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The Tyrant's Tranquilizer

Chapitre 57

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Chapitre 57

Chapitre 57

Chapitre 57/6390%~11 min de lecture2 033 mots

« Tu n'as jamais regardé le Palais impérial depuis les airs ? »

« Non. »

« On ferait le tour complet ? »

Serwin hochait la tête sans y penser. Un instant, il avait été totalement hypnotisé par Amelie et avait oublié qu'ils avaient grimpé trop haut.

Les deux s'assirent côte à côte sur le Balai et firent le tour du Palais impérial. Du manoir où elle résidait jusqu'au palais, en passant par la bibliothèque qu'elle fréquentait souvent et le chemin parcouru lors de son arrivée au Palais impérial, les lieux familiels côtoyaient les endroits qu'elle ne connaissait pas encore.

« De cette façon, le Palais impérial est près d'où je vis, non ? »

« Si c'est trop loin, c'est dur d'y aller souvent. Je ne voulais pas être trop loin non plus. »

« C'est bien d'être proche, au cas où il y aurait une urgence. »

Amelie acquiesça. Serwin arborait une expression tremblotante, mais elle ne s'en aperçut pas.

« Ce sera là que se tiendra la réception demain. »

Serwin leva la main et désigna l'immeuble. Au début, chaque fois qu'Amelie pointait un endroit sous eux, il était obligé de retenir sa respiration, mais il s'était habitué et en était arrivé à guider Amelie lui-même à travers le Palais impérial.

« On descend ? Si on y va jeter un coup d'œil avant, ce sera moins stressant pour demain. »

« On y va ? »

Amelie dirigea le Balai vers le lieu de la réception. En traversant le ciel, elle tourna la tête comme attirée par quelque chose hors de sa portée. Elle pouvait apercevoir le lac non loin de l'endroit de la fête. Il n'était pas très grand, mais l'eau semblait profonde.

« Il y a un lac par là-bas ? »

Le visage de Serwin se durcit aussitôt. Il avait l'air d'avoir vu une horreur.

« N'y va surtout jamais. »

« Pardon ? »

Amelie répondit. Pourtant, Serwin ne prononça mot jusqu'à ce qu'ils descendent devant le lieu de la réception.

La réception se déroulerait dans un bâtiment nommé le Palais Élique. Construction mystérieuse inspirée de l'aspect d'un vieux temple, il est dit que seul le cérémonial royal s'y déroule. En prévision de la fête de demain, toute la domesticité avait été mobilisée pour décorer l'édifice, mais heure tardive oblige, personne ne devrait errer aux alentours.

Amelie suivit Serwin à l'intérieur.

« Pourquoi ce bâtiment a-t-il un nom à part ? Les autres n'en ont pas. »

« C'est la première construction érigée par le premier Empereur. Elique porte aussi le nom du premier souverain. »

« Ah, ce bâtiment date de mille ans ? »

« Oui. Bien que les réparations successives aient peu laissé de traces de l'époque. »

« Est-ce que c'est autorisé d'entrer comme ça ? »

« Bien sûr. C'est ma maison, après tout. »

L'intégralité du Palais impérial appartenait à Serwin, l'Empereur. Il alluma une lampe magique à l'entrée de la salle de réception.

« Waouh. »

La salle de réception scintillait de tous ses feux. Le marbre brillait d'un blanc immaculé, plusieurs lustres géants pendaient au plafond, un rideau rouge ornait les murs et les montants des fenêtres arquées étaient dorés. Elle eut l'impression d'être enveloppée d'une lumière ambrée.

« Tu aimes ? »

Amelie observait constamment les alentours en imaginant déjà la réception. La largeur de la pièce était telle que même debout à une extrémité, elle ne parvenait pas à voir entièrement l'autre rive.

« —Ça me mettrait plus mal à l'aise d'y danser. »

Au centre de cette salle spectaculaire, elle devrait danser avec Serwin sous le regard de tous.

« Vraiment ? Ce n'est pas plutot parce que tu as vraiment peur ? »

« Tout le monde se sentirait pressé par là-dessus, non ? Je suis plutôt courageuse, je trouve. »

« Ouais. Ouais. »

Serwin rit.

« On danse ? »

« Tout de suite ? »

« Personne ne regarde. Ce n'est pas grave, non ? »

« C'est bon, mais… »

Si elle avait su qu'ils allaient danser, elle se serait habillée plus joliment. Elle en éprouvait une certaine déception.

