La lueur vacillante des bougies dansait sur les élégantes tentures de soie de la chambre de Ravenna, projetant de longues ombres sur les murs richement peints. Un faible parfum de fleurs et de vieux parchemin emplissait l'air, se mêlant à l'arôme de biscuits fraîchement cuits posés sur une assiette en porcelaine entre elles.
Installée dans un fauteuil moelleux, Ravenna prit un biscuit, en croqua un morceau et observa sa disciple avec un sourire entendu.
« Je peux confier la tâche à Dame Aisha si tu n'en te sens pas capable », dit-elle négligemment, en balayant quelques miettes égarées sur ses genoux. « Ne te force pas. »
En face d'elle, Marie hésitait, les mains crispées en poings sur ses genoux. Ses yeux habituellement vifs étaient voilés par le doute.
« Je… je… » Marie avala sa salive avant de parler à nouveau, sa voix à peine plus qu'un murmure. « Pourquoi ne pourrions-nous pas tout simplement sauver tout le monde ? Il doit bien y avoir un moyen… non, Maître ? »
Ravenna étudia la jeune fille face à elle, son esprit vif et calculateur contrastant avec l'idéalisme pur et inébranlable de Marie.
'Toute une Sainte, hein…' songea-t-elle intérieurement.
Elle voyait la désespérance dans les yeux de Marie, ce désir farouche de protéger, de sauver. C'était admirable, mais aussi naïf. Le monde ne fonctionnait pas ainsi.
Poussant un soupir, elle se pencha légèrement en avant, la voix stable et ferme.
« Nous savons qu'ils libéreront des bêtes magiques pendant le mariage. Mais ce que nous ignorons, c'est d'où elles viendront et comment ils s'y prendront. »
C'était un mensonge, une demi-vérité soigneusement construite pour préserver Marie du complot plus vaste qui se tramait.
« Et nous soupçonnons quelqu'un au sein de la Cour impériale d'être à l'origine de tout cela », continua Ravenna avec aisance, ses yeux sombres scrutaient la moindre réaction de Marie. « Si nous informons les Chevaliers Impériaux ou ma famille maintenant, ils ne feront que changer leurs plans, ce qui rendra la contre-attaque encore plus difficile. »
Elle prit un autre biscuit et le tendit à Marie, les lèvres ourlées d'un petit sourire.
« Plutôt que d'essayer d'empêcher un plan que nous ne comprenons pas pleinement, ne serait-il pas plus sage de contrer celui que nous connaissons ? »
Marie serra le biscuit fort contre elle, sans y toucher.
« Alors… on laisse leur plan se déployer, puis on contre-attaque et on découvre qui tire les ficelles ? » demanda-t-elle lentement, la réalisation pointant dans sa voix.
Le sourire de Ravenna s'élargit. « Exactement. »
Elle se renfonça dans son fauteuil, observant Marie assimiler le poids de la mission qui l'attendait.
« C'est pour cela que j'ai besoin de savoir si tu peux le faire. Nous ne pouvons pas sauver tout le monde… mais nous pouvons en sauver le plus possible. »
Marie inspira brutalement, les doigts crispés sur le bord de sa robe. L'hésitation était encore là, mais autre chose brilla dans son expression — la résolution.
« Je… je le ferai, Maître ! »
Le regard perçant de Ravenna s'adoucit alors qu'elle acquiesçait avec approbation. « C'est l'esprit. »
Puis elle désigna le plan de l'intérieur de la cathédrale étalé sur la table.
« Tu dois prendre de la hauteur et— »
« Tirer sur un maximum pour ouvrir un chemin, afin que tous les nobles puissent se regrouper en un seul endroit ! » acheva Marie à sa place, la détermination brillant dans ses yeux.
Ravenna esquissa un rictus. « Précisément. Passons maintenant en revue les positions— »
Les yeux de Marie scintillaient d'une énergie divine.
Alors que le monde ralentissait devant elle, elle murmura :
« Vous allez tous tomber. » Elle pressa la gâchette.
Le premier trait frappa un loup en plein bond, lui transperçant le crâne juste entre les yeux. L'animal s'effondra avant d'avoir pu enfoncer ses crocs dans un noble en fuite.
