Je fonce à travers les paysages comme une flèche.
En sautant de bâtiment en bâtiment à une vitesse fulgurante, je laisse derrière moi la ville dévastée et les immenses Marimos qui flottent dans le ciel.
« OUAAAAAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII!! »
C'est littéralement incroyable.
La puissance qui anime mes jambes est telle que chaque bond me porte sur plus de cent mètres.
Voici donc ce que signifie posséder la carrure d'un Haut-Orc.
L’« Imitation de l’ombre » ne se limite pas au simple mimétisme de l’apparence d’un ennemi vaincu.
Elle reproduit également le « statut » du monstre abattu.
Je consulte mon état.
Kudou Kazuto
Type nouveau niv. 5
PV : 2200 (712) / 2200 (712)
PM : 130 (320) / 130 (320)
Force : 902 (379)
Endurance : 680 (390)
Agilité : 790 (803)
Dextérité : 230 (775)
Magie : 110 (185)
Résistance magique : 80 (185)
C’est ainsi que s’affiche mon statut actuel.
Les chiffres entre parenthèses correspondent à ma valeur de base, tandis que ceux à l’extérieur reflètent les effets actuels.
(…Des valeurs tout simplement délirantes…)
Même si cela reste inférieur au niveau de Sora, mes « PV », « Force » et « Endurance » sont bien supérieurs aux spécifications acquises lors de mon évolution en « Newtype ».
Ma « Agilité » a été améliorée davantage que les autres paramètres, mais elle reste globalement identique à celle de Rufen.
Si son statut ne chutait pas drastiquement à chaque fois qu’il était trempé, Rufen aurait sans doute été classé parmi les monstres les plus puissants.
Se sentir capable de manier une telle force est une sensation extraordinaire.
(Mais cet état de grâce ne durera pas…)
L’« Imitation de l’ombre » est une compétence redoutable, mais elle présente aussi ses limites.
Mon statut a bondi de façon spectaculaire, mais il est soumis à une durée de vie limitée.
L’« Imitation de l’ombre » ne peut tenir que pendant environ quinze minutes.
Une fois cette période écoulée, un temps de recharge de cinq minutes s’imposera avant de pouvoir réutiliser la compétence.
« —Cela amplement largement de quoi faire, cependant. »
Avec autant de temps, je devrais parvenir à régler définitivement les comptes avec Pivoine.
La vraie interrogation demeure : mon corps tiendra-t-il le coup jusque-là ?
Le statut dont je dispose actuellement n’est qu’un emprunt via l’« Imitation de l’ombre ».
Autrement dit, mon niveau est artificiellement gonflé de force.
Ce qui signifie que…
« —Mon corps crie déjà famine…»
Mes muscles hurlent sous la douleur.
C’est exactement comme cette fois où j’avais contraint mon organisme à bouger grâce aux ombres.
Avoir augmenté mon statut ne garantit pas que mon enveloppe charnelle puisse encaisser un tel afflux soudain de puissance.
Pour commencer, ce n’est pas ainsi que l’« Imitation de l’ombre » était censée servir.
Cette compétence ne révèle son véritable potentiel que lorsqu’elle est mobilisée pour l’embuscade ou la ruse.
Elle permet à son utilisateur de copier l’apparence d’un adversaire vaincu. Dit autrement, je ne suis supposé imiter que des « ennemis moins forts ».
Je ne dois absolument pas prendre l’apparence de quelqu’un dont le statut me dépasse largement, et pourtant c’est précisément ce que je fais.
« —Une force disproportionnée finit par ronger la chair. »
Le prix à payer pour emprunter cette puissance est loin d’être négligeable, mais je dois le supporter.
Si j’abandonne maintenant, je gaspillerais tous les efforts de Sora et du reste du groupe.
« Kyu ! »
Une lueur ténue vient envelopper mon corps.
Cela provient du « Soutien magique – Renforcement » de Kiki.
J’ai presque l’impression que mon organisme soulage partiellement sa charge.
« Merci, Kiki. »
« Kyu ! Kyu— ! »
« De rien ! »
Kiki répond depuis son poste accroché à mon cou.
Fixée à ma personne via l’« Ombre », il est tout de même impressionnant de voir qu’elle tient bon.
« GIGIGI !! »
« GIGI GIGI GIGI ! »
Deux énormes Marimos bloquent notre route.
