« Sir Aiden ? »
« Ah… » Aiden, qui fixait le vide, poussa une faible exclamation à mes mots.
« Y a-t-il quelqu'un derrière moi ? » J'inclinai la tête et me retournai. Au même instant, j'aperçus Lexion qui s'avançait vers nous en discutant avec le seigneur des lieux.
« Pourquoi as-tu tressailli en voyant Zion ? » Nos regards se croisèrent. À son approche, Aiden s'inclina et le salua.
« Bienvenue, Votre Grâce. »
« Ouais. » Tandis que Lexion acquiesçait légèrement, le seigneur à ses côtés m'adressa la parole avec bienveillance.
« Ah, voilà l'Esol dont on parle. »
« Pardon ? Que voulez-vous dire… »
Alors que je feignais l'ignorance, le seigneur éclata de rire.
« Inutile de le cacher. J'ai reçu une lettre officielle de la famille impériale. »
« Qu'est-ce que cela… » Lexion parut surpris par ses mots. À son expression, il venait manifestement de comprendre qu'une lettre officielle était venue de la famille impériale.
« Pas étonnant qu'ils aient dit qu'ils me laisseraient partir. » Je mordis ma lèvre inférieure au mot « famille impériale ». La famille impériale était méchante jusqu'à la moelle, vu comment ils nous avaient poignardés dans le dos. Le seigneur continua de bavarder.
« Ils m'ont même envoyé une description de son apparence, donc je vous ai reconnue tout de suite. Ho ho ho. »
« Baissez la voix », chuchota Lexion au seigneur. Car il parlait trop fort en plein air. Heureusement, les gens autour de nous ne semblaient pas s'intéresser à notre conversation. Le seigneur hocha la tête et tendit la main pour me la serrer.
« C'est la première fois que je rencontre une Esol, alors j'ai fait l'idiot. Enchanté. »
« Oui. Enchantée. »
Tandis que je serrais sa main un peu tremblante, il ajouta :
« Venez-vous au banquet ? »
« Ah, moi… »
« C'est un banquet qui se tient sans distinction entre nobles et roturiers, alors soyez à l'aise. »
Ça sonnait comme s'il cherchait à être prévenant envers mon statut. Puisque Lexion m'avait déjà demandé de l'accompagner, j'acquiesçai docilement.
« J'irai. »
« Alors je vous reverrai demain, Duc. J'aurai votre réponse définitive à ma demande d'ici là. »
« Je ne changerai pas d'avis. »
« Vraiment ? C'est dommage. »
Quand Lexion répondit sèchement, le seigneur sourit largement et s'en alla.
« Qu'est-ce qu'il a demandé ? »
« De rester un peu plus longtemps », répondit Lexion doucement en écartant délicatement une mèche de mes cheveux pour la rabattre derrière mon oreille. Naturellement, sa manche glissa et le bracelet de perles noires à son poignet scintilla. C'est alors qu'Aiden poussa soudain un cri.
« Aaah ! Je me demandais où je l'avais vu ! » Au cri soudain d'Aiden, le regard de Lexion se porta sur lui. À cet instant, Aiden scruta vivement le bracelet à mon poignet. Au bout d'un moment, il secoua la tête et marmonna.
« Comme prévu… C'est donc comme ça que ça s'est passé. »
« Sir Aiden ? »
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » J'allais lui demander, perplexe, mais Aiden s'adressa à Lexion avec un sourire lourd de sens.
« Votre surprotection n'est pas une bonne chose, Votre Grâce. Si on l'apprend plus tard, on pensera que c'est parce que vous n'avez pas confiance en elle. »
« … »
Lexion se raidit à ses mots. Je fixai tous les deux sans comprendre. Au bout d'un moment, Aiden me salua avec un sourire très satisfait.
« Mademoiselle Tiarozety, je vous escorterai à nouveau à partir de demain, en alternance avec Violet. »
« Ah, vraiment ? »
« Aiden Maximus. »
Lexion, qui était resté silencieux jusqu'alors, prononça son nom. Il y avait une pointe d'agacement dans son ton. Mais Aiden s'en moqua et demanda avec un sourire timide.
