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The Villainess’s Reputation [Kingdom Building

Chapitre 224

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Chapitre 224

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Chapitre 224/22799%~6 min de lecture1 141 mots

L'aube glissa sur l'horizon, embrasant la mer d'un or fondu, sa lumière se répandant sur Kim City comme une bénédiction. Pourtant, ce qu'elle éclairait n'était pas une ville qui se réveillait simplement après les réjouissances d'une fête, c'était une ville renaissante.

L'après-midi de la Fête de la Luxure portait toujours un calme particulier, une intimité qui flottait sur les rues. De jeunes hommes et femmes, les cheveux encore ébouriffés, les joues rougies par l'indulgence, s'appuyaient aux rampes des balcons dans leurs chambres d'auberge, leurs maisons familiales ou les salles rituelles de l'Église herptienne. Ils regardaient l'aube ensemble, les doigts encore enlacés de la nuit précédente, leurs premières étreintes timides remplacées désormais par l'assurance de ceux qui ont franchi un seuil.

C'était la tradition, aussi ancienne que la fête elle-même : le matin suivant marquait le passage de l'innocence à l'indulgence, un souvenir partagé qui liait une génération de citoyens à la suivante. Normalement, cela seul aurait laissé la ville dans une brume de chaleur et de satisfaction.

Mais cette année n'était pas normale.

Cette année, la Sainte avait été révélée.

Chaque coin de rue bourdonnait des mots « L'avez-vous vue ? Avez-vous vu la lumière ? » Les marchands se penchaient sur leurs étals, racontant à perte de souffle le moment où le corps de Marie Leon avait éclaté d'une sainteté aveuglante. Des enfants se poursuivaient dans les ruelles, faisant semblant de brandir des épées de lumière, criant « Je terrasserai l'Absolu ! » avec des voix qui craquaient d'excitation. De vieilles femmes serraient leurs chapelets, marmonnant des bénédictions sous leur souffle, tandis que des dockers endurcis levaient leurs chopes en saluant Ravenna, leur duchesse, qui avait hébergé et entraîné une telle figure sous leurs yeux.

Pour les citoyens du Duché de Kim, il n'y avait pas de doute. Leur île, déjà phare de progrès et de prospérité sous le règne de Ravenna, était désormais promise à des sommets encore plus hauts.

Mais tissée dans la joie, une corde d'inquiétude. L'histoire était un maître cruel, et tout le monde en connaissait les leçons. Partout où la Sainte apparaissait, la guerre suivait. Son existence était à la fois salut et damnation, une bénédiction pour les fidèles, et une malédiction qui attirait le regard des empires et des cultes.

Une Sainte n'était jamais locale. Une Sainte appartenait au monde. Et maintenant, le regard du monde se fixerait sur l'île de Kim.

À l'intérieur des murs du Château du Seigneur, le poids de cette vérité se faisait déjà sentir. Les couloirs vibraient de pas pressés, de courriers se précipitant avec des missives scellées, les gardes se tenaient plus droits à leur poste, leurs armures plus brillantes, comme conscients que des yeux étrangers pouvaient déjà les observer.

Dans la grande salle de réception, sous des bannières que soulevait à peine la brise matinale, un seul homme attendait. Sa présence était une tempête en vêtements calmes, ses yeux acérés comme de l'acier tiré.

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Il était assis calmement dans la salle, bien que chaque ligne de son corps fût tendue d'une patience étirée à l'extrême. Son moment était venu enfin. Conformément à leur accord, il allait enfin rencontrer la Sainte elle-même. La ville dehors pouvait bien baigner dans l'anticipation, prise entre la joie et la peur de ce que l'avenir apporterait, mais entre ces murs, les jeux commençaient déjà.

Les lourdes portes grincèrent en s'ouvrant avec cérémonie. Un chevalier en armure polie s'avança, sa voix résonnant dans la chambre : « Dame Marie et Son Altesse Ravenna sont là ! »

D'un coup, l'atmosphère changea.

Ravenna entra la première, sa démarche vive et mesurée, sa présence dominant la pièce comme un Corbeau fondant sur sa proie. Sa robe décolletée balayait le sol de pierre poli, et si la lumière matinale l'auréolait de splendeur, ses yeux luisaient froids et prédateurs. Derrière elle suivait Marie, nerveuse et pourtant rayonnante, ses mains lissant nerveusement ses jupes comme pour apaiser ses nerfs en même temps que le tissu.

« Je m'attendais à vous, Ser Eugene », remarqua Ravenna, ses lèvres s'étirant en quelque chose entre un sourire et un rictus, sa voix basse mais tranchante comme le fil d'une dague. « Mais je ne m'attendais pas à ce que vous arriviez à l'aube. Vous levez-vous avec le soleil pour me déstabiliser, ou êtes-vous simplement si pressé ? »

Son regard se posa sur lui comme deux lames, assez acérées pour percer l'acier.

Eugene inclina la tête, ne broncha même pas sous son regard. « Je m'excuse, Votre Altesse », répondit-il d'un calme mesuré, bien que le poids de son mépris pesât lourd sur lui. « Mais comme vous devez le savoir, je dois repartir aujourd'hui. Mon temps ici est bref, et cette audience est trop importante pour être retardée. »

Ravenna poussa un bref soufflement dédaigneux, agita la main comme pour chasser un insecte. « Alors causez et partez. Mon île n'a que faire des dettes qui s'éternisent. » Ses talons claquèrent sur la pierre tandis qu'elle faisait demi-tour, sa robe traînait comme le balayage d'une aile de corbeau alors qu'elle gagnait la porte.

Juste avant de franchir le seuil, sa voix retentit : claire, glaciale, délibérée. « J'ai des préparatifs à faire pour mon voyage aux Cités Libres. »

Elle ne se retourna pas, mais le poids de ses mots resta suspendu dans la chambre comme un gant jeté, destiné aux oreilles d'Eugene. Puis elle fut partie, ne laissant que le faible écho de ses pas et la trace subtile de son parfum dans le hall.

Marie hésita un instant, comme incertaine de devoir la suivre, mais finalement elle obtempéra à l'ordre silencieux que Ravenna lui avait laissé. Elle traversa la pièce, ses pas prudents, et s'assit sur le sofa face à Eugene. Le soleil matinal inondait les hautes fenêtres, se glissant dans ses cheveux châtains et les embrasant comme de l'ambre.

Eugene se redressa, sa gorge se serrant malgré le masque de calme qu'il portait. Pour toute son assurance sur le champ de bataille, ce moment était tout autre. Il tira une respiration stable, puis parla, sa voix plus douce maintenant, respectueuse d'une façon qui portait son propre poids. « C'est un honneur de vous rencontrer enfin… Votre Divinité Marie. »

Marie gigota, ses doigts se tordant sur ses genoux tandis que ses joues se coloraient d'une nervosité rose. Elle bougea légèrement sur son siège, le bord du sofa lui semblant soudain trop vaste pour sa petite taille. Finalement, elle acquiesça, sa voix calme mais sincère, fragile comme du verre. « R-ravi de vous rencontrer aussi… Ser Eugene. »

Ses mots tremblèrent, mais nul ne pouvait méconnaître la gravité de l'instant. Pour la première fois, la Sainte de cette ère et l'un des apôtres destinés à combattre à ses côtés étaient assis face à face.

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