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The Tyrant's Tranquilizer

Chapitre 33

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Chapitre 33

Chapitre 33

Chapitre 33/4377%~10 min de lecture1 985 mots

Le brouillard noir virait peu à peu au gris, puis devint entièrement blanc. Il fut simplement repoussé par la rafale d’air d’Amelie, et une fumée blanche l’enveloprita bientôt. À ses yeux baissés, Milena lui semblait soudain étrangère.

« Milena ! Regarde ça. C’est une réussite ! »

Amelie lança avec un grand sourire.

« …… ! »

Milena reprit ses esprits, comme tirée d’un rêve.

« Tu y es arrivée ? »

« Oui, c’est violet, non ? C’est réussi. »

Milena s’approcha de la marmite et regarda à l’intérieur. Un liquide pur et profondément violet bouillonnait encore faiblement dans le récipient. D’un seul coup d’œil, la préparation avait l’apparence d’un remède magique aux pouvoirs spéciaux, séduisant quiconque posait les yeux dessus.

Le procédé pour la mettre en flacons était des plus simples. On sépara la substance en deux cruches, l’une contenant du saindoux et l’autre de l’huile de graines de tournesol. Vint alors l’étape consistant à ajuster la concentration du liquide pour faciliter sa consommation et son application. Une fois le mélange bouilli encore un peu dans cet état, on le versa dans des bouteilles de médicament. Chaque variante suffisait pour cinq flacons, soit dix au total.

Voir une rangée de flacons remplis de ce liquide violet limpide était vraiment satisfaisant.

Après quelques essais limités en chambre, Amelie jugea la potion conclue. Avec seulement ces dix fioles, ni les gardes pointilleux ni même les hauts murs du palais ne pourraient l’arrêter. Amelie sentit qu’elle approchait d’un pas supplémentaire vers sa véritable liberté.

Fortifiée par la réussite de ses potions volantes, Amelie se lança dans la création d’autres remèdes magiques dès qu’elle pouvait être seule. Elle éprouvait une certaine fierté en voyant ces élixirs réussis s’empiler un à un, telle une cassette pleine d’or. Milena avait déjà reçu certaines de ces potions terminées en cadeau.

S’il y avait bien une chose qui la contrariait, c’était le fait de tromper Serwin. Depuis qu’ils étaient sortis ensemble hors du palais, leurs liens s’étaient resserrés. Ils buvaient du thé ou du vin avant de dormir et discutaient d’une multitude de sujets. Serwin rentrait souvent l’air stressé et offrait des collations à Amelie. Plus il se sentait à l’aise avec elle, plus elle s’accablait de culpabilité.

Par conséquent, le nouveau balai fabriqué n’avait pas encore pu quitter ses côtés ni servir à quoi que ce soit.

Mis à part ce poids moral qui pesait sur Amelie, les jours s’écoulaient paisiblement.

Mais cette tranquillité ne dura pas. Environ une semaine plus tard, Amelie apprit une nouvelle bouleversante venant de Milena.

« Madame Enard est entrée en contact avec le comte Manverse. »

Milena surveillait Madame Enard en permanence. Elle estimait pouvoir vendre ses informations à tout moment. Pour épier chaque geste de son sujet, la jeune femme paya le propriétaire de la maison voisine afin qu’il tienne à l’œil celle de Madame Enard.

Peu de temps auparavant, elle avait appris que le majordome du comte Manverse était passé par chez Madame Enard. Il accompagnait une vieille femme suspecte. Grâce à leur liaison avec une voisine âgée, elles avaient interrogé la servante de Madame Enard, qui raconta que la vieille femme répétait constamment des incantations bizarres pendant qu’elle droguaît l’enfant. Dès lors, celui-ci arrêta de tousser comme guéri, mangea bien et rit. Étonnée, la fillette s’en expliqua ; la vieille dame se mit à rire et déclara être une sorcière.

Milena dit qu’elle préviendrait Serwin si Amelie le souhaitait. Mais la sorcière l’en dissuada. Si Serwin apprenait que Madame Enard enfreignait l’ordre du secret, elle serait morte sur-le-champ. Pourtant, impossible de la laisser tranquille : elle saignait dès qu’on versait de l’eau.

‘Et si Madame Enard mourait ? Qui voudrait prendre un enfant malade sous son toit ?’

