La porte se referma derrière John d'un déclic sec. Ravenna expira, étira les doigts et fit apparaître la fenêtre du Système de Réputation. L'interface s'illumina devant ses yeux.
[ Système de Réputation v0.1 ]
[ Utilisatrice : Ravenna Solarius / Joy Cha Kim ]
[ Niveau de Réputation : 61 (7 834 / 9 400 EXP) ]
[ Points de Réputation actuels : 44 205 ]
[ Titres : Corbeau du Palais du Soleil, Princesse Indocile ]
[ { Journal des Points de Réputation } { Dépenser des Points de Réputation } ]
D'un geste du doigt, Ravenna navigua vers le menu de dépenses.
[ Dépenser des Points de Réputation ]
[ Accès à Internet : 100 points par heure ]
[ Accès à la Bibliothèque des Sorts : 100 points par heure ]
[ Analyses géographiques : 5 points par kilomètre ]
[ Annuler dégâts de poison mineur sur soi : 250 points ]
[ Annuler dégâts de poison mineur sur autrui : 350 points par entité ]
[ Soin mineur : 1 000 points par entité ]
[ Détecteur de mensonge : (Verrouillé) ]
Elle appuya sur [Accès à la Bibliothèque des Sorts], confirmant la déduction de 100 points.
Une richesse de connaissances se déploya instantanément devant elle, une archive vaste et infinie de sorts magiques — certains communs, d'autres anciens, d'autres encore entièrement inconnus des érudits.
Les yeux de Ravenna brillèrent tandis qu'elle faisait défiler le catalogue.
'Si le Système recèle tous les sorts qui existent, même ceux que les savants n'ont pas encore découverts, alors je dois trouver quelque chose à la fois efficace et pratique.'
Il lui fallait des sorts qu'elle pourrait lancer vite, avec un minimum de composants — de préférence des ingrédients faciles à se procurer dans la capitale. La ville regorgeait de fleuristes et d'apothicaires ; se fournir en fleurs ou en matériel divers ne poserait pas de problème.
Ses doigts dansèrent sur les textes flottants, les yeux rivés sur tout ce qui pourrait lui donner un avantage lors de l'attaque imminente.
'Le temps presse. Il me faut un sort rapide, discret et dévastateur.'
Son esprit s'affûtait à mesure qu'elle opérait ses choix.
Salle d'Audience, Chambre de Marie, Aile Ouest, Palais Impérial
La lumière du soleil s'engouffrait par les vitraux ouvragés, projetant sur le marbre poli des teintes chaudes de pourpre et d'or. L'air était imprégné du parfum délicat d'un thé fraîchement infusé, un mélange floral élégant censé apaiser et détendre — pourtant Marie ne se sentait nullement à l'aise.
Elle faisait face à la princesse Gracie, la posture composée mais sur ses gardes, les mains délicatement posées sur la fine tasse de porcelaine.
« Je m'excuse de vous avoir fait attendre, Altesse, dit Marie en inclinant légèrement la tête. J'ai dû me changer après l'entraînement au combat. Je ne m'attendais pas à ce que vous veniez me chercher pour le thé. »
Gracie lui offrit un sourire aimable, qui n'atteignait pas ses yeux. « Oh, je souhaitais simplement tisser des liens plus étroits avec la disciple de tante Ravenna. Après tout, elle ne vous aurait pas choisie si vous n'étiez pas quelqu'un d'extraordinaire. »
La main de Marie se crispa imperceptiblement sur sa tasse. Voilà son angle d'attaque. Elle pêche des informations.
Pourtant, elle maintint son visage neutre.
« Je n'irais pas jusque-là, Altesse. Je ne suis qu'une élève à l'Église Herptienne. »
C'était la réponse la plus sûre. Révéler son passé d'esclave était hors de question, et techniquement, ce n'était pas un mensonge. Elle était bien étudiante sous la direction du Grand Prêtre James et, selon le plan de Ravenna, elle devait gravir les échelons de l'église en temps voulu. Cette réponse ne livrait rien de précieux tout en restant parfaitement crédible.
Gracie but une gorgée de thé, l'expression indéchiffrable, avant de reposer sa tasse avec un léger cliquetis. « Oh, ne soyez pas si modeste. »
Puis ses yeux s'illuminèrent d'une lueur différente — une excitation qui jurait avec le ton de leur échange jusqu'alors.
« Vous pratiquez les armes de jet, c'est bien ça ? Vous l'avez mentionné au petit-déjeuner. »
Marie acquiesça, légèrement sur la réserve. « Oui, Altesse. »
Un instant, Gracie hésita, comme aux prises avec un dilemme intérieur. Puis son masque soigneusement entretenu se fêla. L'élégance mûre qu'elle affichait s'effaça, laissant place à quelque chose de totalement inattendu — une excitation juvénile teintée d'une pointe d'embarras.
