Aller au contenu principal

The Tyrant's Tranquilizer

Chapitre 69

The Tyrant's TranquilizerThe Tyrant's Tranquilizer
Chapitre 69

Chapitre 69

Chapitre 69/7395%~13 min de lecture2 494 mots

C’était la première fois, depuis vingt-sept ans, que Serwin éprouvait une véritable peur de perdre quelqu’un. Même s’il ressentait une légère amertume en voyant ses fidèles subordonnés tomber, cela restait là toute l’étendue de ses sentiments. Il croyait que le deuil et ce sentiment de perte avaient été longuement anéantis dans son cœur.

Mais récemment, Serwin peinait à subir une peur qui lui était totalement étrangère.

Depuis la fête au Palais impérial, il perdait son calme chaque fois qu’Amelie disparaissait de sa vue. Il ne supportait plus l’absence de surveillance tant il redoutait qu’elle ne tombe dans le guet-apens si elle n’était pas sous ses yeux. Cela valait aussi bien quand ils n’étaient séparés que par une distance où l’on pouvait crier.

Son anxiété était telle qu’il lui fallait la serrer contre lui pour pouvoir dormir ; sans quoi, le sommeil lui faisait défaut. Dans cet état, il lui était impossible de la laisser seule accomplir quoique ce soit. Dès qu’ils étaient séparés, il peinait même à déchiffrer les lettres des documents posés devant lui. S’ils occupaient le même espace, s’il percevait encore sa présence, tant qu’il ne la tenait pas visuellement sous contrôle, l’agitation le gagnait et son regard partait aussitôt à sa recherche.

Bien sûr, il savait qu’Amelie était spéciale. Elle n’était pas aussi fragile qu’il l’avait cru. Elle possédait autant le pouvoir que l’intelligence nécessaires pour protéger non seulement elle-même, mais aussi autrui.

Néanmoins, c’était son propre problème, alors il avalait cette angoisse seul.

Le Désastre avait délibérément poussé Renia à attaquer Amelie pour la traîner ensuite dans le lac. Serwin avait nettement vu le sang de la jeune femme diffuser dans l’eau.

Ce n’était ni un hasard ni un caprice du côté du Désastre d’avoir choisi ce lac et utilisé Renia de manière aussi laborieuse. Lui, comme toujours, voulait semer le désespoir absolu dans l’âme de Serwin.

‘De cette façon, le Désastre pourrait parvenir à se libérer.’

Il était évident que le Désastre avait sciemment mis le doigt sur la peur la plus profonde de Serwin.

Il serra les poings avec dégoût.

‘Je ne perdrais jamais Amelie ainsi. Jamais.’

Il n’inquiétait pas seulement pour la sécurité d’Amelie.

‘Tu as vu ? Sous le lac ? Les cadavres ?’

Faisant mine de demander ce que tout cela signifiait, Serwin n’était pas assez sûr de lui pour user de détours malins. Mais il lui était impossible de lui dire franchement la vérité. Si elle apprenait le fond des choses, elle finirait par le haïr. Elle était si lumineuse et droite qu’il était certain qu’elle ne lui pardonnerait jamais les atrocités dont il s’était rendu coupable.

Pendant qu’il s’enfonçait dans ses pensées, les flammes contenues dans le bol métallique s’amenuisèrent peu à peu, rendant à la pièce sa luminosité initiale. Tous les parchemins et les fioles avaient fini par brûler, ne laissant derrière eux que des cendres dans le récipient en laiton.

« Ça y est, c’est un succès. »

Amelie sourit largement. Son message envoyé par magie devrait atteindre toutes les sorcières, où qu’elles se trouvent, que Amelie connaisse leurs adresses ou non.

« Bon travail. »

Serwin la regarda et sourit en retour. L’anxiété s’était évaporée de son visage en un éclair. Dissimuler ses émotions sur son visage faisait partie des choses qu’il maîtrisait le mieux.

*****

Le lendemain, Amelie ne pressa pas Serwin d’aller travailler. À la place, elle exprima le souhait de l’accompagner.