Amelie continuait de tourner rondement autour du problème. Milena assurait qu’elle ne devait pas s’en soucier, car Madame Enard était du genre à ne rien changer, mais cela n’était finalement qu’un pari. Qui savait vers qui Madame Enard tournerait loyauté, pour protéger son fils.

‘Et cette vieille femme. Je veux dire, c’est totalement suspect.’

Amelie n’avait jamais entendu parler d’une méthode de soin pareille. Normalement, lorsqu’on fabrique une potion curative, une purification magique est nécessaire lors de l’étape de création, mais aucune incantation supplémentaire n’est requise une fois le remède fini.

‘Cela pourrait bien être une arnaqueuse. Bien sûr, je ne connais pas tous les sorts du monde, donc elle pourrait bel et bien être une vraie sorcière.’

Si cette vieille femme était effectivement une sorcière, Amelie avait tout intérêt à la rencontrer. Une sorcière plus âgée pourrait connaître le Désastre ou comprendre comment l’âme d’Amelie avait été échangée. Même si elle ignorait tout, elle aurait sûrement des liens avec d’autres sorcières qui détiendraient des réponses.

Amelie sortit Madame Enard de sa propre chambre, se leva et se prépara à sortir. Elle enfila les vêtements qu’elle avait apportés depuis la maison de la forêt et sortit son balai. Face à tout éventuel imprévu, elle pulvérisa une potion juste devant la porte. Celle-ci provoquait une désorientation passagère ; on l’utilisait principalement pour écarter les visiteurs indésirables. La personne touchée oubliait pourquoi elle tentait d’entrer et partait faire autre chose.

Au bout d’un moment, Amelie ouvrit la fenêtre pour vérifier qu’aucun œil ne les observait. Ne voyant rien, elle grimpa rapidement sur son balai, prête à décoller. Elle donna une impulsion avec son pied, filant à toute allure dès le départ, et s’éleva prestement dans les airs.

Amelie vola à toute vitesse. Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver la demeure de Madame Enard. Lors d’une précédente visite en ville, Serwin lui avait montré une carte de la capitale et désigné plusieurs quartiers réservés au personnel.

Se souvenir du tracé à pied aurait peut-être été complexe, mais les rues du ciel n’étaient nullement embrouillées. Lui suffisait-il de descendre exactement à l’endroit indiqué sur la carte.

La maison de Madame Enard était une petite bâtisse à deux étages. Bien que vétuste, elle jouissait d’une situation plutôt avantageuse dans le quartier.

‘Elle a dit que les voisins guettaient, c’est bien ça ?’

Amelie aborda volontairement l’arrière de la maison et se posa sur le sol. Madame Enard devait désormais veiller devant la porte de la chambre. Pendant que son hôtesse s’absentait pour travailler, il ne restait à la maison qu’une nourrice, une servante et l’enfant. Dès qu’elle eut touché terre, Amelie glissa son balai dans un coin et se métamorphosa en animal.

Voilà pourquoi les sorcières privilégiaient les balais. Partout où on le déposait, il se fondait naturellement dans le décor, évitant ainsi tout souci de rangement. Certes, c’était aussi un inconvénient : trop distraits, on pouvait oublier où on l’avait laissé, ou pire, voir quelqu’un le saisir par mégarde pour s’en servir.

Amelie prit un instant pour admirer fièrement son nouveau balai, puis fit irruption dans la maison.

‘La maison est sens dessus dessous.’

L’apparence extérieure donnait une impression de propreté. Mais aux yeux d’Amelie, la saleté sautait aux yeux. Le sol était poisseux sous la table, et la poussière s’amoncelait dans les recoins de la pièce. On devinait sans peine avec quelle négligence agissait la bonne de Madame Enard.

Comme prévu, Amelie découvrit la domestique de Madame Enard étendue sur le canapé du salon. Elle feuilletait des revues l’air absent.

La chambre de l’enfant se situait à l’étage. Son propre dortoir était impeccable, comme si la bonne n’avait été embauchée que pour cet unique espace. La pièce était si propre qu’on aurait pu la comparer aux appartements du Palais Impérial, et pourtant, malgré la ribambelle de femmes de charge qui y travaillaient, ceux-ci pâlissaient face à tant de netteté.

Au centre de la pièce trônait un enfant qui ressemblait trait pour trait à Madame Enard. Elle tenait un livre de contes ouvert entre les mains, mais il était clair qu’elle ne lisait pas.

‘Madame Enard a dit que son nom était Ellie, c’est bien ça ?’