Le deuxième et le troisième partirent en parfait synchronisme, embrochant la gorge d'un ogre qui s'apprêtait à écraser un chevalier blessé.
Puis — une rafale rapide, tir après tir.
Ses traits pleuvaient comme un jugement divin, chacun trouvant sa cible avec une précision infaillible.
Une bête serpentine s'enroulait autour d'un noble, ses crocs à quelques centimètres de sa chair — le trait de Marie s'enfonça profondément dans sa gueule béante, le clouant au sol de marbre.
Un gobelin se jeta sur une noble, sa dague levée pour lui trancher la gorge — le carreau de Marie lui brisa le bras, lui faisant lâcher son arme avant qu'un second ne lui transperce la poitrine.
Un par un, les monstres s'effondraient.
Ses tirs creusaient un chemin à travers le champ de bataille, menant directement vers les nobles de haut rang qui avaient été dispersés et acculés.
« MAINTENANT ! » hurla-t-elle vers eux.
Le duc Morgen, couvert de sang, rugit en menant la charge, guidant les survivants vers le passage dégagé.
Ravena traversa le chaos en sprintant, ses dagues dansant mortellement alors qu'elle abattait tout ce qui se dressait sur leur passage.
Marie ne s'arrêta pas. Ses traits fusaient, ses mains ne tremblaient pas.
Et pour la première fois depuis le début de l'attaque, l'espoir vacilla dans les yeux de ceux qui étaient encore en vie.
Les nobles de haut rang, jadis paralysés par la terreur, se muevrent désormais avec une détermination désespérée. Le sang et la sueur trempaient leurs belles robes de cérémonie, leurs visages autrefois impeccables portaient désormais coupures et salissures. La survie était devenue leur unique préoccupation.
La voix de Ravenna retentit par-dessus le tumulte, nette et autoritaire.
« Tout le monde, écoutez ! Regroupement près de la statue de gauche ! »
Sa voix portait au-dessus des cris des mourants, au-dessus des grognements gutturaux des bêtes magiques qui continuaient d'envahir la salle.
Le duc Morgen, sa lame déjà teintée d'un rouge profond, rugit son accord en fendant un loup monstrueux qui bondissait sur un noble à terre.
« Bougez ! Rejoignez la statue, maintenant ! » beugla-t-il, son imposante silhouette frayant un chemin à travers les décombres. « Ceux qui peuvent marcher, aidez ceux qui ne le peuvent pas ! Portez les blessés s'il le faut — gagnez juste la statue ! Nous érigerons une barricade ! »
Les traits de Marie pleuvaient toujours d'en haut, transperçant bête après bête, leur offrant les précieuses secondes dont ils avaient besoin.
Le sol de marbre détrempé de sang était perfide, des corps — humains et monstres — jonchaient le passage, pourtant ils avancèrent encore.
Ravenna esquiva sur la gauche, évitant de justesse les mâchoires claquetantes d'un loup monstrueux. Son corps endolori, ses muscles hurlants, sa respiration saccagée. Elle s'était déjà battue bien au-delà de ce que son corps aurait dû endurer.
Un autre loup bondit. Elle pivota, sa dague foudroyante lui tranchant la gorge en un mouvement unique et précis. Le sang gicla, maculant sa cape, mais elle ne s'arrêta pas.
« Merdre… juste un peu plus… ! » gronda-t-elle entre ses dents serrées.
Elle le sentait — son corps atteignait sa limite absolue. Chaque mouvement envoyait des pointes acérées dans ses bras et ses jambes, mais elle se forçait à avancer.
Devant elle, elle vit le duc Morgen tailler en pièces un ogre à la peau épaisse, la bête massive gémissant alors qu'elle s'effondrait. Les nobles se ruèrent derrière lui, suivant le chemin dégagé vers la statue de gauche.
Mais ils n'étaient pas encore en sûreté. Depuis l'entrée la plus lointaine, une nouvelle vague de bêtes magiques déferla — des créatures serpentines aux yeux lumineux, leurs corps glissant sur le marbre ensanglanté, leurs langues claquant d'anticipation.
Ravenna se poussa plus loin.
« Notre contre-attaque ne fait que commencer. »
Elle ne pouvait pas s'arrêter. Pas encore. Pas avant qu'ils ne lancent le plan et ne renversent la vapeur.