« Au bureau ? Tu vas rester collée à moi en permanence ? Les gens qui vont entrer et sortir vont te regarder. »

Serwin semblait surpris. Amelie haussa les épaules.

'Si je ne suis pas là, tu vas t'inquiéter, et toi tu dois bosser, donc je devrai venir avec toi.'

Pour autant, elle semblait méfiante à l’idée de simplement le suivre. Elle ne voulait surtout pas entendre dire qu’ils se fréquentaient maintenant dans l’enceinte sacrée du travail.

Amelie se transforma donc à nouveau en hamster. En la voyant, Serwin écarquilla les yeux.

« Une souris ? »

« Pas une souris, un hamster. »

Milena corrigea depuis leur voisinage. Serwin tendit un doigt vers Amelie, curieux. Amelie n’étant pas un vrai hamster, elle ne mordait pas les mains des inconnus, mais elle vint frotter contre son doigt pour répondre à l’attente de Serwin. Tandis que son petit museau rose frétillait, ses longues moustaches tremblaient également.

« Tu te transforms toujours en quelque chose qui te ressemble. »

Amelie fronça vigoureusement les sourcils.

'Je me transforme en quelque chose de petit et timide ? C'est une insulte ou un compliment ?'

Serwin sourit et posa Amelie dans sa paume.

Tic, tic.

'Lâche-moi, lâche !'

Amelie se débattit, les yeux exorbités et les petites pattes tendues. Mis à part la confiance qu’elle accordait à Serwin, être enserrée par ses mains calleuses lui déplaisait. Serwin chatouilla le menton d’Amelie du bout de l’index, comme si elle trouvait aussi cette interaction adorable.

'C'est un crime de toucher quelqu'un comme ça. Je vais te mordre !'

Les petites dents pointues d’Amelie effleurèrent le doigt de Serwin. Aux yeux de ce dernier, même le fait de le menacer semblait adorable.

« Je ne comprends pas les animaux, mais je crois que tu te comportes beaucoup plus librement lorsque tu en es un. »

Ah, elle venait de se faire avoir.

Amelie afficha un sourire gêné. Comment pouvait-il bien savoir ça ? Était-ce un fantôme ? Bref, il était très maligne. Amelie frotta l’endroit où ses dents l’avaient touché, tiraillée par une légère culpabilité d’avoir été repérée.

« On y va ? »

Tandis qu’Amelie hochait la tête, Serwin la glissa dans la poche de sa veste. La poche poitrine était un peu étroite, mais le tissu blanc permettait de bien la distinguer. Amelie se tortilla avant de trouver une position confortable.

'Allons-y !'

Lorsqu’Amelie étira les bras, Serwin s’élança vers le Palais impérial, ses pas allégés après une longue période de mauvaise humeur.

*****

Au cours des jours suivants, Amelie accompagna Serwin au travail. D’un côté de son bureau trônait un petit coussin moelleux réservé à Amelie, et elle pouvait s’y prélasser ou grignoter des collations à volonté. Ces dernières évoluaient au fil des jours, passant des patates douces séchées aux biscuits croustillants.

'C’est confortable, mais j’en ai marre.'

Amelie roula sur le plateau du bureau. S’adonner à la paresse avait du charme, mais l’ennui commençait de la gagner. Incapable de lire ou de discuter sous forme de hamster,

Elle mangeait des collations, faisait des siestes et s’aplatissait. Las de ces occupations, elle entreprit d’escalader le corps de Serwin pour jouer. Sa taille imposante faisait du haut de son crâne un sommet particulièrement divertissant à gravir.

Malgré ces interruptions incessantes, il travaillait avec une concentration acharnée. Savoir Amelie installée juste devant lui suffisait à le rassurer.

'Quel soulagement de voir enfin des résultats.'

Amelie monta sur les deux épaules de Serwin puis redescendit sur le bureau. Et sans aucun motif précis, elle parcourut les abords des dossiers sur lesquels Serwin fixait le regard.

'Le calendrier de l’événement du jour de chasse ?'

Le jour de la Chasse était une célébration annuelle qui consistait à veiller toute la nuit pour manger de la viande chassée et boire de l’alcool.

