observa la foule animée du banquet. Tout le monde était vêtu de manière très formelle, contrairement à lui qui faisait figure de parvenu : son argent était là, mais son comportement n’avait pas encore rattrapé le coup.
D’une manière ou d’une autre, même lorsqu’ils le flattaiend, ils le faisaient avec tant de grâce que cela devenait chaleureux et agréable. Cela ne ressemblait en rien à de la flatterie, plutôt à une tentative de se lier d’amitié. Si l’incrément de Sympathie ne s’était pas avéré nul, aurait pu y croire.
Pour ce qui est des gens qui viendraient poser des questions ou le provoquer, il n’y en avait aucun. Chacun savait se montrer perspicace. Ils savaient tous pratiquement que possédait une Chance Azur Innée, et que ce banquet était organisé par le Prince Héritier spécialement en son honneur. Si quelqu’un cherchait la peine, il ne se contentait pas de gifler : il giflait directement le Prince Héritier.
Certains avaient bien les qualificatifs pour le remettre en question, mais c’étaient des personnages aux hautes fonctions. Pourquoi iraient-ils offenser gratuitement le Prince Héritier ? Il était l’héritier présomptif, le futur Empereur Xi. S’il les froissait maintenant, que risquaient-ils s’il leur rendait la vie impossible plus tard ? De plus, finirait immanquablement par devenir l’homme de main du Prince Héritier. Chercher querelle maintenant reviendrait à payer la facture ensuite.
« Très bien, prenez place, tout le monde », ordonna le Prince Héritier qui fut le dernier à faire son entrée. À son arrivée, il arbordait déjà l’allure d’un gentilhomme raffiné et modeste.
Tous remercièrent à l’unisson avant de s’asseoir. Des femmes du Ministère de la Musique entrèrent pour danser, tandis que les musiciens commençaient à jouer. La salle s’emplit alors d’une atmosphère harmonieuse et joyeuse.
Quand on occupe une haute fonction, tout naturellement, l’entourage devient bon enfant.
n’y prêtait guère attention. Il se concentra plutôt sur sa propre nourriture. Ni la danse ni la musique ne retinrent son intérêt.
Les femmes représentaient peu de valeur à ses yeux, et la musique n’était qu’une combinaison de sons, ce qui manquait encore moins de valeur pour .
Le Prince Héritier, toutefois, sembla remarquer la situation de et resta quelque peu perplexe. « Les chants et les danses ne vous intéressent pas, monsieur ? »
« Je suis un simple campagnard. Qu’est-ce que je pourrais bien savoir à ce sujet ? » répondit . Pour l’essentiel, il se désintéressait simplement du spectacle.
Ses propos fit rire l’assistance. Nul ne se sentit visé ; au contraire, ils jugèrent qu’il faisait preuve de franchise.
Si c’avait été un protagoniste au sourire narquois, quelqu’un serait probablement intervenu aussitôt pour le railler et tenter de le gifler. Mais dégageait un air ouvert. C’est pourquoi tous se contentèrent de proférer des éloges.
« M. Chen est véritablement un homme de caractère, un vrai gentilhomme. »
« C’est exact. Avec n’importe qui d’autre, qui pourrait faire preuve d’autant de franchise ? Il porte dignement le titre de gentilhomme. »
« Votre magnanimité me laisse admiratif et honteux de n’en pas être digne ! »
« … »
Ces louanges réjouirent grandement le Prince Héritier. Son objectif principal était de créer un effet d’entraînement ; le banquet en lui-même passait au second plan. Les réactions des invités firent comprendre au Prince Héritier que cette soirée valait largement le déplacement : sa portée politique était fort élevée.
« Je n’ose accepter de tels éloges, je n’ose vraiment pas. Vous m’accablez de compliments. » savait qu’à pareil moment, il convenait naturellement de se montrer modeste. Après tout, il portait toujours un déguisement. S’il agissait contre son personnage, la situation deviendrait vite gênante.
Après ce petit incident, le Prince Héritier n’insista plus sur le fait que n’observât pas la représentation. Si l’autre n’y prenait aucun plaisir, que pouvait-il bien y faire ? Néanmoins, il ne pouvait non plus interrompre le spectacle : il fallait le laisser jusqu’au bout.
Pour gagner à sa cause et le soumettre, le Prince Héritier avait employé toutes sortes de méthodes. On pouvait dire qu’il affichait une franche sincérité.
percevait également ce que l’autre imaginait. Malheureusement, la démarche du Prince Héritier n’était tout à fait bonne. S’il avait pu simplement nouer amitié avec lui et atteindre quatre étoiles, bien des choses seraient devenues plus simples.
Mais au sein de la famille impériale, où trouvait-on des amis ? Chacun y vivait en solitaire.
Devenir ami semblait ainsi presque impossible. Dans ce cas de figure, se contenta donc de suivre le jeu sans s’y impliquer.
Ce qu’il convoitait davantage, c’était la Chance Dorée reposant sur le Prince Héritier. Ne se laissez pas abuser par la façon dont ce dernier traitait : tout ceci visait uniquement à faire de lui un subordonné chargé de l’aider à étendre son influence.
