« Quel est ton but ? Ce n'est pas un endroit pour sécher les cours, tu sais ? »
« Madame , les cours sont déjà finis, donc je ne sèche pas. Je vais me soigner toute seule, donc je ne vous causerai aucun ennui. »
L'infirmière scolaire, Madame , méprise elle aussi. Elle séchait souvent les cours en prétextant être malade, alors c'est bien naturel. Même si ce n'était que du chiqué, ça compte tout de même comme une absence pour maladie, alors il est normal que cela ait stressé Madame .
Hum, je suppose que j'aurai besoin d'une compresse chaude. Incapable de rester simplement à regarder pendant que je fouille dans les étagères, Madame s'approcha. Fidèle à sa réputation de jolie doctoresse, Madame , réputée pour son sérieux et son attention, est, comme prévu, vraiment consciencieuse dans son travail.
« Viens, montre-moi ta blessure. »
« Merci. Euh, ça vous dérange si je m'assois ? »
« Les patients blessés ne devraient pas trop se retenir. Allons, assieds-toi. Alors c'est le pied gauche qui est blessé. Tu es blessée ailleurs ? »
« J'ai cogné mon bras gauche et mon dos. »
D'abord, j'ai retiré ma chaussure et dénudé mon pied gauche. Beurk, il est vraiment enflé. Enfin, forcément que ça devait faire aussi mal, oui. Ensuite, j'ai remonté ma manche gauche et vu qu'il était devenu absolument rouge lui aussi. Ça va sûrement changer de couleur plus tard, précisément virer au violet.
Ah, je ne peux pas montrer mon dos avec juste les manches remontées. J'ai à contrecœur redescendu ma manche et retiré ma chemise, montrant mon dos à Madame , que j'ai alors entendue avoir un hoquet audible. À quel point est-ce grave ?
« Qu'as-tu bien pu faire pour te blesser à ce point ? »
« J'ai dégringolé l'escalier. »
« Quelqu'un t'a poussée ? »
« J'ai dégringolé l'escalier. »
« ...... »
Madame , vous êtes vraiment perspicace. Normalement, on ne récolte pas ce genre de blessure en dégringolant l'escalier si l'on tombe en cours de descente. C'est compréhensible si l'on dégringole depuis tout en haut de l'escalier, mais c'est hautement improbable quand on descend normalement les marches.
De plus, si elle a entendu parler de ce qui m'est arrivé aujourd'hui, alors ce serait d'autant plus improbable. Malgré tout, je ne dirai rien. Je n'ai toujours aucune preuve matérielle et, même avec la voix, je suis la seule à l'avoir entendue, alors elle ne fonctionnerait même pas comme preuve fragile, c'est inutile.
Autrement dit, je ne peux pas nommer la coupable.
« Si tu le dis, alors restons-en là. »
Après cela, les choses allèrent vite. Avant la compresse chaude, elle appliqua une pommade sur les blessures, fixa la compresse et enveloppa ma jambe serrée dans un bandage. Mon bras gauche eut droit au même traitement. Quant à mon dos, on ne peut pas vraiment le bander, donc c'est seulement pommade plus compresse chaude.
Haah, ça va un peu mieux maintenant. Malgré tout, comment je fais ? Je devrais pouvoir rentrer tant bien que mal dans cet état, mais je vais devoir expliquer ça au gérant de l'immeuble. En plus de ça, qu'est-ce que je fais pour le dîner ? Même si je voulais contacter Mademoiselle , mon téléphone est aussi dans mon sac, donc il a disparu.
« Merci beaucoup. Je passerai un instant à la salle des professeurs avant de rentrer directement. »
« Arrête-toi là. Pas question que je te laisse marcher avec autant de blessures. Quel professeur dois-tu voir ? »
« Monsieur . »
« Alors je vais l'appeler. Un instant. »
Elle sortit prestement un téléphone. Je suis reconnaissante du geste, mais l'usage des téléphones dans l'enceinte de l'établissement est interdit, non ? Enfin, je suppose que c'est bon puisqu'elle est professeure, mais je me sens un peu mal pour Monsieur , convoqué d'un seul appel.
« Qu'entendais-tu par "il s'est passé quelque chose" ?! »
« Woa, c'était rapide. »
« La salle des professeurs est juste au coin, après tout. »
J'avais complètement oublié que l'infirmerie et la salle des professeurs sont juste côte à côte. Devant se trouve l'infirmerie, tandis que la salle des professeurs est un peu plus au fond. D'ailleurs, je n'ai encore rien mis sur le dos, je suis encore en sous-vêtements.
« Désolée de vous avoir fait venir en un moment aussi chargé. »
« Non, ça ne me dérange pas vraiment, alors dépêche-toi de mettre quelque chose. J'ai du mal à savoir où regarder. »
Incapable de regarder Monsieur rougir comme pas possible, j'ai enfilé ma tenue de sport. Le frottement fait un peu mal, mais ça devrait aller. Malgré tout, y a-t-il quoi que ce soit de sensuel à me voir couverte de bandages et de compresses chaudes ? À voir Madame rire, elle trouve sans doute la réaction de Monsieur amusante.
Enfin, avec ça, il ne devrait pas être nécessaire d'expliquer. Il a déjà beaucoup vu, alors il devrait pouvoir deviner. Il a vraiment beaucoup vu, cela dit.
