Au moment où Ornella lui lança ces mots comme des flèches, Aileen ressentit pour une raison quelconque un sentiment de parenté avec elle.
L'idée qu'il puisse exister un terrain d'entente entre Ornella, qui avait grandi en jeune demoiselle ducale de Parvellini, et elle-même, qui avait grandi en jeune demoiselle du baron Elrod, paraissait risible aux yeux des autres.
Mais elle ne pouvait empêcher les sentiments qui naissaient d'eux-mêmes. Ornella, qui affirmait vivre selon les ordres de son père, en voulait son affection. Aileen le savait parce qu'elle avait vécu de la même façon.
Aileen se remémora ce qu'elle avait fait par le passé pour obtenir l'amour de sa mère. C'étaient les choses qu'elle avait conclu être le mieux qu'elle pouvait faire à l'époque.
Ornella, qui disait avoir tout abandonné pour recevoir l'affection de son père, semblait fière d'elle-même. Mais Aileen savait qu'elle ne pouvait pas être entièrement heureuse au fond d'elle-même. Aileen y revoyait son ancienne personne.
Et si sa mère lui avait dit d'abandonner la botanique et la pharmacologie ?
C'était une question qui avait déjà sa réponse. Aileen avait quitté l'université et était revenue à la capitale dès qu'elle avait reçu la lettre de sa mère. Et elle regrettait toujours, dans un coin de son cœur, ce qu'elle avait laissé derrière elle.
« …… »
Les yeux d'Ornella se plissèrent. Aileen réalisa tardivement avec quel genre de regard elle l'avait fixée.
Elle baissa précipitamment les yeux, mais les émotions mêlées dans son regard avaient déjà été dévoilées. Ornella, qui avait côtoyé toutes sortes de gens dans le monde, était plus sensible que quiconque à l'humeur d'autrui. Elle avait dû deviner ce que pensait Aileen.
Aileen était nerveuse, se demandant si Ornella allait lui hurler dessus pour avoir osé lui témoigner quelque parenté.
Elle s'attendait à ce qu'elle crie d'un instant à l'autre, mais elle saisit silencieusement sa tasse de thé. Puis elle avala le thé qui avait déjà refroidi.
Elle ne vida pas la tasse. Elle ne fit qu'une gorgée, laposa, puis croisa à nouveau le regard d'Aileen.
« J'ai trop dit de sottises. Aileen doit être occupée elle aussi. »
Ornella semblait avoir avalé proprement ses émotions qui montaient, avec le thé. Celle qui était redevenue la jeune demoiselle ducale de Parvellini et la fiancée de l'Empereur que connaissait si bien Aileen sourit magnifiquement comme à son habitude.
« Fais de ton mieux pour le Tea Party. J'ai hâte de voir ça ? »
L'animosité dans son sourire était toujours là. Mais il y avait aussi une émotion subtile, inexplicable, qui n'y était pas auparavant.
Aileen ne savait pas dire exactement ce que c'était. Peut-être était-ce plus du côté négatif. Mais ce qui était certain, c'est qu'Ornella et Aileen avaient désormais des regards légèrement différents l'une sur l'autre.
Le premier Tea Party de l'Archiduchesse d'Erzeht se tint dans le jardin. Ce Tea Party en plein air rappelait le mariage du Grand Duc.
Ce n'était pas exactement identique au mariage, mais des décorations similaires avaient été disposées pour inciter délibérément les invités à se remémorer les noces précédentes.
Comme pour le mariage, auquel seul un petit nombre de personnes avaient été conviées, ce Tea Party visait aussi à donner le sentiment que seuls les élus étaient invités.
Les dames de la noblesse invitées arboraient des sourires épanouis dès leur entrée dans la Résidence du Grand Duc. Le simple fait d'assister à cet événement aujourd'hui leur donnerait de quoi se vanter dans le monde pour un temps, alors bien sûr elles ne pouvaient s'empêcher d'être heureuses.
Il y aurait pas mal de gens qui s'attendaient à ce qu'Ornella et Aileen s'affrontent. Qu'Ornella soit déshonorée ou qu'Aileen le soit, ce serait le meilleur des ragots.
Aileen accueillit les dames qui entraient et prenaient place pour le Tea Party, et elle comprit un peu les sentiments d'Ornella. Pour régner en reine du monde, elle avait dû endurer les moments où tant de gens l'évaluaient.
« C'est vraiment difficile. »
Aileen jeta un coup d'œil à Ornella. Ornella souriait déjà et bavardait légèrement avec les autres. Elle menait l'atmosphère comme si elle était l'hôte du Tea Party.
Si elle ne gardait pas son sang-froid, Ornella finirait par phagocyter le Tea Party qu'elle avait tant peiné à préparer. Aileen prit discrètement une inspiration, sans que personne ne s'en aperçoive.