Amelie s’approcha prudemment d’Ellie. On disait qu’elle avait dix ans, mais elle n’en affichait pas huit. Affaiblie par une longue maladie, Ellie était bien plus menue que les enfants de son âge. Son petit corps était affiné et son visage blême. Une pâleur maladive transparaissait sur ses traits. Tandis qu’Amelie observait la fillette, celle-ci la fixait avec un regard vide.

‘Hmm ?’

Un sentiment d’inconfort envahit Amelie. D’ordinaire, quand les enfants voient un animal, ils réagissent, bon gré mal gré. Or Ellie la contemplait tranquillement.

‘C’est bizarre…’

Amelie soutint le regard d’Ellie. En plongeant dans les grands yeux de l’enfant, elle sentit une suspicion grandir. Cette gamine n’était pas dans un état sain. Mieux encore, son haleine trahissait l’odeur âcre d’une herbe quelconque. Un froid polaire glissa le long de son dos.

‘Les symptômes correspondent à une ingestion de drogue trop puissante. Je lui ai mordu le doigt, elle n’a pas bougé. Elle ne ressent aucune douleur, et sa réaction est lente. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu fourrer dans le ventre de cette gosse ?’

La vieille femme n’était manifestement qu’une escroc. Le remède capable de réduire l’enfant dans un tel état ne pouvait être que toxique. Madame Enard s’était forcément faite abuser par le comte Manverse et la sorcière de pacotille.

‘Comment peux-tu feindre d’être sorcière et l’empoisonner… !’

Amelie était furax. Elle décida de ne surtout pas lâcher prise face à cette fripe. Ici était en jeu la sécurité et l’honneur de toutes les sorcières.

Amelie resta près de l’enfant, attendant l’arrivée de la fraudeuse, tout en serrant doucement ses petits doigts et en planant discrètement pour surveiller sa mine.

‘Tiens bon. Dès que j’aurai coincé l’arnaqueuse, je trouverai un moyen de te sauver.’

Les sorts purificateurs pour chasser le poison étaient inutilisables : le corps de l’enfant ne les aurait pas supportés. À la place, elle disposait d’un antidote parmi les remèdes magiques qu’elle avait prévoyanceusement emportés. Amelie souffrait de voir Ellie dans un état pareil et désirait la soigner immédiatement, mais elle craignait que la friponne ne remarque le changement d’état de l’enfant et ne prenne la fuite.

Après avoir patienté un moment, des voix résonnèrent : celles de la servante et de la vieille femme. La domestique se félicitait visiblement du calme retrouvé par l’enfant après le passage de la visiteuse. Amelie se réfugia dans un coin de la pièce, mastiquant de force les flammes qui embrasaient son intérieur.

La vieille femme franchit la porte de la chambre. Voûtée, corpulente, elle était drapée dans des habits noirs. Un gros nez aquilin, un menton fuyant et des cheveux gris composaient le portrait parfait d’une sorcière de fiction.

Elle s’avança jusqu’à l’enfant, lui jeta un rapide coup d’œil, puis tira une fiole en verre cachée sous sa robe. Le récipient contenait un liquide vert sombre.

« Allez, prends ton médicament. »

La vieille femme approcha le goulot de la fiole des lèvres de l’enfant. Celle-ci détourna la tête et tenta de résister. C’était sa première réaction violente depuis longtemps. Amelie ne put supporter davantage la scène.

Amelie cria et fonça follement sur la vieille femme en empruntant tout son élan. C’était une petite lapine, mais un choc de tout son poids suffirait à la déstabiliser.

Bang !

Lorsque le pelage moelleux d’Amelie percuta le corps de la vieille femme, celle-ci laissa échapper violemment la fiole.

‘Une preuve !’

Amelie saisit le flacon grâce à sa télékinésie. Dans le même temps, elle dissipa sa métamorphose et reprit forme humaine.

« Hic ! Qu’est-ce que c’est que ça ! Y a-t-il une personne ici ? »

« Toi, l’escroc ! »

Amelie maintint la vieille femme en plein vol et la secoua vigoureusement.

« Kiaak ! »

La vieille femme poussa un hurlement. Sa robe glissa sur ses épaules, révélant à sa chute une perruque grise qui tomba au sol en tas tremblant. En réalité, la vieille femme n’était qu’un vieil homme chauve.

« Ce n’est même pas une femme… ! »

Amelie en resta bouche bée.

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