Lorsque Ravenna descendit de la voiture, la grande entrée du Palais Impérial s'étendait devant elle dans toute sa majesté imposante. Le soleil projetait de longues ombres sur les colonnes de marbre blanc qui s'élançaient vers le ciel, leurs incrustations dorées scintillant sous la lumière de l'après-midi. Les portes du palais étaient grandes ouvertes, accueillantes pourtant étouffantes, comme si elles l'appelaient à revenir dans l'antre des bêtes.
Avant qu'elle ne puisse faire un pas de plus, une voix moqueuse retentit, teintée d'une condescendance familière.
« Alors, quel temps faisait-il dans le nord ? »
Le regard de Ravenna se porta sur l'orateur, le prince William, son épine persistante. Il se tenait aux côtés de leur père, l'empereur Andrew Solarius, les bras croisés et un sourire narquois aux lèvres.
Sans perdre contenance, elle répondit avec une indifférence calme. « Chaud, comme on peut s'y attendre de l'empire du nord, frère. »
L'empereur intervint avant que la conversation ne dégénère en mesquinerie, comme toujours entre ses enfants. Son regard perçant se fixa sur Ravenna tandis qu'il parlait.
« Bienvenue à la capitale, Ravenna. Repose-toi — tu viens à peine d'arriver. »
Ses mots étaient formels, prononcés davantage comme un édit que comme un salut chaleureux, mais elle n'attendait rien d'autre.
Ravenna inclina la tête, mesurée. « Ravie de vous revoir, Père. » Son ton n'était ni froid ni affectueux, simplement factuel, comme si elle traitait d'affaires diplomatiques plutôt que de liens familiaux.
Se tournant, elle tendit la main pour aider Marie à descendre de la voiture. Les yeux brillants de la jeune fille parcouraient les jardins du palais, son émerveillement à peine dissimulé derrière un voile de calme pratiqué. Fouler le sol du palais impérial était une expérience tout à fait différente.
Le regard de l'empereur se posa sur l'inconnue, son sourcil se fronçant légèrement. « Et qui est cette jeune demoiselle ? »
Ravenna sourit, une expression rare, toutefois qui n'atteignait pas tout à fait ses yeux.
« Oh, j'ai pris une disciple. »
Cette unique déclaration fit passer une onde de surprise dans l'air.
Les yeux de l'empereur Andrew s'élargirent légèrement, mais il ne dit rien. Ce fut William qui laissa échapper un court rire incrédule.
« Hein… la haute et puissante Ravenna qui prend une disciple ? Je n'aurais jamais cru voir le jour. » Son sourire s'accentua alors qu'il ajoutait : « Enfin, je suppose que c'était inévitable. Vu ton… attitude, tu n'as aucune perspective d'un successeur normal, après tout. »
Ses mots étaient une pique à peine voilée, une tentative de la provoquer.
Ravenna ne mordit pas à l'hameçon. Elle avait depuis longtemps appris que répondre à un chien qui aboie ne l'encourage qu'à aboyer plus fort. Elle se contenta de se tourner vers Marie et d'épousseter le bas du manteau de la fillette.
Avant que William n'insiste davantage, la voix de l'empereur retentit — ferme et inébranlable.
« Faites entrer la jeune demoiselle. Elle doit être fatiguée du voyage. »
Bien que formulée comme une instruction, la signification était claire : ce n'était pas le moment pour des querelles mesquines.
William souffla mais n'ajouta rien.
Sur cela, Ravenna, Marie et leur suite de serviteurs et de gardes les dépassèrent, franchissant les grandes portes du Palais Impérial.
En entrant, l'odeur de pierre polie, de parchemin et de fleurs lointaines emplissait l'air — un lieu inchangé pourtant toujours perfide.
La Corbeau était revenue au nid.
Après quelques heures, Ravenna s'était finalement installée dans ses appartements au sein du Palais Impérial. Le parfum familier de bois de cèdre et de lavande emplissait l'air, se mêlant à la chaleur du feu qui crépitait dans la cheminée.