« —Dégagez. »
J’active ma Boîte à objets et écrase ces deux misérables sous des tétrapodes.
(J’en ai déjà vaincu pas mal, mais mon niveau n’a pas bougé d’un iota…)
Ces types ne lâchent donc pas d’« expérience »… ?
Je comptais monter de niveau en les massacrant par dizaines, comme je l’ai fait avec les fourmis, mais ça ne semble pas fonctionner.
« GIGI ! »
« GI ! »
« GIGIGI, GIGI ! »
Hein ? Quoi ?
Les gigantesques Marimos se regroupent à un endroit précis.
Alors que je me demande quelle manœuvre ils préparent, ils commencent à se dévorer les uns les autres.
« …Du cannibalisme ? »
Non, ce n’est pas ça. Ici, c’est…
Les géants se sont amalgamés durant le processus.
Ils ont littéralement fusionné en un seul être.
Le résultat final forme une sphère immense, large d’une dizaine de mètres.
« GIGYAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !! »
Le Marimo ultragéant pousse son cri du monde dès sa naissance.
Il écarte ensuite ses innombrables bouches et tend ses langues vers l’avant.
Je comprends. Ayant compris que la quantité ne suffirait pas à nous submerger, ils ont choisi de miser sur la qualité.
Cela étant dit,
« —c’était une erreur. »
Je fais apparaître une vague de tétrapodes autour de moi.
Avec mon statut décuplé, je peux justement réaliser ce genre de prouesse.
« —Lancez-les ! »
J’empoigne les blocs qui font surface et les projette les uns après les autres.
Projeter des masses colossales sans interruption.
Une technique dévastatrice qui exploite à fond la force brute du Haut-Orc.
Grâce à la vitesse supplémentaire, leur puissance de destruction est nettement supérieure à celle d’un simple déploiement classique depuis la Boîte à objets.
« GIGAA ! »
« GIII— !! »
« FOU—OOOUD ! »
Ils auraient eu plus de chances s’ils m’avaient attaqué individuellement plutôt que de fusionner.
S’ils avaient adopté la tactique que j’utilise contre le Haut-Orc, en me criblant de poisons jusqu’à me rendre incapable d’esquiver, j’aurais été dans une posture critique.
Heureusement pour moi, mes adversaires ne brillent pas par leur intelligence.
Après avoir décimé un grand nombre de Marimos géants en une seule volée, je me remets en course.
Le corps de Pivoine se profile juste au prochain virage.
(…Étrange.)
Le silence est absolu.
Les racines et lianes de Pivoine ne tentent plus de me percuter depuis un moment.
La distance qui nous sépare se réduit inexorablement, alimentant mon anxiété.
Et voilà que nous sommes arrivés.
Je me retrouve face à la base de Pivoine, qui sert aussi de quartier général à l’ennemi.
« À vrai dire, en y repensant, c’est vertigineusement massif…»
Observée de près, je mesure à quel point ce monstre est colossal.
Nous avons parcouru tout ce chemin jusqu’ici. Pourquoi ne manifeste-t-elle aucun signe de vie ?
Je concentre toute mon attention et m’approche de la partie creuse formée par les racines de Pivoine.
« …C’est là, sans doute. »
Au cœur de cette cavité centrale trône ce qui semble être son noyau vital.
Celui de Titan ressemblait à un bloc rocheux dense, tandis que celui de Pivoine ressemble davantage à un ovule d’un mètre de diamètre.
Comparé à son masse titanesque, ce noyau paraît insignifiant.
« …Hmm ? »
Pourtant, ce qui retient mon regard, c’est cette « chose » perchée au sommet du noyau.
Pour faire simple, il s’agit d’un pantin de bois.
Dépourvu de visage, ses articulations sont reliées par des billes, à l’image d’un mannequin d’atelier.
Et voila ce spectacle grimper sur le noyau de Pivoine.
« — »
Le pantin me détecte et se dresse instantanément.
L’aura oppressante qui s’en dégage n’a rien à voir avec celle des Marimos géants.
La moitié inférieure de sa tête s’ouvre comme une gueule béante.
« —Faim…»
Le pantin bondit, faisant son apparition directement devant moi en un clin d’œil.