En temps normal, aurait vraiment pu l’aider, par exemple en le portant sur le trône et en se débarrassant de l’Impératrice Céleste. Ainsi, toute la Chance Dorée se serait concentrée sur lui.
L’incarnation de la Chance Dorée était le pouvoir.
et Su Zhong constituaient des exceptions ; ils ne répondaient pas à la norme.
Bien que la fusion des deux mondes n’eût pas soulevé grand-témoin au sein de la Dynastie Daxi — ils ne s’en doutaient peut-être même pas —, le monde lui-même l’avait compris. C’est pourquoi il redistribua la Chance Dorée, fût-ce à petite échelle.
Concernant sa part de Chance Dorée, estimait ne détenir qu’environ 1 %, alors que le Prince Héritier en contrôlait 5 %, l’Impératrice Céleste tournait autour des 10 %, et les 84 % restants revenaient intégralement à l’Empereur Xi. Cette répartition de la Chance Dorée coïncidait aussi avec celle du pouvoir.
Malheureusement, n’avait pas obtenu le pouvoir correspondant. Au mieux, il n’était qu’une réserve.
Mais cela allait. Puisqu’il était déjà sur les lieux, jouer la montre en tant que remplaçant ne posait aucun problème : il comptait bel et bien reposer sur ses propres capacités pour passer titulaire.
À la cour actuelle, on racontait qu’il existait de nombreuses factions, mais en réalité, seules quatre forces majeures se dressaient : outre l’Empereur Xi, l’Impératrice Céleste et le Prince Héritier, la quatrième regroupait les hauts fonctionnaires civils et militaires. Bien que ce groupe servît habituellement de levier aux trois autres, dès qu’une affaire menaçait les intérêts de l’ensemble, ils sauraient nécessairement se liguer.
Le banquet se déroula sans accroc, mais l’esprit de n’en était nullement préoccupé. Il tournait en boucle sur la manière d’extraire cette Chance Dorée.
Au vu des données en sa possession, quelle que fût la méthode employée pour soutirer la Chance Dorée au Prince Héritier, cela impacterait la Chance Nationale de la Dynastie Daxi.
Mais envisagé sous un autre angle, si le Prince Héritier mourait, cela ne signifierait-il pas que la Chance Dorée qui pesait sur lui revientrait à l’Empereur Xi ? Jusqu’à la nomination d’un nouvel héritier, elle ne serait plus redistribuée.
Dès lors, s’il parvenait à l’intercepter pendant l’intervalle où la Chance Dorée se reportait sur le souverain, l’impact s’en trouverait amoindri.
Le principe relevait probablement de la différence entre un vol et un enlèvement. Le vol consiste à prendre et filer, tandis que l’enlèvement est bien pire : il engendre des hésitations par peur des représailles.
Mais si un prince héritier venait à mourir, cela causerait inévitablement des fluctuations dans la Chance Nationale. Il se demandait si le Dieu Démon intervenirait en cours de route.
Tant pis. S’il n’y avait pas d’autre issue, il suffirait de le maîtriser physiquement et de l’empêcher de bouger.
Il était rare que fasse preuve d’une grande inspiration. Néanmoins, cette méthode lui permettrait non seulement d’intercepter la Destinée et la Fortune, mais aussi d’en profiter pour changer de camp.
Compte tenu de sa popularité actuelle, l’Empereur Xi comme l’Impératrice Céleste ne manqueront certainement pas de lui tendre la main.
Simplement, de nom, il restait actuellement le vassal du Prince Héritier, ce qui empêchait les deux parties de venir le recruter ouvertement. Dans le cas contraire, on frapperait probablement à sa porte dès le lendemain.
D’abord, soutirer la Destinée et la Fortune du Prince Héritier, puis celle de l’Impératrice Céleste. C’était une femme de poigne. Si le Prince Héritier n’avait pas été aussi puissant et influent en personne, et qu’il eût montré quelque faiblesse, elle aurait éventuellement instauré une régence depuis l’ombre après son intronisation.
Actuellement, l’Impératrice Céleste ne pouvait intervenir directement dans les affaires de la cour. Bien qu’on affirmât que le couple gouvernait ensemble, son pouvoir réel ne représentait qu’un dixième. Certes, cela restait considérable, suffisant pour constituer la fraction de l’Impératrice Céleste.
À la mort du Prince Héritier, l’Impératrice Céleste et l’Empereur Xi éprouveraient indéniablement un mélange de joie et de chagrin. De la joie devant le vide politique, de la tristesse, naturellement, devant la perte de leur fils.
Quoique leur lutte pût être acharnée, il demeurait leur fils légitime. Pourtant, le pouvoir s’apparentait à une friandise : dès qu’on y goûtait, comment pouvais-y renoncer ?
Cette psychologie contradictoire en découlait. Mais il n’était pas leur unique rejeton. Le rang de Prince Héritier lui appartenait pour moitié grâce à ses compétences, et pour l’autre moitié car il était le fils aîné né de droit. C’est pourquoi il était devenu Prince Héritier sans encombre et s’était vu attribuer le pouvoir correspondant.
