Une fleur d'un rouge éclatant avait fleuri sur « l'arbre ».
Les deux femmes observaient la fleur avec un vif intérêt.
« Waouh, quelle belle fleur…. Hein ? Il n'y avait pas de fleur comme celle-là hier, si ? »
« Oui. Et puis, bien qu'elle paraisse petite comparée à la taille massive de l'arbre, la fleur n'est pas petite non plus. Elle est comparable à des pivoines… non, elle est plus grande qu'elles. C'est presque — — »
— — presque aussi grosse qu'une tête humaine…
Shimizu ressentit un frisson pour une raison quelconque lorsqu'elle en arriva à cette idée.
Elle se tourna et regarda autour d'elle.
« Chef Shimizu ? »
« Rien… Euh, je me disais que c'est à peu près la taille d'une boule de bowling. »
« Ah, c'est peut-être vrai. »
« … »
(Qu'était-ce que ce frisson tout à l'heure ?)
Elle ne comprenait pas pourquoi, mais elle sentit la chair de poule lui monter lorsqu'elle posa à nouveau les yeux sur la fleur.
« O-on devrait rentrer. On ne peut pas se permettre de perdre du temps ici. Dépêchez-vous. »
« O-oui. Tout le monde, on retourne à l'Hôtel de ville ! »
Shimizu les pressa de partir au plus vite.
Pour des raisons inconnues, elle ne voulait pas rester plus longtemps.
Au moment où elles tournaient le dos à la fleur, non, à « l'arbre » — —
« Eh… ? »
« Hmm ? »
Elles inclinèrent la tête simultanément.
De quoi parlaient-elles encore ?
Elles ne le savaient pas, et ne semblaient pas pouvoir s'en souvenir.
— — Puisqu'elles ne pouvaient pas s'en souvenir, elles supposèrent que ce n'était pas grave.
Ainsi, elles quittèrent l'endroit où elles se trouvaient.
*****
« — — Ces « arbres » sont classés comme des monstres. »
Je réunis Ichinose-san, Nishino-kun et Rikka-chan après avoir fini mes recherches.
Ichinose-san et Rikka-chan ont chacune une serviette autour du cou, probablement parce qu'elles viennent de prendre un bain.
Des verres de lait les attendent sur la table.
« Des monstres… ? »
Ichinose-san demande en buvant son lait.
« Oui, et c'est une espèce vicieuse. »
« Le Droit de Questionner » m'a dit que les « arbres » étaient des monstres.
Il m'a aussi détaillé les diverses compétences et caractéristiques de ces « arbres ».
« Les « arbres » attaquent sélectivement les gens sans compétences… »
En battant des monstres, on peut monter de niveau et gagner des compétences qui nous aideront à vaincre des ennemis plus forts.
Cependant, les « arbres » ont tendance à n'attaquer que des gens normaux.
« En d'autres termes, ils ciblent des civils ordinaires… »
Nishino répète ce que j'ai dit, la main sur le menton.
Après un instant de pause, il dit : « Les « arbres » sont partout en ville, non ? Beaucoup ont transpercé des parties de bâtiments et de voitures. Ça veut dire que les citoyens qui ont disparu… »
« Oui, on peut dire qu'ils ont été transformés en « nutriments » pour les « arbres ». »
Ceux qui ont décidé de se cacher chez eux, ceux qui étaient handicapés, et ceux qui étaient à l'hôpital.
Les gens qui ont choisi de ne pas se battre ou qui n'étaient pas en état de se battre ont été éliminés en silence par les « arbres ».
— — La population est trop faible.
Nishino-kun a émis une telle suspicion.
C'en est la raison.
Les résidents ont été pris au dépourvu par les « arbres » et absorbés par eux.
Rikka-chan bondit de sa chaise.
« Attendez. Alors pourquoi on ne s'en serait pas rendu compte ? Si un truc aussi bizarre se passe, comment on pourrait ne pas le remarquer ? S'ils attaquent vraiment les gens sans se faire repérer, ça veut dire qu'ils ont des compétences qui — — Ah… »
Rikka-chan a répondu à sa propre question.
Elle attend ma confirmation en suant à grosses gouttes.
Elle a vu juste.
C'est aussi pour ça que je les ai qualifiés de « vicieux ».
« Comme vient de le prédire Aisaka-san, l'aspect le plus agaçant de ces « arbres » c'est qu'ils possèdent des compétences qui ressemblent à de l'« Entrave cognitive ». Pas seulement ça, ils consomment l'« existence » des gens qu'ils absorbent. »
Voilà où réside la vraie terreur de ces « arbres ».
À cause de leurs compétences de type « Entrave cognitive », personne ne se rend compte que quelqu'un se fait attaquer.
À moins de prêter une attention soutenue aux arbres, on ne sera même pas conscient du fait qu'ils sont là.
C'est une mesure de défense parfaite qui les empêche d'être attaqués par des humains possédant des compétences.
Les « arbres » absorbent toute trace de l'existence de leurs victimes, y compris les souvenirs des autres à leur sujet.
C'est pour ça qu'on ne peut pas dire qui a disparu et quand.