« —!? »
« Tu as l’air délicieux. »
Un morceau considérable de mon bras droit s’arrache net.
Glon glou. Le pantin mime un geste de mastication, et il faut quelques secondes pour que je réalise qu’il vient de me mâcher la bouche.
« Ce petit—!? »
Je recule précipitamment.
Celui-ci est dangereux. Bien plus que les Marimos.
« Délicieux…DÉLICIEUX ! INCROYABLE, INCROYABLE, INCROYABLE, INCROYABLE, INCROYABLE ! »
Un frisson glacé me traverse l’épine dorsale en voyant le pantin perdre totalement ses moyens et se mettre à danser comme s’il venait de découvrir la friandise ultime.
La scène est tant sinistre qu’accablante ; j’ai l’impression de me trouver face à une version réduite de Pivoine.
« Quel type de compétence est-ce…? »
D’abord les Marimos géants, et maintenant ce pantin de bois.
Combien de capacités possède vraiment Pivoine ?
Le seul point positif, c’est que mes compétences et mon instinct me soufflent qu’il s’agit du dernier rempart de Pivoine.
« …Très bien. »
Ma tâche n’a pas changé.
Il me suffit de venir à bout de ce pantin puis d’écraser le noyau de Pivoine.
Rien de plus.
« KYAHA ! »
Le pantin reprend l’assaut.
Il est rapide. Trop rapide.
Mon regard n’arrive pas à suivre sa cadence.
….Et alors ?
Concentration.
Si je ne peux pas le voir, je dois « prédire » ses déplacements.
Aucune faille ne sera permise.
« Là ! »
« AKYA !! »
J’esquive au moment où le pantin se jette sur moi.
Je riposte aussitôt d’un coup de poing direct.
« Gu… »
Quelle densité.
Je lui ai asséné la force brute d’un Haut-Orc, mais il reste incroyablement solide.
C’est comme si j’avais broyé un roc.
Le pantin s’abat au sol avec une telle violence qu’il rebondit plusieurs fois sur ses propres fragments.
Pourtant, il se relève immédiatement.
Mes coups ne seraient-ils pas inefficaces ?
Attendez, oublions cela…
« Mugumugu…»
« Ah…? »
Le pantin remastiquait déjà quelque chose.
Je jette un œil à ma main, stupéfait, et réalise que l’extrémité en a disparu.
Vous ne rigolez quand même pas ?
J’étais pourtant persuadé d’avoir porté un contre parfait.
Je m’éloigne du pantin et « régénère » les tissus absorbés.
Heureusement, les deux morceaux faisaient partie intégrante de mon « Ombre ».
Ainsi, ni douleur ni sang ne maculent le sol.
Néanmoins, voir son « Ombre » consommée par autrui constitue clairement une anomalie, et cela commence à m’inquiéter.
« AHYA ! »
Le pantin bondit de nouveau vers moi.
« —« Ombre absolue » ! »
L’« Ombre » sous mes pieds s’allonge et immobilise le pantin.
Mais une seconde plus tard, le pantin déchire la corde tissée avec mon Ombre.
« Agu…mugumugu. »
Il s’en donne à cœur joie pour consommer ma propre « Ombre ».
« …Plus…»
Le pantin esquisse un sourire, et sa gueule s’étire en un croissant effrayant.
« JE VEUX MANGER PLUS !! »
« …! Écarte-toi, monstruosité ! »
« Kyu— ! »
Je prends de la hauteur et une lueur ténue provenant de Kiki vient à nouveau m’envelopper.
Le pantin cherche à me saisir une nouvelle fois, mais le système déclenche aussitôt la « Réflexion ».
Bachin~ !
Son torse se cambre en arrière.
« —Ang ? »
Une occasion unique se présente.
J’enfiche rapidement mon pieu hydraulique sur ma main droite, le stabilise avec mon « Ombre » et l’enfonce.
Le recul est violent, mais ma carrure de Haut-Orc me permet de l’encaisser intact.
« Encore ! »
Je poursuis le pantin propulsé vers l’arrière.
Depuis ma Boîte à objets, je matérialise un mur derrière lui, l’immobilisant net et refermant l’écart en un souffle.
« Pieu hydraulique ! »
« AGAAA… ! »
Le pantin subit un nouvel impact brutal.
Même malgré cela, il ne tombe pas.