« Ça va, Votre Grâce ? »
Lexion se frotta le front face à cette réaction effrontée. Aiden salua poliment, comme s'il n'avait pas besoin de réponse.
« J vais aller me laver alors. »
« … Oui, va. » Lexion poussa un profond soupir et fit un signe de la main. Aiden hocha la tête et disparut.
« Il semble qu'il y ait beaucoup de non-dits dans leur conversation ? » J'inclinai la tête, incapable de saisir le contexte de leur échange. Au bout d'un instant, Lexion m'appela doucement.
« Titi. »
« Oui ? »
« Je te fais confiance. »
« Hein ? » Je laissai échapper une exclamation devant la déclaration soudaine de Lexion.
« Qu'est-ce que tu veux dire, tu me fais confiance ? Zion est si imprévisible ces temps-ci. » Je ne comprenais pas du tout ce qu'il essayait de dire, mais j'étais contente qu'il croie en moi.
« Moi aussi, je crois en Zion, moi. »
Après ça, Aiden redevint mon escorte. Il dit qu'il avait déjà consulté Violet et fixé l'ordre.
Et enfin, le jour du banquet arriva. J'enfilai une robe adaptée à la réception. Aiden m'accompagna, mais Daisy n'était pas en forme, alors elle resta à l'hôtel. J'eus toutes les peines du monde à l'en empêcher.
Le banquet se tenait dans les jardins de la vaste villa près de la rivière Habun. La plupart des invités étaient des nobles et des notables résidant dans le fief. Une chose surprenante : un espace avait été prévu pour les roturiers. Bien sûr, les places étaient clairement séparées. Je portai mon regard vers l'endroit où séjournaient les roturiers. La plupart des mets coûteux se trouvaient du côté des aristocrates, mais les roturiers en profitaient comme d'un festin.
Lexion, qui s'était rendu au banquet avant moi, chercha le seigneur mais il était introuvable. Je m'assis tranquillement et observai les gens. Alors Aiden demanda prudemment.
« Au fait, vous allez bien… après ça ? »
« Oui. Ça va. »
« Quand même, vous ne devriez pas utiliser votre pouvoir comme ça. J'ai entendu dire que le pouvoir des Esol est limité. »
« Je sais. »
Mais le maudit livre ne cessait de tester cette limite. Je ne pouvais m'empêcher de fixer le livre qui flottait dans les airs. Il était actif depuis le matin et m'avait suivie toute la journée. Bien qu'il fût invisible pour tous les autres. Donc, bien sûr, j'étais la seule à pouvoir le voir. Chaque fois que je le regardais, j'avais le sentiment que cet endroit n'était pas réel. Je ne suis qu'une voyageuse qui reste un moment, et je ne peux pas appartenir à ce lieu. Quand cette distinction nette m'enchaînait, je me sentais un peu seule. Je détestais l'air du livre, on dirait qu'il m'épiait, alors je l'ai fait sans m'en rendre compte.
« Quel genre d'insecte est celui-là ? »
Il n'y avait pas d'insecte. Je voulais juste frapper un livre. J'agitai la main dans les airs en utilisant ça comme prétexte. Le livre gémit aussitôt en réponse.
— Aïe, aïe. Il faut chérir le livre.
« Un insecte ? Je n'en vois pas. » Sur le tard, Aiden regarda autour de lui et parla. Je haussi les épaules avec nonchalance.
« Ah, je crois qu'il s'est envolé. »
« C'est assez quelque chose. Il y a des insectes partout. »
« C'est vrai. Ils ont dû sentir la nourriture ? »
Tandis que je parlais tranquillement, quelqu'un s'approcha de moi. Il était plutôt bedonnant. Le regardant avec un air perplexe, le serviteur à ses côtés dit :
« C'est le jeune maître, propriétaire de ce domaine. »
« Ah, pardon pour mon impolitesse. Je suis Tiarozety Sparrow. »
Grâce à la présentation du serviteur, je me levai vivement et le saluai poliment. En entendant mon nom, il parla avec un air perplexe.
