? »

Elle trouvait l'idée de Shi Qian'gai intrigante, mais ne pouvait s'empêcher d'être sceptique. Les lecteurs suivraient-ils vraiment ?

Traduit par Dao Qing Trad — soutenez leur travail en les suivant.

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