« Dans ce cas, je continuerai jusqu’à te briser entièrement ! »
Pas encore. Je dois résister un peu plus longtemps.
« Pieu hydraulique ! »
Une nouvelle fois, j’expédie le pieu dans le bas-ventre du pantin.
Sous un bruit sourd, une fissure apparaît sur son enveloppe.
« Pieu hydraulique ! »
Cette fois, la faille se propage sur l’ensemble de sa silhouette.
« PIEU HYDRAULIQUE !! »
Finalement, après cinq coups consécutifs, le pantin vole en éclats.
« Huu…huuu…»
Au final, de quoi s’agissait-il vraiment, ce machin…?
Peu importe, j’y réfléchirai plus tard.
Pour l’instant, je dois me concentrer sur l’écrasement du noyau de Pivoine.
Je reporte mon attention sur le noyau en pensant cela…
« AHA ! »
…seulement pour découvrir un second pantin en train de grimper là-bas.
« …C’est une plaisanterie ? »
Il y en a plus d’un exemplaire ?
Signifie-t-il que Pivoine peut générer autant de pantins qu’elle le désire ?
(Non, impossible…)
Si je ne me trompe pas, j’ai senti une vague d’énergie retourner vers le noyau de Pivoine dès l’instant où j’ai vaincu le premier pantin.
Ce qui signifie qu’il renaîtra indéfiniment tant que je n’anéantis pas le noyau central.
Quel client embêtant.
« AHA ! »
Le nouveau venu rit et se jette sur moi.
« Tch— ! »
Ça va mal tourner.
Il ne faut plus traîner.
Il est temps de changer de stratégie.
J’active une certaine technique ninjutsu.
« —« L’Art du clonage » ! »
Contrairement à « L’Art de la transformation », l’« Imitation de l’ombre » me permet d’activer d’autres ninjutsu.
Cela implique une consommation accélérée de mes PM, mais je m’en moque éperdument en ce moment.
« Viens, pantin de bois ! »
« KYAHAA ! »
Le pantin ignore mes clons et fonde sur moi.
C’est ça. Tiens bon.
Mes clons iront écraser le noyau de Pivoine pendant que je m’occupe de ce pantin.
Ça mettra fin à tout ça.
« MAM-MANGE— !! »
Je range brièvement le pieu hydraulique dans la Boîte à objets pour le sortir et l’incruster sur un de mes clons.
Gloups !
« Guh…»
Pendant ce temps, le pantin mord violemment mon bras.
« —Pieu hydraulique ! »
Les clons se sacrificialisent et fracassent le noyau de Pivoine avec le pieu hydraulique.
Biki !
Une fissure fend le noyau.
(Pas suffisant…un seul tir ne suffira pas !)
Comme le pantin, le noyau paraît incroyablement résistant.
Tous mes clons s’évaporent sous la contre-violence du pieu hydraulique.
Le noyau ne cédera pas avant un deuxième coup, mais mes mains sont prises et appeler une nouvelle vague de clons prendrait…
« Ouaf ! »
C’est alors que Momo jaillit de l’« Ombre ».
« Momo!? »
« Ouaf ! »
Momo hoche la tête et fonce vers le noyau de Pivoine.
Elle entend briser le noyau à ma place, en remplacement de mes clons.
Haha, tu es réellement la meilleure compagne possible.
« Très bien, Momo ! On le fait ensemble, en même temps ! »
« Ouaf ! »
« Laisse-moi faire, aboie Momo de toutes ses forces. »
Merci, Momo !
Je range le pieu hydraulique dans la Boîte à objets puis le retire immédiatement pour le réattacher à mon bras droit.
Ensuite, j’enfonce le pieu hydraulique dans le pantin qui déchiquette mon bras gauche.
« Pieu hydraulique ! »
« AGA..! »
Ce n’est pas uniquement le pantin qui prend des dégâts.
Une partie de l’« Ombre » qui m’enveloppe est emportée, suivie d’un lambeau de ma propre peau.
Mon bras gauche s’est transformé en bouillie informe, au point que la viande et les os surgissent à nu.
Une douleur atroce m’assaille.
Mais alors, après ?
Supporte la douleur ! Ne t’écroule pas ! Concentre-toi ! Combats !