Ses joues se colorèrent légèrement tandis qu'elle se penchait en avant, les yeux pétillants.
« Alors, vous croyez que vous pouvez rosser Benric ? »
Marie cligna des yeux, complètement prise au dépourvu.
Le rouge aux joues de Gracie s'intensifia, et elle s'empressa de se recomposer, se raclant la gorge.
« Je... je veux dire, Dame Marie, pensez-vous pouvoir battre Benric dans un combat d'entraînement ? » Elle se redressa, tentant de retrouver sa contenance princière, mais l'empressement non filtré dans sa voix trahissait ses véritables sentiments.
Puis, avec une touche de dramatisme, elle déclara : « Genre, le rosser pour de bon. Lui rabattre le caquet de quelques crans. »
Marie la fixa, totalement interloquée.
Ce n'était... pas du tout ce qu'elle avait anticipé.
Une minute plus tôt, elle se préparait à quelque manœuvre sociale, peut-être même une humiliation subtile ou une tentative d'en apprendre davantage sur ses origines. Au lieu de cela, la princesse était là, rougissante et confuse, la suppliant pratiquement d'humilier son frère au combat.
Marie ne savait s'elle devait être soulagée ou profondément perplexe.
Salle d'Audience, Chambre de Ravenna, Aile Ouest, Palais Impérial
Alors que le soleil basculait sous l'horizon, sa lumière dorée mourante baignait le palais de nuances cramoisies et violettes. De longues ombres s'étiraient dans les couloirs de l'Aile Ouest, où une silhouette solitaire avançait d'un pas mesuré, l'esprit chargé de soupçons.
Eugène venait d'atteindre l'entrée des appartements privés de Ravenna, le front plissé tandis qu'il ruminais la convocation.
« Pourquoi m'appellerait-elle ? »
Cela n'avait aucun sens. Si Ravenna cherchait à faire un coup politique, elle aurait demandé audience à son frère, pas à lui. Une rencontre privée avec un simple capitaine de chevaliers — aussi haut placé soit-il — était un choix étrange.
« Cherche-t-elle à négocier quelque chose ? Ou a-t-elle découvert quelque chose qu'elle n'aurait pas dû ? »
La pensée fit frémir une inquiétude en lui.
Il avait passé les deux dernières années à orchestrer soigneusement les événements depuis l'ombre, faisant avancer la position du prince William tout en maintenant Ravenna dans l'exil. Les marées de la succession étaient délicates, et si Ravenna avait soudain mis le doigt sur quelque chose, cela pourrait défaire tout ce qu'il avait construit.
À mesure qu'il approchait de la salle d'audience, son cœur s'emballa.
« Aurait-elle découvert que je suis le véritable cerveau derrière l'ascension de William ? D'autres ont commencé à le soupçonner... mais oserait-elle me confronter si ouvertement ? »
Il exhala vivement. Non, c'est peu probable. Ravenna était rusée, mais elle ne le confronterait pas directement, quoique cela lui simplifierait la vie de simplement le tuer.
Pourtant, la paranoïa persistait.
Une autre pensée glissa dans son esprit, bien plus dangereuse que la précédente.
« A-t-elle compris que je connais l'avenir ? »
La simple idée fit courir un glaçon le long de sa colonne vertébrale. Mais si elle avait de quelque manière découvert ne serait-ce qu'un indice de la vérité...
« Pire encore... a-t-elle réalisé que c'est moi qui ai fait en sorte qu'on la rende responsable de la mort de sa mère ? »
Le souvenir de cette toile de tromperie soigneusement tissée lui traversa l'esprit. C'avait été un coup nécessaire, cruel mais indispensable. Ravenna devait être marquée du sceau de la disgrâce, une paria indigne du trône. L'empire ne pouvait pas risquer de tomber entre les mains de celle qui l'avait ruiné autrefois.
Quoi qu'il arrive, il devait s'assurer qu'elle ne réintègre jamais la course à la succession.
Eugène serra les poings, se raidit tandis qu'il s'approchait des portes.
« Je dois être prudent. Si elle sait vraiment quelque chose, je dois étouffer ses ambitions avant qu'elles ne prennent racine. »
Les gardes postés à l'entrée lui jetèrent un bref coup d'œil avant que l'un d'eux ne s'avance.
« Ser Eugène des Faucons Blancs », annonça-t-il.
Un court silence suivit. Puis, avec un grincement feutré, les grandes portes doubles s'ouvrirent.
À l'intérieur, Ravenna était assise sur un élégant canapé de velour, sa posture détendue mais ses yeux dorés acérés déjà rivés sur lui, comme si elle l'attendait depuis toujours.
Un sourire en coin jouait sur ses lèvres.
Eugène expira lentement.
'Voyons à quel jeu tu joues, Ravenna.'