« C'est la vérité derrière le malaise de Nishino-kun. »
« … Quelle vérité étonnante… »
« Tu mens… c'est quoi ce truc… »
Elles perçoivent avec justesse le niveau de menace des « arbres ».
Leurs visages sont amers, comme si on leur avait fait avaler des vers de terre.
La population ne correspond pas, pourtant personne ne s'en est jamais douté.
Voici la réponse au mystère.
Ces « arbres » ont des traits extrêmement rusés et malveillants.
Ce monde est vraiment foutu.
« J'ai peur… »
Buri buri.
Rikka-chan frissonne.
« Ça veut dire qu'on peut être « oubliées » nous aussi ? Natsun, Onii-san, Nisshi, … mes parents… »
« Les « arbres » ne tendent des embuscades qu'à ceux de niveau 1 ou moins, donc on n'est pas dans leur viseur. Pour les autres… je ne sais pas. »
« C'est… »
Nos parents, nos proches, nos amis ont peut-être déjà été dévorés par les « arbres » et oubliés s'ils n'ont pas monté leur niveau.
Les souvenirs qu'on a avec eux nous seraient aussi dérobés.
« Maléfique » est le seul mot pour les décrire.
« Je me souviens… Je me souviens encore de mon papa et de ma maman. Je me souviens encore de tout le monde en classe… »
« M-moi aussi… Je me souviens encore d'eux… »
« … ! »
Rikka-chan et Ichinose-san fouillent leurs souvenirs frénétiquement tout en tremblant.
De son côté, Nishino-kun réfléchit le visage crispé.
« Nishino-kun… ? »
« … Dans ce cas, il faut qu'on agisse le plus vite possible. »
« C'est ce que je pense. »
Maintenant qu'on a compris que les « arbres » sont des monstres, on ne peut pas les laisser tranquilles.
Il faut les éliminer tant qu'on le peut.
« Mais comment on est censés tuer ces gros « arbres » ? »
« « Le Droit de Questionner » m'a appris un moyen. »
« Le Droit de Questionner » a mentionné une méthode pour tuer les « arbres ».
C'est dérangeant comme il a fourni l'info facilement, mais on n'a pas le choix, faut essayer.
« Dès demain matin ? »
« … Non, on agit maintenant. »
Le soleil s'est couché et dehors c'est noir comme dans un four.
Néanmoins, avec les compétences « Vision nocturne » activées, on n'aura aucun problème.
Le Dragon ne montre aucun signe d'activité non plus, donc on peut bouger librement sans souci.
( Ce serait le pire scénario si les « arbres » ont « fleuri »… )
« Le Droit de Questionner » a aussi soulevé une autre « caractéristique » unique des « arbres ».
Si les « arbres » ont « fleuri » et que « cette » caractéristique se réveille, on sera dans de beaux draps.
Il faut empêcher que ça arrive.
C'est notre tour de briller.
On va éradiquer tous les « arbres » de cette région… et les déraciner littéralement.
*****
« … C'est pas l'heure de tout balancer ? De quoi tu as si peur ? »
Dans l'une des pièces de l'Hôtel de ville, Igarashi Touka interrogeait un homme assis en face d'elle.
L'homme tremblant était l'un des membres survivants des Forces d'autodéfense.
Il n'y avait personne d'autre qu'eux dans la pièce. Pour faire simple, ils étaient seuls.
« C-c'est… »
« Tu peux pas répondre ? Même si c'est moi qui demande ? »
« … Je suis désolé ! Je vais répondre ! S'il te plaît, ne me déteste pas ! »
Le membre des Forces d'autodéfense désespéra face à l'air déçu que lui adressait Touka et se mit à ramper à ses pieds.
Touka esquissa un sourire en coin devant la silhouette de l'homme qui suppliait désespérément.
« Envoûtement ».
Une compétence pour manipuler la volonté d'autrui et laver leur cerveau pour qu'ils suivent ses ordres.
La compétence avait monté de niveau après l'évacuation de l'école, donc sans les compétences de résistance appropriées, la cible devenait comme ce membre des Forces d'autodéfense.
( Ce pauvre père n'a pas réussi à tirer la moindre info correcte de Towada-san. Il faut que je prenne les choses en main… )
— — Une attaque de Dragon.
À cause de ce bordel, la conversation entre Fujita et Towada a été interrompue.
Elle les écoutait aux portes de la pièce d'à côté.
( Un monstre dans la ville voisine… c'est ce qu'a dit Towada-san… )
Un Dragon était apparu soudainement.
Au début, elle a cru que Towada parlait du Dragon, mais sa réaction en entendant la nouvelle l'a rendue dubitative.
Les survivants des Forces d'autodéfense étaient bien surpris, mais c'était tout.
Leurs réactions étaient trop légères.
Qu'est-ce que ça voulait dire ?
( Le Dragon n'est pas le monstre qui est dans la ville voisine… )
Il y avait autre chose, quelque chose qui leur faisait plus peur qu'un Dragon.
( Ce problème ne peut pas être mis en attente longtemps… )
C'est pour ça qu'elle a opté pour cet interrogatoire musclé.