« PIEU HYDRAULIQUE ! »
« AGYAAA— !! »
Même sous les coups de semonce du pieu hydraulique, le pantin ne renonce pas à sa bouchée.
Quel appétit terrifiant.
Une doublure de Pivoine. Il n’existe pas meilleur terme pour la décrire.
Je comprends enfin pourquoi Pivoine a mobilisé cette capacité.
Malgré sa situation critique, Pivoine veut continuer à manger.
Son corps est en lambeaux, sa régénération est saturée, son noyau est exposé et la majorité des Marimos géants sont vaincus.
Sans se laisser abattre par tout cela, Pivoine a engendré cette petite duplication corporelle pour assouvir autant que possible ses instincts de voracité.
Pivoine a hurlé qu’elle refuse de mourir, et pourtant elle a choisi de se battre pour satisfaire son appétit.
Tout cela a largement dépassé le stade du raisonnable. C’est carrément navrant.
Pourquoi ? Pourquoi pousserait-elle les choses à ce point-là——
« Envie de manger…… »
Une voix résonne brusquement dans mon crâne.
« Envie de manger…Non…Plus de meurtre…Nourriture…Non…Ne pas vouloir mourir…Tuer…»
Sont-ce… les pensées de Pivoine ?
Les pensées de Pivoine remontent-elles vers moi encore une fois ? Comme cette fois où j’ai lancé « Pistage » ?
Il y a quelque chose de différent, pourtant.
Je sens autre chose que cette envie viscérale de « manger ».
« Plus de meurtre…Plus de nourriture…Aller mourir…Non…»
« Manger. Manger. Manger. Tout…Nourriture…priorité…Nourriture….NOURRITURE ! »
Même si elles semblent émaner de la même source, j’entends deux contradictions résonner en moi.
L’une correspond aux pensées « troubles » que j’ai souvent récupérées chez Pivoine.
Quant à l’autre…seraient-ce les souvenirs de la Pivoine originelle ? Ses pensées d’avant que l’« appétit » ne la submerge ?
(……)
J’entends le déclic d’un lien qui s’installe, et des images commencent à déferler dans mon esprit.
« Sont-ce… des souvenirs ? »
Il existait jadis une forêt située dans un autre monde.
Au centre de cette étendue arborée se dressait un immense arbre, produisant des fruits et répandant sa bénédiction sur les créatures qui l’habitaient.
(……)
Cet arbre majestueux trouvait le bonheur dans sa destinée.
Il gratifiait la jungle de ses dons et se réjouissait de voir l’écosystème prospérer.
Le tronc continua de s’élever et, sans qu’il s’en rende compte, il fut vénéré comme un arbre sacré par les habitants du bois.
« Serait-ce… les souvenirs de Pivoine…? »
Pourtant, un jour, quelque chose arriva à cette forêt.
Affamés de ressources, des humains envahirent le territoire.
L’arbre fut remarqué par les envahisseurs précisément parce qu’il répandait sa bénédiction sur le lieu.
Aux yeux de ces derniers, les fruits, les branches, les feuilles et la sève de l’arbre sacré constituaient des matériaux de premier ordre.
La jungle fut rasée jusqu’à la dernière touffe d’herbe, ses occupants massacrés, et la végétation frôla l’extinction totale.
C’est à ce moment-là que l’Arbre divin se mit en colère et extermina tous les intrus.
Lorsque la guerre prit fin, il réalisa qu’il ne restait plus rien.
Accablé par le chagrin, il engloutit tout ce qui l’entourait, acquérant une puissance colossale au passage, tout en crachant des malédictions sur ce monde impitoyable.
Il avait dérobé la compétence interdite nommée « Gloutonnerie ».
« Je vois. Donc tu étais…»
La capacité d’abattre tout et d’engloutir n’importe quoi.
L’Arbre divin embrassa son nouveau pouvoir et se fit dévorer par lui.
Rien n’avait plus d’importance.
L’endroit qu’il tenait cher avait été consumé par les flammes, et ceux qu’il souhaitait protéger furent assassinés.
Que cela soit fait.
Au lieu de répandre ses bienfaits, il décida de tout leur ravir.
Il allait engloutir tout ce qui se présenterait sur son tracé, livrant son existence à un appétit insatiable jusqu’à ce que son corps finisse par craquer——
(—Aide…)
…Comptais-tu espérer qu’on t’arrête ?