Créé dans les premiers temps de l’Empire, durant les années dévastatrices, cet événement était désormais réduit à l’achat de viandes prêtes à être consommées, sans qu’il soit nécessaire de se salir les mains à la chasse.

Pourtant, jadis, la famille impériale organisait un concours de chasse chaque année pour fêter l’événement.

Le lieu du concours se situait dans les montagnes et forêts du domaine impérial. Autrefois, cela se déroulait sur des terrains de chasse extérieurs, mais Serwin avait décidé d’y transférer l’activité sur les terres mêmes du palais.

'Moi aussi, je devrais y aller ?'

Amelie détestait la chasse. Elle refusait d’y participer sauf contrainte absolue, mais jouant les proches de l’Empereur, elle ignorait si la présence à ses côtés ne serait pas bientôt requise.

'Je devrai lui demander plus tard, pendant le déjeuner.'

Quand Amelie releva la tête, ses regards croisèrent ceux de Serwin. Tout en tenant une plume, celui-ci caressa sa joue du bout de l’index.

'Oups, ma barbe est écrasée.'

Amelie recula et pencha la tête, mais Serwin rattrapa rapidement son poignet. La différence de taille donnait à la scène l’allure d’Amelie tenant délicatement son doigt dans sa petite patte.

Amelie frappa la main de Serwin de toutes ses forces.

Toc, toc, toc.

'Dépêche-toi de bosser.'

Plus Serwin terminerait vite, plus tôt pourraient-ils rentrer, alors Amelie le pressait du regard, mais Serwin n’avait aucune envie d’accélérer la fin de sa besogne. Avec Amelie plantée juste devant lui, tout marchait bien et il se sentait plutôt bon enfant.

« Dépêchons-nous de manger. »

« Comme vous voulez, Votre Majesté. »

À son ordre, les assistants déposèrent leurs dossiers et se levèrent de chaise. Ils quittèrent la pièce en un éclair. Quelques instants plus tard, les domestiques apportèrent le repas. La table chargeait suffisamment de mets pour qu’on aurait juré qu’un seul homme ne pourrait rien avaler.

Une fois les serviteurs partis, Amelie reprit sa forme humaine.

« Incroyable ! C’était vraiment frustrant de ne pas pouvoir parler ! »

Amelie fut celle qui apprécia le plus son repas. Le déjeuner d’aujourd’hui proposait une salade au saumon fumé, un riz frit aux épices puissantes du sud et des champignons grillés. Elle entama son assiette visage joyeux. Serwin mangeait tranquillement, comme saturé rien qu’en contemplant Amelie savourer.

« Concernant le concours de chasse. »

« Le concours de chasse ? »

L’expression de Serwin se durcit légèrement.

Amelie ne pouvait décoder son visage avec précision, absorbée par son repas.

« Moi aussi, je devrais y aller ? »

« Si tu n’aimes pas ça, tu n’es pas obligée d’y aller. Tu n’as pas besoin d’y assister. »

« Je verrai. »

« Très bien. »

Contrairement à sa voix paisible, le regard de Serwin errait sans s’arrêter.

Amelie mangeait les champignons grillés à l’aide d’une fourchette. L’arôme puissant envahissant sa bouche était si intense qu’elle laissa le goût persister pour en savourer pleinement la chair.

« Tiens, d’ailleurs. J’ai une faveur à te demander. »

« Une faveur ? Dis ce qu’il te faut. »

« Je voudrais obtenir des rapports du Ministère de l’Intérieur sur les anomalies survenant dans le palais. »

Amelie avala une cuillerée généreuse de riz frit. Contrairement à ses craintes sur le poids des épices, la saveur était excellente.

« — Pourquoi ? »

Le visage de Serwin se ferma explicitement, mais dès qu’Amelie releva les yeux, elle répondit avec une légèreté déconcertante comme s’il ne s’agissait de rien de grave. Amelie poursuivit son discours sans relever le changement de ton, concentrée sur son assiette.