Marie avait reçu une chambre dans la même aile, assez proche pour être convoquée à tout moment. Mais pour l'instant, l'épuisement pesait lourd sur les membres de Ravenna. D'un soupir, elle se dévêtit et glissa dans une robe de nuit en soie, savourant le contraste entre l'air frais de la nuit à la capitale et la chaleur sèche et implacable de Jola.
Ici, blottie sous des draps de velours doux, elle pouvait enfin se détendre. La chaleur de la cheminée suffisait à la bercer d'un sommeil profond, sans rêves.
Du moins, c'est ce qu'elle croyait.
Pourtant, dans ce sommeil, quelque chose n'allait pas.
Au début, elle l'écarta comme une simple sensation naturelle de son corps bougeant sous les couvertures. Mais bientôt, le sentiment devint étrange… enivrant. Une chaleur plaisante parcourut ses veines, une transe hypnotique s'abattant sur elle.
Un doux soupir s'échappa de ses lèvres alors qu'elle se sentait bouger sans que ce soit de sa propre volonté.
Puis, en un instant, elle prit conscience.
Ses yeux s'ouvrirent, et tout était différent.
Les draps sous elle n'étaient pas ceux de sa chambre. En fait, la pièce entière était différente — plus grande, plus opulente que le Palais Impérial lui-même. Le lit sur lequel elle gisait n'avait rien de connu, ses oreillers impossiblement doux, ses rideaux de soie brodés de motifs célestes complexes.
Un instant, son esprit embrumé peina à traiter son environnement.
Puis une autre réalisation la frappa.
Elle était nue sous les draps.
Son pouls s'emballa, une confusion lui traversant l'esprit tandis qu'elle serrait le tissu contre sa poitrine.
Sa respiration venait en expirations lentes et contrôlées tandis qu'elle examinait la grande chambre. L'architecture était surnaturelle — des colonnes de marbre s'élevant vers le ciel, sculptées de vignes dorées, un plafond qui semblait scintiller comme un ciel nocturne, et un parfum dans l'air à la fois enivrant et divin.
Puis elle le remarqua — une présence à ses côtés.
Se tournant brusquement, son souffle se coupa.
Une femme gisait à côté d'elle, à peine dissimulée sous les draps de soie.
Et elle était à couper le souffle.
De longs cheveux fluides cascadaient sur les oreillers, scintillant comme des fils d'or liquide. Sa peau était immaculée, rayonnant d'une lueur éthérée, et ses traits étaient si parfaits qu'ils semblaient presque surnaturels.
Non — ils *étaient* surnaturels.
Le cœur de Ravenna battait violemment dans sa poitrine. Elle ne pouvait pas détourner le regard — quelque chose dans la beauté de cette femme était fascinant, accablant, inéluctable.
Et puis, la femme remua.
Avec un doux bourdonnement mélodieux, elle s'étira comme une féline, ses yeux s'ouvrant. Leurs regards se croisèrent.
Des yeux célestes profonds — d'une radiance impossible — se fixèrent sur ceux de Ravenna.
Un frisson de reconnaissance la traversa.
La femme gloussa — un son à la fois envoûtant et terrifiant.
« Q-Qui êtes-vous ?! Qu'avez-vous f— » La voix de Ravenna se bloqua dans sa gorge.
Son corps tremblait, non de peur, mais d'une réalisation pure, indéniable.
Elle avait vu d'innombrables sculptures, peintures et représentations sacrées de cette figure même. Cette présence… cette radiance… il était impossible de se tromper.
Et pourtant, la voilà — couchée à ses côtés, aussi réelle que le souffle dans ses poumons.
La femme sourit, inclinant la tête comme amusée par le choc de Ravenna.
« Moi ? » Sa voix était comme une mélodie céleste, résonnant non seulement dans la pièce mais dans l'âme même de Ravenna. « Je n'arrive pas à croire que mon sujet le plus favori ne me reconnaisse pas. »
L'esprit de Ravenna tourbillonnait, son souffle coincé entre l'incrédulité et une vérité indéniable.
Car la femme à ses côtés n'était autre que —