« Alors, que s'est-il passé pour que tu sois aussi blessée ? »
« J'ai dégringolé l'escalier. »
« Haa, c'est donc ça. C'est si effronté que c'en est choquant. »
« C'est vrai. Je ne m'attendais pas à être persécutée aussi durement en une seule journée. »
« As-tu une idée de qui pourrait être aussi en colère contre toi ? »
« Pas du tout. Enfin, j'ai bien un indice, ou plutôt j'ai entendu la coupable. »
« Qui est-ce ? »
« Avant ça. Monsieur , pouvez-vous vous fier à mon témoignage ? »
Comme je l'ai dit plus tôt, mon témoignage personnel a une crédibilité de 0 %, ou plutôt il y a de fortes chances qu'il soit interprété d'une manière bizarre. Bien que ce soit ma propre faute et qu'on n'y puisse rien, c'est un problème dans ce genre de situation.
Après tout, quoi que je dise, ça devient ma faute.
« C'est donc ça. Bien que l'an dernier soit déjà du passé, une grande partie du présent n'est que la récolte de ce qu'on a semé. »
« Mais à voir ces blessures, on ne peut pas vraiment appeler ça récolter ce qu'elle a semé, si ? Une seule erreur et ç'aurait pu tourner à une affaire de vie ou de mort, vous savez ? »
« C'est vrai. Ç'aurait été dangereux si elle s'était cogné la tête. »
« Alors, quel est ton avis ? »
« Je te crois. Si je ne te crois pas alors que tu essaies de changer, qui d'autre sera de ton côté ? »
« Je te crois aussi. Après avoir subi autant de blessures, il est impossible que je ne croie pas ce que tu dis. »
« Merci beaucoup. Alors, à propos de la voix que j'ai entendue, il s'agit probablement d'. »
« De l'une des douze maisons, hein. »
Ce rire m'est désagréablement familier. Après tout, c'était quelqu'un qui traînait avec l'an dernier, ou plutôt c'est l'une de ses complices. Toutes deux étant membres des douze maisons et ayant des caractères similaires, elles s'entendaient plutôt bien.
Enfin, ça, c'est juste ce que croyait, se servait simplement de . Après tout, quelle que soit la sottise que commettait, tout était rejeté sur .
« Pour cette raison, veuillez être prudent dans le traitement de cette affaire. Si vous la provoquez à la légère, ça pourrait vous attirer des ennuis à vous aussi. »
« C'est noté. Pour l'instant, je vais consulter le proviseur. Elle en a déjà tant fait aujourd'hui, alors elle se tiendra probablement à carreau un moment. »
« Oui, j'espère que ce sera le cas. Si ça en revient encore aux mains demain, je ne sais vraiment pas si mon corps tiendra. »
« Tu es assez mûre. D'ordinaire, les gens confrontés à ce genre de situation seraient en larmes, cramponnés à des amis ou à des soutiens. Mademoiselle , tu acceptes cette situation avec tant de facilité. »
« Celle qui a créé cette situation, c'est moi-même. Ne pas nier ce fait et l'accepter, voilà ce que je dois faire. C'est ça, l'expiation. »
Ce n'est pas ma faute. C'est vrai que dire ça me ferait sans doute me sentir mieux. Mais même ainsi, ce corps est celui de et il attire la malveillance et le ressentiment. Inévitablement, je ne peux pas le nier.
Dans ce cas, je n'ai d'autre choix que de m'y résoudre. J'accepterai chacune de ces choses et j'expierai à la place de ; j'endurerai jusqu'à mon effacement. Telle est ma résolution.
« Ce n'est pas normal. Ou plutôt, c'est peut-être insensé. Tu ne peux pas tout accepter. Avant d'y arriver, tu craqueras d'abord. »
« Même ainsi, je n'ai d'autre choix que de le faire. C'est la seule chose que je puisse faire. »
Je ne peux pas fuir. Ou plutôt, c'est justement parce que je n'ai nulle part où fuir que j'ai trouvé ma résolution. Malgré tout, je ne m'attendais pas à ce que Madame pense autant à moi. Alors même que je lui ai causé tant d'ennuis l'an dernier.
Voir qu'il y a des gens qui me surveillent comme il faut au présent m'a apporté un certain soulagement, je n'ai pu m'empêcher de sourire.
« Je n'arrive pas à croire que tu puisses sourire dans une situation pareille. Ou plutôt, ce sourire est dangereux. Monsieur , ça va ? »
« Aa, ouais. Allons, je sais que ce n'est pas bien d'avoir des sentiments impurs envers les élèves. »
« Ne craquez pas si facilement, s'il vous plaît. Vous allez devenir une cible parfaite pour les ragots, vous savez ? »
Je me demande de quoi ils parlent. J'étais juste soulagée et j'ai retrouvé assez de sérénité pour esquisser un sourire. Enfin, peu importe. On a pratiquement terminé ici et je vais devoir rentrer bientôt.
« Bon, je devrais partir bientôt. »
« Arrête. J'espère me tromper, mais as-tu l'intention de rentrer à pied ? »
« J'ai perdu toutes mes affaires, alors je n'ai d'autre choix que de marcher. »
« Comme si j'allais laisser passer ça. Monsieur , quand vous en discuterez avec le proviseur, rapportez-lui que je raccompagne Mademoiselle . »
« Compris. Je te la confie. »
« Non, je ne peux pas vous déranger davan— »
« Apprends à compter un peu plus sur les autres. Et puis, même si tu refuses, je vais te mettre dans la voiture, quitte à le faire de force. »
« ...... Compris. Merci de prendre soin de moi. »
Les yeux de Madame sont effrayants. Même s'il est vrai que laisser une élève à la jambe blessée rentrer à pied serait cruel, je n'y vois pas vraiment de problème. Je n'ai qu'à serrer les dents, après tout. Mais c'est sans doute pour ça qu'elle y est si opposée.
Dans ce cas, je suppose que je vais accepter le trajet avec reconnaissance.