Elle était réticente à utiliser « Envoûtement » sauf si c'était nécessaire.
Néanmoins, leur situation en réclamait l'usage.
Ils n'étaient pas en position de choisir.
S'ils restaient dans le noir, il y avait une chance que ça leur retombe dessus plus tard.
« Dis-moi. Qu'est-ce qu'il y a dans la ville voisine ? C'est quoi la source de votre terreur ? »
Qu'est-ce qui pouvait bien les effrayer à ce point ?
Elle en avait vu son lot de monstres forts.
C'étaient des expériences terrifiantes, et elle avait déjà croisé le regard de la Mort plusieurs fois.
Même ainsi, ces expériences ne suffisaient pas à expliquer la « terreur » anormale que ressentaient les membres des FAD.
« — — Je ne… »
« Pardon ? J'ai pas bien entendu. »
« — — Je ne me souviens pas. »
« … Hein ? »
Un instant, le cerveau de Touka ne parvint pas à traiter ce que l'homme venait de dire.
« Nous… on ne se souvient de rien. On ne se souvient pas… de ce qui nous a attaqués… »
« … C'est une blague ? »
« C'en est pas une ! Vraiment, on ne peut rien se rappeler ! Tout ce qu'on sait c'est qu'un monstre mystérieux a massacré nos collègues… ou ce qu'on suppose être nos collègues. C'est la seule explication possible ! »
« … »
Il n'avait pas l'air de mentir.
Ils ont été attaqués par un monstre, mais ils ignorent l'identité du monstre.
Ce qu'il affirmait était clairement contradictoire.
« Regardez ça… »
« … ? »
L'homme lui tendit une photo.
C'était une photo de groupe de l'ensemble des Forces d'autodéfense.
Près de cinquante membres des FAD figuraient sur la photo qui avait la base militaire en fond.
Cet homme, Towada, et les autres membres survivants étaient parmi les cinquante personnes.
« Et qu'est-ce qui ne va pas avec ça ? »
« Ces gens étaient probablement nos frères d'armes… »
« Probablement ? Sûrement que vous vous souvenez des visages de vos collègues ? »
L'homme secoua la tête de gauche à droite.
« Je ne me souviens pas d'eux. D'aucun d'eux… Je ne me souviens de personne d'autre que les membres qui sont avec nous en ce moment ! Ils devaient être mes frères d'armes ! On devait s'être battus ensemble… mais je ne me souviens d'aucun d'eux ! Pour une raison quelconque… moi… »
La façon dont il versait des larmes en se tenant la tête ne semblait pas jouée.
Il n'avait vraiment aucune idée de qui étaient les autres membres sur la photo.
C'est pour ça qu'il avait peur.
« Quelque chose » a dû se passer, mais il ne pouvait pas se souvenir de ce « quelque chose ».
Ça ne servait qu'à amplifier sa peur.
( Perte de mémoire ?… Ou peut-être… )
Touka essaya d'analyser calmement les paroles et les actes de l'homme.
( C'est similaire… c'est similaire au malaise que j'ai ressenti de la part de Shimizu-san et de Pépé… )
Précédemment, Touka avait soulevé le sujet de la population diminuée, mais personne à part elle n'avait émis le moindre doute sur la situation.
Les deux concernaient la mémoire et la conscience.
Elle était certaine qu'ils étaient liés d'une manière ou d'une autre.
« Est-ce que le « monstre » de la ville voisine pourrait être— »
Elle regarda par la fenêtre.
Illuminés par la lune, les « arbres » qui poussaient partout lui parurent d'une inquiétante étrangeté.
*****
« Il » souffrait immensément.
— Pas assez.
Pas du tout assez.
« Il » secoua son corps pour vérifier s'il y avait quelque chose à proximité.
Pas, bruits de respiration, tremblements dans l'air, et vibrations du sol.
En prenant cela pour référence, « Il » cherchait des proies et les dévorait.
« You have gained experience. »
Une voix.
Cependant, cela n'avait pas d'importance.
— Pas assez.
C'était pas du tout assez.
« Il » étendit ses racines, étira ses branches, répandit son pollen, et fit tomber ses feuilles pour chercher plus de proies à festoyer.
Pas assez. Pas assez. Pas assez.
Plus. Plus. Plus. Plus. Plus.
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« 'Gluttony' has been activated. »
« You have acquired the skill 'Regrowth'. »
Pas assez. Pas assez. Pas assez.
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« 'Gluttony' has been activated. »
« You have acquired the skill 'HP Auto Recovery'. »
« You have acquired the skill 'Shock Absorption'. »
« You have acquired the skill 'Endurance'. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained experience. »
« You have gained— »
La voix continuait de résonner dans son esprit.
Pas satisfait. Pas satisfait. Pas satisfait.
Faim. Faim. Faim.
« ———— »
À un moment donné, « Il » cessa d'entendre la voix.
Rien. Il n'y avait rien.
« Il » finit par réaliser qu'il n'y avait plus de proie pour « Lui » à manger.
— Encore faim…
Selon son instinct, selon sa compétence, et selon son désir…
L'« Arbre de la Gourmandise » se mit à bouger.