« Sparrow ? C'est comme ça qu'on fait ? »
« Que voulez-vous dire ? »
« Vous êtes une Esol, non ? »
L'homme marmonna avec un sourire insidieux. Je ne pouvais savoir s'il manquait de tact ou s'il essayait de me soutirer quelque chose en feignant l'ignorance.
« Le jeune seigneur semble avoir un malentendu. Elle est membre de la famille Sparrow. »
Aiden intervint avec tact. Quand Aiden, à mes côtés, intervint, l'homme afficha son mécontentement, mais son expression s'adoucit vite.
« Puisqu'une personne aussi noble est venue, j'espère que la nourriture sera à votre goût. »
« C'est si élégamment décoré, comment pourrait-ce ne pas être bon ? Je mangerai bien. »
« Qui sait. Contrairement à ce que vous avez dit, vous avez laissé beaucoup de nourriture dans votre assiette. Il semble que nos cuisiniers n'aient pas été en mesure de satisfaire le goût d'une Esol. »
« … »
Je le fixai, abasourdie, alors qu'il parlait comme s'il cherchait la querelle. La nourriture dans l'assiette n'avait pas encore été mangée, mais je n'avais pas l'intention de la laisser non plus. Sarcasme pur. Il sonnait comme s'il demandait pourquoi une femme pas assez digne siégeait à la place VIP au lieu de la place des étrangers. Peu importe à quel point elle était unique, la tribu Esol était une minorité. Qui penserait qu'une femme qui n'est même pas traitée comme citoyenne de l'Empire profitera du luxe avec le duc dans le dos ?
« Qu'est-ce que vous… ! »
Aiden tenta de protester, comme s'il avait saisi le sens. Mais les propos de l'homme allèrent encore plus loin.
« J'ai entendu dire que vous aviez guéri les jambes d'une femme. »
« !! »
À ses mots, les yeux d'Aiden et les miens s'écarquillèrent en même temps. Il resta sans voix. Je répondis calmement.
« Je n'ai jamais fait une chose pareille. »
« C'est ça ? » Le jeune seigneur répondit avec un rictus. À voir sa mine, il ne semblait pas y croire du tout.
« John n'a pas gardé le secret ? Ou est-ce qu'il essaie délibérément de me piéger ? » Le petit seigneur s'en alla l'esprit vagabond. Après avoir jeté un coup d'œil au dos de l'homme un moment, Aiden parla sur un ton très mécontent.
« Milady, pourquoi restez-vous immobile face à une telle grossièreté ? »
« Je vais bien. J'ai l'habitude de ce genre de traitement. »
Aiden durcit le visage tandis que je haussais les épaules en souriant résignée.
« Ne prenez jamais ça pour acquis. Mademoiselle n'est pas quelqu'un qu'on peut ignorer. » Sa voix monta d'un ton, comme s'il avait vécu quelque chose de similaire.
« Mais c'est vrai. Parce que je ne suis pas membre de l'Empire. »
Quand je répondis avec pitié, Aiden dit comme s'il était contrarié.
« Tant que Mademoiselle est sous la protection du duc de Sparrow, être grossier avec vous, c'est être grossier avec le duc. »
« Ah… »
« En plus, mon corps est à vous. Si Mademoiselle avait demandé un duel, j'aurais saisi l'épée sur-le-champ. »
Il semblait très en colère. Je détournai le regard, les lèvres frémissantes. C'était bon de savoir que quelqu'un s'indignait à ma place pour ce que j'avais enduré.
Quelques minutes plus tard, je fis une légère plaisanterie pour détendre l'atmosphère.
« Il semble que le jeune seigneur n'ait jamais tenu une épée correctement, est-ce qu'Aiden, maître d'épée, peut demander un duel à des gens ordinaires ? »
« Ah, c'est vrai. »
Comprenant mon intention, Aiden détendit son expression et se passa la main dans la nuque.
La blague sembla adoucir un peu le malaise. En fait, j'étais vexée par l'attitude de l'homme, alors je dis à Aiden.
« Merci. Je ferai confiance à Aiden à partir de maintenant, et la prochaine fois que quelqu'un sera grossier avec moi, je lui jeterai mon gant direct. »
[Note du traducteur : jeter son gant était une façon de provoquer en duel]