Elle n'avait toujours pas reçu d'excuses d'Ornella pour ses propos grossiers. Aileen ne s'attendait pas vraiment à ce qu'elle fasse un geste pour s'excuser, alors elle avait laissé tomber.
Cependant, contrairement à avant, elle éprouvait une petite curiosité à l'égard d'Ornella. C'est pourquoi il y avait des moments où elle l'observait inconsciemment. Elle essayait de ne pas le montrer, mais leurs regards se croisaient parfois.
Alors Ornella fronçait légèrement les sourcils au lieu d'offrir un faux sourire comme avant. Aileen pensait qu'elle devait faire attention à cette réaction pleine de mécontentement, mais elle ne cessait de tourner inconsciemment son regard vers elle.
Le Tea Party débuta dans une atmosphère étrange. Aileen cacha ses mains tremblantes dans sa robe et prit la parole.
« Merci... d'être venues aujourd'hui. »
Alors que tous les regards se portaient sur elle à la fois, une sueur froide lui monta naturellement au front. Ce n'était pas une présentation académique où elle exposait un contenu sûr de lui, mais un Tea Party, ce qui rendait les choses pires. Aileen tremblait intérieurement et tenta de délier sa langue.
Elle promena soigneusement son regard autour d'elle, livrant ses mots sincères : il y aurait des imperfections car c'était son premier Tea Party, mais elle avait fait de son mieux. Elle n'était pas douée pour lire l'atmosphère, alors elle ne pouvait pas en être sûre, mais pour l'instant cela ne semblait pas trop mal.
Mis à part Ornella, les invitées venues aujourd'hui à la Résidence du Grand Duc avaient globalement une bonne impression d'Aileen. C'était grâce à la sélection minutieuse des participantes opérée par Sonio pour Aileen. Elles fermeraient les yeux sur les légères erreurs d'Aileen.
« Bien sûr, je ne peux pas faire une trop grosse erreur...... »
Aileen saisit sa tasse de thé des mains tremblantes. Comme toutes étaient des dames de la noblesse aguerries, la conversation se poursuivait sans heurts même si Aileen ne lançait pas de sujet.
Elles louèrent l'excellent thé et les mets du Tea Party, ainsi que la vaisselle élégante. Puis elles se mirent à interroger sérieusement sur la vie privée du couple ducal.
Les dames voulaient questionner Aileen à ce sujet depuis un moment, mais n'avaient pas eu l'occasion de le faire, alors elles essayaient de ne pas manquer l'opportunité qui se présentait enfin. Aileen se remémora les enseignements qu'elle avait reçus de Sonio.
« Vous devrez inévitablement partager une partie de votre vie privée. »
L'avis était qu'il valait mieux en révéler une partie d'emblée plutôt que de laisser se propager de fausses rumeurs. L'Archiduc d'Erzeht était la figure la plus surveillée de l'Empire. C'était le prix à payer pour vivre en tant que son épouse.
« La robe que porte la Grande Duchesse aujourd'hui a-t-elle aussi été confectionnée par les couturières qui s'étaient occupées de la robe de mariée ? Elle va très bien avec vos yeux vert-or. »
Comme les trois couturières les plus en vue de la capitale s'occupaient des vêtements d'Aileen, nombreuses étaient les dames qui manifestaient de l'intérêt pour elles. Bien sûr, le sujet principal du Tea Party restait Cesare.
« Tout le monde a été si surpris le jour du mariage... Nous ne savions pas que Son Excellence le Grand Duc savait faire une telle expression. »
Alors que la conversation, partie d'un compliment sur la robe, glissait vers le mariage, Cesare devint naturellement le sujet. Elles étaient très curieuses de savoir pourquoi Cesare était tombé amoureux d'Aileen.
De l'extérieur, cela ressemblait à un amour du siècle. Même s'il s'agissait d'un mariage de convenance, il était très rare qu'il y ait une telle différence de statut.
Lorsqu'elle répondit qu'ils s'étaient mariés parce qu'ils se connaissaient depuis longtemps, les yeux des dames brillèrent. La réalité était bien différente de leur imagination, mais Aileen répondit comme les gens le voulaient et l'espéraient.
« Il me chérit beaucoup. »
Elle ne pouvait pas dire qu'il l'aimait. C'était un mot qu'elle ne parvenait pas à prononcer, si faux fût-il. Elle aurait voulu trouver une meilleure formule, mais n'y parvint pas, alors elle répondit convenablement et s'apprêta à passer à un autre sujet.
« À quel point ? »
Une voix mêlée de rire se fit entendre. Aileen regarda Ornella, qui tenait une tasse de thé et souriait radieusement. Elle demanda à nouveau, le sourire aux lèvres.
« À quel point vous chérit-il ? Je suis curieuse. On dit aussi qu'il est très taciturne. »
Le visage qui posait la question sensible était impassible. Elle fit une mine emballée de pure curiosité et continua.
« Avant le mariage, il ne m'a même pas offert de bague de fiançailles, alors je pensais qu'il était très indifférent. »