« Il n'y a pas de musique… Devrais-je demander à quelqu'un d'en jouer ? »

« Moi, je peux m'en charger. »

Dans un coin de la salle trônait un piano. Amelie s'y rendit aux côtés de Serwin.

« Une magie ? »

« Oui. »

Amelie posa la main sur le clavier et murmura une incantation. Alors, comme si un musicien était assis sur le banc, les touches commencèrent à s'enfoncer et la mélodie se fit entendre. Serwin observa la scène avec curiosité. Le fait qu'Amelie soit une sorcière semblait toujours le surprendre.

« Ta magie s'est beaucoup améliorée. »

« N'est-ce pas ? J'ai tellement pratiqué ! »

Amelie était de bonne humeur. Serwin, admirant son air charmeur, tendit la main droite.

« Tiens. »

Il posa la main gauche sur sa poitrine et s'inclina légèrement. C'était la posture classique de celui qui sollicite une danse. Amelie fléchit légèrement les genoux, à l'image de ce qu'on lui avait appris, pour le saluer et saisit la main de Serwin.

L'une des mains devait tenir celle du partenaire, tandis que l'autre se posait sur son corps. La main de l'homme allait à la taille de la femme, et celle de la femme à l'épaule de l'homme.

La main de Serwin enveloppa la taille d'Amelie. Celle-ci posa la sienne sur l'épaule du jeune homme, contractant instinctivement les abdominaux. Les chevaliers qui l'avaient entraînée avant lui avaient tous le physique athlétique, mais nul n'atteignait la carrure de Serwin.

'C'est un peu gênant.'

Amelie rougit sans même s'en rendre compte.

« Tu ne devrais pas me regarder ? »

« Si je dois lever la tête pour croiser votre regard, Votre Majesté, mon cou va devenir raide. »

« On ne peut pas juste fixer le sol. »

Pendant ce temps, une nouvelle mélodie de danse commençait. Dès que la musique familière résonna, ses pieds bougèrent d'eux-mêmes. Amelie haussa lentement les yeux vers Serwin. En réalité, sa douleur cervicale n'était qu'une excuse. Gênée d'être d'abord consciente du corps de l'autre, elle évitait simplement son regard.

L'introduction s'enchaîna sans accroc. Le corps d'Amelie suivit également parfaitement les directives de Serwin.

« Oh, tu t'en sors bien ? »

« C'est seulement le début. »

Dès qu'elle entendit le compliment, la chronologie des pas commença à brouiller son esprit.

'Le pied gauche ? Non, c'est bien le droit qui passe en premier, non ?'

Elle avait certes mémorisé chaque figure, mais en dansant, ses pieds faisaient ce qu'ils voulaient. Plus ils évoluaient, plus son anxiété la gagnait à en avoir les cheveux blancs.

« Ne pense pas à tes pieds et regarde-moi. Plus tu t'y concentres, plus tu te trompes. »

« C'est vrai, mais… »

Amelie restait incapable de détacher le regard de ses pieds. Elle savait qu'il avait raison, mais elle craignait de continuer à lui marcher dessus. Finalement, elle trébucha alors qu'elle aurait dû effectuer un tour élégant.

« Ah ! »

Amelie était prête à tomber. Mais Serwin saisit sa taille et la retint fermement. Le corps d'Amelie vint coller contre le sien, comme dans une étreinte. Le torse ferme de Serwin se trouvait exactement devant elle.

'Merde… C'est trop près…'

Cela ne différait pas d'une accolade. Elle comprenait désormais pourquoi Madame Enard lui avait appris à garder la distance rigoureuse, le dos raidi comme une lame. Entre homme et femme, danser ainsi prêtait fatalement à méprise. On les prendrait pour des amants, car rien ni personne ne pouvait se trouver aussi proches l'un de l'autre s'ils n'étaient pas couple.

« Tu peux me marcher dessus autant que tu veux. Ça ne me fait même pas mal. »

« C'est parce que je porte des chaussures plates en ce moment. Les talons de demain sont redoutables. »

« Je vais donc anticiper, alors détends-toi et laisse-toi porter par moi. »

Amelie tira une grimace plaintive. Si la détente dépendait de sa seule volonté, elle n'aurait pas été aussi tendue. Serwin la serra contre lui et l'entraîna délibérément dans une rotation.

« Je perds les pédales. » soupira-t-elle.