« Rien ne garantit qu’un incident similaire à celui impliquant Renia ne se reproduise pas. Cette fois, c’était ciblé sur moi, mais imagine si un individu contrôlé par le Désastre s’en prenait à toi, Votre Majesté. Avant que cela n’arrive, nous devons mener nos propres enquêtes et établir des plans de défense. »

« Cela n’arrivera pas. »

Face à la réponse péremptoire de Serwin, Amelie le détailla d’un air incrédule.

« Tu en es certain ? »

« C’est… parce que je suis fort. »

Serwin répondit à chaud.

« Mais tu ne peux pas baisser la garde. »

« Est-ce vraiment indispensable de passer du temps là-dessus ? Ça ne s’est produit ni il y a un an ni il y a deux. »

« Alors il nous faut approfondir la question. Comprendre quand l’énergie du Désastre s’intensifie nous sera utile à bien des égards. »

Il était clair que vivre dans la peur de voir un individu manipulé par le Désastre bondir sur soi n’était pas une option viable, et saisir les mécanismes de cette intensification énergétique constituerait un atout majeur pour triompher du fléau.

Amelie exposa avec fougue sa réflexion à Serwin. Mais ce dernier resta relativement indifférent.

« Maintenant que j’y pense, Votre Majesté sait-elle déjà que les anomalies survenues au palais sont imputables aux rémanences du Désastre ? »

« Non, pourquoi ? »

« J’espère que tu n’as pas trop sursauté quand je t’en ai parlé pour la première fois. Tu avais l’air vraiment stupéfait. »

« J’avais cet air-là ? Tant pis, je pensais surtout que cela risquait de tourner court. »

« Compris. »

« Si tu tiens vraiment à savoir, je vais informer le Ministère de l’Intérieur. Tu préparez ta rencontre avec les sorcières ? »

Serwin changea habilement de sujet.

« Je réfléchis encore. Que faire pour faire bonne impression ? »

« Ça te tracasse ? »

« Bien sûr ! Je n’ai jamais rencontré personne hormis ma grand-mère sorcière…. J’ai plein de questions. »

Amelie sortit un papier de la poche de sa chemise. Elle y avait noté toutes ses interrogations pour la rencontre avec les sorcières.

Serwin se pencha vers Amelie et lut les mots inscrits sur le papier par-dessus son épaule.

« Comment devenir douée en transformation ? Puis-je m’exercer seule ou ai-je besoin d’un professeur ? »

Serwin eut un petit rire.

« S’il y a un savoir à acquérir, il vient d’un maître. Je veux me transformer en un animal plus grand et plus classe. »

« Je crois que ce sera difficile. Imagine juste un ours rose. »

« Ce ne sera pas un ours rose ! Si j’y arrive correctement, je modifierai la couleur de mon pelage. Mais j’échoue toujours. »

Amelie grommela.

« Qu’est-ce que c’est ? Prépare-tu des collations ? »

Serwin tapa un coin du papier. Des sablés au gingembre et des pâtisseries y étaient dessinés.

« Ce n’est pas comme si je comptais les traiter de travers. C’est une invitation lancée de mon côté. D’ailleurs, combien de portions prévoyons-nous ? »

Amelie prit la question très au sérieux. Manquer de nourriture parce qu’il y aurait eu plus de monde que prévu était fâcheux, mais en préparer trop et gaspiller des provisions l’était tout autant.

« Tu peux les accueillir et les amener directement au Palais impérial. Les femmes de chambre s’occuperont du reste. »

« Parfait ! »

Amelie nota les instructions de Serwin sur sa feuille. Serwin continua de fixer les lèvres d’Amelie, mimant silencieusement les syllabes au fur et à mesure qu’elle rédigeait.

'Mais il se peut aussi que personne ne vienne.'

Serwin pesa un instant le pour et le contre : devait-il rabaisser ses attentes pour éviter la déception d’une attente trop forte ? Il tranchait généralement par la retenue, préférant la prudence face à un futur incertain et considérant l’espoir excessif comme vain et illusoire, mais cette fois, il décida de faire abstraction de cette logique.

« Tu es excitée. »

« C’est assez visible, non ? »

« Très. »

Amelie arborait un large sourire. Elle était si adorable que Serwin fut tenté de lui pincer les joues, tant elle avait les yeux brillants d’impatience.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.