[Système de Réputation v0.1]
[Utilisatrice : Ravenna Solarius / Joy Cha Kim]
[Niveau de Réputation : 71 — (0 / 120 400 EXP)]
[Points de Réputation actuels : 210 140 PR]
[Titres : Corbeau du Palais du Soleil, Princesse Indocile, Pourfendeuse de Bêtes]
[{Journal des Points de Réputation} {Dépenser des Points de Réputation}]
La lumière de l'après-midi filtrait à travers les vitraux du bureau privé de Ravenna, projetant des teintes éclatées de pourpre et d'or sur le bureau poli. Ses doigts survolaient l'interface bleu translucide du Système de Réputation, son texte lumineux se reflétant dans ses yeux froids et calculateurs. Le chaos de la matinée l'avait laissée avec plus de questions que de réponses, et les chiffres sur l'écran ne faisaient rien pour apaiser l'agitation qui grattait ses pensées.
Un coup discret interrompit sa réflexion. La porte s'ouvrit sans attendre la permission.
Alice entra, ses pas silencieux sur le tapis épais. Sa longue tresse sombre balança sur une épaule tandis qu'elle inclinait la tête, la familiarité aisée de années passées aux côtés de Ravenna évidente dans sa posture.
« J'ai installé lady Aurora dans les appartements mitoyens des vôtres », dit Alice, sa voix basse mais ferme. « Le jeune lord Ken est avec lady Maria pour l'instant. Il semblait... mal à l'aise, alors j'ai fait monter des gâteaux au miel par les cuisines. » Elle posa un dossier soigneusement ficelé sur le bureau, ses pages remplies d'une écriture méticuleuse détaillant chaque caisse, chaque arme, chaque conversation chuchotée à bord du navire d'Aurora. « L'inventaire complet. Rien d'inhabituel, mais les chevaliers sont plus nerveux que des renards acculés. »
Ravena prit le rapport, son pouce effleurant le sceau de cire, le sigil personnel d'Aurora. Son poids lui parut plus lourd que le parchemin ne le justifiait.
« Dites-lui de me rejoindre dans mes appartements une fois qu'elle sera convenablement reposée », ordonna Ravenna sur un ton sec. Elle ne manqua pas la façon dont le regard d'Alice s'attardait, sondant quelque chose dans sa contenance. « Et faites venir le grand prêtre James. Je veux les yeux de l'Église sur chaque ombre de cette aile. Si ne serait-ce qu'un murmure de message magique franchit leurs lèvres, j'exige de le savoir avant que l'encre ne sèche. »
Alice acquiesça, son expression indéchiffrable. L'espace d'un battement de cœur, le fantôme de quelque chose d'informulé plana entre elles — une histoire partagée de secrets et de nuits blanches. Puis, d'un mouvement de jupe, elle pivota pour partir.
« Alice. » La voix de Ravenna la retint sur le seuil.
Une pause. Un regard en arrière.
La voix de Ravenna trancha le silence comme une lame. « N'autorisez pas Marie ni Ken à approcher mes appartements pour — »
Alice ne la laissa pas finir. Un sourire entendu ourla le coin de ses lèvres, ses yeux sombres pétillant d'amusement. « Compris. Je veillerai à ce que les enfants ne viennent pas fourrer leur nez ici ce soir. »
Sur ces mots, elle s'éclipsa, la lourde porte de chêne cliquetant derrière elle, laissant Ravenna seule dans la lueur tamisée des lanternes du bureau. L'odeur de vieux parchemin et d'encre persistait dans l'air.
Ravenna expira brutalement et s'affala dans son fauteuil à haut dossier, tambourinant des doigts sur l'accoudoir. Les pièces de ce puzzle refusaient de s'emboîter proprement.
Deux mois plus tôt, le comte et la comtesse Flask avaient disparu sans laisser de trace. Aucune demande de rançon, aucun corps. Le frère d'Aurora avait été implacable, pourchassant les ombres jusqu'à découvrir quelque chose dans la Cité libre d'Otto.