Mais si partout où il passait quelqu’un finissait par crever, cela ne paraissait pas très opportun, n’est-ce pas ?
réfléchit : après avoir assassiné le Prince Héritier et basculé auprès de l’Impératrice Céleste, si celle-ci venait à disparaître peu après, ne ruinerait-ce pas sa réputation à jamais ?
Il devait donc imaginer une solution plus élégante pour résoudre ce dilemme.
Peu lui importait la réputation, mais si les choses tournaient vraiment mal, tuer ensuite l’Empereur Xi ne risquait-il pas de créer quelques complications ?
Après tout, il devait s’appuyer sur sa propre identité pour prétendre légitimement à la Chance Dorée de l’Empereur Xi. Sans quoi, il subirait un contre-coup défavorable.
Il ne redoutait pas les contre-coups, mais craignait surtout que la Chance Dorée ne se dissipât.
Il avait déjà pressenti qu’au-dessus de la Chance Dorée subsistaient encore la Destinée et la Fortune. Après avoir récupéré 100 % de Chance Dorée, s’il parvenait ensuite à capturer le fil de Chance Dorée détenue par Su Zhong, cela ne déclencherait-il pas un changement qualitatif ?
Dans tout ce monde, seule la Dynastie Daxi bénéficiait de la Chance Dorée. Les autres petits royaumes n’atteignaient tout au plus que la Chance Azur, leurs empereurs inclus. Cela poussa à soupçonner que la Dynastie Daxi constituait l’enfant gâté du monde. Autrement, pourquoi auraient-ils accumulé ici tous les trésors ?
« Monsieur, quelque chose vous préoccupe ? Pourquoi gardiez-vous le silence ? » Le Prince Héritier avait également remarqué sa retenue ; l’ambiance du banquet semblait clairement le déranger.
acquiesça. « Je n’ai encore jamais assisté à un tel spectacle. J’ai eu un instant de distraction. »
En règle générale, lorsque le Prince Héritier venait le courtiser, cela se faisait à moindre échelle. Il saisit cette occasion pour le congédier poliment. Il ne pouvait quand même pas avouer : « Je cherche actuellement une méthode pour vous éliminer sans encourir de reproches ». n’était pas assez sot pour tout lâcher sans filet. Là encore, il évoluait sous couvert d’identité masquée.
Il ne pouvait plus se comporter avec la légèreté habituelle. Lorsqu’il travaillait, il devait rester professionnel. Une fois le déguisement enfilé, il lui était interdit de briser le rôle – à moins d’épuiser les ressources nécessaires pour maintenir le mensonge.
À ces mots, le Prince Héritier rit. Il pensait que s’était adapté durant ces derniers jours, mais il semblait qu’il conservât toujours son ancienne vision des choses. Cette mentalité présentait des lacunes ; il fallait la corriger.
Il se prit donc à réfléchir : peut-être devrait-il l’emmener davantage dehors pour qu’il découvre le monde ? Ainsi, il évitait les gênes futures.
Un maladroit présent n’offrait pas grand danger, mais une erreur ultérieure sur une affaire cruciale relèverait du cataclysme. C’est ainsi que germa l’idée d’amorcer le plus tôt possible un véritable travail d’adaptation.
Trois générations sont nécessaires pour véritablement saisir l’art de vivre. Cette formule n’était pas vide de sens. À ses yeux, constituait une pépite prometteuse, vouée à réussir. Elle devait simplement mûrir, mais cette maturation exigeait du temps et du soutien. Et lui était disposé à l’y aider, afin de forger un fidèle à toute épreuve.
Selon sa propre perception et ses analyses, les résultats étaient satisfaisants. Il considérait déjà comme faisant partie de sa clientèle.
La formation ultérieure, et consorts, devait naturellement suivre le rythme : pas seulement l’état d’esprit, mais aussi l’étiquette, les savoirs, les titres honorifiques, etc. Toutes ces bases étaient essentielles ; il valait mieux ne fournir aucune prise à la critique.
Pour l’instant, chacun le flattait effectivement, mais une fois intégré à la cour, le tableau pourrait bien changer. La Chance Azur ne représentait que le minimum syndical pour les hauts dignitaires. Innée, elle restait rare, mais nombre d’individus y accédaient progressivement.
Par conséquent, aux yeux du Prince Héritier, ressemblait à une pierre brute nécessitant un poli minutieux avant de servir de bras droit. Sinon, même avec la Chance Azur pour le propulser, la montée en puissance serait trop lente. Il ne pouvait patienter indéfiniment.
Autrement, pourquoi aurait-il mis autant de moyens en œuvre envers ? Il s’agissait bel et bien de renforcer sa propre puissance.
La fête s’étira jusque tard et s’acheva brusquement. La salle, jadis vibrante, tomba soudain dans un silence désert. Rien de tout cela, toutefois, ne regardait particulièrement .