(—Aide…Finis ça…)
(Nourriture…Tout manger…To—Non…Non, Non, NON !!)
Espérais-tu qu’on mette un terme à ton appétit insatiable ? À ta faim dévorante ?
((Plus assez…s’il te plaît, mets un terme à tout ça…))
Klac !
Le lien qui nous unissait se rompt alors.
« —AHA ! AHYAHYAHYAHYAHYA !! »
« … »
Le pantin planté devant moi rit nerveusement.
Sa salive lui ruisselle, il bondit vers moi avec l’intention bien arrêtée de planter ses dents dans ma peau.
Est-ce mon imagination, ou le pantin pleure-t-il réellement ?
Y repensant, les agissements de Pivoine n’ont jamais été cohérents depuis le départ.
Alternant entre l’envie de manger et celle de refuser, celle de vivre et celle de disparaître.
Ses pensées s’entrechoquent continuellement.
La personnalité première de Pivoine pourrait revenir à cause des dégâts subis et du sentiment d’être acculée.
Son esprit semble être en état de chaos à cause de cela.
« Si c’est ce que tu désires…»
Je mettrai fin à tout ça.
Fin à ta faim, à ta souffrance, à ta rage et à ta tristesse.
J’inspire un grand coup, vise ma cible et concentre toutes mes forces dans mon bras.
« PIEU HYDRAULIQUEEE !! »
Le troisième assaut du pieu hydraulique transperce le ventre du pantin.
Presque simultanément…
« WAOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !! »
Momo frappe le noyau de Pivoine avec son « Rugissement » et son « Ombre ».
Parmi des craquements secs, le noyau et le pantin volent en éclats.
Immédiatement après—
« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !!!! »
Pivoine pousse son ultime rugissement funèbre.
Son tronc se brise et s’écroule, signe manifeste de sa chute, provoquant des secousses terribles qui pulvérisent les constructions alentour.
« Huuu…huu…»
Est-ce enfin terminé ?
Vraiment ?
L’« Imitation de l’ombre » s’anule de force, probablement parce que mon corps ne supporte plus la charge.
Non, je ne dois pas m’effondrer tout de suite.
Je ne dois pas perdre connaissance.
« Ouaf ! Ouaf ! »
Momo revient en courant et me soutient grâce à son « Ombre ».
« Merci, Momo. »
En vacillant d’un bord à l’autre, j’examine attentivement l’emplacement où reposait autrefois le noyau de Pivoine.
Une pierre magique énorme, longue d’environ un mètre, roule çà et là sur le sol.
Incroyable. Je n’en avais jamais vu d’aussi grande.
Il y a également une petite graine à ses côtés.
Qu’est-ce que c’est ?
Pour l’instant, je les range tous les deux dans ma Boîte à objets.
Une voix commence alors à résonner dans mon esprit.
[Acquisition de points d'expérience.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 5 au niveau 6.]
[Acquisition de points d'expérience.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 6 au niveau 7.]
[Acquisition de points d'expérience.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 6 au niveau 8.]
[Acquisition de points d'expérience.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 8 au niveau 9.]
[Acquisition de points d'expérience.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 9 au niveau 10.]
[Le niveau de Kudou Kazuto a atteint un seuil requis.]
[En tant que « Newtype », de nouvelles portes vont s’ouvrir.]
[Création de compétences.]
[Connexion… Connexion… Succès.]
[Une nouvelle compétence sera générée parallèlement à celle mise en attente.]
[Modifications détectées dans ■■■■. Fusion de compétences.]
[Connexion… Connexion… Succès.]
[La compétence « Hymne héroïque » a été créée.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 10 au niveau 11.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 11 au niveau 12.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 12 au niveau 13.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 13 au niveau 14.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 14 au niveau 15.]
[L'expérience a atteint le seuil requis.]
[Kudou Kazuto est passé du niveau 15 au niveau 16.]
[Première subjugation confirmée du monstre nommé, « Pivoine ».]
[Analyse des contributions des participants… Sélection du MVP.]
[Kudou Kazuto est officiellement certifié MVP.]
[Un bonus de subjugation va être octroyé.]
[Le verrou sur « Droit de questionner » a été levé.]
Les annonces me confirment qu’enfin, notre combat touche à sa fin.