Et puis, le duc Albert Roland, le chef de fer du Ministère de l'Économie, avait personnellement validé la mission diplomatique d'Ethan à Otto. Pas le Ministère des Affaires étrangères. Pas Frank Eldric, la propre main droite de l'Empereur.
Parce que l'empereur Andrew ne lui faisait plus confiance.
Un jour plus tard, Ethan était retrouvé affalé sur son bureau dans un hôtel de luxe, empoisonné. À côté de son cadavre, dans un tiroir, gisait une lettre — qui accusait explicitement le Ministère des Affaires étrangères de sa mort.
Les lèvres de Ravenna se tordirent en une grimace. « Donc le Ministère de l'Économie et celui des Affaires étrangères se déchirent maintenant à la cour. »
Les parallèles étaient trop flagrants pour être ignorés.
L'attaque de bêtes magiques au mariage impérial avait visé à déstabiliser la cour, à retarder les renforts vers le duché de Morgen. Et maintenant ? Un assassinat de haut vol, une lettre conçue pour attiser la guerre entre ministères — une autre diversion. Une autre façon de gagner du temps ? Mais pourquoi ?
Dans la chronologie du roman original, la ville d'Otto était déjà tombée aux mains de l'Empire de Conley au moment où la guerre éclatait à Estra. Mais à présent ? Ravenna avait agi trop vite. Elle avait écrasé la horde de bêtes avant qu'elle ne puisse semer le chaos. Elle avait dépêché Eugene pour fortifier les frontières de Morgen, stoppant l'avance de l'Empire de Conley avant qu'il ne prenne de l'élan.
Le Syndicat d'Héraclès avait-il paniqué ?
S'efforçait-il de recréer le chaos qu'il avait perdu ?
Une réalisation glaciale s'installa dans sa poitrine. Cela ne figurait pas dans le roman. C'était nouveau.
Elle se renversa, fixant le plafond voûté. Les réponses ne viendraient pas de la spéculation.
« Assez. » Ravenna se redressa d'un coup, les pieds de son fauteuil raclant le marbre. « Aurora me dira la vérité. »
La nuit tomba sur la cité de Kim comme un suaire de velours, le bourdonnement lointain du port s'effaçant dans le rythme des vagues contre la pierre. Ravenna avait dîné tôt — un repas perfonctoire d'agneau épicé et de figues au miel, prise seule dans son bureau privé à éplucher des documents. La lueur vacillante des lampes avait dansé sur parchemin après parchemin jusqu'à ce que les mots se brouillent devant ses yeux fatigués.
Maintenant, après une quinzaine de minutes, debout dans le silence feutré de sa chambre à coucher, elle défit les attaches complexes de sa robe. Elle glissa de ses épaules comme une bête abattue, s'amassant à ses pieds en un chuchotement de soie et de fil. À sa place, elle enfilat une chemise de nuit si transparente qu'on l'eût dit tissée de lumière lunaire — le tissu délicat épousant chaque courbe.
Elle venait de passer les doigts dans sa tresse défaites quand on frappa.
Trois coups précis. Une pause. Puis deux autres — leur vieux signal depuis ses jours au palais, quand les secrets s'échangeaient sous le couvert de l'obscurité.
La voix au-delà de la porte était plus douce que dans le souvenir de Ravenna, usée aux bords. Elle traversa la pièce en cinq pas silencieux, le tapis moelleux avalant ses pas. Quand elle ouvrit la porte, la vue la fit hésiter :
Aurora se tenait dans la lueur tamisée du couloir, sa chevelure flamboyante domptée en une unique épaisse natte sur l'épaule. Elle ne portait ni bijoux, ni fard — juste une simple chemise de nuit en lin violet impérial, col montant et manches longues, comme il sied à une noble dame. Pourtant, pour toute sa modestie, la façon dont le tissu effleurait sa taille, dont ses clavicules captaient la lumière des bougies, la rendait d'une certaine manière plus intime que la propre tenue transparente de Ravenna.
Sans un mot, Ravenna s'effaça. Aurora entra comme un fantôme franchissant un seuil, le parfum de lavande dans son sillage. La porte cliqueta derrière elles, les scellant dans le genre de silence qui précède les confessions.