« C'est parce que tu ne me regardes pas. »

« Pas question. »

« Amelie. »

Amelie croisèrent enfin son regard, à contrecœur. Dès que leurs yeux se rencontrèrent, il sourit. Ses sourcils s'affaissèrent légèrement, lui donnant un air avenant. C'était un sourire charmant, difficile à imaginer quand on ne voyait que ses yeux habituels teintés de sang. Une lueur d'or scintilla dans le plissement de ses paupières. Infime, elle l'empêchait pourtant de cligner des yeux ou de détourner le regard. La splendeur de la salle de réception n'intéressait plus personne. Le cœur d'Amelie s'emballa.

Serwin guidait Amelie à son propre rythme. Elle reculait ou avançait selon ses indications. Plus aucune marge pour l'hésitation. Lorsque l'idée de devoir danser parfaitement s'évapora, ses mouvements s'en trouvérent paradoxalement plus fluides.

« Tu t'en sors ? »

« Oui, il faudra faire pareil demain. »

« Demain… Et si je fais une gaffe demain ? Je pourrais trébucher sur tes pas. »

« Alors je te rattraperai avant que les autres ne voient quoi que ce soit. »

« —Et si je gâche l'ambiance en disant des bêtises ? »

« Ça n'arrivera pas. Et avec ma présence, ils seront tous forcés de sourire, qu'ils aiment ça ou non. »

Ils restèrent collés l'un à l'autre, mains liées, tandis que la musique continuait. Puis elle effectua un tour et se retrouva maintenue contre lui. Serwin plia le buste et rapprocha son visage du sien avec une intimité marquée.

« Pourquoi t'inquiètes-tu quand je suis là ? »

« C'est vraiment rassurant. »

« N'est-ce pas ? Je viens à bout de tout. »

À la réponse impudente de Serwin, Amelie éclata d'un rire léger. Serwin rit à son tour en la voyant.

Tandis que les deux profitaient d'un moment intime, le palais d'Amelie reposait dans le silence. Ignorant leur sortie discrète, le personnel supposa qu'ils s'étaient endormis tôt et regagnaient leurs chambres respectives. Hormis quelques surveillants de garde, tout le monde dormait profondément.

À ce moment-là, Charlotte, sortie de sa chambre, avançait à tâtons dans le couloir. Celui qu'elle empruntait pourtant quotidiennement lui paraissait infiniment long et sombre.

'Je ne peux pas me faire prendre.'

Charlotte jetait des coups d'œil frénétiques autour d'elle, telle une souris traquée. Ce n'est qu'en franchissant le seuil de sa chambre d'habillage qu'elle souffla un soupir de soulagement.

'Phouh, où sont mes vêtements ?'

La robe de réception pendait à l'endroit le plus visible, ce qui facilitait sa recherche. Charlotte en sortit le remède que Renia lui avait confié.

'Est-ce que ça marche vraiment ? Ce n'est pas du poison, quand même ?'

La jeune Dame de Manvers n'était pas du genre à opter pour des méthodes extrêmes et dangereuses comme l'empoisonnement. Malgré tout, elle éprouvait une certaine hésitation.

'Ce jour-là, quelque chose avait été bizarre, non ?'

Ce jour-là, l'état de Renia avait présenté de légères variations par rapport à la normale. Impossible de l'analyser précisément, mais Charlotte sentait une vague d'inquiétude la gagner.

'Non, il faut ignorer ces détails inutiles. Charlotte, souviens-toi simplement de la promesse de Renia. Pourvu que tu accomplisses cette tâche correctement, tu deviendras la Comtesse de Manvers !'

Bientôt, à l'image de Renia, elle vivrait dans le luxe, parsemant son corps de parures d'or et d'argent, donnant des ordres à sa domesticité. Jusque-là, elle avait survécu au Palais impérial, risquant continuellement sa vie.

'Par rapport à ça, salir ou déchirer quelques vêtements ne représente rien.'

Charlotte ouvrit le couvercle du récipient. Renia lui avait recommandé d'appliquer uniformément ce liquide entre l'ourlet du corsage et la jupe. Ainsi, lorsque la victime tirerait sur la robe, même légèrement, celle-ci se fendrait proprement, comme confectionnée de manière à céder.

'Est-ce que je dois vraiment retourner le vêtement pour appliquer le produit ? C'est énervant car il est suspendu si haut, mais je n'ai pas le choix.'

Charlotte soutint la robe d'une main et tendit l'autre vers le cintre. À cet instant précis, un vertige violent la submergea.

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